A l'Ecole de Danse. C'était l'année de mes 15 ans...


A l'Ecole de Danse. C'était l'année de mes 15 ans...
Texte paru le 2015-08-06 par Dixon   Drapeau-fr.svg
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20 juin 1988. Il est 19h45, je vais bientôt entrer en scène. J'ai ce grésillement sur la nuque, indice de la peur et du trac qui ne me lâcheront qu'au moment où j'atterrirai, triomphant, au milieu du plateau de danse après un bond de quatre mètres. J'aurai tous les regards sur moi et je serai heureux, heureux. À 21 ans, aujourd'hui, je serai nommé danseur étoile. Dix ans de travail acharné, de découragement et de doute, de chaussons lacérés par les concurrents, les envieux. Pour finir, la consécration. Près de moi, Pino me regarde. Les souvenirs affluent en moi et je repense à mes 15 ans.

L’École de Danse de l'Opéra : un grand bâtiment à Nanterre, où les salles sont distribuées autour d'un escalier central. Nous sommes huit garçons de 15 ans à suivre les cours de Pino. À 50 ans, l'ancien danseur est en charge de notre groupe. Dur, sévère et intransigeant, il a eu des rôles de soliste et dansé avec Noureev. Cela lui confère une aura, car Noureev est notre idole. Ses vidéos passent en boucle devant nos yeux admiratifs. Pino dissèque chacune des poses et termine toujours par ces mots : "De jolis doigts, de jolies mains, la grâce du corps passe par là, c'est ça la beauté de la danse". Ses mains ondulent comme des oiseaux.

Pino est muni d'un bâton, il ne nous touche pas à mains nues. C'est grâce à cet outil qu'il gère le bon écartement des pieds, qu'il corrige notre cambrure. En collant gris et T-Shirt blanc, nous virevoltons sur le floor, nous assouplissons à la barre, sous le regard froid de Pino. Parfois son bâton frappe durement entre nos cuisses trop peu ouvertes quand nous faisons un grand jeté, et comme nous n'avons pas de coquille, cela nous fait un mal de chien. Nous ne protestons pas, bien sûr, ce serait contraire à la règle.

Pino pense que parmi les huit, deux peuvent espérer une carrière. Il y a moi et il y a Jorris. Avec son accent italien, il explique cela à nos mères. Orphelins de père tous les deux, nous vivons donc sous leur tutelle car elles sont le chef de famille.

— Vos fils sont plus doués que les autres, mais ils doivent encore progresser. Je veux bien les faire travailler, mais chez moi, à mon domicile. Le soir de 20 à 22h, le mardi et le vendredi.

— Mais nous n'avons pas les moyens...

— Est-ce que je vous demande quelque chose ? Ce que je fais, c'est pour la danse. Je veux les pousser au sommet !

Nous avions 15 ans, je l'ai dit. Dieu sait que nous n'en menions pas large quand, le vendredi à 20 h, nous sonnâmes chez Pino Squadri. Son intérieur, sans fioritures, se composait d'une pièce immense servant de chambre et de salon. Une barre courait le long d'un mur, barre de nos futurs exercices sur un mur couvert de photos toutes dédiées à notre idole. Autant que le locataire de ces lieux, Noureev semblait vivre ici. La plupart le montraient en scène, mais d'autres clichés, plus intimes, le représentaient moitié nu, dans des poses plus ou moins lascives.

— Au travail ! intima Pino.

Deux heures d'exercices harassants, entrecoupés de rares pauses, nous attendaient, pauvres de nous. Nous savions bien que ce temps-là ne serait pas une sinécure, mais une chose, pourtant, nous surprit : Pino n'avait pas son bâton et nous corrigeait à mains nues. Si la fermeté demeurait, ses contacts étaient sans rudesse. Une main se plaquait sur mon torse, l'autre modifiait ma cambrure par une pression délicate exercée au creux de mes reins. J'en étais tout interloqué, comme le fut d'ailleurs Jorris en train de faire un grand-écart, quand la main de Pino soudain se posa sur son entrejambe pour vérifier la position.

— Je veux sentir tes couilles au sol, dit-il à Jorris écarlate. Si elles ne pèsent pas sur ma paume, c'est que tu n'es pas horizontal. Allez, force, allez force encore ! Voilà, ça y est, je les sens bien. Bon, et maintenant, à la douche !

Nous avions certes l'habitude de prendre la douche à Nanterre. Cependant, ce vendredi-là, nous nous mîmes nus avec gêne, comme si c'était la première fois. De l'encadrement de la porte, Pino fixait sur nous son regard noir, détaillant nos anatomies. Je vis avec stupéfaction un Jorris, toujours écarlate, offrir son chibre mi-bandé à la caresse de l'eau tiède.

— Il m'a fait triquer ce salaud, me confia-t-il un peu plus tard, alors que sortis dans la rue nous échangions nos impressions. Quand il m'a empoigné les couilles, je me suis senti tout bizarre. Tu crois que Pino est homo ?

Je n'en avais aucune idée. Son comportement à Nanterre n'inclinait pas à le penser, lui qui évitait soigneusement tout contact avec ses mains nues et usait de son grand bâton pour corriger nos maladresses. Et à Nanterre, précisément, lorsque nous retrouvâmes le groupe, Pino retrouva ses distances. Non, il n'était pas le même homme que celui de l'appartement.

Le mardi suivant arriva. Jorris et moi étions fébriles tant nous impressionnait Pino, sa personnalité changeante. Au bout d'une heure d'exercices à moitié ratés, il faut dire, il se mit dans une colère noire.

— Vous ne faites pas ce que je vous dis. Je veux bien vous faire avancer, mais il faut y mettre du vôtre autant que moi j'y mets du mien. Vos jetés-battus, archi-nuls ! Je vais vous montrer, les garçons, un jeté-battu réussi. Attendez, je mets une cassette.

Le téléviseur s'alluma, et sous nos yeux émerveillés apparut Rudolf Noureev, filmé dans l'appartement-même, réalisant avec bonheur les figures les plus difficiles.

— Oui j'ai fait travailer Rudi. Cela vous surprend, cela vous étonne ? Les plus grands aussi ont besoin d'un regard extérieur sur eux-mêmes parce qu'ils ne voient pas leurs erreurs. Même la Callas, la grande diva, faisait strictement la même chose : elle avait une prof de chant qui rectifiait, qui conseillait. Rudi faisait chez moi ses gammes. Regardez ces jetés-battus et mettez vous-en plein la vue.

Une demi-heure il commenta la technique de notre idole, arrêtant l'image sur le geste qu'il nous fallait améliorer et que Rudolf réussissait avec une maîtrise impeccable. Tout semblait si facile pour lui quand il s'élevair sur ses pointes et devenait presque aérien. Avec émotion et respect, Pino détaillait sa méthode, nous prédisait la gloire un jour si nous acceptions sa férule.

— Doués comme vous êtes, nous disait-il, vous allez exploser sur scène, sur la scène du Palais-Garnier. Mais il vous faudra travailler, sans découragement, sans relâche. Bon, allez, visionnez la fin, je dois sortir quelques minutes.

Nous regardons la fin du film. La cassette n'est pas très récente et l'image se brouille quelquefois. Voici la fin des exercices que Pino Squadri a filmés. Rudi se dirige vers la douche et la caméra avec lui. Et nous n'en croyons pas nos yeux quand la star, le sourire en coin, se déshabille, se met à poil, offrant son chibre légendaire à nos regards hallucinés. Une bite dont tous les danseurs parlent et dont le mythe éblouissant alimente tous nos fantasmes. En tout point elle correspond aux descriptions qui en sont faites : grosse et longue avec, au milieu de la tige monumentale, comme un léger étranglement. On dirait que l'on a greffé, à cet endroit, une deuxième queue qui vient doubler, par sa longueur, une première bite existante. Le Tatar, pour couronner le tout, possède deux balloches incroyables. Il se branle, se met à genoux, ouvre sa bouche un peu boudeuse et enfourne l'énorme gland que la caméra nous révèle. Rudi suce, il suce bien à fond, écartant d'un doigt ses cheveux quand ils lui viennent sur le visage. Rudi suce les yeux grands ouverts, il est tout à la plénitude de ce moment riche entre tous où il va se goinfrer de sperme. Il est bien connu en effet, qu'à chaque entracte des ballets où il se produit dans le monde, il vide au moins cinq paires de couilles dans sa loge, devenue bordel. Voilà maintenant qu'il avale. Il déglutit, sourit, se lève, et dit : "Spassiba, Pino". Et puis la caméra s'arrête.

Jorris tient une énorme gaule qu'il flatte à travers son collant. J'ai carrément sorti ma queue; elle bleuit petit à petit, le sang s'accumule dans ma tige, si je me touche, je vais décharger. Entre Pino à cet instant.

— Alors les gars, que vous en semble ?

La fausse sortie de Pino n'avait pour but que de libérer nos instincts, de faire croître en nous un désir qu'il n'eût plus qu'à cueillir, tranquille. La libido adolescente se nourrit du moindre prétexte. A 15 ans on a la queue raide et le plus infime stimulus nous conduit au bord de l'orgasme. Alors le chibre de Rudi ! Je m'identifie à l'idole, voici que je tombe à genoux, mon zob turgescent à la main. Yeux grands ouverts, j'ouvre la bouche. J'attends qu'au fond de mon gosier, un large vit me bloque le souffle. Pino déboutonne lentement sa braguette gonflée à l'extrême. Jaillit la grosse bite qu'a sucée Rudolf mon idole. Être lui, être Noureev ! Je m'empare de l'énorme chibre, le fait rouler entre mes doigts, décalotte de son prépuce la chair grenue de son gros gland, lèche avec passion la couronne piquetée de petits points blancs. Jorris se bat avec ses fringues pour se retrouver enfin nu. Il s'astique le manche avec rage, face à cet homme de 50 ans dont la silhouette reste élégante, même si les cheveux ont blanchi. J'enfourne la bite du quinqua, Jorris se branle sur mon visage. En deux minutes tout est fini.

Couchés tous trois sur le grand lit, nous nous repaissons à loisir du spectacle de nos corps nus. Sveltes et musclés tout à la fois, nous différons peu par la taille ni même par la morphologie. Jorris est châtain comme Pino, moi j'ai les cheveux couleur paille. Il paraît que c'est un handicap, un jour il me faudra les teindre. Pino a un sexe puissant, très facilement érectile. Il nous laisse le caresser, le prendre tour à tour en bouche, mais se retient de déflaquer. J'en suis à ma troisième giclée et Jorris a joui quatre fois en l'espace de 3/4 h. Les draps sont humides de foutre et nous nous y vautrons, lascifs. La viscosité nous convient. Jorris surtout est fan de mouille et avec moi il est servi : je dégouline littéralement. Il se doigte la rondelle avec, car il désire que je le prenne. Après, il m'enculera, promis.

Pino nous regarde, amusé. Il voit deux ados de 15 ans, encore puceaux il y a une heure, se chevaucher maladroitement, se sucer, peu experts encore. Il se branle tout en nous matant. Pino ne suce pas de bites, ne pratique pas la sodomie. En revanche, il se laisse sucer. C'est le secret de son emprise, donner peu, recevoir beaucoup. Il me fait signe, j'accours à lui. Il me plaque la tête sur sa bite, la maintient fort et jouit en moi. J'avale, me lève et lui souris.

— J'aime le sperme, dis-je à Pino. J'aime sa saveur, sa texture. J'aime le sentir couler en moi, tiédir ma gorge et mes muqueuses. Quand je le reçois dans ma bouche, c'est comme si le lait primordial venait irriguer tout mon être, accourait pour me faire grandir. Comme la plante reçoit la sève et se déploie en branches, en feuilles, mon corps aspire à s'épanouir, nourri de semence virile. Déjà je ressens cet envol, cet essor, l'élan de mes bras, de mes jambes...

Je fais un saut dans le salon et j'exécute, sans une faute, un magnifique jeté-battu. Je prends la pose du danseur, pieds croisés et bras en arceau, un sourire de triomphe aux lèvres, et j'attends, joyeux, confiant. Pino me scrute longuement, avec force, avec gravité. Il voit un garçon de 15 ans, adolescent il y a deux heures, passé soudain à l'âge d'homme. Il voit mon visage incliné, mon cou long, cylindre parfait, rattaché par de forts tendons à mes épaules déjà puissantes. Il voit mon torse en entonnoir, que rejoignent mes cuisses galbées, mes mollets drus, mes pieds petits. Il voit mes mains comme des oiseaux dont les doigts figurent les ailes. Il voit mes fesses de danseur, rondes, pleines et frémissantes, dont la blondeur se referme sur la zone sombre et secrète où je recevrai du bonheur. Il voit ma bouche, mes dents blanches, mes lèvres au vouloir autonome qui réclameront toujours leur dû, le merveilleux nectar du mâle. Il voit mon sexe s'ériger, mon gland s'affranchir du prépuce, palpiter, grossir, décharger un jet lacté, violent, brutal qui atterrit à plus d'un mètre. Il voit ma jeunesse et ma force.

— Oui, tu seras un grand danseur, me dit Pino avec sérieux. Tu es beau, doué, travailleur; ton buste est long, tes jambes moyennes, tes proportions sont donc parfaites quand tu t'élèves sur tes pieds. Tu es homo, tu bois le foutre, c'est ça qui nourrira ton art et te hissera tout en haut, peut-être même jusqu'aux étoiles...

— Mais toi-même...

— Moi j'ai été un bon danseur, mais pas un grand danseur, nuance ! Seuls les homos sont vraiment grands, parce qu'ils puisent à sa racine le lait vital, le jus, le foutre. Moi, n'étant pas vraiment homo, je n'ai pas fait une grande carrière. Tu me prends sans doute pour un fou avec ma théorie du sperme, nutriment du génie parfait. Mais il suffit de comparer Roland Petit et Maurice Béjart, lequel restera dans l'histoire ? Le mari de Zizi Jeanmaire ou l'amant du beau Jorge Donn ?

Non, Pino, tu n'étais pas fou, j'ai appliqué ta théorie et je me suis gorgé de sperme. Si j'ai bu le tien à longs traits, j'en ai englouti beaucoup d'autre depuis ce mardi-là chez toi, et chaque giclée m'a construit. J'ai sucé des milliers de bites comme un travailleur acharné, me saturant de protéines. J'ai pompé du matin au soir dans les saunas, les cinémas, les backrooms et les pissotières, là où Rudolf faisait le plein de son carburant artistique. J'ai pompé aussi à Nanterre, du petit Rat de 14 ans au Coryphée âgé du double. J'ai même sucé, à la suite, tout un Quadrille de huit danseurs, dans la lumière crue du vestiaire. Chaque goutte m'a fait plus léger, libéré de ma pesanteur.

Tu me regardes avec fierté car je suis en partie ton œuvre. Tu as été plus que mon maître, tu fus mon père nourricier. Maintenant tu t'adresses à moi et tu me pousses dans le dos :

— Vas-y, Manuel, c'est ton entrée !

Et je fais un bond prodigieux.


A l'intention de mes lecteurs : mon compteur de lectorat ne fonctionne plus depuis mars 2016; Merci de votre fidélité