Mains velues et cuisses épaisses

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Numéro 34

Texte d'archive:


Archivé de: Lettres Gay – Numéro 34
Date de parution originale: Août 1989

Date de publication/archivage: 2021-02-09

Auteur: Jacquot
Titre: Mains velues et cuisses épaisses
Rubrique: Plus on est de fous, plus on jouit

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Résumé / Intro :

Imaginez un hangar isolé dans la nuit et des dizaines de mecs baraqués et virils dont la seule obsession est : baiser.


Cela faisait deux ans que je n’avais pas fait de partouzes. Je savais pertinemment pourquoi. Le fléau Sida avait fait de moi un ermite apeuré, avant que je ne dédramatise et que je ne comprenne qu’il y avait l’alternative, entre la baise débridée et l’abstinence totale.

— SSR! Évidemment, m’avait dit Pierre au téléphone, SSR, mais pas de frustrations. D’ailleurs, comment veux-tu t’ennuyer avec une vingtaine de gars balèzes qui en veulent autant que toi?

La «touze» avait lieu dans un grand hangar, à soixante kilomètres de Paris. Je portais une chemise à carreaux, un vieux jean rapiécé et de grandes bottes de pêche. Pas de slip, juste un cockring autour de ma bite, qui n’en avait pas besoin. La simple idée de la nuit à passer me faisait déjà triquer. Une douzaine de voiture attendaient devant un enclos grillagé. Quelques mecs discutaient, adossés aux portières. Il y avait du mâle, et du vrai. Jeans, cuirs, bottes, chemises entr’ouvertes, la nuit promettait déjà.

— Tu vas voir, a dit Pierre, qui avait pris place à mes côtés, ce hangar est gigantesque, encombré de carcasses de vieux tracteurs, d’échelles, de ferrailles diverses. On va s’amuser, je te promets. J’ai une de ces envies de baiser!

Sa grosse pogne a étreint ma braguette.

— Toi aussi, je vois!

L’endroit était tel qu’il me l’avait décrit, un peu inquiétant, sous la clarté blanchâtre de la pleine lune. Les grandes portes se sont ouvertes avec des grincements assourdissants et les hommes y sont entrés, dans un silence quasi religieux. J’ai repéré au passage de beaux culs et des braguettes prometteuses.

— Y a à bouffer! a ricané une grosse voix derrière moi.

Je me suis retourné. L’homme qui avait parlé s’accordait parfaitement avec les lieux. Son physique de paysan rustaud m’a même fait me demander si ce n’était pas un fermier perdu là, par erreur. Tant de muscles, tant de poils partout...

— Y a à bouffer! a-t-il répété en pétrissant son entre-cuisses.

Celui-là, il me le fallait!

Pierre avait bien fait les choses, comme d’habitude. Il y avait de la bière, de l’alcool, du poppers et les «divers accessoires indispensables aux plaisirs entre mâles». Le tout était éparpillé au milieu des tracteurs et de la ferraille, il n’y avait qu’à chercher. Le plus étonnant, c’était cette musique bizarre, qui émanait de baffles dissimulées. En fait de musique, ce n’étaient que râles rauques et incessants, ponctués de gémissements lascifs qui résonnaient dans l’immense endroit. J’avais l’impression d’être hors du monde habituel, dans un pays réservé aux hommes seuls. Je triquais. Déjà, des pantalons se baissaient, des mains velues se glissaient entre des cuisses épaisses. La bière coulait dans les gosiers assoiffés. La grande baise commençait.

La nuit a été longue et fertile enjeux divers. Je me souviens d’un magma de bites, de tailles, de formes et de saveurs diverses, qui ont circulé entre mes mains, mes lèvres et celles des autres. Je me rappelle ma propre pine, plongée dans des bouches brûlantes, cognée contre des mentons râpeux, encapotée, puis enfouie dans des culs aussi musclés que velus. J’ai cette impression fabuleuse que mon zob n’est jamais resté longtemps à l’air libre, toujours enfoui dans un orifice mâle. Mon trou se rappelle aussi, chouchouté par des langues inquisitrices, fouillé par des doigts indiscrets, tringlé par des queues fiévreuses. Un festival désordonné de mecs assemblés, emboîtés, à deux, à trois ou plus. Des enfilades à la chaîne, voilà ce dont je me souviens. Et puis, cette nuit chaude s’est ponctuée de quelques moments inoubliables, dont tout mon corps se souvient.

Il y a eu ce cul anonyme, passé par la portière d’un tracteur. La pose était réellement provocatrice, que les mecs défilaient pour mater ces deux fesses musclées, tendues et ouvertes sur une raie lubrifiée. La rondelle plissée de l’anus semblait faire un clin d’œil pervers. Un mec (lunettes noires, képi de flic, rangers, musculature imposante et gueule irrégulière) exhibait un gode, noir, inquiétant d’énormité. À la vue d’un tel engin, je me disais que ce ne pouvait être qu’un engin de fantasmes, un délire porno. Lorsque j’ai vu le gland démentiel se poser sur l’anus humide du cul qui s’exhibait, je me suis dit que rien n’était impossible cette nuit-là. L’incroyable manche s’est enfoncé lentement jusqu’aux trois-quarts, écartelant la corolle foncée. On entendait les cris de l’enculé, des râles de plaisir fou. Le gros gode s’est mis à bouger lentement, agité par le poignet musclé de l’avant-bras. Un cercle de mâles s’était formé pour assister à la cérémonie du godage. Tout le monde se touchait. Les doigts violaient les culs, comme pour rendre hommage à ce trou vorace qui se faisait distendre. L’anus rutilant semblait gober le pieu de latex, tel une bouche avide, ou... un vagin. J’avais peut-être un peu trop bu, mais les râles semblaient provenir de ce fion godé, comme si l’anus gueulait son plaisir. Les cris rauques se faisaient plus forts, le manche coulissait plus vite. Le mec a joui en se faisant juste travailler le cul.

Et la partouze continuait, mêlait les corps musclés, les pectoraux velus, les cuisses épaisses. Les mecs s’exhibaient, se mataient, se tâtaient. Certains ordonnaient à d’autres de prendre les poses les plus vicieuses. Cette nuit-là, en cet endroit hors du monde, on célébrait le culte de l’homme.

En appui sur une grande échelle, six mecs s’enfilaient. Les couilles claquaient contre les fesses cambrées, les glands chapeautés d’une capote trouaient les culs virils avec un appétit qui n’avait d’égal que celui des anus eux-mêmes. Je regardais ce spectacle quand deux énormes bras m’ont attrapé. En me retournant, j’ai reconnu le mec à l’allure de fermier.

— On se fait un petit combat, mec?

« Sa bite s'agitait au-dessus de mes yeux. »

Et sans me demander mon avis, il m’a jeté à terre et a plongé sur moi, de toute sa masse musculaire. Nous avons lutté. Je suis plutôt robuste, mais j’avais du mal à résister aux assauts frénétiques du fermier. Ses pognes pétrissaient tout mon corps, ses cuisses largissimes essayaient de bloquer mon visage, mais je me défendais de toutes mes forces, en sachant que le moment où il me vaincrait serait délicieux. J’empoignais ses muscles durs, cherchais son visage pour y faire claquer ma bite. Puis, l’étau de ses cuisses s’est refermé sur ma tête. Sa bite s’agitait au-dessus de mes yeux. J’avais soif, je sortais ma langue pour attraper le gros engin, mais le fermier jouait à me priver de son chibre. À chaque fois que j’approchais du gland, il l’éloignait, le frappait contre mon menton, mon front. Il s’est soudain redressé, et m’a saisi par les cheveux, me relevant sans ménagement, approchant mon visage de sa pine, l’écartant quand ma langue allait atteindre la pomme humide du gland. Autour de nous, ça baisait encore. Un mec rampait, léchait le sol, pendant qu’un trio viril l’arrosait de bière. Il se contorsionnait, relevait la croupe, telle une chienne en chaleur. Le zob du fermier n’était qu’à quelques millimètres de ma bouche, je le voulais, je ne désirais plus que bouffer ce gros mandrin à m’en éclater la bouche. Mais les mains puissantes du gaillard m’en éloignaient toujours impitoyablement, dès que j’approchais trop. Deux gars baraqués comme des rugbymen se branlaient, face à face, bandant tous leurs muscles. Gland contre gland, il se paluchaient, et l’un des deux, au prépuce très long, avaient enrobé le gland de son partenaire de son enveloppe de chair. On aurait dit deux siamois soudés par une seule bite, énorme, d’une quarantaine de centimètres. Le fermier a soudain relâché son étreinte.

— Mets-moi ça!

Il me tendait une capote, et j’ai habillé amoureusement son gland du condom lubrifié.

— Sur le dos! Jambes écartées! Que je baise ton cul !

Il est tombé sur moi et m’a embroché d’un seul coup. J’ai hurlé. Le plaisir était intense. Ses lèvres ont bouffé les miennes, nos langues se sont étreintes en un pâlot puissant que seuls deux mâles savent se rouler. Il pilonnait mon cul avec force. Il me dévorait la bouche. J’ai joui entre nos deux ventres soudés. Un ultime coup de butoir l’a immobilisé en moi. Il a râlé, salivant dans ma bouche. Lorsqu’il s’est déboîté de moi, le réservoir de la capote était plein à craquer de son jus.

Rien n’était fini, les hommes se soudaient encore, se désassemblaient pour aller s’enfiler ailleurs. Bites, poils, trous, sueurs, couilles, tétons, yeux plissés, déglutitions, la nuit continuait, triquait avec nous.

Au petit matin, quand j’ai grimpé dans ma voiture, cuisses arquées, bite douloureuse, je savais que quelque chose allait encore durer. J’ai ramené de ces heures-là la présence musclée de mon beau fermier.

Jacquot, 28 ans.