Une journée mouvementée de la vie d'une chaussette


Une journée mouvementée de la vie d'une chaussette
Texte paru le 2015-01-20 par Pascal3   Drapeau-fr.svg
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Je suis une paire de chaussettes de tennis comme beaucoup d’autres. Pas de logos, pas de coton sélectionné mais du fil bas de gamme qui ne me rend pas particulièrement sexy. Je sais par exemple que les gays embourgeoisés ne me porteront jamais. Seules deux bandes, rouge et bleu, habillent le haut de ma tige. J’ai été fabriquée en Extrême-Orient. Des jeunes gens m’ont mises en pack et expédiées aux quatre coins du monde. Je me retrouve sur les étals des supermarchés parmi des lots vendus au moindre coût, généralement en tête de gondole pour bien signifier que ma place n’est pas d’être en compagnie des chaussettes de marque. Je me retrouve en produit d’appel pour petit budget... Je me sens dévalorisée dès le départ. C’est peu dire par rapport à ce qui m’attend et à mon espérance de vie...

Mon maître (si je puis appeler ainsi celui qui a prévu de me mettre à ses pieds) s’appelle Guillaume. Il travaille dans le bâtiment. Rien à dire, c’est un beau gosse et je suis plutôt fière de me retrouver à vêtir ses pieds. Quand il m’a enfilée ce matin-là, il était à cours de chaussettes. Il m’avait achetée en sachant pertinemment que j’allais servir sans tarder. Il n’était pas du genre à stocker des chaussettes au fond d’un tiroir. Je n’étais pas du genre à servir à l’occasion d’événements particuliers comme une rencontre avec son élu(e) de cœur face à qui il devrait se présenter avec des chaussettes impeccablement nettes. Non, j’étais destinée à un usage domestique.

Donc, il est rentré de son jogging après m’avoir bien imprégnée de l’odeur de ses baskets. Il est en retard, il ne prend pas de douche et me voilà privée de la lumière du jour au fond de ses Caterpillar de chantier pas très nettes : c’est humide, un peu boueux. Toute la journée, je suis soumise à la transpiration de mon maître. La chaleur qu’il fait à l’extérieur transforme l’intérieur de la chaussure en fournaise. J’absorbe comme je peux la sueur qui s’évapore de ses pieds. C’est moite, c’est chaud. Au contact de mes fibres, ça se transforme en un cloaque putride. J’infecte l’intérieur de la chaussure. Je sais que mon maître va m’en vouloir de dégager autant de mauvaises odeurs. La blancheur de mes fibres a viré depuis longtemps. Je sens bien sourdre la crasse qui me défigurera à jamais. Malgré le nombre de lavages, je resterai d’un gris sale. 

Une fois déchaussé, mon maître foule sans complexe le carrelage souillé d’un vestiaire ou de toilettes douteuses. Aujourd’hui, Guillaume s’est enfermé dans une cabine et entreprend de se masturber en pensant au beau brun entrevu sur le chantier. Des éclaboussures de sperme viennent s’écraser sur le sol. Volontairement ou non, Guillaume vient de poser son pied dans sa semence. J’écrase et mon coton s’imbibe de cette crème grasse... Je sécherai tant bien que mal au fond de sa Cat’ déjà recouverte d’une pellicule de crasse...

Puis mon maître enfile des baskets dont la semelle intérieure ressemble à une mosaïque de tâches délavées et va se dépenser dans une salle de remise en forme. Il transpire tant qu’il peut, je me noircis à vue d’œil... et de nez. À son retour chez lui, je pensais que Guillaume me laverait mais il se désintéresse de mon cas et me jette répulsivement dans un placard à chaussures déjà fortement parfumé d’odeurs de transpiration.

Dans mon état critique et pitoyable, je vais rester plusieurs semaines au fond du placard, à servir de serpillière aux semelles de ses chaussures. Jusqu’au jour où Guillaume décide de faire le tri et m’y découvre plus lamentables que jamais. Je suis cartonnée par la sueur et la boue sèche. Puisque je fus portée neuve, il me reste des traces de douceur dans ma saleté. Mais Guillaume n’est pas du genre à se formaliser pour une paire de chaussettes de moindre intérêt. Il me saisit du bout des doigts et me plaque au fond d’une poubelle sans l’ombre d’un remord. Je sens bien que je vais finir étouffée sous un tas de détritus en tout genre.

Mais ce jour-là, encore bien visible au-dessus de la poubelle, j’attire l’attention d’un fétichiste... Après avoir porté un regard discret aux alentours, il me met en boule au fond d’une de ses poches. Je pensais avoir droit à un lavage... Que nenni ! Il m’enfile tel quel à ses pieds déjà puants. Peu à peu, sa sueur humidifie le coton, réveillant mes anciennes odeurs cartonnées. Je me sentais humiliée une deuxième fois. Au bout de trois jours de ce traitement, épouvantable à sentir, il me met sous le nez d’un mec trop mignon. Je suis humée en profondeur, parcourue par une langue gourmande et salivante. Quand il m’arrache des pieds de mon maître, je suis une chiffe molle. Rien ne me sera épargné ; voilà que le jeune mec répand des giclées abondantes de semence sur moi. Mon maître accepte de me céder à son amant en vue d’autres profonds sniffages. Je vais donc encore servir de réceptacle à des masturbations quotidiennes.

Jusqu’au jour où, raidie par la sueur et le sperme froid, je termine au fond d’un sac poubelle au milieu de déchets alimentaires. Je sais alors que ma dernière heure est arrivée. Plus aucun espoir de sauvetage en vue ! L’incinérateur aura raison de ma misérable existence de chaussette...