La maladie des shorts (01) : Différence entre versions

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Je regarde attentivement la molette du compteur d’eau près de la porte d'entrée.  
 
Je regarde attentivement la molette du compteur d’eau près de la porte d'entrée.  
 
« Tu vois, elle tourne très lentement mais continûment. Ça veut dire que la fuite est permanente. Je coupe l'eau. Tu n’as qu’à t’installer chez moi en attendant que ça soit réparé. La chambre que je pourrais te donner à terme, elle est encombrée. Mais je te passerai une petite pièce au 6e qui communique en duplex avec l’appartement. Je te dépanne et en même temps je vois si on peut cohabiter. J’ai des critères précis, j’y mets des notes. Ensuite je fais une moyenne. Et je décide si tu peux rester. Avec un contrat oral que tu réciteras par cœur. »  
 
« Tu vois, elle tourne très lentement mais continûment. Ça veut dire que la fuite est permanente. Je coupe l'eau. Tu n’as qu’à t’installer chez moi en attendant que ça soit réparé. La chambre que je pourrais te donner à terme, elle est encombrée. Mais je te passerai une petite pièce au 6e qui communique en duplex avec l’appartement. Je te dépanne et en même temps je vois si on peut cohabiter. J’ai des critères précis, j’y mets des notes. Ensuite je fais une moyenne. Et je décide si tu peux rester. Avec un contrat oral que tu réciteras par cœur. »  
Julius me remercie humblement pour ce dépannage. Il m’avertit toutefois que ses revenus étant petits – il est auto-entrepreneur – il n’est pas sûr de pouvoir allonger le loyer.  
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« Ah bon ? Et comment tu fais pour payer le studio ?  
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Julius me remercie humblement pour ce dépannage. Il m’avertit toutefois que ses revenus étant petits – il est auto-entrepreneur – il n’est pas sûr de pouvoir allonger le loyer  
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« Ah bon ? Et comment tu fais pour payer le studio ?
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– J’ai eu un prix très avantageux, car je fais travailler les enfants du propriétaire deux heures par jour. Ils habitent l’immeuble à côté.  
 
– J’ai eu un prix très avantageux, car je fais travailler les enfants du propriétaire deux heures par jour. Ils habitent l’immeuble à côté.  
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– Eh bien je pourrais aussi te proposer un travail… j’ai plusieurs idées… il faut que je te connaisse un peu mieux. Déjà, comme ma femme de ménage est en vacances, tu pourrais la remplacer. Ton studio est négligé, tu m’as l’air empoté, mais bon, au moins tu parais docile. Condition nécessaire, mais pas suffisante. Si t’es pas aussi con que tu en as l’air, avec moi au cul tu feras un boulot de pro ! »  
 
– Eh bien je pourrais aussi te proposer un travail… j’ai plusieurs idées… il faut que je te connaisse un peu mieux. Déjà, comme ma femme de ménage est en vacances, tu pourrais la remplacer. Ton studio est négligé, tu m’as l’air empoté, mais bon, au moins tu parais docile. Condition nécessaire, mais pas suffisante. Si t’es pas aussi con que tu en as l’air, avec moi au cul tu feras un boulot de pro ! »  
En riant à gorge déployée, je lui claque deux frites cuisantes à travers les échancrures de son flottant slipé, qui laissent des marques rouges sur le plus haut des cuisses. Il a abandonné toute sa pudeur. Il s’efforce de sourire à ma « blague », tout en frottant sa peau avec les mains pour soulager la douleur. Je marque un point au moins. Il dit sur un coup de tête comme en se jetant à l’eau :
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«  je veux bien essayer  
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En riant à gorge déployée, je lui claque deux frites cuisantes à travers les échancrures de son flottant slipé, qui laissent des marques rouges sur le plus haut des cuisses. Il a abandonné toute sa pudeur. Il s’efforce de sourire à ma « blague », tout en frottant sa peau avec les mains pour soulager la douleur. Je marque un point au moins. Il dit sur un coup de tête comme en se jetant à l’eau  
- Écoute, puisqu’on est là, ramasse suffisamment d’affaires pour quelques jours, le temps que la fuite soit réparée. Tu préviens juste ton propriétaire que tu as été obligé de couper l’eau pour arrêter la fuite chez le voisin du dessous.Tu dis que sans eau le studio n’est plus habitable, et que tu as trouvé une solution de relogement. (Sinon c’est à lui de te reloger, tu penses si ça l’arrange !)  Il doit te suspendre ton loyer. Et comme il veut rénover pour vendre, il va probablement t’inciter à chercher une solution durable de relogement. Prends tout ce qu’il te faut et on le porte au 5e »
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«  je veux bien essayer
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- Écoute, puisqu’on est là, ramasse suffisamment d’affaires pour quelques jours, le temps que la fuite soit réparée. Tu préviens juste ton propriétaire que tu as été obligé de couper l’eau pour arrêter la fuite chez le voisin du dessous.Tu dis que sans eau le studio n’est plus habitable, et que tu as trouvé une solution de relogement. (Sinon c’est à lui de te reloger, tu penses si ça l’arrange !)  Il doit te suspendre ton loyer. Et comme il veut rénover pour vendre, il va probablement t’inciter à chercher une solution durable de relogement. Prends tout ce qu’il te faut et on le porte au 5e »  
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Je m’assoie sur l’unique chaise, face à lui qui s’est posé sur le bout de son lit bas, et je me tais. J’écoute ce qu’il va me dire. Ses chaussettes sont descendues, il ne porte plus en haut que le débardeur assorti au flottant de nylon noir. Il s’accoude à ses genoux, hauts, qui s’écartent sous la pression des bras. Je devise impassiblement son entrejambe qu’il me présente en plongée. Les courtines du flottant sont retroussées comme les pétales d’une tulipe noire après une forte chaleur. Je  vois la plupart du fond et des bordures de ce slip intégré qui empaquette à peine ses joues fessières et d’où sortent les cuisses, ouvertes en V vers les genoux.    Je l’interroge des yeux : « alors, tu dis quoi ? »  
 
Je m’assoie sur l’unique chaise, face à lui qui s’est posé sur le bout de son lit bas, et je me tais. J’écoute ce qu’il va me dire. Ses chaussettes sont descendues, il ne porte plus en haut que le débardeur assorti au flottant de nylon noir. Il s’accoude à ses genoux, hauts, qui s’écartent sous la pression des bras. Je devise impassiblement son entrejambe qu’il me présente en plongée. Les courtines du flottant sont retroussées comme les pétales d’une tulipe noire après une forte chaleur. Je  vois la plupart du fond et des bordures de ce slip intégré qui empaquette à peine ses joues fessières et d’où sortent les cuisses, ouvertes en V vers les genoux.    Je l’interroge des yeux : « alors, tu dis quoi ? »  
  
 
« J’ai très envie d’accepter, je vais accepter. Mais…Tous ces problèmes qui apparaissent et puis qui disparaissent comme par enchantement … grâce à vous, que je ne connais que depuis 1 heure, que je ne connais pas, et qui ne me connaît pas non plus.. »
 
« J’ai très envie d’accepter, je vais accepter. Mais…Tous ces problèmes qui apparaissent et puis qui disparaissent comme par enchantement … grâce à vous, que je ne connais que depuis 1 heure, que je ne connais pas, et qui ne me connaît pas non plus.. »
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C’est posé et juste, je sens la force de l’honnêteté dans ce constat. Il veut vraiment me dire oui, et me dire aussi qu’il ne sait pas à quoi il dit oui - malgré la clarté cristalline de ma proposition. Il va devoir quitter son appartement, sa vie va changer et son envie d’accepter est sincère-constructive. Je suis convaincu que c’est l’écuyer, au moins le valet qu’il me faut. Mais ça prendra du temps de le former. Je vais tester mon hypothèse sur lui, une méthode optimisée
 
C’est posé et juste, je sens la force de l’honnêteté dans ce constat. Il veut vraiment me dire oui, et me dire aussi qu’il ne sait pas à quoi il dit oui - malgré la clarté cristalline de ma proposition. Il va devoir quitter son appartement, sa vie va changer et son envie d’accepter est sincère-constructive. Je suis convaincu que c’est l’écuyer, au moins le valet qu’il me faut. Mais ça prendra du temps de le former. Je vais tester mon hypothèse sur lui, une méthode optimisée
« je crois beaucoup à la Providence. Personne ne se connaît avant de faire connaissance. Je suis thérapeute et j’ai du flair, je sais vite à quoi m’en tenir avec les personnes que je rencontre… Mon cher Monsieur, si je vous propose ce dépannage, avec une possible suite, dont je déciderai, c’est que j’y vois mon intérêt et je crois que vous y trouverez le vôtre . J’ai arrêté la fuite en coupant l’eau du studio, mais vous n’en subirez pas les conséquences. Mon jardin suspendu réclame des soins, vous serez prompt à les lui prodiguer. Ma femme de ménage est en congé, et vous saurez vite astiquer, repasser, coudre. Vous perdez votre logement, je vous en propose un.
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« Je crois beaucoup à la Providence. Personne ne se connaît avant de faire connaissance. Je suis thérapeute et j’ai du flair, je sais vite à quoi m’en tenir avec les personnes que je rencontre… Mon cher Monsieur, si je vous propose ce dépannage, avec une possible suite, dont je déciderai, c’est que j’y vois mon intérêt et je crois que vous y trouverez le vôtre . J’ai arrêté la fuite en coupant l’eau du studio, mais vous n’en subirez pas les conséquences. Mon jardin suspendu réclame des soins, vous serez prompt à les lui prodiguer. Ma femme de ménage est en congé, et vous saurez vite astiquer, repasser, coudre. Vous perdez votre logement, je vous en propose un.
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- De quoi êtes-vous thérapeute ?
 
- De quoi êtes-vous thérapeute ?
-Je suis onanothérapeute. Je soigne l’onanisme… En voyant toute cette collection de short dans votre placard, d’une part, et d’autre part en constatant votre honte d’en porter, j’en déduis immanquablement que vous êtes un fétichiste des shorts et que vous occultez votre goût dans le secret absolu. Ou presque absolu, si on prend en compte l’exhibition d’aujourd’hui, un cas rare puisque c’est la première fois en 3 ans que je vous surprends en tenue érogénique (c’est un concept d’onanothérapie qui décrit parfaitement votre cas). Cette opacité que vous avez tissée autour de vous limite considérablement les chances de faire l’amour. C’est cette frustration qu’il faut apurer. Votre séance d’exhibition ce matin va dans la bonne direction. Vous criez votre exaspération de ne pas faire l’amour. Mais c’est un cri sourd ; avec une chance infime qu’il fasse mouche et non plouf. Moi je l’entends évidemment ce cri de mort-vivant puisque c’est mon métier. »
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-Je suis onanothérapeute. Je soigne l’onanisme…  
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En voyant toute cette collection de short dans votre placard, d’une part, et d’autre part en constatant votre honte d’en porter, j’en déduis immanquablement que vous êtes un fétichiste des shorts et que vous occultez votre goût dans le secret absolu. Ou presque absolu, si on prend en compte l’exhibition d’aujourd’hui, un cas rare puisque c’est la première fois en 3 ans que je vous surprends en tenue érogénique (c’est un concept d’onanothérapie qui décrit parfaitement votre cas).
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Cette opacité que vous avez tissée autour de vous limite considérablement les chances de faire l’amour. C’est cette frustration qu’il faut apurer. Votre séance d’exhibition ce matin va dans la bonne direction. Vous criez votre exaspération de ne pas faire l’amour. Mais c’est un cri sourd ; avec une chance infime qu’il fasse mouche et non plouf. Moi je l’entends évidemment ce cri de mort-vivant puisque c’est mon métier. »
  
 
[[Catégorie:Intergénérationnel]]
 
[[Catégorie:Intergénérationnel]]

Version du 17 janvier 2022 à 04:46


La maladie des shorts (01)
Texte paru le 2022-01-09 par Olitchouf   
Ce récit a été publié sur Gai-Éros avec l'autorisation de l'auteur

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Ce texte a été lu 2840 fois depuis sa publication (* ou depuis juin 2013 si le texte a été publié antérieurement)

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© Tous droits réservés. Olitchouf.


Template-Books.pngSérie : La maladie des shorts

Chapitre 1. Récit du voisin du dessous


Ce matin d’hiver, excédé, je monte au 6e par l’escalier de service. J’ai un dégât des eaux dans ma cuisine, il habite juste au-dessus. J’espère le choper cette fois. Et merde, encore raté ! Dépité, je dévale les 6 étages relever mon courrier … et le voilà qui déboule dans le hall. Et dans quelle tenue !!!! Entre le buste carapacé dans un gros blouson et les chaussettes relevées jusqu’aux genoux, juste un petit short illusoire en nylon d’où jaillissent les obus roses de ses cuisses nues. Il est tout gêné. Un rictus de salut crispe sa bouche. Il tend son badge vers la borne, manifestant l’intention de s’exfiltrer par l’escalier. Je l’arrête. C’est l’occasion d’aborder mon sujet. Je savoure sa honte.

— Vous êtes bien courageux par ce temps !

— Vous trouvez ? Ça fouette le sang … »

Mais mon regard restant apathique, il explicite sans conviction:

— C’est bon pour la santé, le froid, non? Tout le monde le dit…

Je fais mine de réfléchir intensément. Puis avec une neutralité sans empathie je lui lâche gravement :

— Peut-être… A propos, je voulais justement vous parler d’un problème… un dégât des eaux, qui doit venir de chez vous. Est-ce que nous pourrions voir cela ensemble ?*

— Un dégât des eaux… Ah c’est embêtant ! D’accord, dans 5 mn, juste après ma douche…

— Eh ! C’est que je soupçonne justement votre douche de fuir… Vous prendrez une douche chez moi.

— C’est gentil de le proposer, mais je ne veux pas vous déranger.

Sa voix décline vers l’inaudible. Je lui réplique en hurlant, avec dégoût :

— Alors vous n’allez pas vous laver après avoir fait du sport ?

Dérouté par mes arguments, il se rend aussitôt :

— Vous avez raison, ce n’est pas propre. Très bien, merci beaucoup, Monsieur, j’accepte votre proposition, c’est très gentil !

Il tente encore un dernier coup, une esquive sous un prétexte quelconque, contrefaisant le ton du ça-va-de-soi :

— Juste le temps de passer prendre une serviette et des vêtements de rechange.

Et il s’engouffre dans le sas. Je lui emboîte le pas. Or l’ascenseur est là - un ascenseur « cercueil », où l’on tient tout juste à trois en se serrant. J’ouvre la porte tout grand comme pour lui donner préséance, et devant sa mine de filer je lui assène :

— Vous n’allez quand même pas gravir les 6 étages à pied. Il y a de la place pour deux.

Dissimulant sa contrariété sous un sourire de petit garçon poli, il ne peut que se résoudre à ma logique. Il embarque docilement dans la cabine et plaque son dos au fond de ce parallélépipède exigu. J’entre à reculons et ferme la porte palière. Le volet intérieur se déploie. Je presse machinalement le 5. Merde c’était le 6 puisqu’on va chez lui direct. Je ne dis rien. Mais le volet se replie et la porte palière s'ouvre. Entre une dame, une voisine. Je recule sur le mec, et je l’aplatis carrément contre la glace. La dame, qui est du genre mégère, ne peut pas voir sa tenue, ça l’apaise - je lui fais cette charité ! Les portes refermées, l’ascenseur coulisse enfin dans sa gaine en la raclant bruyamment. Je sens la pointe de son menton entre mes omoplates. Mes mains animées par l’ascension frôlent son petit paquet ficelé ; et mes clés que je laisse osciller au bout d’un doigt choquent par à coups ses burnes qui se rétractent en brefs spasmes réflexes.

La dame sort au 2nd. Je me retourne alors vers lui, tout collé contre la paroi. Il a les yeux fuyants, jetés au sol. Je blague bruyamment en évoquant l’étroitesse du « cercueil ». Il acquiesce sans conviction. Sous la lumière blanche de la cabine, le silence s’installe à nouveau. Les sourcils froncés, je cale indiscrètement mes yeux sur ses cuisses nues, comme si je ne m’y habituais pas. La honte l’agresse très fort. Il tire vers le bas les petites courtines diaphanes de son flottant noir plaqué sur sa peau et révèle par contraste le triangle clair du string.

L’ascenseur a repris son glissement rugueux, avec une grande lenteur, qui m’étonne chaque fois. Je ne dis rien. Je devise son corps : le visage, les vêtements, les nudités. Il cherche quoi dire. Pour s’extraire de son malaise, il parvient enfin à produire un message qui se veut consensuel:

— J’espère qu’il ne va pas se coincer entre deux étage !!!

Je n’y fais pas écho d’abord, puis je pousse un cri :

— Hein ? Quoi? Qu’est-ce que vous dîtes ?

Comme si je voulais chasser toute sornette de mes oreilles. Quadruplement vaincu, il laisse tomber son malaise et me rejoint enfin dans le réel de la situation.

— J’espère que ce n’est pas trop grave cette fuite, je suis désolé si c’est ma faute. Mais de toute façon je vais bientôt devoir rendre le studio. Le propriétaire le vend et je n’ai pas les moyens de l’acheter.

Ses yeux brillent, sa voix se casse, et là son émotion me touche. Enfin l’ascenseur s’arrête au cinquième. Pendant que le rideau métallique se replie, je parle à voix basse, comme pour moi-même :

— J’ai peut-être quelque chose à proposer…

Puis ouvrant la porte j’explique d’une voix radoucie :

— Puisqu’on est au cinquième, allons d’abord chez moi. Je vous montre le dégât.

Il me suit sans discussion, enlève son bonnet, décrémaille son blouson. Je le pousse devant moi, lui indiquant le chemin vers la cuisine. Il ne peut s’empêcher de jeter un coup d’œil autour. Il n’ose pas dire que c’est grand, que c’est beau, que c’est clair, qu’il y a un jardin suspendu derrière les portes-fenêtres, que mon appartement est juste magnifique.

Je lui désigne la tache qui salit mon plafond blanc fraîchement repeint. Nous la regardons en silence. Je fais durer cette observation quelques longues minutes. Il n’ose pas s’en détacher. Je me tourne finalement vers lui :

— Ça vient de chez vous, il n’y a aucun doute.

Il est très désolé, il espère que ce sera facilement réparable. Je le détrompe aussitôt:

—— Quand la fuite sera réparée, il faudra attendre quelques mois que ça sèche et ensuite repeindre tout le plafond . Et c’est mon assurance qui paiera, même si je n’en suis pas responsable. Et ça me vaudra un malus. C’est absurde, mais c’est comme ça qu’ils fonctionnent !

Il est atterré. Il se sent coupable et vacille comme épuisé par tant de tension. Et par tant de candeur il m’attendrit. Je tire un tabouret du bar, et je ne sais pas pourquoi, je prends un ton paternel:

— Vas-y mon gars, assieds-toi. Ça va s’arranger. C’est quoi ton prénom ?

— Julien, Monsieur. Mais tout le monde m’appelle Julius.

— Tu dois avoir l’âge d’être mon fils. Je te sers un café, Djulius ?

Il se hisse sur le tabouret de bar, sans ne plus montrer aucune gêne de ses cuisses nues, mais comme absorbé en lui-même. Le café est encore chaud dans la cafetière, je lui verse une tasse, j’en prends aussi, mais je reste debout. Je regarde ses cuisses écartées, les courtines relevées et le slip plus visible que jamais. Il a l’air tout humble et confiant.

«  Vous avez dit que vous aviez peut-être quelque chose à me proposer ? - Ah bon j’ai dit ça ? Oui, peut-être. Sauf qu’il faudrait réfléchir aux conditions. Ce serait plus un troc qu’un loyer. Mais je ne sais pas ce que tu es capable de faire, ou même d’apprendre à faire. - je sais passer l’aspirateur - j’ai une femme de ménage très efficace - j’aime m’occuper des plantes -Ah, c’est un point. Et quoi d’autre ? -je sais un peu coudre et repasser. - ça peut être utile. -Ah je pratique le shiatsu, le massage japonais qui fait circuler les énergies -Je ne connais pas…Je vais faire une liste. Tu indiqueras tes compétences. Je te rejoins d’ici 20 mn, pour voir ta salle de bain. Et après tu reviens prendre ta douche. »

Je ponctue ma décision d’une franche claque sur la cuisse horizontale à portée de ma main. Ça le sort de sa torpeur, il se met aussitôt sur ses pieds, se laisse guider vers la porte. je le pousse de la main à hauteur des reins. Il y a comme une paix qui vient entre nous avec sa docilité.


Une demi-heure plus tard je cogne à sa porte, il m’ouvre. Deux chambres de bonnes transformées en studio. « Mais c’est le souk chez toi ! »

Dans sa petite salle de bain je contrôle la douche. Mais la fuite doit être sous le bassin dans la maçonnerie, il faut tout démonter. Je lui dis :

« La fuite est dans la tuyauterie cachée il faut faire venir un plombier. » 

Je regarde attentivement la molette du compteur d’eau près de la porte d'entrée. « Tu vois, elle tourne très lentement mais continûment. Ça veut dire que la fuite est permanente. Je coupe l'eau. Tu n’as qu’à t’installer chez moi en attendant que ça soit réparé. La chambre que je pourrais te donner à terme, elle est encombrée. Mais je te passerai une petite pièce au 6e qui communique en duplex avec l’appartement. Je te dépanne et en même temps je vois si on peut cohabiter. J’ai des critères précis, j’y mets des notes. Ensuite je fais une moyenne. Et je décide si tu peux rester. Avec un contrat oral que tu réciteras par cœur. »

Julius me remercie humblement pour ce dépannage. Il m’avertit toutefois que ses revenus étant petits – il est auto-entrepreneur – il n’est pas sûr de pouvoir allonger le loyer

. « Ah bon ? Et comment tu fais pour payer le studio ?

– J’ai eu un prix très avantageux, car je fais travailler les enfants du propriétaire deux heures par jour. Ils habitent l’immeuble à côté.

– Eh bien je pourrais aussi te proposer un travail… j’ai plusieurs idées… il faut que je te connaisse un peu mieux. Déjà, comme ma femme de ménage est en vacances, tu pourrais la remplacer. Ton studio est négligé, tu m’as l’air empoté, mais bon, au moins tu parais docile. Condition nécessaire, mais pas suffisante. Si t’es pas aussi con que tu en as l’air, avec moi au cul tu feras un boulot de pro ! »

En riant à gorge déployée, je lui claque deux frites cuisantes à travers les échancrures de son flottant slipé, qui laissent des marques rouges sur le plus haut des cuisses. Il a abandonné toute sa pudeur. Il s’efforce de sourire à ma « blague », tout en frottant sa peau avec les mains pour soulager la douleur. Je marque un point au moins. Il dit sur un coup de tête comme en se jetant à l’eau

:

«  je veux bien essayer

- Écoute, puisqu’on est là, ramasse suffisamment d’affaires pour quelques jours, le temps que la fuite soit réparée. Tu préviens juste ton propriétaire que tu as été obligé de couper l’eau pour arrêter la fuite chez le voisin du dessous.Tu dis que sans eau le studio n’est plus habitable, et que tu as trouvé une solution de relogement. (Sinon c’est à lui de te reloger, tu penses si ça l’arrange !) Il doit te suspendre ton loyer. Et comme il veut rénover pour vendre, il va probablement t’inciter à chercher une solution durable de relogement. Prends tout ce qu’il te faut et on le porte au 5e »

Je m’assoie sur l’unique chaise, face à lui qui s’est posé sur le bout de son lit bas, et je me tais. J’écoute ce qu’il va me dire. Ses chaussettes sont descendues, il ne porte plus en haut que le débardeur assorti au flottant de nylon noir. Il s’accoude à ses genoux, hauts, qui s’écartent sous la pression des bras. Je devise impassiblement son entrejambe qu’il me présente en plongée. Les courtines du flottant sont retroussées comme les pétales d’une tulipe noire après une forte chaleur. Je vois la plupart du fond et des bordures de ce slip intégré qui empaquette à peine ses joues fessières et d’où sortent les cuisses, ouvertes en V vers les genoux. Je l’interroge des yeux : « alors, tu dis quoi ? »

« J’ai très envie d’accepter, je vais accepter. Mais…Tous ces problèmes qui apparaissent et puis qui disparaissent comme par enchantement … grâce à vous, que je ne connais que depuis 1 heure, que je ne connais pas, et qui ne me connaît pas non plus.. »

C’est posé et juste, je sens la force de l’honnêteté dans ce constat. Il veut vraiment me dire oui, et me dire aussi qu’il ne sait pas à quoi il dit oui - malgré la clarté cristalline de ma proposition. Il va devoir quitter son appartement, sa vie va changer et son envie d’accepter est sincère-constructive. Je suis convaincu que c’est l’écuyer, au moins le valet qu’il me faut. Mais ça prendra du temps de le former. Je vais tester mon hypothèse sur lui, une méthode optimisée

« Je crois beaucoup à la Providence. Personne ne se connaît avant de faire connaissance. Je suis thérapeute et j’ai du flair, je sais vite à quoi m’en tenir avec les personnes que je rencontre… Mon cher Monsieur, si je vous propose ce dépannage, avec une possible suite, dont je déciderai, c’est que j’y vois mon intérêt et je crois que vous y trouverez le vôtre . J’ai arrêté la fuite en coupant l’eau du studio, mais vous n’en subirez pas les conséquences. Mon jardin suspendu réclame des soins, vous serez prompt à les lui prodiguer. Ma femme de ménage est en congé, et vous saurez vite astiquer, repasser, coudre. Vous perdez votre logement, je vous en propose un.

- De quoi êtes-vous thérapeute ?

-Je suis onanothérapeute. Je soigne l’onanisme…

En voyant toute cette collection de short dans votre placard, d’une part, et d’autre part en constatant votre honte d’en porter, j’en déduis immanquablement que vous êtes un fétichiste des shorts et que vous occultez votre goût dans le secret absolu. Ou presque absolu, si on prend en compte l’exhibition d’aujourd’hui, un cas rare puisque c’est la première fois en 3 ans que je vous surprends en tenue érogénique (c’est un concept d’onanothérapie qui décrit parfaitement votre cas).

Cette opacité que vous avez tissée autour de vous limite considérablement les chances de faire l’amour. C’est cette frustration qu’il faut apurer. Votre séance d’exhibition ce matin va dans la bonne direction. Vous criez votre exaspération de ne pas faire l’amour. Mais c’est un cri sourd ; avec une chance infime qu’il fasse mouche et non plouf. Moi je l’entends évidemment ce cri de mort-vivant puisque c’est mon métier. »