Baptême de l'air


Baptême de l'air
Texte paru le 1999-12-08 par JacquesLamoureux   
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© 1999 — Tous droits réservés par JacquesLamoureux.


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  • Vol. 3, no. 6
  • Date : Janvier-Février 1997
  • Rubrique : Fait vécu
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Enfin... Je pars... Depuis de longs moments, je triture mon billet dans mes poches, je regarde l'heure et j'examine la foule de touristes et de gens d'affaires qui prenaient différents vols vers des destinations diverses. Moi, c'est mon baptême de l'air, mon premier grand voyage à l'étranger: San Francisco. Frisco Bay. Le Golden Gate. La Mecque des gays! Je me sens fragile, seul, devant tant d'inconnus...

Depuis des semaines déjà, je consultais les guides gays, les cartes géographiques de Frisco, Los Angeles, San Diego; j'étudiais les circuits d'autobus, les réseaux ferroviaires; je rêvais devant les photos des buildings ultra-modernes, anti-tremblements de terre. Je prenais des notes, j'imaginais mon itinéraire ponctué de beaux Américains ou de sensuels Mexicains... "Les passagers du vol 644 de Delta Airlines en direction de San Francisco sont priés..." C'est à mon tour. À moi la West Coast! À moi l'Amérique! Le rêve américain...

Soulevé par l'allégresse du départ autant que par les forces quasi-magiques du supersonique, je tente de vivre l'instant du décollage d'une manière inoubliable... À ma gauche, une dame sort son ordinateur portatif et se met à pitonner; à ma droite, un homme d'âge mûr se plonge dans un livre. Je suis seul à vivre cet instant unique dans ma vie, cet instant féerique, avec la pleine conscience du moment exceptionnel. La jouissance première passée, un agent de bord nous offre une consommation; ce qu'il est séduisant dans son uniforme, et quel sourire invitant! Il m'observe de trop brefs instants et me frôle de son regard bleuté... Je phantasme... Je le regarde aller dans l'étroit passage, manipulant avec dextérité verres et bouteilles, tasses et café; mes yeux sculptent ses formes en mouvance. Il se rapproche... "Café, monsieur?... Alcool? Autres choses?..." Son regard m'électrise. Je balbutie "Scotch sur glace..." "Est-ce votre premier voyage?" me dit-il avec un accent aussi charmant qu'enjôleur... "Euh...oui..." Répondis-je distraitement. "Alors, bon séjour à Frisco!" répondit-il avec assurance... Je ne sais si c'est le mal de l'air, mais sa phrase résonne en moi comme un écho de plénitude et d'euphorie; mon esprit vole, plane, divague..

Le dîner terminé, l'homme à ma droite s'endort; la dame reprend son pitonnage. À de multiples reprises, j'ai croisé le regard de l'agent de bord. Il s'appelle "Peter"; c'est indiqué sur son insigne. Quel nom banal pour un si bel Américain! Je me lève pour aller aux toilettes. La petite dame semble offusquée que je la dérange; la nature possède tout de même ses exigences... Au sortir, Peter est devant moi. Profitant d'une accalmie relative chez les passagers, il engage la conversation: "Où vas-tu exactement? Que fais-tu? As-tu des parents là-bas?" Rapidement, Peter me tient des propos moins banals. "Et qu'est-ce qui t'a poussé à voyager seul?" Alors, je lui réponds spontanément: "La liberté, la découverte, Freedom..." Il me regarde fixément: "Tu n'as jamais vu un cockpit?... Viens, je vais te montrer, visiter..." En moins de deux, me voici suivant Peter qui gravit l'escalier tirebouchonné menant à la cabine de pilotage. Il me présente au co-pilote, puis m'offre un verre dans le petit salon privé, adjacent à la cabine. "C'est ici réservé pour le personnel." Et rapidement il m'informe des exigences et particularités de son métier et, en bon Américain direct, il m'avoue qu'il est gay. Je ne m'attendais pas à un aveu aussi spontané. Était-ce aussi une invitation?... Je ne tarderais pas à le savoir...

Bientôt il me confie qu'il a droit à deux heures de repos étant donné la longueur du vol Montréal-San-Francisco et qu'il me trouve très "sexy"... À peine ai-je eu le temps de lui répondre "Like wise" qu'il me plaque contre une cloison et m'administre un french-kiss des plus étourdissants tout en promenant ses mains fouineuses sur tout mon corps. Je m'active à mon tour, et nous voici enlacés, entre ciel et terre, frôlant voluptueusement nos corps l'un sur l'autre... Mon veston se retrouve par terre, le sien aussi, suivis des chemises puis des pantalons... Nus, nous nous caressons dans des élans intempestifs; je découvre et recouvre son corps de mes yeux et de mes mains. La volupté d'être nous entraîne sur une banquette et nos sexes se confrontent à travers des caresses douces et bienfaisantes. Nos corps se déchaînent... Poussé par je-ne-sais quel élan, la rondeur et la fermeté de ses fesses m'invitent à un voyage plus intime, intérieur... Ma queue frémit sous les tourments de sa langue pendant que mes mains et mes doigts explorent toutes les zones sensibles de son anatomie; les touchers se font plus précis, ma langue devient hardie puis s'aventure lascivement jusqu'à son anus qui tremble sous la chaleur tempérée de ma salive abondante. J'humecte et humecte encore cet orifice et je sens Peter prêt à tout... Soudain, il empoigne énergiquement ma queue et, d'une manière aussi charnelle que surprenante, il applique et déroule savamment un condom sur mon organe rigide, tendu au maximum, l'enveloppant avec l'art du connaisseur... Il s'étend ensuite sur le ventre en me présentant son derrière callipyge comme en offrande à un baptême de l'air... Après quelques caresses sournoises, je m'exécute sans hésiter, plantant et replantant mon phallus en-caoutchouté à travers spasmes et convulsions sonores. Ma queue triture tendrement ses entrailles; je m'enfonce en lui par secousses rythmées, jusqu'à ce que j'enserre fortement sa queue qui se contracte alors en rebondissements frénétiques jusqu'à l'éjaculation. Je redouble d'ardeur et, dans un long gémissement, un interminable soupir de jouissance, je déverse spasmodiquement mon sperme comme pour involontairement faire éclater le condom. Heureusement, il résiste... Essoufflés, abasourdis, nous nous détachons sensuellement...

Peter se relève doucement, lentement. Il essuie distraitement la banquette puis me serre un long moment dans ses bras musclés. "You are really sexy. But, fais attention à Frisco. Ne fais pas comme ça, si tu n'as pas de condom. It's too dangerous now-a-days. You're way too good-looking to get..." Je ne comprends pas le reste de sa phrase mais je saisis toute la portée de son avertissement. Une fois rhabillés à travers caresses et tendresses, nous sortons du salon privé sous le regard visiblement complice du co-pilote... Je regagne rêveusement mon siège, flottant sur un nuage... Le monsieur de droite dort et la dame pitonne toujours..

Quelques minutes avant l'atterrissage, Peter vient me trouver et me remet une petite lettre qu'il timbre d'un clin d'oeil sensuel. Il y avait inscrit ses nom, adresse, numéro de téléphone ainsi que son horaire des prochains jours. Il a même ajouté: "Don't forget! Be safe! Love. Peter."

Je fis un merveilleux voyage à San Francisco. Même que Peter me servit de guide pendant les deux premiers jours. Et bien sûr que nous avons rebaisé très agréablement, prudemment...