École de maintien

Drapeau-fr.svg Gay Confessions

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Numéro 10

Texte d'archive:


Archivé de: Gay Confessions – Numéro 10
Date de parution originale: c.1993

Date de publication/archivage: 2018-01-12

Auteur: Fifi
Titre: École de maintien
Rubrique:

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Je suis homosexuel depuis l’âge de 19 ans, et je ne m’en suis jamais caché, j’en ai même toujours été fier tant je méprise les femmes. Malheureusement il y a quelques années j'ai eu un très grave accident qui m'a rendu impuissant, me coupant de la vie sexuelle très chargée que j'avais. Maintenant j'ai 45 ans, et pour rester en contact avec la vie, chez moi, pour me distraire, deux fois par semaine je donne des cours de maintien pour hommes.

Je vais vous raconter de quoi il retourne. Je suis un maniaque de l'élégance, j'aime les belles choses, les beaux vêtements quand ils sont bien portés. J'ai vécu assez longtemps avec un très bel homme, qui n'avait aucun goût pour ses toilettes. Je lui ai appris à se mettre en valeur avec un rien. Puis un jour il est parti avec un autre.

Comme j'ai une grande maison, je décidai d'en faire une école. Je reçois beaucoup de demandes, mais avec mon handicap je suis restreint dans mes déplacements, même chez moi, et j'ai pris un aide. Un bel homme, la trentaine, qui me sert de mannequin. J'ai une clientèle de choix, certains viennent chez moi pour ensuite partir sur Paris chercher du travail dans les boîtes spécialisées.

Tout dernièrement un adorable couple de garçons s'est présenté, ils désiraient tous deux perdre leur attitude de campagnards. Ils voulaient apprendre les bonnes manières. Mon mannequin était là lui aussi, ainsi que deux autres beaux garçons qui en étaient déjà à plusieurs leçons. Assis dans mon fauteuil je les observe tandis que Sylvain les fait mettre en slip, pour les faire se rhabiller avec des vêtements neufs fournis par eux. Ils sortent de la pièce et doivent revenir évoluer devant moi en marchant lentement pour que je détecte leurs défauts. Ils avancent tout près, presque à me toucher, je me sens tout drôle, j'ai des fourmillements dans tout le corps, mais malheureusement ça s'arrête là. L'un d'eux Érick à des yeux de braise, une allure à travailler, il sera certainement mon plus beau résultat et j'espère qu'il fera un malheur dans les nuits Parisiennes.

Mon petit couple de paysans est devant moi, se tenant par la main. C'est vrai qu'ils sont lourdauds dans leurs gestes et leur démarche, mais ils sont très touchants, et tellement amoureux l'un de l'autre. J'en garde un près de moi, et fais déambuler l'autre pour montrer les défauts, il m'écoute attentivement, et va lui même corriger ou le pli du pantalon, ou le col mal remonté de la chemise de son frère. Je leur apprends à reconnaître un bon parfum pour homme, suivant la façon dont ils se vêtissent, ou pour sortir en boîte, ou pour aller faire une course.

Mon mannequin apparaît habillé en tenue de soirée, parfumé, manucuré, allure décontractée, sûr de lui. Les jeunes restent éberlués devant cette prestance. Il fait le tour de la pièce, parle en faisant des gestes simples, ne cachant rien de son homosexualité, il se sent bien dans sa peau, et il est très fier de sa personne. Mes élèves boivent ses paroles, refont ses gestes naturellement, se parlent entre eux comme s'ils étaient en boîte, et oublient les allures trop efféminées qu'ils se donnaient et qui les faisaient remarquer. L'avenir leur appartient, heureux jeunes gens, et je donnerais cher pour pouvoir honorer leur beauté comme elle le mérite, mais hélas...

Pour la dernière leçon avant les vacances, mes jeunes ont décidé de me faire une surprise. Ils me bandent les yeux, ils ont de petits rires énervés et en dépit de ma cécité passagère, mais ayant l'oreille fine, aux divers bruits qu’ils font je comprends qu'ils se déshabillent, puis je reconnais la voix de mon mannequin dont la présence n'est pourtant pas prévu pour aujourd'hui. Quand on me rend la vue, c'est pour moi un émerveillement. Tous mes élèves sont là, nus, pour m'offrir un spectacle érotique. Sur le tapis, à genoux, mon mannequin apprend à faire une fellation à un jeune homme; à côté un couple conjugue le verbe sodomiser au temps passif et au temps actif ; Serge, un de mes jeunes paysans insiste pour me faire une faveur orale et miracle, peu à peu ma virilité se réveille, gonfle et raidit comme avant mon accident. Je n’en crois pas mon bonheur et c'est avec des râles de folle lubricité et de joie mélangées que je m'épanche dans la gorge accueillante.

Je vous en dirais pas davantage, car ce sont des instants à jamais gravés dans ma mémoire, puisque hélas, mon bonheur a été éphémère et aujourd'hui, j'ai retrouvé mon apathie sexuelle. Mais quoi qu'il en soit, je crois que ça a été la plus belle pipe de ma vie.

Fifi, 45 ans.