Chang


Chang
Texte paru le 2017-07-15 par Jules1291   Drapeau-ch.svg
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'''Baden-Baden, Allemagne, 13 juillet 2016'''


Ce matin-là, alors que le temps était assez frais, je me rendis au Friedrichsbad. C’était un lieu que j’appréciais particulièrement. Il y avait très peu de monde, j’étais même seul lorsque j’arrivai. Après avoir acheté mon billet d’entrée, je me déshabillai entièrement au vestiaire car ce sont des thermes naturistes.

Je pris une douche et j’allais débuter le parcours lorsqu’un jeune homme entra. Il était petit, ce devait être un asiatique, il avait sa serviette autour de la taille. Il me regarda, il était peut-être surpris de me voir nu ou est-ce mon corps qu’il observait, n’avait-il jamais vu d’européen dans le plus simple appareil, avec les cheveux roux de surcroît ? Je décidai de prolonger ma douche afin de le mater à mon tour. Il déposa sa serviette, mit des sandales. Je vis alors son sexe, celui-ci était petit mais très appétissant. Il ouvrit le robinet d’une douche et fut surpris : il avait choisi celle qui n’avait que de l’eau froide. Je lui dis en anglais :

— Cette douche est froide, la suivante est chaude.

Il me remercia et se déplaça. Je pris tout mon temps pour me sécher, attendant que le jeune homme eût terminé. Il me demanda ensuite où il devait se rendre, je lui proposai de faire le circuit ensemble.

Nous passâmes d’abord dans les salles chaudes, comme des saunas. Il avait pris le forfait de luxe, il eut droit à un rapide massage. J’indiquai au masseur que j’étais avec lui et je pus assister, contemplant son corps enduit de savon et les brosses qui lui frôlaient le sexe. Il me sembla que celui-ci avait légèrement gonflé.

Suivirent les bains de vapeur et les bassins d’eau thermale. Le jeune homme eut à la fin un deuxième massage avec de la crème, je ne pus malheureusement pas y assister, celui-ci se déroulant en privé. Nous restâmes ensuite une demi-heure couchés dans le salle de repos, enveloppés dans une couverture, puis terminâmes en buvant un thé, allongés sur une chaise longue, le corps entouré d’un drap.

— De quel pays viens-tu ? demandai-je à mon voisin.

— De Chine, répondit-il. Je m’appelle Chang.

— J’ai oublié de me présenter, je m’appelle Daniel.

Je lui touchai la main.

— Et, repris-je, es-tu venu seul en Allemagne ? D’habitude les Chinois voyagent en groupe.

— Oui, je suis seul, j’ai eu de la chance.

— De la chance ?

— Oui, j’ai gagné à une loterie, pas une fortune, de quoi me payer ce voyage et reprendre des études, je désire devenir informaticien.

L’anglais de Chang était hésitant, le mien aussi d’ailleurs, et nous restâmes silencieux quelques minutes. Nous retournâmes ensuite au vestiaire pour nous rhabiller. Lorsque je sortis mon iPhone de l’armoire, Chang s’exclama :

— Bravo, tu as un iPhone, c’est moi qui les fabrique.

— Toi qui les fabriques ?

— Oui, je suis employé chez Foxconn.

— Eh bien, merci de fabriquer cet appareil qui m’accompagne tous les jours. Je t’invite à déjeuner pour te remercier si tu n’as rien de prévu.

Il commença par refuser, j’insistai et il accepta. Nous nous rendîmes dans un restaurant français. Après avoir commandé le repas, je demandai à Chang :

— C’est vrai que les conditions de travail sont mauvaises ?

— Oui, les cadences sont infernales et nous n’avons que très peu de congés, je ne peux rentrer que très rarement dans ma famille. Je vis dans un dortoir en compagnie de cinq autres hommes.

— Et as-tu une compagne ?

— Non, je pense que je n’en aurai jamais.

— Pourquoi, maintenant que ta situation va s’améliorer ?

Le serveur nous interrompit en apportant l’entrée. Nous parlâmes ensuite d’autre chose. Chang allait quitter l’Allemagne le lendemain. Il me demanda des renseignements sur la région qu’il allait visiter, je lui proposai de passer à l’hôtel où je logeais après le repas pour consulter Internet sur mon ordinateur portable.

Dans la chambre, après avoir donné à Chang les informations souhaitées, je lui demandai :

— Tu as aimé ces bains ?

— Oui, beaucoup, sauf le massage qui m’a un peu dérangé, être ainsi exposé en public. Je n’ai pas l’habitude.

— Tu n’en avais jamais eu ?

— Non.

— Ce n’est pas un des meilleurs massages qu’il existe, je pourrais t’en faire un moi-même.

— Toi, tu es masseur ?

— Juste en amateur, allez, déshabille-toi.

Chang n’hésita pas une seconde, je le fis coucher sur le ventre, j’ôtai également mes habits, pris de l’huile et le massai longuement. Lorsqu’il se retourna, il bandait. Je me remémorai alors toutes les techniques du massage du lingam et Chang éjacula rapidement, un véritable feu d’artifice.

Je me couchai sur le côté à côté de lui.

— Tu as aimé ? lui demandai-je.

— Beaucoup plus qu’aux bains.

— Tu es gay, c’est pour cela que tu n’as pas de compagne ?

— Je le pense, dans mon dortoir je regarde toujours les hommes lorsqu’ils se déshabillent ou se rendent aux douches collectives.

— Tu es vierge ?

— Oui.

— Plus pour longtemps.

Chang se laissa faire, je le pénétrai avec la plus grande douceur possible. Il se blottit ensuite dans mes bras et pleura.

— Je t’ai fait mal ? lui demandai-je. Tu aurais dû me dire.

— Non je pleure de joie, de bonheur, tu as réalisé le rêve de ma vie.


'''Baden-Baden, Allemagne, 14 juillet 2016'''


Le lendemain matin j’accompagnai Chang à la gare, il prenait un TGV pour le sud de la France. Je le serrai dans mes bras tout en lui rappelant l’invitation que je lui avais faite pour ses prochaines vacances, revenir en Europe pour visiter mon pays, et je l’embrassai.

J’attendis cinq minutes sur le quai après le départ du train et je revins à mon hôtel seul et perdu dans mes pensées.


'''Nice, France, 14 juillet 2016'''


Chang mourut ce jour-là, fauché par un camion blanc. Il avait 20 ans et la vie devant lui.