365 nuits d'adieux (32): Entre deux feux


365 nuits d'adieux (32): Entre deux feux
Texte paru le 2000-08-21 par Needles   Drapeau-fr.svg
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Le bruit de la 4L dans la cour, les lourds godillots ferrés dans l'escalier ; déjà je sais que c'est pour moi. Vite fait, je me mets en caleçon. Il a à peine franchi la porte que je me jette à ses pieds pour lui lécher les bottes.

— Arrête Renaud, fais pas le con, lève-toi !

D'un geste, il envoie valser sur le canapé son casque étincelant comme un soleil. La pièce en paraît soudain plus claire. J'ai droit à la grande tenue aujourd'hui, les bottes, le large ceinturon qui m'écorche le ventre, la vareuse de cuir et les gants qui sentent la fumée.

— Je reviens de service, je me suis dit que ça te ferait plaisir.

— Je vais défaire tout de suite le paquet-cadeau. Merci Pimpon, que j'ajoute en l'embrassant.

Il s'appelle Marc, il déteste que je l'appelle Pimpon. Il est pas très futé, mais c'est pas ce qu'on lui demande. Il est roux comme le diable, de partout, avec des petites taches fauves sur les épaules et dans le dos entre les boutons d'acné que je me retiens difficilement d'éclater. Il se laisse déshabiller, déboutonne lui-même sa chemise pour que je ne la déchire pas. Sa peau laiteuse fait comme un éclair blanc dans le bleu. Je lui suce le nombril, j'en tire les poils rares entre mes dents.

— M'appelle pas comme ça, connard.

La réaction est lente, on devine aux plis du front qu'il a dû réfléchir intensément pour trouver une réplique aussi cinglante. Il ramasse son ceinturon, le plie en deux. Vlan, un coup de lanière sur les cuisses. Je grince entre mes dents :

— Tu m'as fait mal, pompier !

Ça non plus il aime pas; ça lui donne l'impression que je baise qu'avec son uniforme. Si seulement ! Mais dans le fute qu'il dégrafe pend une vraie lance d'incendie, grosse comme un avant-bras. Même au repos sous le tissu bleu marine, on a l'impression qu'elle va crever le drap et vous sauter au nez. Quand la concierge l'a vu débarquer il y a six mois pour sauver son chat, elle a failli s'en étouffer. Pour grimper sur le toit il fallait passer par la lucarne de ma mansarde. Le pompier est tout de suite resté médusé devant la premier poster de mec à poil. Je suis immédiatement tombé amoureux de sa petite casquette, de ses vingt-deux ans, du liseré rouge de son pantalon et de ses bras d'haltérophile. Il avait oublié ses gants qu'il est passé chercher le lendemain avec un calendrier sous le bras. Depuis il me rend visite régulièrement pour que je l'injurie et qu'il me fasse ma fête.

— Mais c'est pas le slip réglementaire. D'où tu sors ce caleçon à fleurs ?

— C'est ma copine qui me l'a donné.

Ça, c'est plus dur à encaisser que les coups. D'une main, il me plaque la tête entre les coussins, écarte mes genoux du bout d'une botte. Le canapé est juste en-dessous de la fenêtre avec vis-à-vis à dix mètres :

— Puisque je suis qu'un objet, tu vas le sentir passer, Renaud !

— Mets ton casque, pompier !

Maintenant qu'il est excédé, il va me fourrer à sec. Il baisse mon caleçon, m'écarte le cul avec ses deux index, sans précaution comme il ferait d'un vulgaire élastique, rectifie ma position d'une petite claque et plonge son piston droit dans le mille. Je gueule. C'est trop tard. Ça doit lui faire mal aussi, mais il écarte mes fesses de toutes ses forces pour me défoncer d'une longue poussée régulière. Heureusement les voisins sont habitués aux hurlements. Il décule, renfonce, ressort son gland, le large chapeau mou qui lui coiffe la biroute.

— Arrête Marc, je saigne !

D'un coup de reins il me transperce jusqu'à l'estomac, s'abat sur mon dos en me mordillant la nuque :

— Mon pauvre minou, tu sais bien qu'il faut pas me provoquer. Je vais y aller tout doux maintenant.

— Tu m'as mis le cul en feu, pompier !

La pistonnade infernale redouble. Il est infatigable, il peut m'encaldosser pendant des heures jusqu'à ce que je sois plus qu'un morceau de viande inerte, un fourreau pour son paf...

— Amène un copain la prochaine fois, que je reste pas sur ma faim...

Vexé, il claque la porte sans dire au revoir.