Nils, un conte cruel d'été


Nils, un conte cruel d'été
Texte paru le 1998-09-29 par Pedro   Drapeau-fr.svg
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J'ai connu Nils un jour où je faisais de l'auto-stop sur une route de Norvège en été. Je me trouvais à Tromsö et redescendait du Cap Nord pour me rendre sur les îles Lofoten.

Une Volvo noire aux vitre teintées s'était arrêtée quelques dizaines de mètres devant moi et attendait. J'étais surpris car dans mon périple européen, l'expérience m'avait enseigné que les petites voitures brinqueballantes avait une nature plus accueillante que les confortables limousines. Je cru qu'on allait me demander un renseignement routier. Je ne suis pas norvégien, mais rien dans mon physique ni dans mes vêtements ne pouvait donner à penser que je n'étais pas un enfant du pays. Les étudiants norvégiens sont nombreux sur les routes durant l'été.

La vitre côté conducteur se baissa automatiquement. On me fit signe de mettre mon sac à dos dans le coffre qui venait de s'ouvrir de l'intérieur et de rejoindre la voiture par la droite pour m'installer à côté du chauffeur. La Volvo semblait neuve, la carrosserie brillait, et il n'y avait pas une seule poussière sur la moquette du coffre, pas non plus dans l'habitacle. J'avais l'impression que mon jean salirait le fauteuil en cuir. Pourtant le compteur indiquait cinquante mille kilomètres. Le propriétaire de cette voiture était de toute évidence riche et très soigneux.

Le jeune homme qui m'avait pris avait mon âge, dans les 22 à 24 ans. Il devait être soit son fils, soit son chauffeur. J'aurais aimé le savoir, mais tout le long du chemin, c'est lui qui me questionna dans un anglais parfaitement maîtrisé. Je dus parler de ce qui m'intéressait peu, moi-même. Revivre ma vie à travers des questions ne m'apprenait rien de neuf. Ces dernières étaient précises, jamais indiscrètes bien que toujours personnelles. J'avais l'impression de passer un examen d'embauche, et assez étrangement... je passais un examen d'embauche.

Ce garçon me proposa de faire un détour pour m'inviter à déjeuner chez lui à Öresund, petite ville de pêcheurs située au fond d'une baie. J'acceptais avec plaisir puisque je voyageais seul dans le but de mieux connaître les autres. Ceux dont la culture pouvait m'enrichir par de nouvelles expériences. La voiture quitta la nationale pour s'engouffrer dans une petite route de qualité médiocre qui se dirigeait vers la mer. Après quelques kilomètres ponctués de nombreux tournants qui suivaient le bord d'un fjord, on arriva à Öresund.

La voiture s'arrêta devant une très belle maison qui surplombait toutes les autres. Dans la propriété contrairement aux alentours, tout était propre et net. Pas un caillou ne dépareillait le gazon. L'asphalte noir qui recouvrait l'allée dénotait au regard de celui gris clair et défoncé de la route. Nils me proposa de prendre mon sac avec moi si je souhaitais prendre une douche. Sa femme préparerait en attendant un déjeuner supplémentaire. A l'entrée, il me fit franchir le perron et annonça ma présence en norvégien. Je ne compris rien, mais le sens de ses propos étaient logique. D'une pièce qui était la cuisine sortit une femme tenant dans ses bras un jeune garçon de deux ans environ dont la bouche était encore toute barbouillée de compote de pomme. La femme était une de ces norvégiennes telle que nous les montrent les magazines, mince et sportive, soucieuse de son corps et de son charme. Malheureusement elle ne parlait que le norvégien et nos salutations se limitèrent à des sourires de part et d'autres. Elle semblait heureuse de me voir, sans doute s'ennuyait-elle dans cette petite ville sans véritable attrait. Son enfant au regard étonné était superbe, il me fit prendre conscience de la beauté de son père que je n'avais jusqu'alors jamais regardé de face.

Nils était de type scandinave, donc blond aux yeux bleus. Mais ces yeux n'étaient pas du bleu pâle et délavé si fréquent en Scandinavie, mais du bleu vif du ciel de Norvège en été. Je ne connaissais rien de ceux qui gagnent leur vie avec leur corps, mais il me semblait qu'il aurait pu faire fortune en étant soit mannequin, soit gigolo. Je ne me trompais qu'à moitié.

Pendant ma douche, Nils me proposa de faire laver mes vêtements, ce que j'acceptais avec plaisir. Je pensais prendre ma douche seul, mais visiblement Nils souhaitait continuer notre conversation. Loin d'être choqué par des moeurs qui ne sont pas les miennes, pourvu qu'elles soient naturelles au pays visité, je me déshabillais devant lui.

La douche possédait un jet puissant et la possibilité de régler la température au degré voulu. Cette douche était d'un massage des plus agréable. Nils se rapprocha de moi alors que je me savonnais. Il souhaitait tester de sa main la température de l'eau. Il hocha la tête, l'air de dire que ça allait. Mais je sus plus tard qu'il la trouvait trop chaude. Nils était du genre spartiate et il aimait faire profiter à ses amis des vertus d'une vie saine. Ce jour là il se contenta d'hocher la tête.

Nils m'étudiait soigneusement durant ces minutes passées dans la salle de bain, et pas seulement physiquement, bien que tout mon corps soit passé en revue. Si je n'avais pas été nu, j'aurais dit qu'il me déshabillait du regard. En fait, c'est mon âme qu'il scrutait à travers mon corps et mes gestes. Nils me tendit un peignoir, m'aida à me sécher en me frottant énergiquement et me proposa l'un de ses costumes en attendant que mon linge dans la machine à lavé soit séché et repassé.

A table, Nils se décida enfin à parler. Il m'annonça que lui aussi était actuellement en vacances chez lui à Öresund. Mais que son travail l'emmenait loin de chez lui et qu'il ne pouvait rejoindre sa famille et son enfant que rarement. Il m'apprit, et tout indiquait qu'il ne mentait pas, qu'il avait un dossier de photos dans les plus grandes agences du monde. Il était sans cesse sollicité par de très nombreuses entreprises qui souhaitaient associer l'image de leurs produits à son physique. Son visage marquait les foules, on le reconnaissait pour l'avoir vu une seule fois. Il était sous contrats exclusifs avec des dizaines d'industriels. Chacun d'eux tiraient à son profit les campagnes déjà présentées par une autre compagnie en s'appropriant son image. Des milliers de jeunes le croyaient californien champion de planche à voile, d'autres assuraient qu'il était un champion de tennis scandinave, enfin il était le héros de nombreuses personnes qui le donnaient volontiers champion du monde de surf à Hawaii.

Nils excellait dans chacun de ces sports. Mais on le voyait plus, dans les journaux de sport, dans les rubriques publicitaires que dans les articles de presse. Nils me confia son livre de publicités. Contrairement au visage qu'il me montrait lors de ce déjeuner, il était bronzé sur toutes les photos, et la couleur de sa peau contrastait avec la blondeur de ses cheveux. Les photos étaient superbes. En tant qu'amateur de belles images je remarquais qu'il avait droit aux photographes les plus talentueux. Son métier le faisait voyager sans cesse dans de nombreux pays. Nils avait appris à piloter un Cessna pour pouvoir rentrer plus facilement chez lui. Mais rares étaient les séances de photos qui étaient prises en Europe, sa famille lui manquait parfois pendant de nombreux mois. Lorsqu'il était à Öresund, il ne restait jamais plus d'une semaine, les agences n'hésitant pas à aller le chercher chez lui, s'il ne répondait pas assez vite à leur appel.

Pendant qu'il me parlait, je le regardais dans les yeux. Son regard d'un bleu profond me troublait, comme une piscine sans fond intimide un nageur débutant. Ses traits étaient très fins, son visage n'avait aucun défaut, mais c'est son regard qui faisait de sa beauté un spectacle extraordinaire. Il lui donnait un air plus dur, plus impersonnel. Je remarquais une lueur de folie qui ajoutait du charme à sa beauté.

Un jour je découvris une terrible légende sur Öresund. J'attendais Nils dans la salle d'attente d'une agence de New York, je feuilletais un vieux "National Geographic" et je tombais par hasard sur un article spécialement consacré à ce village de pêcheurs de Norvège. Situé à 50 kms. au nord du cercle polaire arctique, Öresund est connu dans toute la Scandinavie pour l'extrême beauté de sa population mais aussi pour la folie qui guette très vite ses habitants. Une légende raconte qu'au moyen-âge, la reine Artmund, de passage à Öresund, remarqua un jeune pêcheur qui fêtait son mariage avec une amie d'enfance. La souveraine conquise par la beauté du jeune homme souhaita passer la nuit en sa compagnie. Il refusa et préféra se jeter dans la mer glacée plutôt que de renier son amour.

La reine furieuse jeta un sort au village. Elle condamna les gens d'Öresund à ne se marier qu'entre eux puisqu'ils semblaient le souhaiter, tel était effectivement le cas de ce malheureux couple. Les liens consanguins devinrent rapidement nuisibles à la population. Et il est de fait qu'encore de nos jours les habitants de cette ville, bien que très beaux, ne trouvent personne à l'extérieur qui soit prêt à partager une malédiction devenue réelle. Chacun termine ses jours dans l'hôpital de la ville, dans des souffrances plus ou moins tolérables.

Nils m'avait proposé de devenir son secrétaire. Le salaire qu'il me proposait était celui confortable d'un chef d'entreprise. Mon goût du voyage serait aussi récompensé puisqu'il m'assurait de faire partie de tous ses déplacements. Le poste n'était pas défini. Je ne négociais aucun de ses contrats puisque lui-même était maître dans l'art de se vendre. Je jouais plutôt les confidents, il aimait aussi discuter philosophie avec moi. Il n'avait pas une grande culture, mais les choses de l'univers le passionnait et il aimait m'en parler et me poser des questions. Je lui donnais les nouvelles du jour, lui qui n'avait guère le temps de s'informer. En bien des points nous étions complémentaires, il appréciait cette différence et savait en tirer profit. Toutefois, maniaque, il m'imposait un style de vie draconien et n'hésitait pas à vérifier de lui-même si la température de ma douche n'était pas de nature à m'amollir. Sucre et alcools m'étaient interdits, mais les exercices physiques très chaleureusement recommandés. Nils savait se montrer convaincant et il était difficile de lui refuser de partager son style de vie.

Nils avait un grand besoin de sexe et souvent il me demandait de draguer pour lui des filles qu'il avait remarqué. Il détestait toute perte de temps, avant comme après. J'avais la délicate tâche de m'occuper de ces jeunes et belles demoiselles avant et après. En échange de quoi, il m'était tout aussi permis de profiter de leurs charmes.

Nils aimait vivre nu et libre, très souvent il faisait l'amour alors que j'étais dans la même pièce que lui, et très souvent il était là lorsque je faisais l'amour avec l'une de ses conquêtes. Parfois il venait nous rejoindre pour s'amuser un peu. Les filles ne disaient rien car elles savaient qu'elles n'avaient rien à dire. Chacune d'entre elles était là pour passer un moment d'amour avec lui et les efforts qu'il exigeait d'elles étaient largement couverts par leur plaisir et leur fierté d'avoir fait l'amour avec lui. Moi-même, bien qu'étant son ami, et possédant grâce à cela un droit de parole, je me gardais bien de créer des conflits d'où je ne pouvais sortir que perdant. Nils aimait me voir faire l'amour, j'en pris vite l'habitude. De plus en plus souvent il intervenait. Il avait toutefois la délicate attention de me prendre par le bassin, de me soulever et de me reposer avec douceur lorsqu'il souhaitait me remplacer dans l'action.

Petit à petit son comportement se modifia. Je prie une place plus grande dans sa vie sexuelle. D'abord il ne put plus faire l'amour sans que je sois dans la même pièce. Ensuite il exigea un contact rapproché et nous faisions l'amour à trois, nous partageant la même fille. Enfin je devais lui masser la nuque et les épaules afin de le détendre pendant ses ébats. Nils devenait de plus en plus nerveux et tendu. Il s'angoissait mais le cachait à tous, moi-même il ne m'en parlait pas, mais je sentais qu'il commençait à souffrir. Nils s'abîmait dans le travail et ne s'offrait pas une minute de repos, pas une minute qui aurait pu lui permettre de réfléchir. Nous avions cessé toutes nos discussions planétaires. Nils se sentait atteint par la maladie d'Öresund.

Un jour alors que sur sa demande j'avais ramené une jolie fille dans sa chambre d'hôtel et que je l'entreprenais, il vint nous rejoindre, et pendant qu'elle lui suçait le sexe, lui se mit à sucer le mien. Je le laissais faire. Nous avions trop de fois partagé nos moments intimes pour que cet acte ne me choque. Pourtant il m'étonnait, je connaissais suffisamment Nils pour savoir que ses penchants pour l'acte sexuel entre hommes n'étaient pas développés. Nous faisions souvent l'amour à trois, mais la fille avait droit à deux hommes et c'était tout. Nils prit goût à mon sexe et il devenait inévitable qu'il me demande de jouir dans sa bouche à chaque fois que nous commettions un acte sexuel avec une partenaire de rencontre. Ces moments devenaient de plus en plus privilégiés. Nils répondit de moins en moins à un besoin de satisfaire ses pulsions sexuelles que de trouver une détente qu'il ne pouvait plus trouver ailleurs.

Je lui proposais bientôt de ne plus faire l'amour qu'entre nous. J'éprouvais une très grande affection pour Nils et je savais que la détente dont il avait besoin, aucune fille à part sa femme, n'aurait pu le connaître assez pour la lui donner. Nils accepta et chaque soir dans mes bras il oubliait l'inéluctable et se sentait heureux. Lorsqu'il me suçait le sexe, il se sentait protégé et oubliait les responsabilités qu'il s'imposait dans la journée.

J'aimais ces moments parce qu'il était alors entièrement tourné vers mon plaisir et c'est ce qui lui importait le plus. Professionnel dans chacun de ces actes, Nils savait tirer de moi les jouissances les plus intenses. En échange il trouvait dans mes bras et dans mes caresses des instants de calme et de volupté. J'aimais le corps de Nils, parce qu'il était beau.

Son sexe était à l'image de son physique, parfait. Il n'était ni trop long, ni trop gros. Il était droit et lisse. J'aimais en le caressant découvrir son gland et tout doucement remonter sa délicate peau pour protéger à nouveau celui-ci. Lors de ces moments, ses testicules tournaient doucement dans leur enveloppe et j'aimais regarder ce mouvement preuve de sa satisfaction.

Il m'arrivait souvent de masser Nils, de me coucher sous lui, d'embrasser son cou et même de violer sa bouche de ma langue. Tous les soirs je lui caressais le sexe pour qu'il s'endorme, mais jamais je ne l'avais pénétré ni sucé comme il se plaisait à me le faire. Pourtant l'odeur de son corps commençait à m'enivrer et j'attendis de le désirer avec passion avant de moi aussi le sucer. La finesse du grain de ses muqueuses, alliée à une douce et chaude odeur virile me firent perdre la tête. Le sexe de Nils était à l'image de sa personne très sensible et je prenais soin d'envelopper chacun de mes coups de langues d'une caresse humide et délicate.

Notre affection l'un pour l'autre se mua en amour avec la découverte des plaisirs de nos corps respectifs. Nils m'admira pour mes dons et se faisait plus tendre. Un jour il m'autorisa à le pénétrer, permission qui me sembla remarquable venant de sa part. Cet acte se passa dans un cérémonial destiné à mettre en valeur la beauté du geste et afin qu'il puisse être le plus agréable pour nous deux. Nous prîmes ensemble une douche qui s'avéra être un excellent préliminaire. Nils s'isola quelques instants pour se faire un lavage intime et vint sur le lit s'étendre sur le ventre. Les caresses furent longues.

J'écartais tout doucement ses fesses pour laisser apparaître pour la première fois son anus, avec de délicats petits plis roses recouverts d'un fin duvet blond pratiquement invisible. Ma langue le massa jusqu'à ce que Nils fut parfaitement confiant et détendu et là elle s'enfonça dans sa tendre intimité. Nils voulait que j'entre en lui totalement et souhaita lui-même huiler mon sexe de sa propre salive. La pénétration contracta tous ses muscles qui ressortirent sous sa peau. Tous mes mouvements agissaient comme des décharges électriques qui maintenaient sa contraction musculaire. Mon ventre glissait sur ses lombaires, mes doigts pétrissaient ses dorsaux et ma bouche embrassait fougueusement ses épaules. Mes mains caressaient ses pectoraux et ses abdominaux.. Nils m'apportait le bonheur d'un corps parfaitement musclé.

Nos actes d'amour revinrent plus souvent, Nils commençait à ne plus pouvoir se passer de moi. Et comme s'il avait peur que je le quitte, il veillait sur moi avec une extrême attention, me donnant plus de liberté, m'offrant de somptueux cadeaux, prenant toujours soin de mon humeur. Nils m'offrait volontiers le spectacle que je préférais, passer des heures à admirer et à caresser son sexe en érection.

L'automne venu, Nils retourna à Öresund. Il me semblait évident qu'il ne repartirait plus jamais de chez lui. Au sommet de sa gloire, il quittait peu à peu notre monde. Son regard devenait chaque jour plus absent. Je savais y lire les messages désespérés qu'il me lançait et mes yeux savaient répondre à ses inquiétudes. Alors, Nils se détendait quelques instants, il avait pleinement confiance en moi. Il savait que je prendrais mes responsabilités et ça le rassurait.

Un des premiers soirs de neige, Nils disparut. Nous avons attendu, sa femme et moi, trois semaines avant d'avoir de ses nouvelles. Des chasseurs avaient découverts son corps dévoré par les loups. Il avait réussi avant de mourir à tuer de ses bras nus deux jeunes adultes. Ceux qui l'avaient retrouvé n'auraient jamais cru un tel exploit possible.

Depuis j'ai épousé sa femme, elle attend un enfant de moi, il sera mon premier et son second. Je veillerai sur elle et le fils de Nils comme j'ai veillé sur lui, en les accompagnant vers leur destin. Je comprends aujourd'hui le message d'amour de Nils, en se rapprochant de moi, il avait souhaité que je me substitue à lui afin qu'il continue à vivre à travers moi.

FIN



Dernier courriel connu de l'auteur : pedro@textesgais.com