Philippe et Michel, marins à Brest

Drapeau-fr.svg Lettres Gay

LG113.jpg


Numéro 113

Texte d'archive:


Archivé de: Lettres Gay – Numéro 113
Date de parution originale: Août 2001

Date de publication/archivage: 2017-07-25

Auteur: Philippe
Titre: Philippe et Michel, marins à Brest
Rubrique: Un monde sans meufs

Note: Le magazine Lettres Gay ayant disparu, nous archivons sur Gai-Éros des textes y ayant été publiés au fil des ans, à titre d'archive, notre but premier étant que la littérature homo-érotique se préserve au fil du temps. Si vous êtes l'auteur de ce texte ou si vous détenez des droits légaux sur ce texte, veuillez communiquer avec nous sans délais.

Ce texte a été lu 3682 fois depuis sa publication (* ou depuis juin 2013 si le texte a été publié antérieurement)


À vingt-et-un ans et pour un an sur un escorteur basé à Brest, j’effectuais mon temps réglementaire pour la patrie française, en bon marin. Bâtiment refait à neuf, j’y étais bien. Bonne ambiance, bons camarades, bons chefs, bonne nourriture, aucun bizutage, lorsque nous étions en mer, j’étais de quart à la chaufferie avant; à quai, à l’entretien mécanique extérieur (guideau, cabestan, robinetterie, chasse...). Ceci m’occupait de 8h00 à 17h00, puis temps libre jusqu’au lendemain. Un jour sur trois, j’étais de service avec interdiction de quitter le bord. Ma responsabilité était de veiller à l’alimentation en eau potable (on nous appelait “caliers”). Les rondes commençaient à 6h le matin. Quand j’étais de service, je me levais à 5h30, histoire de prendre une douche tranquille. Le lieu, pas très grand, pouvait contenir cinq personnes.

Un matin, en short, savon et serviette en main, je me dirige vers les douches. La porte est fermée, mais j’entends l’eau couler. N’ayant jamais rencontré de matelot là à une heure aussi matinale, j’ouvre quand même. Un mec est de dos. Je reconnais immédiatement Michel, un engagé de vingt-quatre ans, quartier-maître avec qui je travaille le jour, et qui est un peu mon responsable. “Entre, me dit-il, et ferme la porte! Je suis rentré tôt ce matin. Plus question de me coucher à cette heure!” Je me déshabille. “Vas-y, il y a de la place pour deux!” Je passe sous l’eau et me savonne; Michel me fait face et me parle tout en me regardant. Je le vois à poil et, bien sûr, effet immédiat! Je ne peux cacher mon trouble qu’en me retournant. Trop tard!

Il me lape sur le dos: “Ben mon vieux, pas très grande, mais la grosseur tient la route! T’as l’air gêné... Eh, fais voir, montre à ton chef!” Il se tourne, se place devant moi, se rapproche, se colle à moi. “Je te fais peur?! On fait rien de mal à se faire du bien!” Et il commence à me caresser la queue. Il la prend bien en main. Puis il guide ma propre main vers sa bite, elle aussi dure dorénavant. Les caresses commencent, sans plus de retenue aucune, l’un et l’autre, l’un vers l’autre. Nos visages se rapprochent. Un baiser, bouches ouvertes, scelle cette amitié nouvelle. Me dévisageant, il me fait un clin d’œil et me dit que ma timidité a bien vite disparu. Profitant de ce relâchement. je me mets derrière lui, ma queue bandante contre une de ses fesses, et je le branle énergiquement. Il se laisse faire, bien sûr. Son sperme ne tarde pas à s’écraser au sol. Ayant repris ses esprits, il s’agenouille, m'embrasse la queue, puis la prend en bouche. Je sens l’aspiration, le va-et-vient de ses lèvres douces. J’écarte les jambes. Je me retiens à un tuyau de douche. Il me caresse le trou du cul et les couilles. Je sens mon jus monter dans ma tige et je le préviens. Il ne semble pas m’entendre, et c’est au fond de sa gorge que se répand le meilleur de moi-même. Il se relève et me dit qu’il souhaiterait qu’on se revoie. C’est OK, bien sûr, et je me tire vite fait, l’heure de la ronde est dépassée.

Au local qui nous sert d’atelier, on se retrouve. Nous sommes plusieurs et ne parlons, ni l’un ni l’autre, de ce qui s’est passé. Il distribue les tâches à chacun. Il me demande de le suivre, car il y a un siphon à déboucher à l’avant. Nous revoilà tous les deux... C’est Michel qui me demande si je me sens choqué par ce qui s’est déroulé tout à l’heure. Je le regarde et m’approche pour l’embrasser.

— Tu veux recommencer? me demande-t-il.

— Ici?

— Bien sûr que non! T’es libre ce soir? Je loue une chambre en ville! Tu veux bien passer la nuit avec moi?

La question!! Bien sûr que je veux! Il me donne rendez-vous à 17h à la coupée.

À l’heure dite, nous prenons le bus militaire qui nous dépose en ville. Il me paye un verre, puis nous allons à sa piaule, grande, avec un coin cuisine. Le lit est derrière un rideau, coupant la pièce en deux. Nous déposons nos sacs sur les fauteuils. J’attendais, j’espérais qu’il allait venir m’enlacer. Non. Il me propose de retourner en ville et de dîner au foyer des marins.

Vers 20h30, nous sommes de retour. La porte à peine refermée, il s’approche de moi enfin, il vient m’embrasser... Les quelques huit mois qu’il me restait à tirer furent formidables. Notre amour dura jusqu’à ma quille. Nous n’avons pas seulement baisé ensemble, nous étions aussi proches qu’on peut l’être pour tout le reste, toujours fourrés ensemble à nous balader, à visiter la région, les musées, à la plage, au cinéma. Entre temps, il était passé quartier-maître, délaissant le bâchis bleu marine et le pompon rouge pour un uniforme beige très sexy, moulant son cul, et accentuant parfaitement le contour de sa queue. Notre entente était parfaite. Je reste persuadé que certains potes ont eu des doutes sur notre “amicale” relation, mais sans jamais émettre la moindre allusion.

Toutes les galipettes possibles à faire à deux, nous les avons faites. Il aimait particulièrement que je le prenne, lui couché sur le dos, les fesses au bord du lit, jambes relevées et moi debout. Je le pistonnais sans retenue, jouissant profondément en lui. Combien de fois a-t-il pu me dire: “Comme j'aime ta grosse queue!”

Puis j’ai repris la vie civile. Nous ne nous sommes pas perdus de vue tout de suite. J’allais en train le rejoindre en lin de semaine quand il n’était pas en mer. Puis il a choisi de partir outre-mer. Les cartes postales, de plus en plus rares, sont devenues notre seul lien. Jusqu’à la dernière. Les mots me font encore mal. “Adieu, Philippe. Il est temps de mettre un terme final à notre relation. C’était beau. C’était bien. J’ai été heureux. Ma vie se dirige autrement aujourd’hui. Ne m’en veux pas. Ce sera mieux pour toi. Bonne vie.” Signé: “Michel, qui ne regrette rien.”

Je lui en ai beaucoup voulu. La vie a passé. À quarante-huit ans, je souhaite toujours le revoir, ou, tout au moins, avoir de ses nouvelles. Qu'est-il devenu? L’espoir ne me quittera jamais.

Philippe, 48 ans.