Une vie nouvelle (04)


Une vie nouvelle (04)
Texte paru le 2016-04-01 par Lucior   Drapeau-qc.svg
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Template-Books.pngSérie : Une vie nouvelle

Après une longue absence, qui sans nul doute est dû à quelque pudeur vaine — mais qui rend le plaisir plus grand encore, une fois que cette soi-disant vertu a été vaincue — je me décide enfin à te raconter, cher Lecteur, ce qu’il en fut de cette Nuit fondatrice de mon existence. Ce fut, pour ainsi dire, une seconde Naissance. Nous naissons en pleurant, de douleur paraît-il. Cette nuit, je pleurai aussi. Mais de plaisir.


Les choses se passèrent d’une façon bien différente de celle que j’avais imaginée. Cela n’en donna que plus de prix, car mon Imagination, si enflammée à cette époque déjà éloignée, aurait pu rendre la plus belle Aventure, la plus douce caresse bien banale, si je l’avais déjà vécue en pensée. Or, il n’en fut rien : tout fut nouveau, tout fut diablement nouveau ! Oui, j’emploie ce terme, car il n’est qu’un mauvais esprit pour nous faire entrevoir de tels Affres de plaisir, avant de les refermer sur nous, et de nous en interdire l’accès pour toujours. Je crains, hélas, de ne plus jamais revivre ce moment si beau, qui fut mon initiation à l’art des Invertis. Tout est connu, maintenant…

Ou alors, envisager des pratiques plus originales et étonnantes, mais j’avoue que mon Imagination s’est doucement éteinte depuis ce temps-là. Mais, enfin, tu dois t’impatienter ! Venons-en au fait. J’attendais donc, devant cette porte, qui était pour moi celle de l’Enfer, où l’on abandonne tout espoir. J’avais la hantise de devenir autre, de laisser pour toujours cette normalité, cette hétérosexualité si tranquillisante, dont on ne me ferait jamais nul reproche. Une fois rentré, ma vie serait tout autre : pleine de danger, de terreur dans le regard des gens, celle d’y déceler un dégoût et une crainte non dévoilée. Et un peu de plaisir, aussi. Beaucoup, en fait. Celle de ressembler un peu plus à ce qu’il m’a toujours semblé être. Un homme différent, hors du commun. Cela peut sembler complètement absurde, mais l’Inversion donne un sentiment de toute puissance qui n’est commun à aucun autre genre d’Amour, pas même l’Amour entre femmes. Enfin, c’est qu’on m’en a dit, et c’est ce que je crois. En effet, l’amour entre femmes a ceci de particulier qu’il est, peut-être, mieux accepté que l’amour entre hommes, comme s’il y avait là quelque chose de plus Naturel. Des caresses mutuelles à un Amour affirmé, il y a un passage qui se fait plus aisément que dans le cas d’un amour masculin. On voit bien rarement deux hommes se caresser ou se regarder d’une façon équivoque sans envisager immédiatement un érotisme latent. Alors, passer cette frontière, c’est passer le Rubicon ; il n’y a pas de retour possible. C’est pourquoi il y a une Beauté supérieure dans les amours masculines. Il faut un certain courage, une certaine ardeur que l’on ne trouvera qu’ici.

Je frappai à la porte, bien timidement. Les secondes qui s’écoulèrent ensuite me parurent de longs siècles d’angoisse infinie et terrible. Je redoutai particulièrement la venue de quelqu’un dans le couloir désert. On se serait alors douté de tout, non pas que ma tenue vestimentaire eut indiqué mes velléités, mais bien plutôt mon air éperdu et pétri de peur qui aurait tout dévoilé en un instant. Je croyais que j’allais m’effondrer d’un instant à l’autre, tant j’étais inquiet. Quoi ! Un homme, et mâture de surcroît ! Cela fait beaucoup de découvertes en une soirée. La porte s’ouvrit. Lentement. Elle grinça horriblement. Il se cachait là, derrière cette porte enchantée qui s’ouvrait devant moi. C’était avec cette créature que j’allais partager ma nuit d’ivresse. Comme c’est étrange ! D’inconnu, il deviendrait en quelques heures mon intime.


Ç’allait être le moment le plus difficile de la soirée. Se trouver nez à nez avec cet homme plein d’expérience, et qui allait m’apprendre l’une des choses les plus belles de la Vie. Encore une seconde, une fraction de seconde… Et Il apparut. Ce fut comme un éclair dans ma vie si calme et tranquille. J’avais été bien trompé par cet Amphitryon aphrodisiaque. (Tu dois t’étonner de me voir utiliser ce mot, Amphitryon, car il n’était pas prévu que je dîne ou que je boive ce soir-là, mais il s’avéra que si, et de la plus douce des manières…). Il n’avait rien de l’homme mâture avec qui j’avais discuté sur le Net. Il était… Appolonique ? Mon Dieu, pour de telles personnes, il faudrait inventer le mot. Grand, d’une taille fine, mais élancée, sa poitrine (et ses tétons !) se dessinait distinctement sous sa chemise blanche, dont les manches étaient retroussées. Ses mains, pleines de délicatesse, trahissaient néanmoins une fermeté digne de l’Apollon du Belvédère, de celui qui, à peine sorti des délices de l’Amour, s’apprête à mener le Combat. Ou bien mène le combat dans l’Amour… Et il était jeune ! A peine plus âgé que moi. Mais sa barbe était parfaitement rasée, et pas un poil ne venait marquer cette figure pâle et pleine de promesses. Il avait le front haut, le regard noir et brutal d’un être à demi-sauvage. Il y avait vraiment quelque chose de divin chez lui. Ses cheveux, enfin, allant du brun au blond, étaient courts, mais en désordre, ce qui lui donnait une certaine nonchalance, un négligé artificiel, et si réussi. Sa féminité était largement rehaussée par le carré de ses épaules, si droites et si fermes. Et sa peau était blanche, presque aussi blanche que le marbre de ses modèles illustres. Nous y reviendrons plus en détail plus loin… Il m’adressa la parole :

— Bonsoir, nous nous attendions, je crois ? dit-il, avec un demi-sourire.

— Oui, je crois bien, répondis-je, avec un trémolo dans la voix.

Sans un mot de plus, il me fit signe d’entrer, avec une autorité certaine. J’eus alors ce sentiment si extraordinairement doux, si apaisant, de la féminité. Jamais je n’avais tant senti en moi autant d’émotions propres à celle de la Femme, celle de se voir donner un maître, non pas un maître brutal, mais aimant et doux, pleins de cajoleries pour moi… Nous passâmes rapidement au salon. Il était rangé avec beaucoup d’élégance et de soin : un canapé se situait face à la grande baie vitrée qui donnait sur un parc à côté de l’Immeuble. Les rideaux étaient partiellement tirés. Leur couleur orangée apportait une ambiance apaisante chaleureuse. Sur la table basse était installé un fumoir à encens, et dont l’odeur enivrante et pénétrante (!) vint rapidement effleurer mes sens. Deux verres, ainsi qu’une liqueur, que je ne parvenais pas à identifier, attendaient d’être bus par nous, avant le début d’hostilités qui promettaient d’être réjouissantes…

Nous nous assîmes alors, lui à côté de moi, sur le grand canapé. Il y avait un tapis cramoisi sous la table basse. Il y eut un long silence avant que l’un de nous deux osât parler. Contre tout attente, ce fut moi qui entamait la conversation, moins par courage que par une certain manque d’aise dans ce silence ; Lui, assis à côté de moi, semblait me scruter attentivement, avec un certain air de nonchalance malgré tout. En fait, il avait l’air d’être ailleurs. Il m’avait invité, mais m’avait presque oublié. Je lui rappelais ma présence :

— Qu’est-ce que cette boisson ? lui dis-je, étourdiment.

— Vous voulez y goûter ? répondit-il, sortant de sa torpeur.

— Eh bien, j’aimerais mieux savoir ce que c’est, avant de me décider à y porter mes lèvres !

Je me sentis soudainement idiot : la connotation érotique était trop évidente, un être d’une telle distinction ne pouvait s’y laisser prendre ; j’allais presque regretter mes paroles, quand il me dit :

— Et vous croyez me connaître, pour avoir envie de porter vos lèvres jusqu’aux miennes ?

Je souris de ma phrase idiote. Je tentais une réponse, mais je n’eus que quelques bégaiements et des petits rires niais. J’avais tellement l’air ingénu de ces jeunes filles qui découvrent pour la première fois l’Amour !

— Pardonnez-moi, je suis bien cruel avec vous, vous le débutant, si je ne me trompe pas ? reprit-il.

— Ce n’est rien, je n’aurais pas dû dire cela…

— Ne vous en faites pas, nous ferons bien pire que dire quelques phrases idiotes pendant cette soirée, enfin je l’espère…

Il m’avait trompé, mais à vrai dire je ne regrettais pas le moins du monde la tromperie.

— Alors, que diriez-vous d’y goûter, et de vous laisser porter par son goût délicat et raffiné ? Qu’importe le nom ? Ça n’est qu’une étiquette que nous mettons sur nos sensations… Sans le nom, vous comprendrez mieux ce que percevront vos papilles, que j’espère délicates. Et alors, vous n’aurez besoin de rien d’autre que cela : le goût.

Il déboucha la bouteille. Elle était d’un verre teinté, je ne pouvais distinguer la couleur du liquide à l’intérieur. En servant nos deux verres, il me dit alors :

— C’est un mets fin, une sorte d’Ambroisie très fine et très forte. Mais, à la différence de celle qu’avaient goûtée les hommes de l’Antiquité, elle ne vous donnera qu’un genre d’immortalité bien particulière.

— Laquelle ?

— L’immortalité d’une sensation. Toutes les sensations, mon cher, sont fugaces, parce que trop peu puissantes, trop peu violentes. Il ne faut qu’une secousse forte pour sortir un homme de ses habitudes. Lui faire sentir qu’au-delà du périssable, il y a des choses, des joies, qui dépassent les époques et les milieux, qui ne craignent pas ni les distances ni les années. Et alors, toutes les fois qu’il s’en souviendra, cet homme sentira que la mort est peu de choses, parce qu’il aura connu quelque chose qui le transcende et le dépasse. Et, peut-être, il sera content.

Après avoir servi les verres, il était à demi-allongé sur le côté gauche du canapé, un pied posé sur un genou. Diable ! Il avait du raffinement. Trop, peut-être ? En tout cas, j’étais bien loin de ce que je m’imaginais. Il avait pris son verre, le mien reposait encore sur la table. Je n’osais y toucher. Le liquide était transparent, mais avec une très légère teinte indéfinissable, et je ne parvenais pas à savoir de quoi il s’agissait, malgré tous mes efforts.

— Vous auriez peur ? me murmura t-il à l’oreille, avec une profonde ironie. Allons, soyez courageux, voyez, je le boirai d’une traite, pour vous rassurer !

Et c’est ce qu’il fit. Il n’avait pas l’air particulièrement dérangé, ça n’était pas une drogue, ou alors elle aurait un effet lent. Et puis, de toute façon, il avait bu dans la même bouteille que moi. Il fallait le faire. Je me jetai sur le verre, et le but tout aussi vite, de peur de changer d’avis entre temps.

Je ne sentis rien de particulier au début. J’en fus presque déçu.

— Ça n’était que cela ! dis-je, sans retenir ma déception.

— Attendez donc un peu, vous comprendrez vite… répondit-il d’un air assuré.

Je m’allongeai un peu plus sur le canapé, nos pieds se touchaient presque. Mais nous étions encore entièrement vêtus. S’il était divinement beau, il n’y avait pas là matière à érotisme. Peu à peu, une chaleur me gagna tout le corps. Je sentis soudain une grande fatigue. Je perdais peu à peu mon esprit ; c’est comme si je perdais mes inhibitions lentement. De l’alcool ? Non, cela aurait été trop facile. Quoiqu’il en soit, je commençais peu à peu à me sentir vraiment plus à l’aise, et mes chaussures me faisaient me sentir à l’étroit ; décidément, il faisait trop chaud ici… Mon hôte riait, et semblait peu à peu se perdre au moins autant que moi, mais avec un peu plus d’habitude et de maîtrise malgré tout… La liqueur mystérieuse avait éloigné toutes mes peurs. Maintenant, j’étais prêt pour le vrai début de la soirée, prêt à établir une vraie connivence entre ce beau Grec et moi…



Pardonne-moi, cher Lecteur, il semblerait que je fasse encore durer le plaisir ! Mais n’est-ce pas la chose la plus intéressante qui soit, dans le sexe ? Ne t’en fais pas : tu veux voir des sexes d’hommes ? Des abdos d’éphèbes resplendissants ? Des mugissements mâles et saccadés ? Des souffles courts ? Des substances blanches et chaudes comme le lait… ? Alors, n’hésite pas à m’envoyer un message : dis-moi ce que tu veux savoir, dis-moi ce que tu veux entendre, et je chercherai dans mes souvenirs pour essayer de te conter au mieux ma première nuit d’inverti. Sinon ? Eh bien, si cela n’intéresse personne, je garderai cela pour moi…