Confidences dans la nature (3)


Confidences dans la nature (3)
Texte paru le 2018-06-28 par Jules1291   Drapeau-ch.svg
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Première étape


Le lundi matin, à 8 heures, les participants au pèlerinage se réunissent devant l’église. Il y a le curé ; sa servante, d’âge canonique, inutile puisqu’il préfère les hommes ; le père Anselme et sa femme ; Mademoiselle Jasmin, vieille fille bigote ayant dépassé la date de péremption ; deux autres couples sans intérêt ; Lucas, avec ses nouveaux souliers de marche qui lui font mal aux pieds ; Gabriel, l’air peu concerné ; et il y a Valentin, jeune éphèbe à la beauté angélique, cheveux blonds bouclés, corps de rêve, ange tombé du ciel.

Valentin est le larbin du curé. Il vérifie sur une liste que tout le monde est présent. C’est lui qui se chargera des problèmes administratifs, des réservations de logements, des plaintes des marcheurs, des massages des membres endoloris, il a une trousse de premiers secours dans son sac à dos. Il a aussi les cartes de géographie, la boussole, inutiles puisque le chemin est balisé.

Le curé prend la parole :

— Nous allons prier pour confier notre pèlerinage au Seigneur, Lui demander de nous aider et de nous protéger des dangers qui nous guettent sur ce parcours.

Le curé regarde Lucas et Gabriel qui ne comprennent pas quels dangers peuvent les guetter. Peut-être parce qu’ils ne se sont toujours pas confessés. La liste serait trop longue maintenant.

— Je rappelle que la personne chaste maintient l’intégrité des forces de vie et d’amour déposées en elle, continue le curé. Je vous demanderai donc de la retenue pendant cette semaine.

Le curé regarde à nouveau Lucas et Gabriel. Le père Anselme approuve, pas de souci pour lui, il ne peut plus bander. La servante distribue à chacun des sandwiches, une pomme et des bouteilles d'eau.

À huit heures et quart, le curé donne le signal du départ et le groupe de pèlerins commence sa marche. Ils ne savent pas encore que certains n’atteindront jamais le but, qui n’est d’ailleurs pas si lointain que ça, puisque situé qu’à 150 km du point de départ.

Le début est assez facile, le chemin est à plat, l’air encore frais. Le curé et Valentin marchent à l’avant et le groupe avance rapidement, certains chantent déjà des cantiques. Au bout d’une heure, première pause devant une petite chapelle afin de prier et, pour ceux qui le désirent, allumer un cierge.

Le chemin commence à monter légèrement, puis de plus en plus fort. Lucas et Gabriel, qui ne se sont pas entraînés, se retrouvent rapidement en queue de peloton. Valentin le remarque, il les rejoint après avoir avisé le curé.

— Ça va ? leur demande-t-il. Je vais faire un bout de chemin avec vous.

— Oui, ça va, répond Gabriel. Nous n’avons pas l’habitude de marcher. Tu t’es entraîné ?

— Oui, j’ai déjà fait quelques étapes avec le curé et nous avons aussi visité les logements sur tout le parcours, en voiture.

— Aurons-nous des chambres individuelles ? demande Lucas.

— Non, ce sont des dortoirs, sauf pour le curé qui a une chambre, je dors avec lui s’il y a deux lits.

— Tu me parais bien proche de lui. Tu le connais depuis longtemps ?

— Non, je suis arrivé au village en septembre dernier, juste après l’anniversaire de mes 16 ans. Mais je ne vais pas vous importuner en vous racontant ma vie.

— Mais si, fait Gabriel, en discutant, le temps passe plus vite.

— Bon, d’accord. Ma mère est veuve, je suis fils unique et je vis seul avec elle. Elle est infirmière et travaille souvent le soir. J’ai donc pris l’habitude d’aller chez le curé pour faire mes devoirs. Je désire étudier la théologie, il me prépare aussi dans ce domaine.

— Je comprends, dit Lucas.

— Je ne sais pas si je devrais le dire, je le considère un peu comme mon père que j’ai perdu.

— Et tu n’as pas d’amis de ton âge ? demande Gabriel.

— Tu sais, quand tu dis que tu veux devenir homme d’Église, tu es vite catalogué comme une personne inintéressante et tu es mis de côté. Je ne suis jamais invité nulle part.

— Ils ont peur que tu tombes amoureux d’une fille… Tu dois rester puceau ?

— Les prêtres sont tenus au célibat, en effet. Je préfère ne pas parler de ça.

— Comme tu voudras, excuse-moi de t’avoir posé la question.

Les trois retardataires ont maintenant perdu de vue le reste du groupe. Lucas a mal aux pieds.

— Vous avez mis de la crème solaire ? demande Valentin.

— Non, répond Lucas, nous n’avons pas pensé à en prendre.

— Je vais vous en donner, j’ai tout ce qu’il faut dans mon sac.

— Tu as aussi des capotes anglaises ? s’enquiert Gabriel.

— Qu’est-ce que c’est ?

— Je t’expliquerai un autre jour, nous en avons.

Ils finissent par rattraper le reste du groupe vers midi. Ils s’asseyent et mangent leurs sandwiches au pain noir et au jambon. Un homme leur offre un verre de vin rouge, mais ils déclinent poliment l’offre.

Après le déjeuner, le chemin redescend et leur offre un peu de répit. Il fait de plus en plus chaud, Gabriel et Lucas se demandent s’ils ne devraient pas s’arrêter et rentrer au village, mais leur amour-propre les force à continuer. À la montée suivante, ils se retrouvent à nouveau en queue. Valentin les rejoint, ce qui irrite le curé, puis il se dit qu’on ne doit pas abandonner les brebis égarées.

Ils atteignent finalement l’auberge où ils passeront la nuit avec une demi-heure de retard. Les autres pèlerins ont déposé leurs sacs à dos et se sont rendus dans une église pour une messe. Lucas s’affale sur un banc en disant :

— Je suis fourbu.

— Tu ne veux pas aller à la messe ? demande Valentin.

— Non, je ne bouge plus d’ici. Vas-y, merci de nous avoir accompagnés.

— Je devrais y aller, mais je pense que tu as besoin de soins. Je vais te laver les pieds.

— Je peux le faire moi-même, réplique Lucas en souriant.

— Le Christ a donné l’exemple et lavé les pieds de ses disciples. Je vais chercher de l’eau. Enlève tes souliers.

Valentin revient avec une cuvette et du savon. Il trempe les pieds de Lucas et les lave.

— Tu as des ampoules, fait remarquer Valentin. J’ai de quoi les soigner dans ma trousse.

Valentin désinfecte les ampoules, il chauffe une aiguille avec un briquet, puis les perce. Il les recouvre d’un pansement.

— Merci, lui dit Lucas. Tu as des dons cachés d’infirmier.

— C’est ma mère qui m’a appris. Cela peut toujours servir. Et toi Gabriel, des bobos ?

— Oui, j’ai un bobo, répond Gabriel en riant. Mais je n’oserais pas te laisser me soigner.

— Pourquoi ?

— C’est à un endroit… comment dire… privé.

— Nous pouvons aller à l’intérieur, il y a un local qui sert d’infirmerie. Il ne faut rien négliger, nous avons encore cinq jours de marche.

Gabriel hésite, puis se décide. Il enlève aussi ses souliers de marche et prend des sandales dans son sac, puis suit Valentin à l’intérieur. Lucas les accompagne en boitillant. Ils entrent dans l’infirmerie et ferment la porte après avoir placé un écriteau "ne pas déranger" à la poignée.

— Alors, demande Valentin, qu’est-ce tu as ?

— J’ai juste les couilles un peu irritées, aurais-tu de la crème Nivea ou un truc comme ça ?

— Oui bien sûr, enlève tes pantalons et couche-toi sur le lit.

— Mais, je peux le faire moi-même, je ne pense pas que le Christ le faisait à ses disciples.

— Ne t’en fais pas, c’est un organe comme un autre.

Lucas a de la peine à ne pas éclater de rire. L’apprenti curé qui va oindre les couilles de son ami. Il se demande d’ailleurs si Gabriel a vraiment des irritations.

Gabriel enlève son pantalon et se couche. Valentin sort la crème de son sac, baisse le slip jusqu’aux genoux et examine l’entrejambe en disant :

— Je pense que tu as un peu d’eczéma. Avec la crème, cela devrait passer.

Valentin pommade les couilles, Gabriel se met à bander, l’infirmier amateur ne fait aucune remarque. Il remonte le slip, devenu trop petit pour contenir la bite dressée, en disant :

— Je vais te masser les jambes.

Il sort de l’huile de massage de son sac et commence à masser Gabriel avant que celui-ci ne puisse réagir. Lucas observe :

— Tu sais bien masser. C’est ta mère qui t’a appris ?

— Euh… non. J’ai… j’ai suivi un cours.

Lucas est étonné. Un cours de massage ? Décidément, ce Valentin est bizarre. À ce moment-là, on frappe à la porte. C’est le curé qui demande :

— Qui est là ?

— C’est nous, répond Valentin. Je soigne les brebis égarées.

— Bon, mais ne tardez pas trop. Le dîner va bientôt être servi.

On entend le curé qui s’éloigne en grommelant.

— Il est bien pressé, dit Valentin, ce n’est que dans une demi-heure. J’ai le temps de te masser aussi, Lucas.

Lucas enlève son jean, puis se couche. Valentin lui demande :

— Je peux aussi regarder si tu as des irritations ?

— Fais comme chez toi.

Valentin tire le devant du slip et examine longuement le pénis.

— Tiens, tu es circoncis. Ce n’est pas pour des raisons religieuses ?

— Non, j’avais de la peine à décalotter.

Valentin masse les jambes de Lucas, cela lui fait du bien. Ils se rhabillent ensuite pour aller manger. Le repas est frugal, mais excellent. Après le café, les pèlerins sortent pour une veillée de prières jusqu’au coucher du soleil. Lucas renonce :

— Je suis trop fatigué, je vais me coucher tout de suite.

— Moi aussi, dit Gabriel.

— Vous êtes sûrs ? demande le curé. Vous êtes vraiment trop fatigués ?

— Oui, répond Lucas. Vous pouvez envoyer Lucas pour contrôler si nous dormons vraiment.

— Non, il reste avec moi.

Les deux amis montent au dortoir qui se situe au premier étage. Ils choisissent deux lits dans un coin de la pièce.

— Tu dors à poil ? s’enquiert Lucas.

— Je n’ai pas pris de pyjama pour ne pas alourdir le sac. Et toi ?

— Je ferai comme toi, il fera chaud. Ce sera amusant lorsque nous devrons aller pisser pendant la nuit, j’espère que les autres dormiront.

— Tu pourras remettre un slip pour ne pas les choquer. À moins que tu ne croises l’angelot.

— L’angelot ?

— Valentin. Quel personnage singulier, un futur curé qui mate les couilles !

— C’était pour les soigner.

— Ouais, bon, s’il est hétérosexuel une bite doit le laisser de marbre.

— Mais il n’a même pas le droit d’être hétérosexuel, il doit être asexuel pour devenir curé.

— Il ne perd rien pour attendre, j’ai vu que les douches sont collectives. On matera aussi sa petite bite demain matin. À propos, tu crois qu’il couche avec le curé ?

— Il a dit qu’il dormait dans sa chambre.

— Ce n’est pas ça que je voulais dire. Je me demandais s’il le connaissait comme ils disent dans la Bible, s’ils baisent ensemble.

— Aucune idée.

— On trouvera bien une occasion de lui demander. Je sens que mes irritations aux couilles vont durer longtemps.

— Tu veux que je te soulage ?

— Non, pas ce soir, je suis mort de fatigue.

Les deux amis se rendent aux douches des hommes, nus, sans croiser personne, puis se couchent, omettant de faire leur prière, et s’endorment immédiatement.


Deuxième étape


Le lendemain matin, Lucas et Gabriel se sont réveillés très tôt. Ils se lèvent et se rendent aux toilettes en faisant le moins de bruit possible. Ils ont noué une serviette autour de la taille pour éviter de choquer quelqu’un, le dortoir étant mixte. C’est un long urinoir avec une vue imprenable sur le voisin et ils peuvent comparer leur érection matinale.

— Il faudra s’isoler un moment ce soir pour se branler, fait Gabriel, je ne pourrais pas tenir une semaine.

— Le curé et Valentin vont nous surveiller, fait remarquer Lucas. Valentin nous suivra.

— Je m’en fiche, il faudra bien qu’il se décide : ou il reste avec nous, ou il part en courant tout raconter. Nous saurons à quoi nous en tenir.

— Et s’il reste ? Et s’il se branle avec nous ?

— Tu ne voudrais pas ? Devons-nous le faire exclusivement entre nous ?

— Non, on peut l’accepter, si ça ne te dérange pas.

— Ça ne me dérange pas. Un peu de liberté au sein du couple, pourquoi pas ?

— Un couple ? Sommes-nous déjà un couple après seulement quelques jours ou deux amis d’enfance qui font des découvertes coquines ?

— L’avenir nous le dira.

Ils vont ensuite aux douches. Deux hommes entrent juste après eux. Ce sont le curé et Valentin qui ont mis un maillot de bain.

— Bonjour, mes fils, dit le curé.

— Bonjour, mon père, répondent les deux amis.

— Vous vous douchez nus ? Fait le curé.

— J’ai lu le règlement de l’auberge affiché dans le couloir, dit Lucas. C’est autorisé. Ils demandent juste de ne pas se promener à poil dans le reste des locaux.

— Oui, mais les pèlerins n’ont pas l’habitude.

— Nous n’avons pas de slip de bain, dit Gabriel. Et Dieu a fait l’homme à Son image, il est donc parfait. Vos pèlerins ne seront pas choqués.

Gabriel tourne ostensiblement le dos au curé et se savonne, n’omettant pas la raie des fesses. Valentin l’observe.

Après le petit-déjeuner, l’aubergiste distribue un pique-nique. Les sandwiches sont au pain frais et ont l’air bien plus appétissants que la veille. La marche reprend. Lucas et Gabriel ont des courbatures, ils restent en queue du groupe pour marcher à leur rythme. Valentin les rejoint et leur demande :

— Ça va ? Pas trop dur ?

— Mes pieds me font encore mal, répond Lucas.

— Le curé aimerait que vous restiez avec le groupe. Cela va faire jaser si vous êtes toujours les deux à part.

— Tant pis, dit Gabriel, qu’ils jasent ! Qu’est-ce qu’ils racontent sur nous ?

— Que… que vous n’êtes pas de bons chrétiens. Pour Lucas je ne sais pas, mais c’est vrai que je ne te vois pas souvent à l’église, Gabriel.

— Si ce n’est que ça. Ils ne disent rien d’autre ?

Valentin ne répond pas. Au bout d’un moment, il demande :

— Pourquoi faites-vous ce pèlerinage ? Pour retrouver la foi ?

— Non, répond Gabriel, pour expier nos péchés.

— Vos péchés ? C’est si grave que ça ?

— Oh oui, fait Lucas. Le péché d’Onan. Et pire encore…

— Pire ?

— Tu ne coucheras point avec un homme comme on couche avec une femme. C'est une abomination. Lévitique 18:22

— Vous… vous couchez ensemble ?

— Si l’on te le demande, tu diras que tu ne sais pas, dit Gabriel.

— Je comprends…

— Tu comprends quoi ?

— Hier, tu avais une érection lorsque je t’ai frictionné les bourses.

— Ouais, tu es bandant ! Si je peux me permettre cette expression.

Valentin a l’air troublé. Il reste perdu dans ses pensées jusqu’à ce qu’ils rejoignent le groupe qui s’est arrêté devant un oratoire pour prier.

Lucas et Gabriel essaient de marcher plus vite pendant le reste de la journée et ils restent le plus souvent au contact du groupe. Il ne se passe plus rien de particulier et les pèlerins fourbus arrivent à l’étape suivante en fin d’après-midi.

Après le dîner, Lucas et Gabriel se lèvent et s’éloignent. Le curé et Valentin se lèvent également et les rejoignent.

— Où allez-vous ? demande l’ecclésiastique.

— Nous avons besoin de discuter ensemble, dit Lucas. Nous devons faire le point sur notre situation et tirer des enseignements de ces deux premiers jours.

— Vous pourriez le faire en groupe et en parler lors de la veillée.

— Ce sont des choses privées que l’on n’aborde pas facilement en public.

— Permettez-moi de vous accompagner, suggère Valentin, j’ai le même âge que vous et je pourrais certainement vous conseiller.

— Très bonne idée, dit Gabriel.

Le curé a l’air contrarié, mais laisse les trois adolescents s’éloigner. Ils marchent pendant dix minutes, jusqu’à ce qu’ils passent vers un banc. Il y a une belle vue sur la plaine et les montagnes.

— Asseyons-nous, propose Lucas. Nous serons bien ici.

— Parfait, dit Valentin.

Ils restent silencieux quelques instants, contemplant le paysage grandiose.

— C’est magnifique, cette nature ! dit Valentin. Qu’elle est belle la Création du Seigneur !

— Ouais, dit Gabriel. La vue est belle, mais nous avons autre chose à faire.

— C’est juste, de quoi voulez-vous parler ?

— De la meilleure façon d’avoir un orgasme ce soir.

Valentin n’a pas l’air choqué, au grand dépit de Gabriel :

— Je pensais bien que c’était pour ça que vous vouliez vous isoler.

— Alors, pourquoi es-tu venu avec nous ? demande Lucas. Es-tu aux ordres du curé pour nous surveiller ?

— Non, je vous le promets, je suis venu spontanément. C’était une erreur et je vais repartir.

— Tu peux rester et te branler avec nous.

— Je n’ose pas, c’est un péché.

— Tu n’as toujours pas répondu, pourquoi es-tu venu ?

— Assez bavardé, fait Gabriel.

Il ouvre sa braguette, en sort son pénis et débute des caresses. Lucas l’imite. Valentin les regarde sans bouger. Ils jouissent rapidement en projetant leur semence dans l’herbe.

Valentin sort des mouchoirs en papier de sa poche et leur en tend deux à chacun. Il a les larmes aux yeux. Gabriel pose son bras sur son épaule et lui dit :

— Raconte-nous, qu’est-ce qui ne va pas ?

Valentin hésite, puis répond :

— Pas ce soir. Je ne suis pas prêt. Merci de m’avoir laissé assister.

— Alors, demain ? On remet ça. Et pas un mot au curé, nous avons progressé dans la prise de conscience de notre conduite contraire à la loi naturelle.

Les trois égarés rejoignent les autres pèlerins pour terminer la soirée autour d’un feu. Valentin est soucieux et parle peu. Il va se coucher tôt. Gabriel chuchote à Lucas :

— Notre angelot va fauter ce soir. Je suis sûr qu’il est parti se branler, on doit l’avoir excité.


Troisième étape


Lucas et Gabriel se lèvent à nouveau tôt et vont prendre une douche, déjà la routine, même s’ils dorment chaque jour à un autre endroit. Valentin les rejoint. Il a une serviette autour de la taille et l’enlève. Il est nu dessous. Lucas et Gabriel sont très surpris, ils regardent attentivement le long et fin pénis du nouvel arrivant. Il n’est pas circoncis, mais le bout du gland est légèrement dégagé.

— Tu vois, dit Lucas, ce n’est pas difficile de se mettre à poil pour se doucher.

— Je l’avais déjà fait en colo, rétorque Valentin, mais jamais dans un cadre religieux, lors d’une retraite du caté par exemple.

Les trois jeunes se douchent, le curé entre, il voit Valentin nu et se fâche :

— Qu’est-ce qu’il te prend ?

— Mon père, je ne vois pas ce qu’il y a de mal à se doucher nu.

— Je pensais que tu pourrais ramener à la raison Lucas et Gabriel, c’est le contraire qui se produit, ils ont une mauvaise influence sur toi. Je t’entendrai en confession ce soir.

— Bien, mon père.

Le curé sort sans se doucher. Gabriel éclate de rire :

— Il est de mauvais poil ce matin, notre abbé ! Serait-il jaloux ? Il est mignon ton zizi. Il faudra nous le montrer en pleine forme ce soir.

— Je ne pense pas qu’il me laissera retourner avec vous, dit Valentin.

— On ne lui demandera pas son avis, on partira discrètement avant le café, si tu es d’accord. On ne veut pas non plus t’obliger.

— Je ne vous dérange pas ?

— Pas du tout, dit Lucas.

Valentin a l’air ému. Il remercie Lucas et Gabriel pour leur offre.

Ils marchent ensemble dès le début de cette troisième étape. Au bout d’une heure, Valentin demande :

— Pourrais-je vous demander quelque chose de très personnel ?

— Tu nous as déjà vu nous branler, répond Gabriel. Tu sais tout de nous.

— Je ne pensais pas au sexe, je voudrais plutôt vous demander si vous croyez en Dieu. Je vous laisse libre de me répondre ou pas.

— Moi, je crois en Dieu, dit Gabriel. Ce que je n’aime pas ce sont les prêtres qui s’intéressent plus à ce qui se passe dans nos slips que dans notre tête, et qui prennent la Bible au pied de la lettre, en choisissant seulement ce qui leur convient. Pourquoi l’homosexualité reste-t-elle une abomination alors que d’autres versets de l’Ancien Testament ont été abolis par le Nouveau ?

— Lesquels par exemple ?

— Tu n’es pas circoncis, tu devrais l’être en considérant l’Ancien Testament. On a décidé que ce n’était plus nécessaire. On pourrait aussi décider que la masturbation et l’homosexualité ne sont plus des péchés. C’est de la faute à Dieu si nous avons ces besoins, il nous a créés comme cela.

Valentin ne répond pas. Au bout d’un moment, il s’adresse à Lucas :

— Et toi ?

— Moi, je ne crois pas en Dieu. Si je vais à l’église, c’est pour faire comme tout le monde, pour ne pas décevoir mes parents et grands-parents.

— Tu ne penses pas que ces quelques jours de marche sur le chemin de Saint-Jacques vont t’apporter quelque chose ?

— Des ampoules au pied, sûrement ! Non, je plaisante, j’ai du plaisir à marcher avec vous, à découvrir de beaux paysages, mais je ne pense pas que ce soit la création d’un Dieu, ce sont les hommes qui ont créé Dieu.

La journée se déroule agréablement, Lucas et Gabriel ont pris le rythme des autres pèlerins. Ils attendent le soir avec impatience.

Et le soir finit par arriver. Après le dessert, Valentin dit au curé qu’il va téléphoner à sa mère. Le curé discute avec une paroissienne et n’écoute même pas. Lucas et Gabriel se lèvent aussi quelques minutes plus tard et rejoignent Valentin à l’intérieur de l’auberge, ils en ressortent par une porte de l’autre côté. Ils s’éloignent le long d’un chemin, regardant à plusieurs reprises si quelqu’un les suit. Ils passent devant un chalet d’alpage, un berger est assis devant en train de fumer sa pipe.

— Bonsoir, leur dit-il.

— Bonsoir.

— Vous allez où ? Le chemin est sans issue, c’est dangereux lorsque la nuit tombe.

— Nous ne savions pas, dit Valentin.

— Venez, je vous offre un verre.

— C’est que… Nous avions prévu de…

— Prévu quoi ? Vous êtes des pèlerins ?

— Oui, dit Lucas. Être toujours en groupe nous pèse un peu, nous voulions être un moment seuls.

Le berger rit :

— Je vous comprends, je ne ferais jamais un pèlerinage comme ceci, j’aime trop ma liberté. Entrez, ici les plaisirs solitaires sont acceptés, il n’y a rien d’autre pour se distraire. Et pas de curé pour les interdire.

— Comment avez-vous deviné ?

— J’ai aussi été jeune.

Le berger les fait entrer. Il leur tend un paquet de Playboy en leur disant :

— Voilà, cela me fait patienter jusqu’à l’automne où je peux de nouveau aller aux putes. Je vous laisse à vos petites affaires et je retourne dehors.

Les trois amis sont dans une pièce qui sert de cuisine, de salle à manger et de séjour.

— C’était mieux chez le sculpteur, dit Gabriel. Il y avait au moins un lit.

— On va le faire debout, fait Lucas.

Ils baissent leur pantalon et débutent leurs caresses lascives. Lucas et Gabriel observent discrètement Valentin. Son membre dressé est fort honorable, même s’il est moins long que celui de Gabriel. Valentin a fermé les yeux et se concentre sur son plaisir. Il a l’air libéré.

— Tu me permets ? demande Gabriel à Valentin.

— Te permettre quoi ?

— De te toucher.

— Euh, oui.

Gabriel prend le pénis de Valentin dans sa main et le caresse. Valentin lui rend la pareille. Ils éjaculent les trois sur le plancher.

— Oh, dit Valentin, il faut vite nettoyer ça.

— Pas nécessaire, dit le berger qui est entré. Le plancher en a vu d’autres avec la bouse des vaches sous mes souliers, ce n’est pas un salon mondain. C’était bon ?

— Divin ! dit Lucas en remontant son pantalon. Oh pardon, je blasphème.

— Vous buvez un cidre ? Je n’ai pas de bière.

— Ce n’est pas de refus, dit Gabriel.

Le berger descend à la cave chercher quatre bouteilles. Elles sont fraîches, ils trinquent. Le curé entre à ce moment-là.

— On frappe avant d’entrer, curé ou pas, fait le berger.

— Excusez-moi, je les cherchais partout.

— Je les ai invités pour boire un verre, il n’y a pas de mal. Vous en voulez aussi un, mon père ?

— Non, je n’ai pas le temps, je dois présider la veillée. Ne restez pas longtemps ici, on vous attend.

Le curé repart sans dire au revoir.

— Quel malotru, fait le berger.

Les amis restent encore une bonne demi-heure, puis retournent à l’auberge. Lucas demande :

— Le berger était là quand on a juté, ça faisait longtemps qu’il nous matait ?

— Je ne sais pas, répond Gabriel, j’étais trop occupé à branler Valentin. Tu as aimé ?

— Beaucoup, je vous remercie pour cette nouvelle expérience. Il va falloir maintenant que je confesse tout ça…

— Ne te confesse pas ce soir, le salut de ton âme peut bien attendre un ou deux jours, dit Lucas.

— Le curé ne va pas me laisser de répit.

— Tu dors avec nous ce soir.

— Avec vous ?

— Avec nous et les pèlerins, tu n’as plus à dormir dans sa chambre.

— Tu penses que…

— J’en suis sûr. On va aller chercher tes affaires tout de suite, il y a assez de place dans le dortoir, on se serrera un peu.

— Pas trop, dit Gabriel en riant. Il faut respecter les convenances.

— Vous feriez ça pour moi ? dit Valentin.

— Oui, tu es notre angelot. Excuse-moi pour le surnom, désormais tu es notre ami.

Valentin a de nouveau les larmes aux yeux, il serre Gabriel puis Lucas dans ses bras.

Le curé se précipite dans le dortoir lorsqu’il découvre que Valentin a quitté sa chambre, mais n’ose rien dire lorsqu’il le voit sagement couché entre ses deux nouveaux amis.


Quatrième étape


Lucas a remarqué que Valentin a eu de la peine à dormir. Était-ce l’ambiance du dortoir, avec les ronflements des autres pèlerins, ou était-ce à cause de la branlette du soir précédent ? Lucas se lève pour aller pisser, Valentin le suit.

— Tu n’as pas l’air en forme ce matin, constate Lucas.

— Tu parles de ma queue ? Tu as raison, j’ai trop réfléchi cette nuit.

— Nous n’aurions pas dû te proposer de te masturber avec nous.

— C’est bien plus compliqué que ça.

Valentin n’en dit pas plus. Le pèlerinage reprend après le petit-déjeuner. Les trois amis restent à l’arrière. Vers 11 heures, Valentin se met à marcher moins vite que d’habitude, alors qu’ils traversent une forêt. Gabriel s’en inquiète :

— Quelque chose ne va pas ?

— J’ai mal à une cheville, j’ai dû faire un faux mouvement.

— C’est enflé ? demande Lucas.

— Non, pas encore.

— Tu peux continuer ?

— Je vais m’appuyer sur un bâton.

Valentin prend une branche, ils se remettent en route. Ils finissent par rejoindre les autres qui se sont arrêtés pour manger. Le curé vient vers eux :

— Que se passe-t-il ? De nouveau des ampoules ?

— Non, répond Valentin, c’est moi.

— Toi ?

— Je dois m’être tordu la cheville. Je vais manger et on verra ensuite comment ça va.

— Ce n’est certainement rien de grave.

Valentin sort la carte de géographie de son sac et l’examine tout en mangeant. Il dit à ses amis :

— J’arrête. Je ne peux pas continuer comme ça. Il y a un village à trois kilomètres d’ici. Il est assez grand, il doit y avoir un médecin.

— Le curé ne sera pas content, dit Gabriel en souriant. Nous t’accompagnons, tu es d’accord, Lucas ?

— Bien sûr, nous ne te laissons pas tomber.

— Et votre pèlerinage ? s’enquiert Valentin.

— Ta santé est plus importante, répond Lucas.

— Merci, mes amis, je savais que je pourrais compter sur vous, mais je n’ai pas osé vous le demander.

Le curé et les autres pèlerins, prêts au départ, se sont levés. Ils entourent les trois jeunes, toujours assis.

— J’arrête, dit Valentin.

— Tu ne continues pas ? s’étonne le curé.

— Non, mes amis vont m’accompagner jusqu’au village pour voir un médecin. L’un pourrait aller chercher des secours et l’autre rester vers moi si je ne pouvais plus marcher.

— Nous téléphonerons à votre logement ce soir pour vous tenir au courant, ajoute Lucas.

— Allons, mon fils, fait le curé, ce n’est rien, je vais regarder.

— Non, mon père, ne me touchez pas, dit Valentin d’une voix forte. C’est fini.

Le curé comprend qu’il a perdu la partie. Il déclare :

— Que Dieu vous bénisse, pauvres pécheurs. En route !

Les autres pèlerins saluent les ados et reprennent leur chemin. Lorsqu’ils ne sont plus à portée de voix, Valentin éclate en sanglots. Lucas l’enlace et lui demande :

— Tu as mal ? Tu veux que j’aille chercher des secours ?

— Non, j’ai… j’ai menti. Je n’ai pas mal. Je n’en pouvais plus, moralement, pas physiquement.

— Je m’en doutais, dit Gabriel. Cela ne change rien. Nous allons t’aider à t’en sortir.

— Je vais tout vous raconter, ça me soulagera. Cela a commencé lors d’une reconnaissance avec le curé l’automne dernier. Nous avions fait une étape et nous passions la nuit dans une auberge pour la première fois. À peine arrivé dans la chambre, il a enlevé ses souliers et son pantalon. Il m’a demandé si je pourrais lui masser les jambes, j’ai été étonné et je lui ai répondu que je ne savais pas le faire. Il m’a dit que cela ne faisait rien, que j’apprendrais. Il a alors enlevé aussi son slip pour être plus à l’aise. Vous devinez la suite.

— Tu n’as pas besoin de nous donner tous les détails, dit Lucas, nous avons compris.

— J’ai dû le branler et le sucer, et ça s’est répété souvent.

— Il t’a touché ? demande Gabriel.

— Non, il me demandait juste de me déshabiller pour le masser. Il m’interdisait de me masturber afin de préserver ma pureté. Je pense qu’il n’a pas osé me pénétrer.

Les trois amis restent silencieux pendant de longues minutes. Lucas finit par demander :

— Tu vas aviser la police ?

— Non, je vais lui pardonner. Je n’ai pas le courage d’entreprendre des démarches et d’étaler ma vie intime.

— Lui pardonner ?

— Oui, c’est une attitude chrétienne.

— Tu pourrais écrire à l’Évêque.

— J’ai entendu parler de cas semblables, ils le déplaceraient et il recommencerait ailleurs. Je ne le reverrai évidemment plus jamais en privé, seulement pendant la messe. Je ne me confesserai plus jamais vers lui.

— Tu pourras encore réfléchir, dit Gabriel.

— J’ai déjà beaucoup réfléchi la nuit passée. Je renonce à devenir prêtre, il a bousillé ma vocation. Et j’ai peur qu’en restant chaste ce soit moi qui viole un garçon dans quelques années.

— Que vas-tu faire à la place ? Tu avais certainement basé toute ta vie sur cette vocation.

— Je vais devenir médecin, je soignerai les corps à la place des âmes, ce sera tout aussi utile.

— Oui, dit Lucas, tu sais déjà soigner les couilles irritées, c’est un bon début !

Les amis éclatent de rire.

— On ne reparle plus jamais de ça ? Ajoute Valentin. D’accord ?

— D’accord, répond Lucas, mais nous serons à tes côtés si tu changes d’avis.

Ils se lèvent, prennent la direction du village. Ils passent vers un petit lac.

— On se baigne ? Propose Lucas.

— Je n’ai pas mon maillot de bain, dit Gabriel.

— Je te prête le mien, fait Valentin, je n’en ai plus besoin.

Gabriel teste la température de l’eau, il fait la moue :

— Elle est trop froide pour moi, et nous venons de manger.

— Tu as raison, fait Valentin. Ce serait trop risqué.

— Dommage, j’aurais bien aimé, dit Lucas.

Ils se remettent en route et arrivent rapidement au village. Ils passent devant la maison d’un médecin.

— Tu es sûr de ne pas avoir d’entorse ? s’enquiert Gabriel.

— Sûr, répond Valentin, et tes couilles ?

— Je préfère que cela soit toi qui les examines !

Sur la place principale, il y a un hôtel avec une terrasse ombragée. Ils s’asseyent et commandent des Cocas.

— Que va-t-on faire, demande Valentin. Rentrer en train ?

— Je pourrais téléphoner à mon père, répond Gabriel, il viendrait nous chercher avec sa voiture. Mais rien ne presse. Et si on restait un jour ou deux ici ?

— Je n’ai pas assez d’argent pour payer l’hôtel, objecte Lucas.

— Mon père m’en a donné, une réserve en cas d’imprévu, et c’en est un. Je crois bien que mon père est plus riche qu’on ne le pense, ce doit être lui le mécène qui entretient le sculpteur.

— Et d’où aurait-il eu cet argent, si ce n’est pas indiscret de te le demander ?

— Il doit avoir gagné au loto, mais c’est un secret, pas un mot à personne. Vous êtes d’accord de rester ?

— Oui, répond Valentin. Je vais téléphoner à ma mère.

— Tu vas lui dire pour le curé ?

— Non, je lui dirai… que c’était trop pénible et que nous avons décidé d’arrêter.

Valentin entre à l’intérieur de l’hôtel pour appeler sa mère. Il en ressort un quart d’heure plus tard, rayonnant :

— Ma mère est folle de joie, je lui ai dit que je voulais devenir médecin au lieu de curé. Elle nous offre le dîner, elle te remboursera. Un miracle, a-t-elle dit.

— Ce pèlerinage a quand même eu du bon, constate Lucas.

Plus tard, Lucas téléphone à l’auberge où dormiront les pèlerins pour dire que le médecin a conseillé à Valentin d’attendre le lendemain et d’aller faire une radio à l’hôpital si cela s’aggrave.

Gabriel demande s’il y a une chambre libre, on lui en propose une à trois lits.

— Ça va pour toi, demande Gabriel, ou préfèrerais-tu dormir seul ?

— Ça va, répond Valentin, mais vous deux, vous n’aimeriez pas être seuls ?

— On fait encore une exception pour ce soir.

Les trois amis montent dans la chambre, prennent une douche, se couchent sur leurs lits, libèrent la tension accumulée, puis font une sieste. À 19 heures, ils descendent pour dîner sur la terrasse. Ils commandent des entrecôtes, accompagnées d’une montagne de frites, ainsi qu’une bouteille de Bourgogne.

Ils sont apaisés, c’est merveilleux d’avoir 16 ans et toute une vie devant soi.