Pères et fils sous le signe de Cupidon


Pères et fils sous le signe de Cupidon
Texte paru le 2007-02-11 par Pascal3   Drapeau-fr.svg
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Ils ont un peu plus d’une vingtaine d’années; ils se sont connus en faculté de droit. Ils sont aussi beaux l’un que l’autre (rien d’extraordinaire à cela, c’est spécifique à leur génération). Tous les deux sont frêles mais alors que Yanis porte des cheveux mi-longs châtain en bataille et des yeux bleus ensoleillant le visage, Julien a le teint hâlé que valorisent des cheveux noirs coupés courts et des yeux marron foncé d’où pointe une prunelle irradiante.

Julien et Yanis viennent de faire l’amour: leurs spermes frais balafrent leurs torses. Dans la sueur des corps enivrés, les deux garçons s’accouplent une dernière fois pour un tendre baiser, manifestement au summum du bonheur.

— C’était génial, mon chéri! dit Julien.

— Je suis d’accord avec toi, mon amour! approuve Yanis.

— Mais je dois y aller, dit Julien à regret. J’ai promis à mon père de rentrer dîner. Alors je partage encore ta douche et je file...

— Ça m’aurait tellement fait plaisir de m’endormir dans tes bras...

— Le jour viendra où on n’aura plus à se cacher.

— Ça dépend de toi, Julien, de toi seul. Parle à ton père, arrête de lui mentir en prenant le prétexte de nos études pour nous voir aussi souvent. Tu sais, mon père a très bien pris mon coming-out et à cette occasion, il m’a révélé à son tour être gay. Depuis son divorce, il rencontre des mecs et il est pleinement épanoui.

— Et avec toi? Comment se comporte-il? Est-ce qu’il t’a fait des avances?

— Je t’en prie Julien, ne tombe pas dans la crise de jalousie. Sache pour ta gouverne que je suis trop précieux à ses yeux pour qu’il envisage des rapports incestueux! Il fréquente des hommes de sa génération et cela lui convient. Mais il me vient une idée: et si on le faisait rencontrer ton père? Tu crois qu’il pourrait se passer quelque chose?

— Rêve toujours Yanis! Mon père n’a plus la tête au sexe depuis son divorce. Il reste désespérément seul, plongé dans ses bouquins. Il ne sort plus, prenant plaisir à cuisiner des petits plats pour moi. Sinon, je crois qu’il sombrerait dans la dépression; je suis son unique raison de vivre. Alors tu comprends que j’ai peur de lui faire du mal en lui avouant mes préférences, le privant de tout espoir de lui donner une descendance...

— Mais on pourra adopter un enfant!

— T’es complètement ouf! Tu peux pas imaginer les tracas administratifs que nous devrions subir.

— Sois optimiste et dis-toi que d’ici quelques années, l’homoparentalité sera entrée dans les moeurs.

— T’es vraiment trop naïf, mon pauvre Yanis!

— Soit! Voici mon plan: tu avoues à ton père notre relation; on met au point une rencontre entre les deux paternels; on part vivre ensemble. Je ne peux plus vivre un jour sans te faire l’amour!

— Et moi donc! approuve Julien. Mais son enthousiasme est tempéré: Et pourtant, il m’arrive de douter de la pérennité de notre relation...

— C’est à ton tour d’être naïf. On s’aime trop pour qu’on ait besoin de chercher ailleurs!

L’AVEU

Julien et son père ont terminé de dîner et le garçon, après avoir débarrassé la table, donne un coup de main à son père en essuyant la vaisselle.

— C’était encore une fois délicieux, papa. T’es vraiment doué!

— Que veux-tu, quand on n’a pas le choix, il faut prendre le taureau par les cornes mais je dois reconnaître que le bien-être de mon fiston n’a pas de prix et mérite bien tous ces efforts. Je suis fier de le faire pour toi, Julien!

— Si je comprends bien, si je passe la soirée chez Yanis, tu ne cuisines pas pour toi seul?

— Absolument... Quel intérêt? Je mange sur le pouce.

— Papa, tu devrais tout de même penser davantage à toi!

— Contente-toi de te concentrer sur tes études et laisse-moi m’occuper de te rendre la vie quotidienne la moins pesante possible. Par exemple, à présent, renonce donc à la vaisselle et occupe-toi à ton aise.

— Papa, il faut d’abord que nous parlions...

— Et que crois-tu que l’on fait actuellement?

— Je t’en prie, il faut que tu m’écoutes, c’est trop sérieux.

— Que t’arrive-t-il? Des problèmes à l’université ? Des besoins d’argent? Du surmenage?

— Non, rien de tout cela. C’est juste un sujet que l’on aborde pas aussi facilement...

— Tu veux te fiancer? Te marier? Tu as mis une fille enceinte?

— Papa, calme-toi, sinon je n’y arriverai jamais! C’est vrai que je suis amoureux fou mais c’est... d’un garçon!

Silence dans la cuisine. Les deux hommes ont suspendu leurs gestes et se font face, yeux dans les yeux.

— Je suis gay, papa... Est-ce que ça te choque? Est-ce que je te déçois?

— Ne sois pas ridicule... Viens dans mes bras! Tu resteras mon fiston bien-aimé, le seul amour de ma vie, avant ta mère soit dit en passant! Sois donc toi-même! Aime et sois aimé. Je tiens avant tout à ton bonheur. Et ce petit ami, si j’ose, tu me le présenteras?

— Tu le connais... c’est Yanis.

— Mais c’est magnifique! Il est adorable, ce garçon!

— On s’aime comme des fous. Je suis dingue de lui. Il me rend heureux. Avec lui, le quotidien est sublimé. On a l’impression que notre amour est indestructible, qu’il résistera à tout écueil. On veut vivre ensemble ouvertement.

— Julien, je ferai tout pour que ton bonheur soit complet. Invite donc Yanis un de ces soirs, je me ferai un plaisir de vous mijoter un petit plat à ma façon: un risotto aux fruits de mer, par exemple!

— On pourrait même inviter Luc, son père, par la même occasion. Il est au courant pour Yanis et moi.

— Alors là, fiston, c’est une chouette idée!

LA SOIRÉE

Julien et son père Olivier accueillent Yanis et Luc sur le seuil de la maison. Pendant que les deux adultes se serrent fermement la main, les deux garçons se font face, dans l’expectative... Chacun jette un coup d’oeil à son père respectif. Un clignement de paupière donne le feu vert : les deux jeunes se prennent par la nuque, rapprochent leurs lèvres et s’embrassent avec effusion.

— Ne sont-ils pas mignons, nos enfants? constate Luc.

— Je suis si content pour eux! approuve Olivier.

Des larmes perlent au coin de ses yeux. D’un reniflement, il reprend contenance. Les deux pères décident de ne pas se formaliser en formules de vouvoiement et de s’interpeller par leurs prénoms.

Autour de la table ronde, les deux garçons sont placés côté à côte, selon le désir de Julien. En déroulant sa serviette, un papier parchemin apparaît aux yeux de Yanis. Un quatrain s’offre à son regard:

Souviens-toi du jour Où nos regards se croisèrent Pour la vie, pour toujours Nous devions nous plaire

Julien frétille sur sa chaise tandis que Yanis n’arrive pas à détacher ses yeux de ces mots qui imprègnent son esprit. Finalement, il tourne sa tête vers les joues de Julien, y dépose un baiser, puis, estimant lui devoir davantage, rejoint ses lèvres qui s’entrouvrent pour recevoir une langue chargée de reconnaissance.

Le repas est impeccable et savoureux. Olivier reçoit les félicitations de ses invités. Autour de la table, les garçons n’ont pas cessé de s’effleurer les mains, accompagné d’oeillades complices. Ils sont visiblement heureux et très amoureux. Quand Julien demande à son père la permission de quitter la table avec son amant, Olivier n’est pas dupe: il peut comprendre l’impatience qui taraude les garçons. Julien et Yanis se prennent la main pour rejoindre la chambre de l’étage. Olivier, un moment distrait par la vision de son fils déjà si émancipé, est rappelé à la réalité quand Luc s’adresse à lui:

— C’est beau l’amour!

— Qu’est-ce que je regrette de ne pas en avoir profité plus largement quand j’avais leur âge! Je me suis marié bien trop tôt... avec le résultat que tu connais.

— Rien n’est jamais perdu. On peut vivre autre chose!

— Apparemment, je constate que tu prends les choses du bon côté!

— On ne peut donc pas devenir casanier à 42 ans. Tiens, je te propose de t’emmener ce soir dans un club que je fréquente. Tu verras que ton charme peut encore agir!

— Avec des hommes? s’offusque Olivier.

— Puisque les femmes t’ont autant déçues que moi, tu ne devrais pas avoir de remords.

Les deux hommes se lèvent de table à l’instant même où leurs fils les retrouvent. Julien remonte une mèche de cheveux égarée sur le front de Yanis.

— Et si on vous proposait de terminer la soirée en boîte? suggère Julien.

Son père a un sourire coquin quand il lui répond:

— On va vous laisser votre indépendance mais j’ai accepté l’invitation de Luc à me changer les idées...

— Super papa! On se revoit donc demain matin... À propos, Yanis restera dormir à la maison cette nuit.

— Pas de problème, les garçons. Bonne soirée!

— À vous aussi, les papas! répondent en choeur Julien et Yanis.


— C’est gagné! s’exclame Yanis dès que la porte d’entrée se referme sureux. Julien le gratifie de son plus beau sourire.

Quand Julien et Yanis rentrent dans la maison obscurcie, ils sont immédiatement alertés par des chuchotements provenant de l’étage. Le père de Julien aurait-il trouvé une compagnie pour la nuit? Les deux jeunes retirent leurs baskets et grimpent à l’étage en chaussettes. La porte entrouverte de la chambre d’Olivier les incite à jeter un coup d’oeil. Un masque de surprise s’abat en même temps sur leur visage: leurs pères s’apprêtent à s’unir. Placé au-dessus d’Olivier, Luc détaille la suite des opérations: «Je vais jouer avec tes tétons jusqu’à les faire devenir fermes ; je vais glisser mon index salivé dans la raie de tes fesses et faire que ton petit trou serré se détente progressivement. Tu commenceras alors à gémir, tu me demanderas de te posséder. Les fesses écartées, je découvrirai le dedans rosé et je te fourrerai ma queue encapotée badigeonnée de gel. Alors je te baiserai, puis, penché sur ta bouche, je partirai à la rencontre de ta langue. Tu gémiras sous mes coups de butoir. Je t’amènerai à aimer, à m’aimer.»

Au moment de la pénétration, Julien juge en avoir assez vu. Il saisit fortement le bras de Yanis. Avant que celui-ci ne pousse un cri de douleur, Julien l’a déjà entraîné vers sa chambre où Yanis est projeté sur le lit comme un ballot. Julien prend d’emblée la suite des opérations. Trop excité, il néglige caresses et baisers langoureux et cherche avant tout à s’introduire entre les fesses de Yanis avec une hargne inhabituelle.

— Doucement Julien, tu me fais mal!supplie Yanis sous les assauts de la queue déchaînée de Julien qui, entre deux offensives, se justifie:

— Normal, c’est la réponse du berger à la bergère. Tucrois que mon père ne souffre pas ce soir de se faire prendre pour la première fois?

Sous les contorsions de douleur, Yanis cherche à calmer la frénésie de son amant:

— Julien, ne veux-tu pas son bonheur autant que moi? Ils vont biens’entendre, j’en suis sûr!

Julien ne semble plus rien entendre, la souffrance de Yanis le laisse indifférent et c’est ainsi qu’au bout d’une dizaine de minutes de ce rapport fougueux, il décharge comme ça ne lui était jamais arrivé. Finalement, il s’écroule sur le corps de Yanis en éclatant en sanglots et murmurant une flopée de pardons et de «je t’aime».

LE LENDEMAIN MATIN

Julien descend à la cuisine avec l’intention de préparer le petit-déjeuner qu’il a prévu de partager au lit avec Yanis. Son père est déjà affairé aux tâches ménagères, Luc ayant dû partir en raison d’obligations professionnelles.

— Bonjour, p’pa! Tu as passé une bonne soirée? s’enquiert Julien en déposant comme d’habitude un baiser furtif sur la joue de son père.

— Que du bonheur, fiston! Et toi?

— Plus le temps passe, plus je crois avoir vraiment Yanis dans la peau: il est si merveilleux et sensuel, il est à aimer tout entier! Attends un peu là, tu veux me faire dévier de la conversation. Entre Yanis et moi, il n’y a plus de secrets mais par contre tu pourrais peut-être m’en dire plus sur ta soirée...

— Luc m’a donc emmené dans le club gay qu’il a l’habitude de fréquenter. On s’est retrouvés dans un box comme coupés du monde: on a parlé de nos activités, de nos vies sentimentales, la sienne insatisfaisante, la mienne morne; on a parlé de vous, les garçons, et pendant tout ce temps on ne quittait pas des yeux, chacun cherchant à pénétrer les pensées les plus intimes de l’autre. Je me sentais défaillir, ses yeux se faisaient charmeurs, m’enveloppant d’un voile de désir. Il me disait: «Être homosexuel, c’est dur quand on n’a pas de stabilité dans la relation, j’ai l’impression que c’est le propre dans le milieu!» m’avoua-t-il et il poursuivit: «Ce soir, avec toi, j’ai l’impression d’avoir trouvé des sentiments à base d’attention.»

— Tu t’es fait draguer comme un débutant, p’pa!

— Et je suis tombé dans le panneau: j’aimais ce mec franc et désespéré; j’avais envie de le consoler, de lui dire qu’il y avait toujours un espoir. Quand il me demanda: «Veux-tu être ce compagnon qui m’apportera la stabilité d’une vie conjugale?», je lui aurais sauté au cou pour lui déclarer solennellement que bien sûr, je le voulais. Je voyais la relation entre Yanis et toi, les sentiments que deux garçons pouvaient partager, le bonheur rayonnant de vous deux. J’étais pris dans la spirale de l’amour...

Julien se jette au cou de son père:

— Je suis si heureux pour toi!

— Oui Julien, la nuit dernière j’ai joui avec un homme et je ne le regrette pas. D’ailleurs je suis prêt à recommencer.

— Je suis content que ton avenir prenne de nouvelles couleurs!

— D’ailleurs, je pense accepter la proposition de Luc de vivre ensemble dans une relation harmonieuse et stable. Je crois que Luc a envie de se poser, et si c’est avec moi tant mieux car je n’ai pas le tempérament du dragueur permanent.

Julien n’est pas outre mesure surpris d’entendre son père magnifier sa relation avec Luc. Il conclue donc logiquement:

— Il semble qu’on ait trouvé l’un et l’autre le compagnon de notre vie.

Puisse Cupidon veiller sur eux!