Michel, archange... et loubard

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Numéro 1

Texte d'archive:


Archivé de: Lettres Gay – Numéro 1
Date de parution originale: Juin 1985

Date de publication/archivage: 2015-01-25

Auteur: Frédéric
Titre: Michel, archange... et loubard
Rubrique: Domination

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Il y a des rencontres qui tombent dans l’oubli le plus total. Il y en a d’autres qui se transforment en aventures qui marquent votre vie. Par exemple, celle que j’ai vécue à Lyon, il y a quatre ans. Rien que d’y penser, j’en ai le frisson...

Au volant de ma 304 sport, je draguais sur un circuit longeant les quais du Rhône, le pont de la Guillautière, contournant la place Bellecour revenir à nouveau sur le pont de la Guillautière, la rue de la Liberté et les quais. À la hauteur d’une des quatre «tasses», j’arrête ma voiture le long du trottoir, j’éteins mes codes et j’attends. Il y a belle lurette que les douze coups de minuit ont sonné. À cette heure, rares sont les noctambules. Attendre quoi ? Comme le chasseur qui attend sa proie à l’affût, moi, j’attends un garçon qui viendra rôder autour de cette «tasse».

Et ma patience sera récompensée. J’ai vu sa silhouette à la sortie du pont. Il a tourné dans ma direction. Il s’avance, à pas rapides, passe devant la «tasse», et, m’apercevant dans la voiture, revient sur ses pas. Je sors et je rentre dans la pissotière. Lui aussi. Nous nous installons côte à côte, nos coudes se touchent. Dans la pénombre, je devine plus que je ne vois qu’il se branle. Alors, je glisse ma main le long de sa cuisse et m’empare de son sexe déjà en érection. C’est à ce moment qu’il tourne son visage vers moi et que j’aperçois ses traits d’ange.

Une vingtaine d’années, des traits fins, une silhouette élégante portant jean et blouson et une voix douce qui me susurre :

— Tu es en voiture, ne restons pas là... c’est dangereux.

— Tu connais un endroit tranquille ?

— Oui, à un kilomètre d’ici, sur la rive, il y a un grand chantier où l’on ne sera pas dérangé.

Nous voilà en voiture. Michel, c’est son nom, me guide. À droite, sur la rive, une grande esplanade et des dunes de caillasse et de sable constituent le chantier de dragage du lit du Rhône. Je contourne un des monticules et arrête la voiture à l’abri de tout regard. Il enlève son blouson, moi, la veste. Nous mettons les fauteuils en relax et nous entamons un sérieux bouche-à-bouche.

Ses lèvres charnues, légèrement humides collent aux miennes et nos langues font connaissance, tandis que nos mains glissent le long de nos cuisses. Nos ceintures sont vite débouclées, nos braguettes ouvertes. Que c’est doux de caresser son bas-ventre tout chaud, sa queue toute raide, ses couilles... Abandonnant ses lèvres, j’embouche sa bite, suçant le petit bout de son gland, faisant pénétrer la pointe de ma langue dans la petite fente la faisant tressaillir de jouissance. De sa main, il caresse mes cheveux, appuyant sur ma tête au rythme de ses coups de reins afin de me faire avaler tout son sexe. Sa respiration se fait haletante et dans un ultime sursaut, ponctué de soupirs, il se vide dans ma bouche.

À son tour, il se penche sur ma bite, me mordillant le gland, l’enfournant au fond de sa gorge, provoquant rapidement mon éjaculation, et me laissant épuisé par l’effort. Tandis que je reprends mon souffle, je le vois s’emparer de la clé de contact et pointer sur mes côtes la lame d’un couteau. Comme dans un rêve, j’entends sa voix :

— Et maintenant, envoie ton fric !!!

Ma surprise est totale. Ma stupéfaction aussi. La peur me gagne. Je bafouille. J’ai comme une boule en travers de la gorge. Je sens la pointe de son couteau contre mon flanc.

— Je n’ai que 50 francs sur moi... et j’ajoute : Tu comprends que je ne me promène pas avec de l’argent à cette heure-ci.

Je fouille dans mes poches, vérifie le contenu de mon portefeuille, de la boîte à gants de la voiture. Il peste de déception. L’ange est devenu démon. Je crains un mauvais geste de sa part devant sa fureur. Mais peu à peu, il se calme, me rend la clef de contact :

— Et, surtout, ne fais pas le con !

Et il appuie légèrement son couteau sur mes côtes.

— Mets en marche et ramène-moi...

Pas un mot n’est sorti de ma gorge. J’ai exécuté ses ordres, vaincu par ses menaces et je l’ai ramené vers le centre ville, désert à cette heure matinale. J’ai arrêté la voiture à une intersection de rues, il est descendu et je l’ai vu disparaître derrière un immeuble.

Je suis resté là, quelques instants encore, désolé de le voir me quitter ainsi : lui, mon ange... et mon loubard chéri.

Frédéric, 33 ans.