Oh douce nuit... (1 de 2)


Oh douce nuit... (1 de 2)
Texte paru le 2012-12-30 par François T.   Drapeau-fr.svg
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Template-Books.pngSérie : Oh douce nuit...

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Ce soir là, mon dabe c’est pointé avec sa tronche des mauvais jours. Y'avait pas besoin de se frotter le museau pour comprendre qu’il s’était gargarisé au « jaune ». Vu l’heure qu’il était, on avait déjà compris ma mère et moi que quand il allait rentrer, il n’allait pas nous arriver intact. Alors prudent, j’ai limité mes effusions filiales au minimum syndical. Attention, mon vieux c’est pas un alcolo, mais il lui arrive de se faire piéger à la sortie du boulot, surtout ce soir pour fêter Noël avec ses collègues et malheureusement il n’a pas le vin joyeux. Dans ces cas là, profil bas car ça peut se terminer en tourte de phalanges et franchement comme repas de Noël, je préfère la pizza. Suffit d’attendre qu’il se finisse au rouquin et une fois bien torché, qu’il aille s’affaler sur le pieu. Après on pourra réintégrer les parties communes et se faire une soirée télé.

Comme réveillon, y a mieux, quoique chez nous, c’est jamais le soir qu’on fait la grande bouffe mais le lendemain chez Mémé. Je n’attendais même pas de cadeau, je savais que cette année c’était peau de zob because chômedu à l'horizon. Mais ce soir là, ma mère ne devait pas être bien lunée non plus, elle s’était mis en frais avec de la galantine pistachée et des escargots surgelés et elle a rué dans les brancards quand il a débouché une bouteille de rouge, comme quoi c’était du bon, du Bordeaux pour emmener chez Mémé. « Fait pas chier » qu’il a dit et là je sus que c’était foutu pour la soirée, les voisins n’auraient pas besoin d’allumer la télé, ils allaient avoir du Reality Show sur le palier ! Ça allait être Indiscrete Story dans toute la cage d'escalier, Drucker et les brâmeuses du spéciale Noël allaient avoir de la concurrence.

Bon le plan 2B, emergency rescue s’impose : la fuite ou plutôt le repli stratégique vers l’appartement plus calme de mon pote Fabrice. Ils sont chouettes ses vieux, y a toujours une galetouse avec un reste dedans pour les oiseaux de passage et un bout de canapé pour se faire un perchoir. Pas de question, pas d’explication à donner, ça évite d’avoir la honte. Fabrice, il est comme eux : t’es là c’est bien, il te demandera pas pourquoi. Je passe mon blouson bleu, celui que j’aime bien même s’il est un peu léger pour une fin décembre, mais l’appart à Fabrice il n’est pas à des kilomètres et je me glisse discrètos dans le couloir pendant que dans la cuisine la tempête enfle. Y a du vent dans la mature moi je vous le dis, un sacré concerto à deux voix, j’ai pas peur pour ma mère, elle est de taille à tenir sa partition et même avec deux grammes dans chaque poches, mon dabe, il n’a jamais levé la pogne sur elle. P’têt même qu’après s’être bien époumonés ils vont finir par se tomber dans les bras et essayer de me faire le petit frérot que j’attends depuis quatorze ans ? Merde, j’ai laissé mes clefs sur le buffet ! Pas question d’aller demander un temps mort pour les récupérer « Excusez-moi de vous déranger, mais vous me cassez les roubignoles et je me tire. » C’est des coups à réconcilier les duettistes sur mon dos et à me retrouver cloîtré dans ma piaule avec la tronche en biais. Alors je file dans les escaliers et à moi le bon sirop de la rue !

L’avenue est déserte, derrière les volets fermés, on ouvre les huîtres, les loubardes des guirlandes n’éclairent que ma petite silhouette frigorifiée, deux voitures de retardataires filent, la plage arrière couverte de gerbes de fleurs ou de paquets de gâteaux. La gerbe, c’est moi qui vais l’avoir : quand j’arrive devant l’immeuble à Fabrice, je comprends qu’il y a une couille dans le potage, y a pas une seule lumière dans leur appart. Pas la peine de me farcir les quatre étages, j’ai pigé, la Fabrice’s family est partie en goguette. Je fais quoi moi maintenant ? Je retourne sonner chez mes vieux, c’est peut être la mi-temps ? « Meuh non, j’m’étais pas cassé, j’étais juste descendu faire pisser Mirza. » On n’a pas de chien ! Quitte à bouffer de la soupe à la grimace, je préfère la sauter carrément et je m’emmène voir s’il y a du populo dans le hall de la tour 3. C’est notre Maison de la Jeunesse et de la Culture à nous ces quarante mètres carrés coincés entre deux rangées de boîtes aux lettres déglingués, y a parfois de bons moments quand il y a des rigole’men mais c’est pas le cas ce soir, c’est même un peu glauque à cause d’une histoire de barrettes tellement coupées avec du henné qu’il vaut mieux s’en faire un shampoing qu’une fumette. Si je connais tous les mectons qui sont là, c’est pas mes meilleurs potes, c’est pas la crème non plus, à eux tous ils doivent avoir passé plus d’heures au poste que moi en classe depuis ma sixième et pis, ils se méfient de moi : je suis trop clean à leur yeux, ils ne peuvent pas faire confiance à un type qui ressort du Monop sans avoir des trucs qui lui sont tombés dans les fouilles. Ils m’acceptent à moitié parce que je suis le pote à Fabrice, que je joue bien au foot et que je les fais marrer avec mes histoires. J’en vois aucun à qui demander s’il fait hôtel pour la nuit, alors après m’être fait taxer d’un demi paquet de Malboro je salue la compagnie et vais porter mes baskets dans l’air frisquet de la nuit.

Pile poil en sortant de la tour, je tombe sur Nicolas. Je ne le connais pas vraiment bien, je sais même pas ou y crèche mais je suis toujours joyce quand je le vois se ramener. C’est un mec cool, pas du tout rouleur, vachement démerde, pas même un peu mytho comme la plupart des mecs du quartier qui n’arrêtent pas de s’la raconter à propos des filles ou de leurs magouilles. Non, lui c’est la discrétion, pas un mot sur ses petites affaires même si on devine quelles ne sont pas franchement claires. Fabrice dit qu’on peut avoir confiance en lui. Je sais qu’ils ont été au charbon ensemble, mais je n’en sais pas plus… Et pis il a de sacrés beaux yeux ! Tiens une anecdote à ce propos : la première fois que j’ai entendu son sur-blaze, j’ai compris Beau zgaye, pour moi pas de doute un zgaye c’était la bite, une déformation du mot sgeg et si les potes l’appelaient comme ça, c’est qu’il devait en avoir une sacrément belle. J’ai commencé à utiliser ce mot dans le style tiens, mon zgaye sans que ça soulève l’étonnement jusqu’au jour où je le dis devant Fabrice en m’empoignant le paquet à pleine main « Pourquoi tu fais ça ? » qu'il me dit. Alors je m’explique et devant son air ahuri je parle même de Nico. J’ai cru qu’il allait mouiller ses huggies tellement il se marrait « Eh pomme, les gailles c’est les yeux ! Beaux-z-gailles c’est Beaux-yeux ».

Donc, Nico-beaux-z-gailles s’avance vers moi. On se touche la main.

— Salut môme.

MÔME ? On n’a qu’une demie tête et deux ans d’écart ! Y se foutrait-y pas un peu de ma gueule, le bellâtre des cités ?

— Non moi c’est Pierre, Pierrot à la rigueur, que j'lui réponds d'un ton rogne.

— Eh pars pas au renaud, p'tit mec, j’avais envie de t’appeler comme ça, c’est affectueux.

— Ouais, c'est gentil mais si ça tombe dans une esgourde qui traîne, après ça risque de me rester.

D’un coup de menton, il désigne la porte du hall et me demande s’il y a du monde. Je lui dis qui est là et lui décris l’ambiance de merde, ce qui lui fait froncer le nez.

— Allez viens, on va se fumer un clope sur les marches, c’est moi qui régale.

Il me demande ce que je fous là, à une heure pareille, un soir pareil. Alors je lui raconte le coup de la corrida dans ma carrée et le Fabrice qui a mis les adjas. Je lâche négligemment :

— Tu sais pas où je pourrais crécher pour la nuit, des fois ? Avec la petite idée au fond de ma pensarde que j’aimerais bien rester un peu avec lui.

— Désolé, mec, moi aussi je suis tricard chez mes vieux, mais tu peux me filer le train si tu ne veux pas rester seulâbre.

— Où qu’on va ?

— Voir si y aurait pas un pieu de libre dans un squat du côté de la gare du RER.

Je le connais ce squat, avec Fabrice, on y a été chercher un mec un jour. C’est plus la cour des miracles qu’un dortoir pour gentil collégien en rupture de banc comme moi ; c’est déjà malsain dans la journée, alors je te dis pas ce que ça doit être à c't’heure. Je suis pas emballé mais quand même un peu flatté que Nico me charge sur ses endosses pour trouver un coinceteau où dormir.

On trace depuis un moment dans une rue pavillonnaire qui descend vers le centre ville, je parle beaucoup et de n’importe quoi pour camoufler le traczir qui me monte en approchant de ce foutu squat. Nicolas n’est pas bavard mais il me coule parfois des regards en biais avec un petit sourire amusé. J’aime bien quand il me regarde comme ça. Maintenant que j'ai pris confiance et qu'il m'intimide moins, je finis par lui dire que je flippe un peu d'aller là-bas, que je trouve ça craignos. Il hoche la tête en manière d'approbation mais n'a pas le temps de parler : venant d’une rue perpendiculaire on voit les éclats d’une lumière bleue clignotante. Si on prend racine dans le bitume, on va avoir de la compagnie dans pas longtemps et j’ai beau être bavard, je sais pas comment je vais expliquer aux schmits pourquoi j’ai encore les miches dehors à pas loin de midnight. C'est pas illégal de se balader sous la lune même un soir de Noël mais comme ce sont de vilains soupçonneux et qu'ils ont les boules d'être de service un soir pareil, sûr qu'ils vont trouver ça louche et qu'ils vont nous demander nos fafs histoire de s'occuper un peu et de justifier leurs heures supplémentaires. Et mes fafs, bien sûr, sont restés sur le buffet avec mes clefs !

Nico réagit avant moi et me tire en arrière par le colbaque, à trois pas de là il me pousse derrière le pilier d’un portail, la cachette est si peu profonde qu’il se plaque contre moi pour se dissimuler de la rue, nous sommes tellement serrés l’un contre l’autre que s’il avait été circoncis, je suis sûr que je l’aurais senti. Une bête ambulance remonte la rue et nous dépasse sans bruit, projetant son feu inutile. Un fou rire silencieux commence à monter dans nos ventres.

— J’étais sûr que c’était pas les bleus, ça clignote pas pareil.

N’empêche qu’il m’a bien plaqué contre le mur et qu’il tarde à se dégager. Je ne vais pas crier au charron, ça me réchauffe le bide et ce n’est pas désagréable.

— T’as l’air gelé, c’est pas assez chaud ton espèce de blouson pour partir en cavale… J’ai une meilleure idée que le coup du squat… Tu me suis ? C’est pas très loin.

— C’est quoi ton plan ?

— Surprise !

J’aime bien les surprises, mais mon petit doigt me dit que je ferais bien de me gaffer de celle-ci. Pour preuve, depuis qu’on a tourné dans la rue de l’ambulance, Nicolas jette des coups d’œil sur les façades des baraques. C’est une rue vachement pépère, avec des pavillons bien claquemurés, juste des rais de lumières autours des volets clos, on se demande s’il y a des gens qui font la fête ici. De voir Nico à l’affût me fait monter l’angoisse, je devine qu’il va me pleuvoir un paquet de merde sur les endosses dans pas longtemps. Il s’arrête brutal, le dos à un pavillon bas et sans lumière.

— Tiens Pierrot, cigarette.

Et pendant qu’il me donne du feu, je vois ses yeux qui parcourent les fenêtres des crèches d’en face.

— À trois on saute la barrière.

Putain les foies ! J’en ai un choc dans la poitrine, en d’autre temps je lui aurais dit qu’on pouvait pas sauter à trois car on n’était que deux, mais là j’ai l’esprit tellement vide que je l’entends même pas compter et quand il se retourne, qu’il grimpe sur le muret de maçonnerie et s’envole au dessus de la barrière de bois ; je l’imite comme un con.

MAIS POURQUOI J’AI FAIT ÇA !!!!!!!!!!!

Pour pas rester tout seul dans la rue à pas savoir quoi branler le reste de la nuit.

Pour ne pas passer pour une pomme.

Parce que j’en ai plein les glaouis de trimballer mes miches dans le froid.

Parce que… parce que !

On est accroupis sur la pelouse d’un minuscule jardinet, Nicolas se redresse pour mater au dessus des troènes. Faut que je lui dise d’arrêter les conneries, faut qu’on repasse de l’autre côté, que la cambriole c’est pas pour moi, que je suis une cloche, un cave, que même minot j’ai jamais chouré le moindre paquet de bombecs. Tant pis si ma répute est cramée dans le quartier, j’ai vraiment trop les foies de continuer.

Je vais pour lui dire tout ça mais ce con est déjà parti. Depuis l’angle de la maison il me fait signe de le rejoindre. Cassé en deux, les jambes flageolantes je le rejoins.

— Bouge pas, fais le pet, je reviens.

J’ai encore rien pu dire avant qu’il ne trisse le long du mur, sur le côté de la maison. Depuis l'angle, planqué dans l'ombre, je mate la rue à m’en écorcher les mirettes. Sûr que quelqu'un nous a vu sauter la barrière et que pas loin, y a une bourgeoise en train de tubophoner à la maison poulaga… Vont arriver furibards d’avoir été dérangés en plein milieu de leur sandwich à la dinde, la gâchette pleine de mayonnaise… Belle soirée pour une bavure… J’aime pas les pralines, je préfère les chocolats… J'me fais un vrai cinéma et ça se bouscule tellement dans mon crâne de piaf que j’ai la grosse secousse quand une paluche se pose sur mon épaule.

— Hoops !

— Calmos mec, la voie est libre, no problémo, tout baigne.

J’ai les flûtes tellement molles que je n’arrive pas à décoller. Il me prend par le cou et m’entraîne à toute vibure à l’arrière de la bicoque. Dis, tu crois que c’est parce que j’ai la tête sur son épaule que je me laisse driver comme un bourrin docile ? Tiens, même que je lui passe mon bras autour des reins pour être un peu plus près. Si ça ne rassure pas, au moins c'est agréable de sentir son corps tiède contre le mien. Sur la facade arrière, il y a un volet à demi ouvert, une porte-fenêtre entrebâillée. Chapeau mec ! Vachement pro ! J'ai pas entendu de bruit de verre et je ne vois pas de traces d’effraction. Nico me propulse dans la piaule, tire le volet derrière lui. Noir complet. Je l’entends fermer la fenêtre puis la lumière vacillante d’un briquet jette un éclairage famélique autour de nous.

— Sors ton zippo, faut que j’me repère.

Je me transforme en Statue de la Liberté éclairant le monde pendant qu’il calfeutre les fenêtres avec les doubles rideaux et part à tâtons mater les autres pièces. Là, resté seul, planté au centre de la carrée, j’entame un concerto pour prémolaires et rotules qui ferait hurler « Olé » à n’importe quel hidalgo, faut que je me surveille car ça pourrait bien ce terminer en trace de pneu au fond du calbute. Eh quoi ! Normal, c'est ma première cambriole ! Nicolas revient en allumant les lumières, c’est pas de la lumière de pauvre qui vous tombe sur le paletot depuis le plaftar, mais une chouette lumière bien chaude et bien douce qui fait fondre mon angoisse. Nico aussi doit bien aimer car il va partout pour allumer. Je suis au centre d’une grande pièce, salon à droite, une table en verre a gauche, la cuisine en face, une cuisine tout bien, mieux que dans le magasin Vogica et un bout de chambre juste à côté. Nico se plante face à moi, les bras écartés comme pour me présenter le décor.

— Alors, elle te plait pas notre auberge ?

Enfin je peux parler.

— Nico, faut qu’on s’tire ! J’le sens pas ce coup là, j’ai jamais fait un truc pareil. On va se faire poisser, c’est sûr. T’imagine la gueule des proprios quand ils vont se pointer après leur gueuleton ? Je ne veux pas connaître la zonzon parce que je me caillais les miches un soir de Noël. Mon père, c’est pas un rupin mais il m’a appris à coups de satons dans le derche à être honnête et si je lui ramène un casier dans un paquet cadeau pour ses étrennes, y vas pas m’tuer mais je crois qu’y va crever de honte.

— T’as fini, là ? Un, je croyais que t’allais me remercier de te trouver une nid douillet. Deuxio, ici y a pas de probloc, j’ai suffisamment planqué pour te dire qu’on est peinard pour la nuit. Troisio, puisque t’as des scrupules, on va rien faucher, on va juste se taper la cloche avec ce qu’il y a dans le frigo, descendre une bouteille de raide en se vautrant sur le canapé et demain, on s’extrait avant l’aube. Peut être même qu’y se doutera de rien le bourgeois en rentrant, juste des miettes sur sa moquette, alors s’il va renauder chez les flics, c’est qu’il est de mauvaise foi.

Ce ne sont pas ses arguments qui me font fléchir mais ses putains de beaux yeux qu’il plante dans les miens et son petit sourire aussi… Je pense « Putain, comme il doit les faire mouiller, les filles, quand il fait ça ! »

— Tu m’jures qu’on risque rien ?

— Promis, juré, craché... Sur la tête de mon nœud !

— Et qu’on s’arrache demain avant le jour.

— Comme un pet dans une culotte de velours… Sans un bruit et en douceur.

— Pas une parole... Juste une p’tite odeur ?

— Peut-être, comprends pas... Pourquoi ?

— Ben... Qui ne dit mot, qu’on sent !

Il reste surpris puis finit par comprendre mon jeu de mots. Je vois monter sur son visage un rire muet puis c’est la franche rigolade. Il passe ses bras derrière mes reins et me colle contre lui. On se marre comme des bossus, ventre contre ventre et c’est vachement bon.

— Vachement intellectuelle ta vanne. T’es trop comme mec, si t’existais pas, faudrait t’inventer.

Et de me coller une grosse bise sur la joue. Après cela, comment voulez-vous que je lui dise que ce n’est pas de moi… Il envoie valdinguer son blouson sur une chaise et pendant que je l’imite plus posément, il fouille dans un meuble, sent le goulot d’une bouteille, s’en paye un gorgeon. « Tiens, à ta santé, c’est du punch. » C’est un liquide orangé, un peu sirupeux, pas du tout désagréable qui m’envoie immédiatement une onde de chaleur en arrivant dans mon estomac vide.

Après trois gorgées, la situasse me semble moins dramatique, je suis encore loin d’être vraiment relax mais je me détends dans la douce chaleur de la baraque. Nicolas reprend son inspection, il disparaît par une porte, farfouille puis il y a un bruit de cataracte dont je ne devine pas la cause. C’est quand même pas les chiottes qui font ce potin là ! Nico reviens avec un sourire d’ange.

— Eh Pierrot, y a une baignoire olympique à côté, amène toi, on va se prendre un bain.

Et là il commence à se dépoiler en plein milieu du salon en balançant ses fringues aux quatre coins de la pièce. Il est taré ce mec, complètement ouf, on est dans une carré sans y être invités, on a broyé la fenêtre et il a beau me dire qu’on est peinards moi je suis d’avis de rester dans les starting-blocks pour décarrer vite fait si le temps ce met à l’orage. Mais non Môssieu a décidé de prendre un bain et de se balader à oilpé ! Il vient d’enlever son tee-shirt et j’en ai pris plein les mirettes, il déboucle son ceinturon, déboutonne son 501 qui chute d’un bloc à ses chevilles, dégage un pied en s’aidant de l’autre puis fait valdinguer son fûte à l’autre bout du canapé. Bon, des mecs en slibard, j’en ai vus quelques-uns dans les vestiaires et même des sans slibard mais lui, y me fait quelque chose, un curieux petit pincement dans le ventre, c’est qu’il est vachement bien foutu, pas le gros paquet de muscles, non au contraire, fins et biens dessinés, vachètement harmonieux. Il a tout pour lui ce mecton, une gueule d’ange, des yeux à ruiner le slip des gonzesses, un corps de félin, une peau bistre que l’on devine toute douce et un mignon paquet dans son slip étroit.

Je reste tétanisé quand il s’avance vers moi, en un éclair j’imagine qu’il va me prendre par la taille comme tout à l’heure et j’en ai des frissons dans les hanches par avance… Mais non, il me prend la bouteille des mains, avale une rasade de punch, fait demi tour et part vers la salle de bain. À mi chemin il enlève son calbute, le jette négligemment sur la table et disparaît par la porte. Putain quel pétard ! Des miches à faire goder un impuissant, étroites, hautes et fermes. L’envers vaut l’endroit et l’image de son cul reste incrustée dans mon cerveau.

Je me retrouve tout bête maintenant que je suis seul. Y a tempête sous un crâne, la soluce de prudence serait de partir comme un dératé chercher le pardon de mes vioques. « Coucou c’est moi, poisson d’avril, vous n’avez quand même pas cru que j’avais fugué ? Pas un soir pareil ! » Mais si je fais ça, avec le Nico, c’est pas de trottoir qu’il va falloir que je change, c’est de quartier ou même de ville. Comme un automate j’avance jusqu’à la porte de la salle de bain, c’est une sacrée belle pièce, tout en carreaux blancs et bleus avec une grande baignoire au fond dans laquelle se prélasse mon Nico. Une vraie salle de bain de bourges comme on en voit à la télé dans les séries. Rien à voir avec la nôtre qu’est toute petite et toujours encombrée de linge qui sèche. Un bain, j’en ai jamais pris dans un truc aussi grand, ça me fait vachement envie.

— Alors tu te magnes ! L’eau est super chaude, c’est bon, ça réchauffe. C’est parce que t’as peur de me montrer ta bite que tu viens pas ?

Y a un peu de ça, même si je la trouve jolie ma bite, je ne sais pas vraiment si elle est grosse comme elle devrait l’être. Vu la bosse qu’il avait dans le slibard, sûr que je vais avoir l’air ridicule, mais eh, il a deux ans de plus, ça compte ! Ce qui me gène aussi, c’est que je suis presque pas poilu, un peu quand même, juste au-dessus du sgeg, c’est tout court et ça frisotte. Pour le coup il va m’appeler môme. Et puis je me dis que je suis trop con : y a un mec à oilpé et qui me fait kiffer, parce que ça y est j'ai compris que tous les trucs que je ressens depuis que je suis avec lui, c'est pas des trucs de simple copinage, qui me propose de le rejoindre dans une baignoire et moi je joue les pucelles effarouchées parce que j’ai peur de montrer mes trois poils, ma banane naine et mes deux abricots ! Allez, Pierrot, c’est Noël, le petit Jésus il est là-bas au fond de l’eau, courage, tu te souviens comme t’aimais te balader à poil, dans les douches en colo, devant tes copains ?

Je commence à me désaper sous l’œil narquois de Nicolas qui m’observe franchement, son fameux petit sourire aux lèvres. Et s’il prenait son pied en me regardant ? Moi j’ai bien pris le mien en lui matant les fesses, y a pas de raisons que ça lui fasse pas pareil, je me trouve pas moche et même plutôt mignon. Du coup ça commence à me faire bizarre dans le ventre et la poitrine à l’idée que je vais me retrouver complètement à poil devant Nico. Ça y est j’ai plus que le slip et je ressens une sacrée exaltation en le baissant. Aïe, Popaul n’est pas au mieux de sa forme, tout rabougri et enroulé autour des couilles toutes serrées. À se balader dans le froid de la nuit, y a des conséquences ! Eh l’escargot, réveille-toi, ne me fais pas honte. Je tire discrètement sur le bout à l’abri de l’autre main puis j’avance crânement vers Nicolas qui ne semble pas en perdre une bouchée, son sourire s’est accentué. Bingo ! Je crois qu’il me kiffe aussi. Alors au lieu d'entrer tout de suite dans la flotte, je prends un peu mon temps, les mains sur les hanches, les cuisses un peu écartées. Quel pied de se faire mater par de si beaux yeux ! J’ai des picotements sous les bourses annonciateurs de ma prochaine bandaison. De son index, il fait signe de me tourner, je m'exécute et je sens son regard peser sur mes fesses.

— T’as un petit cul d’enfer, ça te donne ton billet pour me rejoindre.

Je descends dans l’eau chaude face à lui, il me fait une petite place entre ses jambes, puis à peine assis, il me saisit par les mollets et me fait glisser au fond de la baignoire. J’ai les fesses sur son ventre, les talons sur ses épaules, les flancs serrés par ses cuisses, il a décidé de ne pas y aller par quatre chemin.

— T’es bien comme ça ?

— Super, ch’ui aux anges, y a juste un truc dur qui me bousille le dos, t’es sûr qu’y a pas une boutanche de shampoing dans la flotte ?

— C’est ma bite Pierrot, elle bande pour tes miches.

— Eh oh, calmos, je suis dans les petites classes, moi. J’en suis encore aux cartes de France.

— Tout seul ou à deux pognes ?

— J’n’ai pas redoublé non plus ! Bien sûr que j’ai déjà fait des duos, mais passer directos en Terminale, pas question, ça me fout trop les jetons.

— Tu m’inspires Pierrot, j’vais te faire ton cours de rattrapage. Avant demain matin, tu m’auras demandé de te taper dans la lune.

— Dans tes rêves, oui. Mon œil de bronze, ce n’est pas pour ton bras d’enfant.

J’ai cru qu’il allait dire « Tu paries ? », il s’est contenté de me faire son regard de velours et de me caresser du bout des doigts le haut des cuisses juste là, à l’intérieur, sur le côté des boules. Ça a vachement mis en émoi coquette qui était déjà toute raide et qui a pointé son museau hors de l’eau. Pour lui montrer que s’il était bon prof, je voulais bien être premier de la classe, j’ai casé mes mollets sur les bords de la baignoire et lui ai laissé libre accès à mon entrejambe. Un virtuose le Nico, le Richard Clayderman du frôlement et de la chatouille autour et au dessous des bourses avec un arpège le long de ma queue, un coup à me faire partir avant l’heure.

— Eh te pâmes pas, p’tit pote, c’est que le début, maintenant on va se faire le fusil à deux coups.

J’ai saqué mes fesses de son ventre si doux et on s’est mélangé les cuisses pour faire une double Banana Split à quatre boules, la chantilly sera pour plus tard. Il a chopé nos deux verges dans une main pour une branlette de pro. Bien qu’on ne soit pas du même calibre, le frottement de nos deux bites l’une sur l’autre, la caresse de nos burnes entre elles nous procurait un plaisir évident. J’ai remplacé sa main par la mienne, sous mes doigts je sentais sa peau fine coulisser sur son membre très dur presque annelé, je dois être raide dingue de ce mecton pour que le simple toucher de sa queue m’électrise à ce point. J’ai relâché nos deux pines pour me consacrer uniquement à la sienne. Ah ça t’occupe la main un bel engin comme ça !

Il ne me laisse pas jouer en solo et empaume ma queue d’une main et mes bouboules de l’autre avec doigts baladeurs sur le périnée. Un délice ! Rien à voir avec les petites branlettes dans les cabines de la piscaille ou c’est toujours un peu la compète à celui qui lâchera la purée le premier. Là franchement, j’ai envie que cela dure et je fais tout pour ne pas monter en mayonnaise. Pour Nico, c’est pareil.

— Doucement Pierrot, tu vas faire cracher le colosse, fais une pause.

Ses mains abandonnent mon sexe et remontent sur mon bide, mes hanches, caressent mes fesses. Il se relève, nos jambes se dénouent, il s’agenouille, se penche sur moi et approche ses lèvres de ma bouche. Si on m’avait dit en prenant mon quatre heure que j’allais rouler une pelle à un mec avant la fin de la messe de minuit, j’aurais volé dans les plumes du vilain prédicateur. Le touche-pipi, ouais, c’est normal, faut bien s’entraider dans la vie mais le palot entre gonze, faut être vicelard, faut porter une chemise rose et parler en zozotant pour aimer ça. Mais là, c’est Nicolas ! Je suis même vachement bluffé qu’il veuille me faire une soupe de langues ; je suis partant, l’occase je ne vais pas la rater. Pour montrer ma bonne volonté j’ouvre un four à enfourner un pain de quatre livres, à me décrocher les mandibules. Riez pas, je manque de pratique, j’ai jamais fait ça, pas même avec une sauterelle.

— Ferme ton clapoir Pierrot, t’es pas chez le dentiste.

Il me passe une main sous la nuque et de l’autre me bloque le menton. Ses lèvres viennent frôler les miennes, c’est à peine s’il les touche, c’est agaçant mais tellement électrisant ! Il se pose enfin, aspire doucement chacune de mes lèvres, fait durer. Enfin il relâche mon menton, sa langue part en exploration, vient tourner autour de la mienne, nos lèvres se soudent, le baiser se prolonge, s’intensifie, nos langues luttent puis il cède et m’attire dans son palais, me repousse, nos lèvres se séparent, se suçotent, se recollent. Sa main se referme sur ma queue, la décalotte, caresse la peau tendue de mon gland. C’est trop pour moi, je pars, je pars comme je ne suis jamais parti, tremblant de tout mon corps, accroché à ses lèvres comme un plongeur à son tuba. Je suis en plein trou noir avec des étoiles qui défilent devant mes yeux. Quand je reviens à la réalité, Nico pose son front contre le mien, plonge son regard dans mes yeux.

— Ben dis donc, tu fais pas semblant quand tu prends ton pied, ça fait plaisir à voir. T’aurais quand même pu m’attendre qu’on finisse en doublette.

— Désolé Nico, tu branles trop bien...

Je ne peux pas terminer car il me fait des petits bécots super agréables sur les lèvres puis il se relève bien droit hors de l’eau. Putain quel spectacle ! c’est vachement mieux que la naissance de Vénus de l’autre barbouilleur italien dans mon bouquin d’histoire de l’art. Quand on a ouvert la page en classe, il y a eu des sifflets salaces et des mecs qui ont demandé si y avait pas la même sans les mains. Moi perso, je trouvais qu’elle avait un gros dargif, la Vénus dans sa coquille saint-Jacques, et des petits roploplos et puis ça me défrisais de rien ressentir pendant que les potes tiraient une langue à la loup de Tex Avéry. Alors que là, un Nico qui vous sort tout ruisselant de la baille au ras des moustaches, côté émotion esthétique, c’est le panard. Je vire ma cuti ou quoi ? Parce que là je me dis « qu’est-ce que c’est beau un petit marle qui bande », après tout je m’en fous de tourner pédé si c’est avec Nico. La Vénus elle peut le cacher si elle veut, son minou, j’ai sous le pif un autre chef d’œuvre, en V.O. non sous-titré celui la, avec la furieuse envie de le bécoter tout du long.

Faut jamais contrarier ses envies…

Du pouce il incline son sceptre et m’en caresse les joues, le nez, les lèvres. Quand on me demande aussi gentiment, je ne sais pas refuser. Je goûte d’abord de la langue, normal il faut que je m’habitue, tout bien tout autour du nœud. Il est tout frémissant mon Nico et quand je m’enfourne son guerrier casqué, il s’accroche à mes épaules.

« Ne fais bien que ce qu’il aime faire », « Parfois brouillon mais toujours plein de bonne volonté », « Apprend très vite quand le sujet le passionne », voilà quelques annotations de mes profs sur mon carnet de notes, tu parles que ça s’applique au cas présent ! Le sujet me passionne, je mets beaucoup de bonne volonté à apprendre vite et même si je suis un peu brouillon, le sujet en question n’a pas l’air de s’en plaindre. C’est si bon de sentir la douceur d’un gland sur la menteuse que je m’enhardis, découvre, invente. Je le biberonnerai bien jusqu’à ce qu’il sperme mais je ne sais pas si cela ce fait, p’t’être qu’il va me trouver dégueu, on nous apprend jamais ça dans les livres de bonnes manières, c’est pourtant vachement essentiel. Pouf, il a sa grande secousse, dans un réflexe idiot je me retire pile poil quand il explose, sa première giclée me strie la tronche du menton à la joue, il me chope la tête, me force à l’emboucher. Cool Nico, je vais pas le gâcher ton sirop de burnes, la vache t’avais du retard d’affection ou bien tu fais une production spécialement pour moi ? C’est pas un tirage limité, c’est sûr. Je clape de la menteuse comme un amateur de beaujolpif, il est long en bouche le Nicolas nouveau. Aux âmes bien nées, l’avaleur n’attend pas le nombre des années. Et pour terminer un petit débarbouillage de mes joues sans les mains, uniquement au zob, va-z-y étale bien mon Nico, c’est plus doux que du Nivéa. Nicolas s’écroule plus qu’il ne s’allonge dans le fond de la baignoire, il m’attire à lui, nous restons là, enlacés, sans mouvements, heureux de profiter du contact de l’autre.

— Tu sais Pierrot, ça fait un moment que je te reluque, tu m’as tapé dans la rétine un jour que tu jouais au foot avec un short vachement étroit. Je me suis dit « des miches pareilles c’est pour les paluches à bibi ». Au début je voulais juste te sauter, t’en filer un petit coup dans les baguettes comme ça en copain et puis après je me suis dit que tu devais être vachement bon à bisouiller, à léchouiller partout. Merde, je t’avais dans la peau ! Pierrot, sans charres, tu veux bien être mon môme ? Ça va être vachement bien tous les deux.

Putain, ça me remue de partout, une déclaroche pareille ! J’ai des larmes plein les chasses pire qu’une midinette qui lit Doux Nœuds et des frissons qui font l’ascenseur le long de mon échine. J’enfouis ma tête dans son cou et je murmure : « Je t’aime Nico. » Tout est dit, fermez le ban. On se serre très fort, on a plus envie de bouger.

Sauf que la flotte commence à devenir froide.

— Allez on s’arrache avant d’être pris par les glaces, j’ai une de ces dalle ! Viens, c’est réveillon surprise.

À suivre...


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