14 juillet


14 juillet
Texte paru le 2000-06-03 par Urbain   Drapeau-fr.svg
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Juillet 1999


J'arrivai en stop, le représentant d'une société de matériel agricole m'avait laissé au croisement d'une route menant à une ferme, j'avais choisi de marcher deux kilomètres jusqu'à Arminville. C'était le village de mon enfance, je l'avais quitté cinq ans auparavant et, apercevant au loin le clocher et les premières maisons de chaque côté de la route départementale, j'avais le cœur qui cognait. Un sac de marin sur les épaules, je cheminais péniblement sur le goudron poisseux. Mon trajet était accompagné des odeurs des foins secs et de poussière de paille arrivant en ondées d'un champ de blé qu'une moissonneuse, monstrueux coléoptère à élytres jaunes, semblait grignoter petit à petit en l'engouffrant dans son énorme gueule.

J'aimais profondément cette plaine, particulièrement au moment des moissons, quand la chaleur caniculaire vous écrase et que les corps des garçons de ferme transpirants délivrent de si douces exhalations de parfums masculins qui se mêlent aux sèches senteurs des blés bien mûrs qu'on bat.

Sur la place de l'Église, je trouvai, comme convenu, la clef de la maison familiale entre les pots de géraniums qui commençaient à se calciner. Je pris une douche et m'habillai d'un jeans coupé à raz des fesses et enfilai un tricot ajouré, ensemble vestimentaire qui allait, c'était certain, choquer quelques biens-pensants du petit bourg.

Vêtu mini, je partis m'exhiber ainsi devant la terrasse de l'unique café puis je fis un grand tour de village, retrouvant mes coins d'enfance, les terrains de jeux dans une vaste friche ferroviaire où serpentaient encore les restes de la ligne de chemin de fer menant à Chartres qui avait été successivement déclassée puis abandonnée définitivement au trafic au tout début des années 1960. Ballast envahi de graminées desséchées où, quand il avait plu, nous chassions les escargots, de gros bourgognes.

Je croisai la fourgonnette d'un très jeune facteur qui s'arrêta me demander si je connaissais Mme Ledoux, il était en short et chemisette, ses jambes bronzées et poilues, ses bras vigoureux, son sourire, me firent perdre le peu de timidité qui me restait de mon adolescence:

— Tu sais que t'es beau toi...

Il rougit comme un gamin.

— J'ai pas bien le temps de discuter aujourd'hui...

Et je lui indiquai la bonne direction regrettant de ne pouvoir rester un plus long moment avec ce très beau mec.

Je regagnai la place villageoise et m'installai à une table du bar, face au soleil, je commandai un Perrier à une jeune serveuse que je ne remettais pas. C'est Marcel, le patron, vieille connaissance, qui apporta la consommation en me lançant méchamment:

— Pourquoi qu'a fallu qu'tu r'viennes...

— Faut toujours être là au moment des comptes, Marcel...

Furieux, il tourna vivement les talons et réenfourna son corps graisseux dans la pénombre de son bistrot où s'alcoolisaient, dans un semblant de fraîcheur, quelques joueurs de cartes.

J'avalai l'eau avec deux aspirines contre une migraine qui ne me quittait que trop rarement.

Le lendemain matin, à 11h, le car des "Courriers beaucerons" l'amènerait, lui, Michel, l'objet de tous mes tourments et de toutes mes pensées, co-responsable, avec moi, d'un scandale qui avait mis à mal la petite vie bornée des habitants, et décidé mon exil ainsi que du sien, depuis maintenant soixante longs mois.


Juillet 1994


En vacances scolaires depuis le début du mois et nous étions une petite équipe de lycéens passant leur temps à glander sur nos scooters, nous avions 16 ans et l'insouciance de notre jeunesse nous donnait une joie de vivre et un appétit sexuel que nous avions, malheureusement, assez peu l'occasion de satisfaire. Nous tentions bien de draguer les quelques filles restant encore dans le secteur, mais elles nous connaissaient bien et savaient quel était l'objet des sollicitations que nous leurs témoignions: leurs entrejambes, endroits magiques qui levaient nos petites bittes et souillaient des caleçons qui devaient être changés à des espaces très rapprochés.

J'étais puceau, Michel aussi... Au milieu de la bande il ne restait plus que nous à ne pas avoir franchi le Rubicon qui nous aurait permis de "faire" l'amour, donc de pouvoir en parler... abondamment, mais, l'un comme l'autre, une timidité nous figeait quand nous devions passer à l'acte, l'idée de passer pour un con... la peur du refus... Toujours à penser que "l'autre" va nous juger et qu'elle va, sûrement, se foutre de notre gueule. Certains se reconnaitront dans ce blocage tout bête.

Nous étions puceaux, c'était certain, mais nous connaissions quand même les joies que peuvent nous offrir nos sexes de garçons. Il ne se passait pas de semaine sans que Michel et moi nous nous octroyions de bonnes petites branlettes, ou de véritables séances de masturbation collective avec les autres amis. Au fond de moi j'aimais énormément ces rendez-vous, moments où je pouvais admirer des corps partiellement dénudés. J'aimais particulièrement les masturbations que nous nous donnions Michel et moi, nous nous connaissions assez bien pour échanger nos mains dans ces amusements.

Cela avait commencé lorsque j'avais entendu un proverbe de marin: "De la main gauche et à l'envers, on dirait une main étrangère." Nous avions essayé "gauchement" comme il se doit, sauf "maladroitement" pour moi qui suis gaucher, puis nous avions trouvé plus simple de changer simplement le proverbe par le notre "Main gauche ou droite, c'est parfait, pourvu que ce soit la main d'un étranger." Que ces jeux restent masculins ne nous posaient pas de problèmes, je pensais naïvement que cet attrait était partagé par tous les mecs, bref, je n'en faisais pas une idée fixe, jusqu'à ce que...

Cette année-là, au 14 juillet, le village faisait la fête, le soir, bal populaire, comme disaient les affiches, un orchestre assez merdique pour des jeunes comme nous. Nous avons profité de la pagaille qui s'était installée sur la place pour picoler un peu, une bière par-ci, un peu de blanc par là. Si bien que la soirée commença sans moi et Michel, on se trouvait dans un état assez comateux. Michel était le neveu de Marcel et le bistrot de son oncle avait quelques chambres d'hôtes dont deux ou trois seulement étaient inoccupées. Étant comme chez lui, il m'a conduit dans le café où, au fond de la salle, passé un couloir, une chambre à un lit nous attendait, elle allait nous permettre de cuver cet alcool qui étourdissait beaucoup trop les petits gars comme nous.

Affalés sur le lit, nous nous sommes endormis comme des masses qui s'écrasent. Il faisait une chaleur orageuse, la lourdeur de l'air avait gagné la chambre et bientôt, les ressources caloriques de l'alcool aidant, on avait l'impression de se trouver dans une atmosphère tropicale. L'un après l'autre, nous avons ôté et jeté nos bermudas et nos maillots, les caleçons ont suivis et nous avons glissé un drap léger sur nos corps nus. Cet exercice nous a à moitié réveillé, puis, chacun de son côté, nous avons retrouvé le souffle du dormeur.

Le dérapage mal contrôlé a commencé peu après.


Juillet 1999


Après avoir fini mon Perrier, je regagnai la maison, elle était tout contre le bistrot, et sur l'arrière de ces maisons, s'alignant dans un ensemble à angle droit, une cour commune à celle-ci, enserrée de constructions. Derrière, c'étaient des dépôt, des garages, autrefois, certainement écuries. Dans nos dépendances, une vieille Estafette, antiquité que je devais faire redémarrer pour que notre plan fonctionne. Je pris la voiture de ma mère et j'allai au chef-lieu acheter une batterie, c'était Michel qui avait dressé la liste de ce que je devais faire.

J'étais d'une maladresse congénitale et, pour moi, changer cette batterie, rejoignait dans mon esprit, la longue liste de tout ce qui était difficile: mettre une roue, cuisiner, programmer un magnétoscope, mettre ma montre électronique à l'heure, ouvrir une boîte de conserve. Clés à molette, scie, couteau, fourchette, tout devenait catastrophe et je me blessais toujours avec ces outils que j'imaginais, plus jeune, être des inventions diaboliques dont la seule destinée était de m'assassiner. J'étais en médecine et le moment où je devais faire une piqure me prostrait.


Juillet 1994


Je sommeillais, dos tourné à Michel, quant à la faveur d'un de ses nombreux retournements énervés, il se retrouva collé à mon dos, le premier contact fut irritant, je suais et mon copain était lui aussi mouillé, ce ne fut pas très agréable et je tentai de le pousser de mes fesses, mal m'en prit.... car c'est à ce moment précis où je commençais à sentir le contact de sa queue contre mon cul, et il bandait comme un baudet le salaud... sans doute un de ces rêves érotiques dont les adolescents ont le pouvoir secret, que la sensation ressentie me fit immédiatement durcir le membre... Naturellement... On ne se contrôle pas trop à 16 ans... N'est-ce pas?

Mon érection éveilla en moi une sorte de mécanique inconnue, des ondes commencèrent à me parcourir l'épiderme, et me plongèrent dans une agréable sensation de réception sensorielle. Mon corps entier était une antenne sur laquelle se précipitaient des informations qui m'électrisaient. Je commençai à me flatter la queue de la main, je remuai aussi les fesses de manière à amener le membre de mon copain entre celles-ci, je levai légèrement la cuisse et, Alleluia! je sentis son gland baveux qui me touchait la rondelle. Je n'avais jamais connu cela et je trouvai ce titillement très agréable, je reculai, mais Michel dormait toujours.

Je le malmenai alors et le positionnai sur le dos, sa queue était alors monstrueusement érigée, sans doute il avait une forte envie de pisser qui devait lui compresser la prostate et favoriser ainsi le durcissement. Je le chevauchai et, salivant sur mes doigts, je me lubrifiai le trou et le positionnai sur le haut du promontoire. Le gland laissait sortir son liquide aqueux, je m'empalai en forçant vers le bas.

Michel se réveilla à cause de la douleur que je lui avais causée en appuyant trop fort:

— Mais, tu fais quoi Sandro?

J'avais pas l'air d'un con moi...

— Je sais pas trop Michel, j'ai fait un rêve érotique et je me suis réveillé comme ça.

— Putain! tu m'as fait mal.

— Excuse-moi, attends, je vais te masser.

— Déconne pas, en plus faut que j'aille pisser.

Il se leva et se dirigea vers le lavabo. Cela mit un peu de temps pour d'abord débander un peu et satisfaire son besoin. Il revint et s'allongea près de moi, sa queue était restée très volumineuse:

— Alors comme ça t'as rêvé que je te sautais?

— C'est toi qui as commencé, ta bite n'arrêtait pas de me chatouiller le cul, ça m'a excité, je ne savais pas qu'on pouvait s'exciter le cul comme ça.

— Eh banane... Et les gays, ils font comment?

— C'est pas pareil, eux, ils sont habitués.

— Mais Sandro, avant d'être des habitués, ils ont débuté. Moi ça me branche d'essayer, allez... on le fait... ça restera entre nous...

J'étais un peu étonné que Michel se laisse aller comme cela, je pensais que l'alcool continuait à engourdir son cerveau, mais, intéressé, et me souvenant des étranges sensations perçues quand nous nous frottions, je répondis:

— On y va Michel, promis ça restera entre nous et si ça ne nous plaît pas on n'en reparlera plus jamais.

— Promis.


Juillet 1999


Je trouvai une batterie, rentrai au village et entrepris ce périlleux travail. J'y passai la soirée et tentai alors de faire démarrer cette casserole, rien n'y faisait, je pensais alors à contrôler le niveau d'essence: à sec, j'entrepris un second voyage vers une station-service où je pourrais trouver un jerrycan à acheter pour abreuver cette camionnette de malheur. À deux heures du matin, je me couchais, j'avais réussi à faire hoqueter cette saleté de moteur, hoquet qui s'était peu à peu transformé en ronflement bruyant, mais régulier. J'étais mort, mais la joie de revoir Michel et celle de voir accomplir notre vengeance m'excitait nerveusement. Je me tripotais consciencieusement, tout en me titillant la rondelle du pouce enduit de salive, mais jamais, jamais plus, depuis l'incident de 1994 je n'arrivais plus à bander.

Mes rares expériences avec des femmes avaient vite tourné court, le fait était que j'étais gay mais j'avais essayé quand même de tenter quelques expériences avec celles-ci. Ne pouvant pas assurer une baise avec une femme, j'avais pris l'habitude de trouver avec des garçons virils de brefs moments amoureux. Ma queue restait molle et une certaine jouissance du cul se manifestait quelquefois, quand j'avais la chance de tomber sur un mec qui pensait un peu à moi plutôt qu'à son propre plaisir, et cette maigre jouissance s'accompagnait d'un rejet d'un sperme qui s'écoulait, baveux, de ma queue, comme d'un tuyau sans pression et qui stagnait, là, lamentablement au bout du nœud, d'où il s'écoulait attiré par sa pesanteur, sans force, pitoyable, sans cette éjaculation victorieuse que j'aurais tant aimé retrouver.


Juillet 1994


On commença donc par se tripoter mutuellement, plutôt sagement, mais Michel eut vite assez de ces "enfantillages" comme il disait.

— Suce-moi Sandro.

— Je fais si tu fais, y a pas de raison.

Je m'abaissai vers son sexe et me plaçai de façon à ce que le mien soit à la portée de son visage. Le nez tout contre son gland, je commençai à respirer son odeur un peu forte. Je léchai d'abord, puis tentai d'enfourner le morceau, je ne pris pas trop de plaisir au début, mais Michel se décida tout à coup à m'imiter et je commençai à sentir l'effet de sa langue humide, il prit ma queue, d'un coup, l'avala entièrement et la rejeta en serrant fort les joues et les lèvres:

— C'est comme ça qu'il faut faire, amateur, va...

J'étais piqué dans mon amour-propre et je tâchai de l'imiter. On se donna peu de peine car nous étions fringants, on déchargea ensemble, bite fortement encastrée dans la gorge de l'autre, Michel avala, j'avalais donc pour ne pas lui donner l'air que je me dégonflais. Je ne trouvais pas ça tellement bon, mais ça passait en brûlant l'arrière-gorge. Je me mis à côté de lui dans le lit et il monta sur mon ventre et se pencha vers mon visage, alors, il mit ses lèvres contre les miennes et commença un baiser d'amoureux où nos langues se mélangèrent, trouvant, dans les recoins de nos bouches, quelques parcelles de sperme pour pimenter ce fort baiser.

Naturellement cet exercice réveilla nos queues qui, vigoureusement, reprirent forme. Le cul de Michel frottait mon gland et me causait une excitation qui était une découverte pour le jeune explorateur du sexe que j'étais. Mes mains alors commencèrent à caresser le torse de mon ami, je sentais les côtes et mes mains remontaient vers ses seins, légèrement proéminents, musclés, puis les deux petits tétons qui contrastaient leur couleur sombre du reste de la pointe, sous mes doigts je faisais jouer ces petites boules, réduites chez les mecs à de simples attributs de peau qui dans certains cas servaient à soutenir un anneau d'or. Je descendais alors pour toucher le ventre, le nombril, légèrement poilu à ses alentours, poils qui se densifiaient plus bas pour entourer le magnifique morceau rougi en pleine érection et qui gouttait de petites perles qui glissaient et tombaient sur mon ventre en filaments blanchâtres.

Michel s'excitait le cul, je le sentais aux actions circulaires qu'il faisait pour essayer de me manger la queue de son trou que je sentais se positionner, toujours plus proche, de l'extrémité de mon gland. Il se redressa à demi et se soulevant légèrement il se posta juste au dessus de mon bas-ventre. Puis petit à petit, guidant mon membre, il s'empala, doucement, mais fermement et entièrement, sans reculade aucune, à croire que son trou s'était ouvert miraculeusement à mon approche comme si une force intérieure avait, à mesure de l'enculade, dilaté le conduit anal de Michel pour permettre l'achèvement total de l'intromission.

Bien pris, il commença de me serrer la queue, pour se donner des sensations, ce faisant, il me faisait bénéficier de son travail, et je ne sais pas s'il y trouvait du plaisir, mais en ce qui me concernait, ça devenait torride, l'effet de ses fesses et de son trou qui me masturbaient la bite d'une manière tellement douce et vive en même temps, me mena bien vite à une sorte de cataclysme interne qui bien que violent, me donnait l'impression d'être livré, passif, à un vampire qui profitait de mon corps pour assouvir son énorme besoin de chair fraîche. Sur le dos, je m'abandonnais au vice de l'enculade, Michel redoublait, semblant bientôt en état de culminer dans son tourbillon jouissif, et, au moment où devant moi, sa queue éjecta son sperme qui s'écrasa sur mon visage, je lâchai dans son intérieur une quantité de liqueur qui, d'après ce que je croyais, aurait dû au moins lui remplir l'ensemble des boyaux. Quand il se retira, en levant le cul, celui-ci, resté ouvert, lâcha une bonne quantité de foutre qui retomba sur mon sexe en humectant les poils.


Juillet 1999


Au petit matin, je déjeunai de croissants que j'allais chercher à la boulangerie toute proche, j'étais seulement vêtu d'un caleçon que j'avais enfilé vite fait. Dans la glace de la boutique, je me voyais, éclairé par les premiers rayons de soleil qui entraient de bon matin à travers la vitrine. J'étais vraiment ce que l'on appelle un "beau garçon", un mètre quatre-vingt-cinq, soixante-dix kilos, les muscles qui se dessinaient sous la peau fine et qui ondulaient quand je remuais mes membres. La jeune serveuse me regardait de ses grands yeux comme étonnée de trouver un prince charmant d'aussi bonne heure, je ne résistai pas au plaisir de lui faire du charme et elle me donna un étincelant sourire qui la rendait radieuse, c'était vraiment une belle petite, un peu jeune peut-être, mais qui possédait un charme certain et qui donnait envie de faire connaissance afin d'en faire une "bonne copine" comme on dit entre gay. J'avais une soif de contact physique telle que j'aurais volontiers frotté mon corps contre celui de cette fille qui sentait le pain chaud.


Juillet 1994


Nous étions un peu ratatinés après ces deux "sessions" d'amour, de l'alcool restait dans nos veines et on piqua un roupillon. Nus, l'un contre l'autre, on s'était enlacés après nos jouissances et il se passa deux heures avant de nous réveiller. Ce fut à cause des pétards que des gamins s'amusèrent à faire éclater à ce moment-là près de nos fenêtres sur la cour.

— Ils sont vraiment trop nuls ces trou-du-cul, dit Michel en s'étirant.

Il ne pensait pas que l'an dernier, il était peut-être dans cette même bande de gamins à peine sortis de leur fraîche jeunesse.

On se contemplait alors d'un drôle d'air, c'était "notre" première fois à chacun de nous. Nous le savions car copains comme nous étions, nous ne nous cachions rien et nous connaissions la vie sexuelle de l'autre. C'est Michel qui eut le courage de prononcer les premiers mots. Ceux-ci me sont restés chers et, aujourd'hui, malgré notre séparation je les tiens comme définitifs.

— J'ai super-apprécié... Tu sais Sandro... Je crois que je suis amoureux de toi.

Je pris un coup derrière les oreilles, un de ces coups qui laissent à demi-assommé physiquement mais qui laissent l'esprit encore plus clair et affûté qu'à l'ordinaire. En quelques secondes, connaissant parfaitement mes orientations gay depuis longtemps, je compris définitivement quel serait mon avenir. Je répondis une connerie naturellement, car mon sens de la répartie, déjà d'un niveau minimum en temps ordinaire ne pouvait pas s'élever un jour comme celui-là.

— Tu crois... Ben ça alors... Qu'est-ce qu'on va faire?

Vraiment une réponse du pur abruti que j'étais.

— Mon petit Sandro, ça veut dire que je te veux pour moi tout seul... Pour longtemps... Et qu'on va passer notre temps à baiser jusqu'à demain matin... Et que demain on recommencera... Et après... Et toujours... T'as compris p'tite tête?

J'étais vite dépassé par les événements mais je me repris, et n'osant plus parler - si c'est pour dire des imbécilités - je pris son visage et je commençais alors à le regarder: Dieu que je le trouvais beau... Maintenant qu'il était tout à moi... Ses yeux d'un bleu qui semblait rire et qui pétillaient en me regardant... Son nez, petit et bronzé... Ses lèvres fines et légèrement sèches ne cachaient rien de l'émail brillant de ses dents. Je trouvais son corps parfait, celui d'un nageur, pas de pilosité autre que sur le sexe et niché sous les bras, là où la peau reste toujours plus blanche et où les odeurs corporelles surviennent le plus rapidement même après une douche minutieuse quand le corps a été exposé à une forte chaleur. C'est là que j'aime y mettre les narines, là où je reconnais le mâle, à son musc particulier, fort, piquant, qui dit à mon cerveau le plus primaire: "ce corps est le corps d'un homme, un vrai, avec ses hormones" et je sais alors que c'est ce corps-là que je désire et c'est ce corps-là que je vais prendre.

On devient vraiment con quand on tombe amoureux...

Nos désirs s'émoustillèrent et Michel m'avoua qu'il avait une forte envie de me baiser.


Juillet 1999


Après le petit-déjeuner, je me rhabillai comme la veille et j'entrepris de traîner dans le village, certains me saluaient, d'autres m'ignoraient. Dans l'ensemble, je savais que chacun d'entre eux avait deviné l'objet de ma présence et cela les rendait distants, je pressentais leurs pensées: "Qu'est-ce qu'il vient nous emmerder aujourd'hui avec une aussi vieille histoire? Après tout, ce qui s'est passé ne me regarde pas." Bien que "ce qui s'est passé" avait alimenté les conversations, je le savais, du village pendant de longs mois bien que nous soyions partis Michel et moi. Je croisais quelques jeunes dont quelques-uns me serrèrent ostensiblement la main l'air de dire: "Tu sais Sandro, je suis avec toi." Cela me réconfortait, les plus jeunes n'étaient donc pas aussi bornés que leurs parents devant des gays.

Michel avait établi le plan: le soir, après la fermeture du bistrot, au moment où Marcel regagnait sa chambre après avoir fait sa caisse, quand il gagnerait sa chambre, dans la cour intérieure, nous allions l'enlever, et le mener avec l'Estafette dans un bois voisin pour l'exécuter. Le PA de mon père était toujours là, avec son chargeur, c'était la première chose que j'avais vérifié en arrivant.

Onze heures arrivèrent rapidement, j'allais alors sur la place et le bus ne tarda pas, s'arrêtant devant le bistrot, le chauffeur posa quelques colis et le maigre lot de voyageurs descendit, quelques branleurs d'une douzaine d'années, une toute vieille chancelante qu'aidait une main secourable. La main retint la femme jusqu'à ce qu'elle soit solidement à terre et le corps auquel appartenait cette main apparut sur les marches du car. Michel était là, étincelant... changé... du frêle ado que j'avais quitté. Il vint vers moi, et nous nous sommes enlacés, là, devant tous, nos bras nous serrant et un regard un peu voyeur aurait pu distinguer quelques larmes que nos yeux ne pouvaient retenir. En cet instant, dans nos esprits, revenait alors toute l'humiliation ressentie, et la rancœur accumulée ravivait celle-ci de manière tellement forte qu'on aurait pu croire qu'elle venait de survenir dans les précédentes minutes.

Nous avons regagné ma maison familiale et, discutant de ces années passées ainsi que de notre vengeance qui devait s'accomplir. Petit à petit, insidieusement, Michel s'est rapproché de moi :

— Te souviens-tu Sandro, des trop brèves heures vécues, te souviens-tu comme j'étais amoureux de toi ?

Il parlait alors de cela comme d'une chose passée, comme d'un moment de notre histoire dont on pouvait se souvenir, comme du plaisir qui avait existé et qui était fini, mais jamais, dans sa conversation, il ne me donnait à penser que ces choses avaient la moindre chance de reprendre. Quand la nostalgie prend le dessus d'un événement, c'est que cet événement est regardé comme un moment ou comme une chose définitivement terminée. Michel était nostalgique du passé tandis que moi je le vivais au présent et j'étais encore amoureux. Michel avait tourné la page et moi j'en étais encore le lecteur.

— Michel je suis toujours amoureux, je te promets, chaque jour depuis cinq ans je songe à ce moment où nous serons réunis.

— Mais c'est fini Sandro, fini l'amour, fini la passion, fini la découverte, fini, bientôt, la petite saloperie de vie de Marcel.

Il s'est approché et m'a dit:

— On peut quand même baiser si tu en as envie, j'ai les couilles pleines.

J'ai été obligé de lui avouer que j'étais devenu impuissant.

— Cela ne fait rien, je vais te prendre.

Pas d'autre commentaire, pas de question sur le fait que j'étais devenu ce que j'étais, c'était la confirmation de la fin de sa passion.

Alors on a baisé comme il a dit. Nous nous sommes dénudés, nous nous sommes embrassés, et, debout, puis couché, j'ai senti de mes mains ce qu'était une vraie, une saine, une formidable érection. Et, lui, n'a vu, n'a touché qu'un sexe sans vie. Michel m'a baisé comme un vieil amant qui connaît les petites choses qui feront plaisir à son partenaire, sa queue était douce à mon cul et m'a conduit à une extase appréciable, il m'a enculé en me regardant, me mordillant la peau du cou, me glissant sa langue dans la bouche, il a joui en moi sans demander si j'acceptais, comme si cela allait de soi, et je n'ai pas osé dire quelque chose, puis, j'ai lâché mon sperme qui s'est répandu dans mes poils comme un trop-plein qui coule, sans force. Ce fut agréable, mais me manquait quand même le regard tendre de mon partenaire et, au moment suprême, le doux sentiment de n'avoir existé que l'un pour l'autre pendant ce court moment d'extase.


Juillet 1994


Nous n'étions pas rassasiés bien qu'ayant déjà joui deux fois. Géniale adolescence où les envies ne quittent jamais l'esprit et moment où les corps ne nous trahissent jamais... Nous étions donc prêts à poursuivre notre quête amoureuse, celle-ci nous avait fait découvrir le plaisir d'une séance de suce partagée où nous avions terminé l'apothéose bandaison par la dégustation mutuelle de nos liqueurs de fruits acides. Puis, entraîné par un fougueux Michel, je m'étais dépucelé la queue en même temps que son cul avait, lui, subi sa première intrusion. J'avais joui de ses frottements contre la peau sensible de mon membre et je l'avais vu prendre un gigantesque plaisir qui lui avait été tiré de son intérieur déchiré et bien que je l'aie désiré au tout début de cette séance jouissive, mon trou, lui, restait affamé.

— Baise-moi Michel, j'ai une pressante envie.

— Tourne-toi sur le dos Sandro, je vais te pénétrer et te faire voir ce que c'est que se faire baiser.

Lui, le quasi-puceau, commençait déjà à frimer et à faire son malin alors que nous étions encore des bambins il y a quelques heures. Il me prit alors "en main"...

— Laisse-toi faire et profite de moi sans te soucier de faire quoi que ce soit.

Je m'abandonnai à lui. Il s'agenouilla devant mon sexe et me releva les jambes, sa bouche entreprit alors de me lécher le gland qui devenait dur et me causait presque de la douleur tant il avait été sollicité auparavant. Il mouilla les couilles et les poils puis descendit, suivant le liséré des bourses vers la raie qu'il ouvrait en me tendant les jambes. Lorsque sa pointe de langue commença à chatouiller le tour de ma rondelle puis, se faisant précise, pénétra facilement la dentelle de mon anus, je me mis à vibrer tant l'excitation commençait à prendre possession de mon être. C'était le moment annonciateur du plaisir divin que je devinais et qui tardait maintenant à m'exploser la tête.

Michel humecta le trou de sa salive émolliente, se releva et pointa son gland sur mon trou relevé, sans viser il s'enfonça, doucement, trop doucement à mon goût qui relevais le bassin afin de m'emmancher à une queue que je désirais aspirer. Je ressentais bien alors quelques douleurs au passage du membre fort volumineux de Michel, mais les espoirs de plaisir me contraignaient à gommer cette douleur qui, je le savais, serait mille fois payée en retour par ce que je ressentirais.

Quand il m'eût pénétré, lorsque que je le sentis bien à fond et que ses couilles furent écrasées tout contre mes fesses, il commença alors le divin ramonage, les parois de mon trou ressentaient bien ce va-et-vient et c'était terriblement excitant, j'apprenais à jouir du cul. Michel gouttait de sueur au dessus de moi et redoublait d'ardeur s'enfonçant et se retirant, il s'excitait et je voyais bien qu'il allait éclater dans mon intérieur. Je commençais à deviner que moi aussi, bientôt, j'allais gicler sur mon ventre, quelques spasmes. Puis le sperme se répandit, pas la grosse quantité, non, c'était quand même la troisième fois de la soirée, mais ce fut accompagné d'une super jouissance qui me fit pousser une bramée digne d'un jeune cerf dans la nuit. Michel fut plus discret, et juste après moi, je sentis ses dégorgements venir remplir mon anus.

Nous restâmes collés, là, épuisés, quand même !

La porte s'ouvrit brusquement sous la poussée d'une épaule, Marcel surgit, portant deux caisses de canettes de bière vide, et, hurla:

— Qui c'est qu'a crié ici ?

Puis, observant la scène en clignant des yeux:

— Ah! les pédés... Ordures de pédés... Je t'en foutrai, moi, des enculades...

Il lâcha ses bouteilles d'un coup et se précipita sur nous, nous empoignant chacun par un bras, et, nous traîna dans le couloir, puis dans le bar en vociférant :

— J'les ai vus les pédés... Regardez... Ils s'enculaient... Les malades... Les vicieux...

L'effet de surprise nous figeait, nous fûmes jetés sur la terrasse, bondée de consommateurs, et devant des dizaines et des dizaines de spectateurs et de danseurs qui regardaient en se tournant vers nous. L'orchestre s'arrêta de jouer et, fendant la foule médusée, toujours sous les invectives de Marcel déchaîné: "Les ordures... Salauds... Pédales... Ordures..." Nous nous réfugiâmes dans les ruelles noires où notre nudité éclatait toujours grâce à un clair de lune triomphant.

Un copain vint à notre recherche un peu plus tard, porteur de vêtements qui préservèrent alors le peu de dignité nécessaire pour rentrer chez nous.

On ne parla que de cet incident dans les jours qui suivirent. Une très petite minorité du village prit notre défense... S'ensuivit alors notre départ, moi chez mon père et Michel en internat.


Juillet 1999


La journée s'est déroulée assez rapidement, nous avons discuté de l'opération du soir:

— Tu vois, Sandro, il faut attendre Marcel chez lui, dans sa chambre, et de là, on le braque et on le traîne dans l'Estafette. Et... après ?

Dans la soirée on s'est donc glissé dans la chambre du condamné à mort, ses clefs étaient toujours crochetées à un clou, au fond d'un couloir. Nous nous sommes introduits et grâce à la lueur d'une fin de jour d'été, nous avons fureté, quelques revues féminines ou à scandales, s'étalaient au pied du lit et, devant celui-ci, un magnifique téléviseur 16/9 flambant neuf, accompagné de son magnétoscope, un bijou... Michel n'a pu s'empêcher de zapper le boîtier de télécommande, vaste comme un tableau de bord d'avion, en prenant le soin de baisser le son, et de passer en revue la longue liste des chaînes disponibles: Marcel ne s'emmerdait pas trop, c'était tous les bouquets comme on les nomme, il y avait au moins une centaine de programmes. À un moment il a déclenché la cassette encore enfournée dans le magnétoscope, et là, oh! surprise... une orgie de corps nus... Sur le moment on a pensé que c'était du hard hétéro, puis, très vite, on s'est aperçu que nous visionnions un film gay... Le gros Marcel devait se branler devant ce spectacle... Cela nous laissait pantois, connaissant la réaction de celui-ci quand il nous avait surpris.

Nous avons alors fouillé la chambre et nous sommes allés de découverte en découverte: un lot de cassettes gay hard d'un éclectisme sidérant, bondage, bisexuel, transexuel, black, asiatique, toute la panoplie, puis des godes de toutes tailles et de formes différentes dans leurs boîtes d'origine avec le nom de l'acteur dont la queue a été moulée, et des revues d'images hard de tous les pays européens :

— Regarde Sandro, il y en a même en russe, peut-être bien que le Marcel avait envie d'apprendre la langue...

Un pédé refoulé... Marcel était gay... Quelle découverte... Et c'est à ce moment que Michel eût l'idée d'une vengeance moins définitive mais beaucoup plus méchante.

— Tout compte fait, on ne va pas tuer le gros Marcel, t'y pensais vraiment pas sérieusement, hein... Sandro...?

— Ben, si... Regarde, j'ai même le pistolet de papa... J'ai acheté des balles...

Et je sortis alors le PA de ma poche et lui montrai. Là encore mon manque d'habilité joua contre moi, le chargeur, mal enclenché, tomba sur le plancher et les balles s'éjectèrent dans la pièce, allant même jusqu'à rouler sous le lit.

— Merde, fait gaffe Sandro.

Michel se précipita pour récupérer le matériel qui s'était répandu.

— Regarde ducon... C'est même pas le bon calibre... Ton pétard c'est du 9mm et les cartouches c'est du 22, ça tient pas dans le chargeur... T'es vraiment resté un nul en mécanique... Puis riant : Tu te souviens quand on était petits et que tu venais me voir pour réparer ton VTT ?

Le rappel nostalgique me serra la gorge, mais j'ai réussi à ne pas chialer et j'ai vite ajouté :

— Alors on fait quoi Michel?

— On attend qu'il fasse nuit et que les gens se mettent à traîner sur la place, il fait tellement chaud que beaucoup vont sortir faire un tour et venir boire un coup chez le Marcel... T'inquiète... J'ai mon idée...

Quand le soleil disparut, le jour s'accrocha encore de longues minutes à l'horizon comme si quelques regrets le retenaient encore, mais bientôt ce fut la fin de la clarté et quelques étoiles apparurent, d'abord Vénus, puis une multitude de points lumineux qui rendaient la nuit d'une beauté peu commune. Michel dit :

— Allez, Sandro, aide-moi.

Et il commença à déplacer le téléviseur devant la fenêtre dont on a ouvert les battants. L'écran fut posé sur le rebord et on cala l'arrière avec une chaise: il était presque aussi large que l'ouverture!

On a mis sur le lit tous les "jouets" de Marcel ainsi que ses cassettes parmi lesquelles on a choisi une "supergay-hard" comme c'était indiqué sur la pochette, glissé dans le lecteur... Et "Start"...

On est sorti très vite et on a fermé à double tours la porte de la chambre, trouvant même le temps de verrouiller une serrure de sécurité qui était posée et dont on voyait bien qu'elle n'avait jamais servi.

On s'est posté dehors, dans une ruelle sombre et on a attendu. Au premier étage de la maison, juste au-dessus de la terrasse, l'écran pétillait de couleurs, c'était vraiment de la qualité, Marcel ne s'était pas fait avoir. Le film commençait à se dérouler et on distinguait nettement quelques personnes qui commençaient à regarder, attirées comme des papillons par la lumière.

On est rentré à ce moment-là, laissant le destin décider si notre vengeance allait se réaliser ou si elle devait foirer.

Le lendemain, nous pouvions savourer une victoire sur l'ennemi. Le village avait assisté au film de la chambre de Marcel. Pendant près d'une demi-heure les habitants se familiarisèrent avec les distractions du patron de bistrot. Les gendarmes qui traînaient par là avaient naturellement assisté à la scène et poussant Marcel devant la porte de sa chambre ils l'avaient forcé à ouvrir, ce qui avait été long car nous avions fermé le verrou du sûreté. Quand la chambre fut visitée, ils trouvèrent l'amoncellement de cassettes et de revues. Nous étions en pleine période de procès de pédophilie et tout fut emporté pour contrôle.

Marcel était un gros pédé mais il ne possédait pas de photos ou de cassettes interdites, mais il passa en procès pour exhibition publique de film interdit aux moins de 18 ans. Il ne put jamais prouver que ce n'était pas lui qui avait préparé la mise en scène (quelques-uns du village devinèrent notre responsabilité, mais chacun garda sa découverte secrète). Il écopa d'une amende et de 15 jours de prison avec sursis. Plus personne du village ne lui parlait, on le catalogua comme malade sexuel dangereux pour les jeunes et les gamins ne passaient plus devant le café. Il vendit alors son bistrot et s'installa dans une ferme rénovée, à l'écart du bourg, où une dizaine d'antennes paraboliques couvrent son jardin. Il occupe son temps à baver devant le petit écran...

Le surlendemain j'ai repris la route en stop, à quelques kilomètres de là, sur la route de Tours, une voiture s'est arrêtée, j'ai eu la surprise de découvrir que j'avais déjà aperçu le chauffeur : le jeune facteur. Il allait aux environs de Cloye pour quelques jours de congé. Christian était tel que je l'avais imaginé, tel que je l'espérais. Je suis resté une semaine avec lui avant de reprendre ma route. Ces jours compteront dans mon existence, c'est une certitude, j'y ai retrouvé le goût de vivre et ai trouvé la force d'effacer de mes souvenirs tous les jours mauvais auxquels j'avais survécu.

C'était un garçon d'une beauté à couper le souffle, à la peau de fille et au corps merveilleusement proportionné, nous allions nager dans le Loir, dans ses portions aménagées en baignade, vêtu d'un slip de bain il m'époustouflait quand je le voyais marcher vers les rives de la rivière. Comment être si parfait ? Comment chaque pli de sa peau pouvait tomber justement là où il le fallait pour que, par exemple, la découpure de ses fesses se dessine finement à travers le tissu et qu'on devine dessous ses deux galbes musclés que je m'appliquais à pétrir, le soir, de mes deux mains, alors que nus, nous nous palpions mutuellement et que nous nous excitions de la caresse d'une bouche papillonnant des couilles au nœud gonflé ou d'un pouce brisant la faible résistance de l'entrée des délices.

De retour chez moi, j'ai retrouvé un appétit de vivre et un inassouvissable besoin d'aimer, au petit matin, mon réveil m'a découvert trempé dans le liquide de mes rêves et une dureté de pierre a accompagné ce moment-là.

Quelques jours après, au téléphone, Christian me dit:

— Je ne sais pas trop ce que j'ai, depuis que t'es parti... j'ai plus le goût à rien et j'arrive plus à bander...

FIN



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