Rue des mâles

Drapeau-fr.svg Lettres Gay

LG119.jpg


Numéro 119

Texte d'archive:


Archivé de: Lettres Gay – Numéro 119
Date de parution originale: Août 2002

Date de publication/archivage: 2013-10-08

Auteur: Fabien
Titre: Rue des mâles
Rubrique: Backroom inferno

Note: Le magazine Lettres Gay ayant disparu, nous archivons sur Gai-Éros des textes y ayant été publiés au fil des ans, à titre d'archive, notre but premier étant que la littérature homo-érotique se préserve au fil du temps. Si vous êtes l'auteur de ce texte ou si vous détenez des droits légaux sur ce texte, veuillez communiquer avec nous sans délais.

Ce texte a été lu 9555 fois depuis sa publication (* ou depuis juin 2013 si le texte a été publié antérieurement)


Tous les mecs sont comme moi, je le sais ! Ils peuvent niquer à couilles rabattues sans s’en lasser, et ceux qui prétendent qu'ils ont moins envie, c’est parce qu’ils traversent une mauvaise période. Ma vie ? Un peu de boulot, pas mal de sport, des bites à m’en fourrer jusque là, des culs à déchirer, huiler, exploser. Des tressautements de corps en extase et des sols graisseux de foutre. De la chasse, mais sans danger de se prendre une balle perdue ou une batte de base-bail tenue en main par un décérébré de casseur de pédés.

Mon terrain de jeux, c’est les cruising bars. Dites pas "bordel", les mecs sont gratos, et même si les tenanciers s’engraissent comme des mafieux, on paie que l’entrée et on n’est pas limité en conso de corps. Je sais, certains me disent que c’est pas de la consommation, mais je vous jure, si vous tombez un soir dans une cabine, enfermé de plein gré avec moi, vous saurez que je peux donner du bonheur à un mec sans qu’il s’en plaigne. Même que ça peut durer très longtemps et ouvrir la porte à d’autres nuits, et qui sait, un jour, peut-être, une autre vie. C'est pour ça que je vis à Paris, capitale du genre, réputation non usurpée.

Rien du lundi au mercredi, là, c’est salle de gym. Jeudi, ciné ou repos, lustrage de la peau, trucs de beauté, quoi. Vendredi, 17 heures, Belleville. Rue Saint-Maur, un ancien sauna, une entrée comme celle d’un immeuble classique. Une caméra, un petit couloir, un caissier comme ceux des anciens cinés porno, et un petit vestiaire qui fait parfois un peu loge de carnaval. C’est à peine après l’ouverture, et c’est plutôt mecs en couples qui se paient un éclat avant un week-end. Rapides, décidés. Des odeurs de mecs, de parfums fatigués auxquels je trouve du charme. Dans ma tête, je peux me sentir le petit militaire qui encule le bourgeois, ou la pute qui suce le VRP à l’avant de la bagnole. Je suis en jean et tee-shirt, rien qui fasse peur. Ah, je ne vous, ai pas dit : je fais 1m85 et 82 kilos. Pas brindille, mais pas bûcheron. Pas musclé, mais un peu de masse, un torse assez étroit, un cul pas mal mais pas hyper-rond. Inutile que je me fasse passer pour Richard Gere, je suis disons "moyen plus". Pas trop de cheveux, des yeux noirs, un teint clair, et une bite autour de 17, pas de quoi affoler un routier. J’ai trente-neuf ans.

Ici, dans le sous-sol, on ne doit pas être plus de dix. J’évite d’emblée les types qui ne te regardent pas droit dans les yeux et ceux qui font mine de rentrer dans les cabines occupées pour en sortir aussi vite. Celui que je repère a une tronche à vendre des bières à un grand magasin. Costume gris mal coupé, belle tête avec cheveux trop coiffés, le genre qui doit faire mouiller les meufs. C’est sous la chemise blanche que je vois le détail qui accroche, une peau au grain très serré, avec des poils longs et fins comme des cils, quelque chose qui dénote une sensualité chaude. Je souris — eh, oui messieurs, c’est pas interdit et ça fait débander personne ! — quand il passe devant la cabine où je fais le planton. Il entre, me met la main au paquet, alors que je cible sa chemise, cette peau où gît une couche de sueur et de déo, cette odeur de soi-disant hétéro. J’ouvre les boutons, et comme je vois qu’il sort son zob de sa braguette, je me fous à genoux, prêt à piper. Je sniffe, c’est chaud, ça a bien mariné, surtout sur les plis des cuisses, j’accueille sa belle tige pas rasée de la base, direct dans ma gueule. Très vite, je prends plaisir à me faire soumettre par ses grandes mains, dont l’une porte une alliance, je me force à démontrer combien les hommes sucent mieux. Dès que son gland arrive en fond de gorge, je fais comme si j’avalais et je la coince en déglutissant : il gueule de bonheur ! C’est comme les filles qui bossent dans les bagnoles, faut que ça se termine, je suis un trou humide pour trois minutes. Mes doigts sous ses couilles indiquent que le mec est prêt à larguer, je regarde sa giclure fuser sur le mur peint en noir de la cabine. Il sort et dit merci. Je ne me suis pas touché la bite, j’ai juste échauffé mes sens. Le prochain sera un vrai pédé assumé, un qui aime ça et qui a son temps à prendre.

Le temps d’un petit jus de fruits au bar, et je redescends. Dans la backroom, je laisse les mains saisir mes fesses, je vois qui frôle, qui touche, qui palpe, qui doigte. J’enlève les mains du premier doigteur, pas à mon goût, j'encourage le second, un ourson, un bien beau bear avec de la graisse et des poils. Je m'arrange pour me pencher dans une position où je peux le pomper tandis qu’il lubrifie mon chaton qui commence à s’affoler. Je laisse aller ma langue sur les deux ou trois queues qui se présentent, je m'arrête sur les glands larges, bien robustes. Le désir monte, l’envie de me faire trouer commence à bien m’occuper la tronche. Presque cinq jours pleins que mon fion n’a pas servi. L’ourson doit deviner. Le seul mot que je pige dans ce qu'il me dit à l’oreille, c'est "cabine". Direction le duo, pas de problème.

Il place les mains sur l’espèce de siège en bois, baisse mon futal d'un bon coup sec et me dit qu'il va me planter sa tige. Je tends une capote, je relubrifie les bords de mon derche déjà travaillé, et je me cambre: Aaaah, je suis comme les traînées qui se font tringler dans les chiottes, avec moi, faut même pas réclamer ! Il n’a même pas le temps de poser son gland sur mon trou élargi que je recule dessus. Le bon zob poilu du nounours pilonne sans tarder. Ses coups de reins se font rudes, il me dit qu’il aime cogner ; je lui assure qu'il peut y aller... Tout l’intérieur de mon bide est secoué au rythme de ses coups de boutoir, ses mains cognent mon fessier. Quand je glisse ma main entre mes cuisses, j'attrape ses couilles dures et je me dis que je vais la sentir passer. Alors qu’il commence à me fourrer profondément, il me saisit les mains derrière le dos. Comme ça, il va juter, et mon trou de pute sera prêt pour un prochain. Un seul cri et ça part. Lui, il dit merci avec un palot humide, un long baiser mouillé, des mains qui glissent sur ma peau, la tendre fin d’une histoire brève.

Presque 20 heures, bon moment pour un pause-bouffe chez moi avant de me changer et de rejoindre un autre bar hard de la rue Keller, lieu culte et salle de jeux équipée. Plateau repas, lavement, et chaps plus harnais pour le look. Arrivés un peu après l’ouverture, 22 heures, les premiers, les plus libres, les plus motivés. Un dos musclé, des nuques rasées, des treillis, deux trous en accès libre sur les slings. Première bière, puis un gant à la main, je plonge dans le pot de crème d'un beau Black tout jeune, tout mince, qui tend son chaton superbement ourlé vers mes doigts. C’est presque froid, je dois être le premier à passer dans ce fion qui risque de connaître avant la fin de la nuit, bien des visites. C’est un mec qui se fait fister sans poppers, ça j’adore ! Je lui lisse les parois au Crisco, je lui travaille une belle ouverture en douceur, pas question de le brusquer. Je fais un petit massage avec deux doigts, bien long, pour faire monter le sang, puis j’y vais en vrille avec trois puis quatre doigts. Le long va-et-vient démarre. Ce que je veux, c’est sentir que les sphincters se relâchent. Le type gémit, c’est comme si je sentais que son cul réclamait plus de largeur. Je lui passe le bord de ma main tout doucement alors qu’un blond avec un collier me pipe comme un roi. La nuit commence...

Mes phalanges sont passées, je sens que je dois lutter davantage contre ses muscles, qu’il sente vraiment mon envie de le fourrer. J’entre complètement, je tourne, et un type me suggère de le "boxer". Conseil d'habitué, sans aucun doute ! Alors je sors mon poing, j’admire ce trou rouge et béant, brillant de traînées luisantes, et j'enfonce à nouveau mon poing. Ma bite est dure comme jamais, le blond s’active, nous sommes devenus LE spectaçle, et je vois au sourire de mon fisté que je peux laisser la place.

Une autre bière, et je passe au sous-sol. Impossible de cacher que je trique dur, je n’ai qu’un jock-strap sous mes chaps. J’enfile une capote dans la zone la plus éclairée. Promis, je nique le premier cul tendu. Les langues n’attendent que les bites, et un type en treillis, qui cherchait un zob, me fixe, baisse son froc et se retourne, arc-bouté contre le mur de pierre. Un peu de gel, je l’enfile sans crier gare, mais là je ne suis pas le premier... On est à peine éclairés par les lueurs des lampes cachées sous les grilles du sol. Son cou est fin, comme ses épaules et ses hanches, sa rondelle est maxi-large, alors j’enfonce tout (je ne suis pas radin !). Je lui coince la gueule avec mon coude contre le mur et je turbine. Mais comme il s’est fait ramoner avant, il laisse sa giclouse tomber sur le sol, ça lui resserre le derche, c’est moins drôle. Je vais partir gicler ailleurs.

Une bonne traversée de Paris en rangeos me remet les idées en place : j’arrive rue de la Sourdière. Presque deux heures du mat. Un fumet de pisse et de jute, des mecs avec du matos. Je croise un costaud en combinaison de cuir qui pose une bière devant moi sans dire un mot et me montre la croix d'un signe de la tête. Je peux dire stop quand je veux, et ça démarre par un grand coup de langue sur la gueule. OK, je vais finir ma nuit en soumis, le hasard en a décidé ainsi... Je pompe, je me laisse attacher les mains, mes yeux sont bandés. Ma bite est fêtée par diverses langues, mes couilles sont étirées, mes tétons tiraillés par des pinces, puis par des poids. Je sens même qu’on emballe mon gland au latex qu’un cul bien humide vient se faire frapper le fond contre mon dard. Impossible de bouger, la langue de mon maître me rassure, me prouve qu’il est là, qu’il a la clé de ma liberté. Contre toute attente, c’est du sol que vient la surprise. Mon motard me dit qu’il veut passer là. Assis comme un gosse, il commence par m’écarter férocement le trou. Il crache, il graisse, il y va sans hésiter. Une main charitable me passe du poppers sous le nez. Peu à peu, ma rosette se donne, je monte et descends, ça dure éperdument longtemps, longtemps, longtemps... C’est moi qui réclame, moi qui accélère le rythme, je deviens une vraie truie, mon foutre jaillit ! Et je gueule mon plaisir à perdre haleine dans la backroom !