Mon beau salaud

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Numéro 109

Texte d'archive:


Archivé de: Lettres Gay – Numéro 109
Date de parution originale: Novembre 2000

Date de publication/archivage: 2012-09-09

Auteur: Michel
Titre: Mon beau salaud
Rubrique: Nous deux

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Salaud! C’est bien vrai que je t’ai dans la peau! Salaud! Tu sais bien que dans ma bouche, “salaud”, c’est un terme plein de tendresse et que je ne peux pas me passer de toi! Salaud, parce que je suis fou de ton corps. Salaud, parce que je t’aime à en crever et qu’à mes yeux, aucun autre ne compte.

Les autres, aucun intérêt, je ne les regarde même plus...

À cause de toi, mon salaud, à présent je sais ce que veut dire amour-passion. L’amour fou, l’amour qui déborde de partout, celui qui rend à la fois maître et esclave, fort autant que fragile. L’amour qui rend jaloux et possessif, l’amour dont on dit que ses chants les plus beaux sont les plus désespérés.

Grâce à toi, salaud, j’ai découvert qu’on pouvait souffrir d'amour et je comprends, à présent, que l’on puisse mourir d’amour. Pourtant, et pendant longtemps, j’ai trouvé ridicule l’idée d’aimer un homme. Le baiser, oui, mais l’aimer... Je détestais les couples homos. La fidélité me faisait rire et j'étais allergique aux témoignages d’affection. De dix-neuf (âge où j’ai complètement assumé mon homosexualité) à trente-deux ans, je n’ai été qu’un étalon, une bite. Sans doute l’un des meilleurs coups de Lyon. J’étais fier de me mettre à bander dès qu’un mec me tripotait la queue ou me montrait son cul, fier d’avoir vingt centimètres à lui présenter, fier d’être capable de le limer pendant des heures et de l’entendre hurler de plaisir.

Je plaisais, on me recherchait Du moins, c’était ma belle queue que l’on recherchait Ça tombait bien, j’aimais baiser, c’est vrai, et j’en avais besoin chaque jour. Avec mes partenaires, je réagissais à l’instinct comme un animal. À mes yeux, la recherche du plaisir physique primait avant tout le reste. J’étais même un grand consommateur de dragues rapides: un taillis dans un jardin public, un froc qui se baisse devant moi, ma braguette qui s'ouvre et ma bite qui s'insinue. Quelques coups de reins et une décharge dans une capote. J’aimais l'anonymat et la jouissance forte qu’il procure dans l’ombre.

Voilà ce que j’ai été pendant des années; j'ai baisé des culs, pas des mecs. Je n’ai jamais fait l’amour, je me suis seulement vidé les couilles. C’est ce que je ressens aujourd’hui, depuis que je t’ai rencontré, Thierry. Pourtant toi aussi, tu n’as d’abord été qu’un cul pour moi. Je ne te l'avais jamais dit, mais je veux te prouver que tu peux avoir confiance en moi. Je ne te trahirais jamais, Thierry, et j’ai décidé de ne rien te cacher. Un témoignage dans Lettres gay, excuse-moi, mais c’était beaucoup plus simple, car aujourd’hui, j’ai honte.

Je t’ai donc trouvé “beau mec” quand je t’ai vu pour la première fois. Puis je me suis intéressé à ton cul, et je me souviens avoir pensé: “Il est pas mal, son cul. Un peu large, mais bon! Pour tirer un bon coup ce soir, ça fera l'affaire...”

Nous étions invités chez Nicolas, un pote commun. T'en souviens-tu?

Pas une partouze, juste une bouffe entre copains. À cette époque, chaque fois que je faisais la connaissance d’un nouveau garçon, il me le fallait tout de suite; il fallait que je l'essaie et que je le baise au moins une fois. Histoire de pouvoir dire: lui aussi, je me le suis fait. J’étais genre collectionneur. Je sais que j'ai fait souffrir pas mal de mecs à cause de ça.

Je t’ai dragué. Tu étais seul, nouveau sur Lyon, tu connaissais peu de monde, une proie facile. La proie idéale, pour moi. Chez Nicolas, je te sentais intimidé, si peu sûr de toi. Je t’ai trouvé encore plus “intéressant” quand j’ai compris que peu de mecs t’étaient passés dessus. Une rondelle serrée, c’est tellement plus jouissif... Ça me faisait rire intérieurement de te voir rougir et de te sentir gêné dès que je croisais trop ton regard. Je me suis amusé avec toi comme le chat joue avec la souris avant de lui sauter dessus pour la croquer. J’ai soufflé le froid et le chaud, j’ai été un peu agressif, un peu moqueur, et tour à tour narquois...

Tu avais l’air fragile et j’étais bien décidé à en profiter. De toutes manières, je savais que tu finirais dans mon lit. Je t’impressionnais trop pour que tu te refuses. J’avais compris, aussi, que je te plaisais malgré mon attitude méprisante. Quand nous sommes sortis de chez Nicolas et que je t’ai proposé de te raccompagner, tu n’as pas dit non. Dans ma voiture, je t’ai senti ému et j’ai pensé: “Ce con, il est du genre à tomber amoureux. J’espère qu’il ne va pas chercher à s’accrocher!”

Les types-pots-de-colle, c’était mon angoisse, aussi, je n’ai pas voulu te paraître trop sympathique. Même en te baisant J’ai refusé ta bouche et tes caresses, ta sensualité et ta douceur. Je ne voulais que ta bouche pour me sucer et ton cul pour me serrer la bite. J’ai été dur avec toi, même brutal. Je te trouvais trop hésitant, pas assez salope avec mon pieu. J’étais habitué à des mecs qui se comportaient avec plus d’expérience.

Toi, tu étais si différent.. Si différent que tu m’irritais. Tu ne cherchais pas de l’amour avec moi mais tu baisais autrement qu’avec ton seul cul. Je t’ai quand même baisé une fois, deux fois... Puis, j’ai accepté que tu dormes chez moi. Et c’est le matin que je suis tombé amoureux de toi. Je me suis réveillé le premier et je t’ai regardé dormir. Bizarrement j’étais ému, troublé. Je me suis trouvé con et je me suis levé pour préparer un café.

Tu t’es réveillé à ton tour et tu es venu, nu, dans la cuisine pour prendre un café avec moi. Assis en face de toi, j’ai encore été troublé et j’ai eu envie de toi. On a baisé, le café avalé, et j’ai accepté de te revoir.

Au début je te jure, Thierry, que je ne voulais pas tomber amoureux de toi. J’ai lutté contre cet amour naissant je me suis même efforcé de te haïr. Mais quelque chose de plus fort m’attirait et me poussait vers toi. Cela a duré une semaine, un mois... Et puis, j’ai craqué. Complètement craqué pour toi.

Que s’est-il passé? Je ne sais pas. C’est comme ça. Tomber amoureux, ça survient sans raison apparente, ça ne s'explique pas, je crois. Je pensais que l'amour, ce n'était pas pour moi. Et là, voilà... J'ai basculé, j’ai sombré. J’ai découvert que je pouvais être fragile à mon tour, si peu sûr de moi, aussi hésitant qu'un jeune collégien.

Le pire, c’est lorsque tu es en retard à l’un de nos rendez-vous, Thierry. Il me vient des bouffées d'angoisse à l'idée que tu puisses me tromper. Je ne le supporterais pas, je te le jure.

Alors aime-moi comme je t’aime. Aime-moi très fort. Rassure-moi. Ne me fais plus douter, mon chéri. J’ai si peur de te perdre... Je t'ai proposé de venir vivre avec moi mais tu m’as répondu qu’il fallait encore attendre un peu. Mieux se connaître. Tu refuses de t'engager à la légère, et moi, j'ai tellement besoin de toi.


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