Comme une poupée gonflable

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Numéro 82

Texte d'archive:


Archivé de: Lettres Gay – Numéro 82
Date de parution originale: Mai 1997

Date de publication/archivage: 2012-04-28

Auteur: Xavier
Titre: Comme une poupée gonflable
Rubrique: Les infos du minitel

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Il faut bien l’avouer, et c’est certainement souvent le cas des habitués du Minitel ou des réseaux, c’est presque toujours beaucoup plus excitant de raconter des conneries au tel ou au clavier que de rencontrer le mec en chair et en pine. On est presque toujours déçu. Soit il a menti sur son âge ou sur son physique et on se retrouve comme un con avec une mocheté repoussante, soit on tombe sur un mec potable, mais qui baise comme un gland. Sans compter à peu près soixante pour cent de lapins, de faux numéros de tel, d’adresses bidons. Mais je continue d’être accro, de pianoter comme le taré érotomane que je suis sur mes codes préférés ou de hanter la plupart des réseaux. Beaucoup de mecs sont comme moi, et quand je rencontre un malade qui aime délirer, c’est le maxi-pied. On se raconte des saloperies dégueulasses dont on ne ferait pas le dixième. On peut rester plus d’une heure comme ça à s’écrire des histoires comme jamais il n’en passera dans LG, avec du scato, du krado, tout ce qu’il y a de plus craignos. Il arrive qu’on délire comme ça à plusieurs, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus personne pour répondre parce qu’ils ont tous lâché leur jute sur le Minitel, ou qu’ils se sont branlés au tel. Moi, je fais ça assez souvent avant d’aller tirer un cul ou deux au sauna le vendredi ou le samedi soir. Ça met dans l’ambiance.

C’est la semaine dernière qu’il m’est arrivé une aventure pas banale. Je suis tombé sur un mec ultra-excité qui m’a branché tout de suite sur les plans baises à la chaîne, abattage de chantiers. J’ai accroché aussi sec et on a commencé à bien s’exciter sur des trucs vicelards. Mais lui, au bout d’un moment, il m’a demandé si je ne voulais pas faire ça pour de vrai, tout de suite. Me faire sauter par quatre maçons arabes qu’il connaissait. Il m’avait chauffé, j’ai tapé «oui». Il m’a refilé son numéro et j’ai appelé. Il m’a demandé de me rendre devant un entrepôt abandonné au bord de la voie ferrée, et de l’attendre. Puis qu’il me ligoterait et me bâillonnerait avant de m’emmener en bagnole jusqu’au chantier en question. C’était un malade, à tous les coups j’allais finir dépecé par un serial-killer! Mais il a fait en sorte de me rassurer et il m’a dit que ça serait totalement safe sex. J’ai craqué. Tant pis. le sort en était jeté.

À dix heures et demie, à l’endroit convenu, une BMW noire est arrivée. J’ai vu sortir un grand type en cuir, mince, environ quarante ans, avec un petit bouc et des yeux très clairs. Pas mal, mais je n’étais pas rassuré. On a parlementé encore. Il m’a dit qu’il allait me menotter mais qu’il me filerait la clé, que c’était juste pour le décorum. Par contre, il voulait me trimballer dans le coffre de sa «Béhème» jusqu’au chantier. Pour me décider, il m’a massé le morceau en me roulant une gamelle super-onctueuse. J’ai fini par accepter. Il m’a menotté par-devant et m’a refilé la clé. Ça m’a rassuré tout de suite. Le coffre était grand, mais j’ai le cœur qui a flanché quand il a refermé le couvercle d’un coup sec. Comme un goût de mort. On a roulé moins de dix minutes, moi dans le noir total. Aglagla! Puis la bagnole s’est arrêtée et le coffre s’est ouvert. Quand je suis sorti, on était devant une baraque de chantier, et quatre mecs attendaient devant, ni beaux ni moches, de type arabe comme prévu, deux assez jeunes, moins de trente ans, un plus vieux et un d’au moins cinquante ans. «Voilà la pute» a fait mon geôlier. «Elle aime se faire casser le cul par les Arabes, vous allez pouvoir prendre du bon temps...»

J’aurais pu me tirer en courant, j’avais ouvert les menottes. Quand j’ai vu Étienne (le mec en question) sortir une dizaine de capotes et un gros tube de KY, j’ai décidé de tenter l’expérience jusqu’au bout. Moi qui ne délirais que sur clavier, j’ai déliré pour de vrai. Je me suis fait sauter par quatre mâles en chaleur, des vrais mecs qui n’ont vu en moi qu’un trou de chienne à remplir, rien d’autre. Un objet sexuel. Je crois que je n’oublierai jamais l’odeur de bouffe et de ciment imprégnant la baraque, ni le visage des mecs en train de grimacer de plaisir, ni leur mépris devant la salope que j’étais. Ni Étienne qui se flattait le manche, son regard bleu pâle brûlant d’un feu de glace. J'ai été enculé à la missionnaire, en brouette, à quatre pattes sur une couchette. J'ai sucé des pines, ou plutôt on s'est servi de ma boucher comme d'un vulgaire trou. Toutes sentait le savon, comme quoi... Toujours Étienne faisait attention à ce qu’aucun ne me jouisse dedans. J’ai reçu leur sauce sur le torse, dans les cheveux. Ils m’ont sauté deux fois chacun. Je ne sentais plus mes lèvres ni mon cul ultra-ouvert. Le pied de n’être plus qu’un sac à foutre, une poupée gonflable, je vivais enfin les conneries que je racontais au Minitel...

Étienne m’a ramené chez moi, m’a douché, m’a couché et est parti non sans oublier de m’embrasser tendrement Ça fait une semaine, et j’ai l’impression d’avoir rêvé. Je n’ai pas pu retrouver l’endroit, et je n’ai aucune nouvelle d’Étienne. Peut-être ce soir, au Minitel...


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