Rêve de fer

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Numéro 117

Texte d'archive:


Archivé de: Lettres Gay – Numéro 117
Date de parution originale: Avril 2002

Date de publication/archivage: 2014-05-18

Auteur: Alain
Titre: Rêve de fer
Rubrique: Rêveries et fantasmes

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Je ne sais pas ce que j’ai en ce moment, mais je rêve beaucoup. Et pas n’importe quels rêves ! Il arrive souvent, soit que j’éjacule dans mon sommeil, soit qu’il faille absolument que je me branle, même en pleine nuit. Ce n’est pas difficile à comprendre : voilà plus de trois mois qu’il ne se passe rien dans ma vie. Pourquoi ? Ce serait trop long à expliquer, et pas excitant pour un euro. Je viens d’avoir trente-cinq ans, et, dans mon miroir, je ne me déteste pas ; si je me rencontrais dans la rue, je me trouverais plutôt bandant... Trente-cinq ans, oui, ça fait un drôle d’effet Et toujours la tête farcie de fantasmes !

«On pourrait dire que», ou bien «il était une fois», voilà comment je pourrais commencer à raconter mon petit délire érotique. Il était une fois... une caserne. Une de ces casernes du siècle dernier, gigantesque, aux bâtiments sévères, comme celle que j’ai connue à Landau lors de mon service militaire en Allemagne. Il fait nuit, une nuit moite, lourde, presque palpable. Je me réveille. Je suis allongé sur mon lit, un lit superposé. Je n’ai pas besoin d’allumer la lumière pour savoir que je suis seul dans la chambrée, et même de tout l'étage. Où sont les autres ? Je ne sais pas, en manœuvres, peut-être. J’ai la gaule, une gaule phénoménale qui s’érige fièrement hors de mon treillis de campagne, où il n’y a même plus un seul bouton. Je me touche le gland, je me flatte les couilles. J’ai envie...

Tout est sombre, il n’y a que la lumière jaunâtre des lumières du mur d’enceinte, au dehors, qui filtre par les hautes fenêtres. Partout, à terre, sur les lits, la grande table, il y a des slibards qui traînent, blancs, odorants, des bottes, des treillis. Je les prends, j’en aspire la bonne odeur virile. C’est bon, ça m’excite ! Ils seraient partis à poil... ? Quelle importance ? Ce qui compte, c’est cette odeur de jeunes mâles qui me hérisse le poil de désir, sueur, foutre, pieds, aisselles après l’effort. J’ai le trou qui commence à mouiller...

Je suis dans le couloir. C’est le silence, tout est ouaté, le parquet ne grince pas. Il y a plein d'autres chambrées, vides, elles aussi, puis la grande salle des douches, au fond, noyée d’obscurité. Je me dis qu’il y a peut-être un mec planqué là, dans une des cabines. Quel mec ? Un mec, un vrai, avec une seule idée dans la tête : baiser ! Pourquoi pas l’adjudant, ou mieux, le lieutenant, celui qui est si réservé, bonne éducation, bonnes manières. Hubert ! C’est lui qui attend, qui m’attend. Je sais qu’il possède un énorme gourdin qui adore pilonner les petits culs d’engagés comme le mien. Je descends le grand escalier. Rez-de-chaussée. Je suis dehors, dans la cour. C’est l’été. La nuit est chaude, collante. Tous les bâtiments autour sont éteints, sombres, un peu menaçants ; à droite, le mess, à gauche, le réfectoire. Moi, j’ai la veste de treillis à même la peau, ouverte jusqu’au nombril, serrée à la taille par le ceinturon. Mais ce qui est nouveau, c’est qu’en-dessous, j’ai un harnais en cuir noir qui m’enserre torse, hanches et épaules, et qui fait cockring. Dans les poches latérales du fute, sans que j’aie à vérifier, je sais qu’il y a plein d’accessoires à cul : pinces à seins, poids, parachute à valseuses, gode, tube de gel. Je suis seul au milieu de la cour de la caserne, la teub à l’air, et je me caresse doucement les nibards. J’ai une putain de sale envie de larguer ma jute !

J’ai quitté la caserne. Toujours personne. Je suis sur une route, dans la campagne. Je me branle doucement, et j’ai l’impression que chaque aller-retour va me faire jouir. Je ne suis plus seul. Un mec me suit. Un mâle, celui que j’ai toujours rêvé, pur concentré de virilité, me suit dans le noir. C’est celui qui était planqué dans les douches. Comment je le sais ? Quelle importance encore une fois ? L’adjudant, le lieutenant, un mélange des deux, un autre ? Je ressens profondément en moi que dans ce monde étrange, il n’y a rien de féminin, la femme en est exclue : tout est mâle, tout comme moi. Je ralentis le pas, comme si le temps gelait, comme au ralenti. Il est là, derrière moi, pas très loin, dans le noir... Je mouille du gland !

Je suis près d’un cimetière, cyprès, ifs, tombes usées, vieux sépulcres, caveaux ostentatoires. Je ne suis plus seul : des ombres glissent entre les monuments funéraires. Ça drague sec ! Que des mecs en cuir, en uniformes. Je les entrevois à peine, ombres plus noires que la nuit, je n’entends que le bruit des bottes sur le gravier. Ça me plaît, ça m’arrache des gémissements. Je sens leur sueur sous le cuir, je sens presque l'odeur de leurs pieds au fond des bottes. Les ombres sont lourdes, décidées, hautes et massives. Là, il y a des bites, des grosses matraques pleines de jus, prêtes à gicler dans des culs ouverts, des gueules assoiffées. Ça sent le foutre partout entre les tombes !

C’est là que tout s’accélère. À gauche, il y a un bâtiment, genre vieille usine fin XIXème aux ogives dépecées, aux murs de briques noircies. Le sol est jonché de débris rudéraux. Il y a un escalier, très raide, qui mène au premier étage. Il y a plein de mâles qui se frôlent dans le noir, il y a des couples de légionnaires qui se roulent des pelles monstrueuses, pleines de salive. Sur l’escalier, ça n’arrête pas de monter ou de descendre. Mais on n’entend toujours que le bruit des bottes et le craquement du bois. Ça s’accélère de plus en plus. Je suis à l’intérieur, au premier. Une lumière orange filtre par les hautes fenêtres gothiques aux carreaux cassés. Et je vois. Une partouze, une monstrueuse partouze dans une backroom gigantesque ! Toute la caserne est là, les engagés, les appelés, les sous-offs, les officiers. Ça baise dans l’obscurité. Les queues boursouflées transpercent les culs massifs. Ça halète, ça gémit, ça rauque dans tous les coins. Des doigts se faufilent, un, deux, trois, quatre ! dans mon trou déjà lubrifié à mort : en fait, mon treillis est fendu derrière ! Je me fais doigter, cul tendu, un gars me roule un palot bien baveux. Un autre me branle la tige puis se l'enfonce dans la gorge. Je suis pris de partout, des mains, de grosses mains calleuses me caressent de partout. Une bonne grosse bite juteuse s’enfonce lentement dans mon boyau souple. On me penche en avant : une autre pine que j’imagine veinée, violacée, au gland énorme, s'engouffre dans ma gueule ; elle pue la pisse et la foutrure. Ça me rend marteau. J'avale, je suce le chibre, je voudrais me l’enfoncer jusqu’à l’estomac. Derrière, je me fais pilonner le fion à grands coups ; on me claque les fesses, on me farce à sucer plus vite : des paluches me pressent de partout ; j'ai les tétons qui réclament leur part Pas à demander ! Deux pinces se referment. Tout autour, ça baise, ça gueule, des fusées de sperme giclent dans tous les sens.

Et puis, tout va plus vite encore, plus fort, plus dément, surtout plus diabolique. Des mecs se font fouetter, d’autres cingler le dos au ceinturon. Je me vois, en train d’écraser une gueule aux mâchoires carrées, à la nuque rasée, avec mes hautes bottes à courroies. Il en redemande, il lèche mes semelles. Puis c’est moi qu’on oblige à nettoyer un cul, deux culs, trois culs, poilus, moites, humides, chauds, poivrés, très ! Je pense avoir déjà éjaculé à maintes reprises, sur des gueules de sous-offs extasiés, sur des torses hyper-poilus, sur des pattes épaisses dévorant des joues creuses pas rasées. Des coups pleuvent, des ordres secs sont données, des cris de jouissance résonnent dans l’énorme salle. Nous sommes cent, deux cents à nous envoyer en l’air. Comme des hommes ! On se caresse, on lutte, on se baffe, on s’encule, on se suce et puis, et puis, on se fiste !

Plus vite, tout va toujours plus vite ! C’est moi qu’on fiste. Je suis écartelé sur une table, les pieds reliés à des poulies. Le poing est dans mes entrailles, il me fouille, avec force et détermination, avec tendresse aussi. Je vois. Je vois mon lieutenant, mon beau lieutenant, au-dessus de moi, penché. Il me sourit On me martyrise les tétins, et c’est lui qui me fiste. Je jouis de toute ma peau, je jouis de tout mon intérieur, ça vient de partout, ça y est ma foutrure explose, par litres, ça n'arrête plus, je jouis, je jouis, je jouis ! ! !

Alain, 35 ans.