De A à Z: (E)rick


De A à Z: (E)rick
Texte paru le 2009-10-16 par Patrice   Drapeau-qc.svg
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Template-Books.pngSérie : De A à Z

Parfois, la vie nous joue de vilains tours... Je m'appelle Erick et j'ai 16 ans. Depuis que je suis petit, je vois mon père partir trois à quatre fois par an pour aller à la pêche, à la chasse, en voyage de golf. J'ai souvent demandé à y aller mais on me répondait tout simplement que j'étais trop petit, qu'il fallait attendre d'être grand... Depuis quelques années, j'avais carrément arrêté de le demander, me doutant bien de la réponse.

Or cet été, mon père en était à organiser son voyage de pêche et en discutait avec ma mère à table lors du souper. Il avait loué un petit chalet au nord, dans les Laurentides, et il comptait profiter de la fin de semaine de la fête du travail pour y aller trois jours. Comme c'était un gros weekend sans cours à l'école, j'exprimai mon désir d'y aller aussi, que j'aimerais bien aller passer quelques jours à la pêche. Mon père et ma mère m'ont regardé attentivement et se sont longuement fixés l'un l'autre par la suite. "Je crois qu'il est grand temps que vous ayiez une conversation entre hommes, mes chéris!" nous lança ma mère. La nervosité se lisait soudainement sur le visage de mon père. Mais qu'est-ce qui se passait? J'étais surpris par autant de tension soudainement à l'idée que je puisse accompagner mon père lors d'un voyage de pêche!

Le reste du repas se déroula dans un silence total. Je regrettais tout à coup de m'être imposé pour ce voyage. Quand je regardais mon père, il baissait les yeux vers son assiette à laquelle il ne toucha plus une miette. Quand je lançais un coup d'oeil à ma mère, elle me faisait un de ces sourires rempli d'amour, qui se veut rassurant, mais qui tout à coup semblait plus inquiétant qu'autre chose. J'ai donc terminé mon repas et quand je me suis levé pour aller mettre mon couvert au lave-vaisselle, à peine ai-je eu le temps d'en refermer la porte que mon père se levait, et en prenant une grande respiration, me passa un bras sur l'épaule et me dit tout simplement: "Viens par ici mon grand..." en m'entraînant vers le patio. Je jetai un dernier coup d'oeil vers ma mère qui acquiesca en silence d'un simple petit mouvement de tête, me signifiant "Allez, vas-y!", un drôle de sourire inquiet sur le visage... Je n'étais plus inquiet, j'étais terrorisé! Que se passait-il?

Après s'être assis, mon père me regarda droit dans les yeux:

— Erick, il semble que tu sois désormais assez vieux pour ça...

— C'est pour ça que je vous ai demandé si je pouvais t'accompagner, p'pa... J'ai 16 ans, je me suis dit que ce ne serait plus dangeureux comme quand j'étais plus jeune...

— Ah, je ne parlais pas de la partie de pêche mon grand...

— Ah bon... De quoi s'agît-il alors? demandai-je, interloqué.

— Tu sais, il y a quelques petites choses dont tu n'es pas au courant, à propos de nous... ta mère et moi...

Bon ça y est! Je suis adopté et il ne veut pas passer de temps père-fils avec moi car je suis adopté! Ils ont décidé de me rejeter maintenant que je suis assez vieux! Ou non, ils divorcent! Mon père allait partir et ne reviendrait plus après la partie de pêche! Les scénarios se bousculent sans arrêt dans ma tête d'adolescent à l'esprit de cinéma Hollywoodien. Comme je ne parle pas, mon père poursuit:

— Quand j'ai rencontré ta mère, nous étions encore à l'université. Ça a tout de suite cliqué entre nous, c'était l'amour fou. Mais dès le départ, avant même de sortir ensemble, j'avais dû lui parler de quelque chose d'important pour moi, et qui risquait de briser notre relation si je gardais tout cela caché...

— P'pa, j'suis de plus en plus inquiet, si tu en venais au sujet maintenant? Tu me fous les boules!

— Tu sais Erick, ce que je veux te dire n'est vraiment pas évident... Laisse-moi au moins une chance!

— Désolé p'pa... je ne t'interromps plus...

— Je disais donc que lorsque j'ai rencontré ta mère, ce fut le coup de foudre. À l'époque, je batifolais pas mal tu sais, je ne veux pas me vanter, mais j'étais ce qu'on appelait un "pétard"... Les filles me couraient après et j'avais le choix...

Mon père fit alors une légère pause. Je ne comprenais toujours pas le sens de ses propos, pourquoi il me disait cela, mais fidèle à ma promesse, je continuais d'écouter sans l'interrompre. Quelques secondes plus tard, il se lança:

— J'avais en effet toutes les filles que je pouvais vouloir, mais aussi quelques garçons qui me plaisaient bien...

Il se tut. Les yeux hors de leur orbite, je fixais mon père, ne sachant trop quelle attitude prendre. La situation était trop grotesque, mon père me disait qu'il avait eu des aventures avec des gars... Je ne sais trop pourquoi, mais j'ai pouffé de rire! Mon père n'osait même plus me regarder, je compris alors son angoisse.

— Désolé p'pa, c'était plus fort que moi. J'sais pas si tu le sais, mais c'est loin d'être une abomination... Disons que j'ai de la difficulté à imaginer mon propre père avec un autre gars mais on n'est plus en 1950! Ça ne me fait pas freaker une miette que t'aies déjà baisé avec un gars!

Ses yeux se levèrent, me regardant sérieusement. Il prit une grande respiration et poursuivit:

— Oui mais ce n'est pas tout. Quand ta mère et moi avons commencé à sortir ensemble, je lui ai dit que j'étais bi... et que j'avais un amant...

Là, ça me sciait un peu plus comme révélation! Pas au point d'être estomaqué mais quand même, ça faisait un peu plus...

— Ta mère et moi avons donc commencé à sortir ensemble et je continuais de temps en temps à voir mon copain. Quelques années ont passé et nous avons décidé d'avoir un enfant... toi! Nous étions heureux et voulions fonder une famille mais la discussion que j'ai eue avec ta mère, c'est que je ne pouvais renier cette partie de moi, mon attirance pour les gars... Nous avons donc convenu que nous pourrions nous marier, avoir des enfants, et que lorsque j'en avais besoin, rencontrer mon copain... C'est là que mes voyages de pêche, de chasse et de golf ont commencé... Trois à quatre fois par an, je partais ainsi et c'était suffisant pour moi. Ta mère en était satisfaite et préférait cela à ce que je me cache...

Plein d'idées s'entrechoquaient alors dans ma tête... Mon père était bi, bon, rien d'atroce, mais tout à coup, je réalisais que mon oncle Guy (qui en fait n'est pas mon oncle, mais comme je l'ai toujours connu depuis que je suis petit, c'était de cette façon que je l'appelais depuis toujours!) était le partner de ces escapades avec mon père. Le copain en question, c'était un autre gars ou c'était Guy? Mon père dut percevoir toutes les questions qui se bousculaient soudainement dans mon esprit car il reprit rapidement:

— Heu, oui, j'imagine que tu as deviné que Guy est mon amant, mon "chum" à temps partiel. C'est avec lui que j'étais à l'époque de mes cours à l'université quand j'ai rencontré ta mère... Lui aussi, a pris le même "arrangement" avec Céline quand ils se sont rencontrés et c'est pour ça que toi et Gary n'êtes jamais venus avec nous... Oui on pêche, oui on chasse, oui on joue au golf, mais disons que ces weekends que nous passons ensemble sont un peu différents de ce que les hommes font habituellement dans ce genre d'escapade.

— Et Gary, il est au courant lui? Ou c'est comme moi, qu'il ne le sait... euh, savait pas?

— Je ne crois pas qu'il le sache encore... Comme tu ne me demandais plus depuis quelques années de venir avec nous, je ne pensais pas qu'un jour, je t'aurais dit toute la vérité sur nos sorties, mais bon, le destin en a fait autrement et j'espère ne pas trop te décevoir...

— Voyons p'pa... Comme je disais, on n'est plus en 1950... Ça surprend, c'est sûr, mais bon... Vite fait comme ça, tout ce que je trouve, c'est que pour des "vieux", vous êtes moins pogné que je pensais et c'est bien que vous ayiez trouvé un moyen de vivre votre vie comme il faut, sans cachettes; car même de nos jours, c'est encore un peu tabou pour certains... Regarde Pierre-Luc l'an passé, on a su à l'école qu'il s'était suicidé car il était gay! Ça m'avait fait tout drôle quand j'avais appris ça...

— Tu le connaissais bien?

— Mouais... assez... mais ce qui m'avait bouleversé, ce n'était pas qu'il soit gay mais le fait qu'il se soit tué pour ça... Me semble que de nos jours, ça ne devrait plus exister...

— Tu sais mon grand, y'a encore beaucoup de tabous malgré tout, encore aujourd'hui!

— Ouais, au moins j'ai pas grandi dans un milieu comme ça et j'en suis bien content aujourd'hui...

— C'est que ta mère et moi avons toujours voulu une éducation ouverte avec toi...

— Vu qu'on en parle, j'imagine alors que mon oncle Guy et toi, vous savez pour Gary?

— Savoir quoi?

Je venais peut-être de me mettre les pieds dans les plats, mais bon, où nous en étions rendu, je ne pouvais plus reculer...

— Ben, qu'il est gai?

— Ah! fit mon père, surpris de la nouvelle.

— Ah... vous ne saviez pas... je n'aurais pas dû parler alors...

— Oh non... ne t'en fais pas... L'an passé, Guy m'avait parlé qu'il avait surpris Gary avec le fils de son voisin... Mais tu sais, à cet âge, c'est normal de se découvrir de la sorte en garçons! Alors il n'en avait pas fait un plat et les avait laissé tranquille, question de ne pas leur donner de sentiment de culpabilité...

— Ok... je le sais car il me l'a annoncé il y a quelques mois quand il est venu ici souper avec ses parents. Ça m'avait fait tout drôle de jaser de ça avec lui, mais c'était cool... Ça me faisait tout drôle d'avoir un ami gai!

— Si tu as réagis de la sorte, tu as dû beaucoup le rassurer alors...

— Bof, on en a jasé toute la soirée... c'était tout nouveau et j'étais curieux sur bien des sujets, alors j'ai tout simplement abordé les sujets avec lui, comme si c'était normal!

— Pourtant, y'a rien d'anormal dans tout ça mon gars...

— Heu, c'est pas ce que je voulais dire... Je le sais... Mais ce que je veux dire, c'est qu'on a parlé de tout ça le plus simplement du monde, c'est tout...

— C'est bien... je me sens soulagé moi aussi de t'avoir parlé même si c'était un peu gênant de se mettre "à nu" comme ça, devant toi...

— J'imagine... mais là, ça règle pas notre problème... j'aimerais toujours aller à la partie de pêche avec vous autres...

Mon père fut pris d'un fou rire tellement communicatif que je me suis également mis à rire.

— Ha... ça fait du bien de rire un bon coup... ça fait descendre le stress... Je peux essayer de voir avec la pourvoirie pour changer le chalet...

— Ben non, laisse tout ça comme ça... je prendrai l'équipement de camping et j'installerai la tente à côté du chalet... S'il ne fait pas beau, je pourrai me réfugier à l'intérieur, c'est tout. Comme ça, vous serez moins inquiet Guy et toi... un peu comme quand maman et toi essayez de ne pas faire de bruit "pour pas réveiller le p'tit" comme ils disent!

Et je m'esclaffais de plus belle alors que mon père rougissait jusqu'à la racine des cheveux... J'en revenais pas que je venais de lancer ça à la figure de mon père, mais bon, vu le type de discussion que je venais d'avoir avec lui, je ne n'avais pas eu de sentiment de retenue sur cette réplique... Mon père finit par sourire avant d'ajouter en se levant:

— Ouan, on a beau penser que les jeunes ne voient rien, c'est nous qui nous faisons des idées en pensant "protéger" votre innocence d'enfant... C'est peut-être qu'on n'arrête jamais de voir notre petit garçon et qu'on refuse de réaliser que vous êtes des adultes un jour...


L'été s'était passé comme d'habitude... j'avais travaillé tout l'été dans une petite quincaillerie à quelques kilomètres de chez moi. J'en avais profité pour m'acheter quelques équipements de pêche pour "notre" voyage de pêche. Mon père avait annoncé à Guy que je savais pour eux et que j'allais nous accompagner en installant une tente sur le terrain du chalet. Quand Gary a su que j'y allais, il n'était pas question qu'il manque ce voyage de pêche. Tout fut alors organisé pour que nous partions à quatre. Je ne sais pas si mon père avait parlé de Gary à Guy, ou si Guy avait parlé à son fils, alors ça me mettait un peu mal à l'aise, j'avais peur de m'échapper et de dire quelque chose qu'il ne fallait pas, mais bon, je vivrais avec!


C'est avec excitation que nous partîmes tous les quatre ensemble. Ma mère vint nous embrasser et je glissais à son oreille de ne pas s'en faire. Elle me sourit et m'ordonna de bien m'amuser... L'atmosphère était fébrile dans le 4x4 alors que nous roulions pour nous rendre au chalet. Gary était soudainement très extraverti en me parlant d'un nouveau gars à l'école qu'il avait rencontré la semaine passée, lors de la rentrée scolaire. J'en ai alors déduis que tout avait été dit et j'en fus rassuré. Mon père me fit d'ailleurs un petit sourire par le rétroviseur. Il devait se douter de la situation délicate dans laquelle je croyais m'être mis...

Quand nous sommes arrivés sur les lieux, c'était le paradis sur terre... Un petit chalet en bois rond, à quelques mètres d'un grand lac, le soleil était radieux. Il y avait de l'espace de défriché autour du chalet mais pas de pelouse et tout était resté le plus "sauvage" possible. Enfin, un endroit qui respectait l'environnement! À la ronde, rien... Le plus proche chalet voisin était à plus de 500 mètres et l'endroit était très boisé, alors nous avions toute la tranquillité voulue.

À quatre, on eut tôt fait de sortir tous les bagages et l'équipement. Mon père et Guy sont alors rentrés pour s'occuper des vivres pendant que Gary et moi allions nous occuper de nos tentes. Quand j'ai vu Gary sortir une tente de son équipement, j'ai été surpris.

— Heille, qu'est-ce que tu fais là? lui demandai-je.

— Ben c'est ma tente... J'veux pas les déranger moi non plus pendant leur fin de semaine... C'est weird pareil, hein? De penser que nos pères baisent ensemble...

Gary ricana en sourdine en continuant de déballer la toile de sa tente.

— Ben non, c'est pas ça... Mais oui, ça fait tout drôle de penser ça, t'as raison... Je parlais plutôt de la tente... Mon père et moi avons apporté la grande tente à quatre... C'est inutile d'en monter une deuxième!

— C'est comme tu veux... Mon père et moi, on s'était dit que tu te sentirais plus à l'aise si nous avions deux tentes séparées...

— Est-ce que je t'ai déjà laissé croire quoi que ce soit à l'effet que je puisse être mal à l'aise face à toi?

— Heu... non... mais...

— Y'a pas de mais! Range tout ça... Comment on va faire pour jaser d'une tente à l'autre? On n'en monte qu'une seule!

Gary repliait déjà sa tente et commençait à m'aider à monter la nôtre. Nos père sont sortis quelques instants plus tard et Guy s'approcha pour déballer la tente à son tour. Gary l'arrêta sur le champs, l'informant que nous n'en aurions pas besoin. Il semblait un peu surpris et mon père lui fit un sourire rassurant en me lançant à la blague:

— Pauvre toi, Erick... Pris dans les bois avec nous trois! Tu n'as pas peur d'être effarouché?

— Ben oui! m'exclamai-je alors. Je me sens tellement en danger avec vous autres!

Et sur ces mots, j'arrachais mon t-shirt pendant que du bout des pieds, me me déchaussais. En moins de deux, mes bas rejoignaient mes baskets, mon jeans tombait par terre et mon boxer prenait le bord. J'avais bien l'intention de leur montrer à ces trois "tapettes" que le petit ado hétéro que j'étais, était tout sauf mal à l'aise avec eux. C'est la bite et les fesses à l'air que je m'écriai donc:

— Le dernier à l'eau est une poule mouillée!!!

Et j'ai sauté à l'eau. Gary, crampé de rire, fut complètement à poil en moins de deux et sautait dans le lac lui aussi, nageant à toute vitesse pour me rattraper... Pendant que nous chahutions dans l'eau comme des gamins, nos pères se regardaient, indécis de la suite des événements.

— Hey Gary, regarde ça... Ton père et mon père sont trop moumounes pour venir se baigner à poil avec nous!

— Voyons Erick, sois gentil avec eux... ils sont tout simplement complexés car ils n'ont pas une bite aussi grosse que nous!

Et sur ces mots, il se rapproche du rivage, jusqu'à ce qu'il ait de l'eau à mi-cuisses et s'exhibe nonchallement devant mon père et le sien.

— Hey les vieux, j'suis sûr que vous n'en avez pas des grosses comme la mienne! lança-t-il, empoignant sa verge pour la mettre bien en évidence.

J'avoue que là, c'est moi qui avait tout à coup un léger complexe mais le fou-rire s'installa entre nous quatre, je rejoignais donc Gary et en m'installant à côté de lui, je fis la même chose que lui en lançant sous la défaite:

— Ouais, j'dirai pas la même chose que lui, j'avoue que je suis battu d'avance avec Gary mais je peux encore vous battre, vous!

Nos pères semblaient abasourdis par nos inhibitions soudaines mais tout riants, se dévêtir pour nous rejoindre à l'eau. En fin de compte, je ne battais aucun des trois, je dus me résigner, mais dans la rigolade, nous avons commencé à nager et à se lancer de l'eau comme quatre gamins. Ce n'est que 15–20 minutes plus tard que nous sommes sortis pour nous sécher. Je ne remis que mon boxer et mon t-shirt en allant chercher de la nourriture à l'intérieur, question de commencer à faire le souper sur le poêle de camping au gaz... Quand je revins avec les conserves, mon père et Guy s'étaient déjà rhabillés alors que Gary me posait la question:

— Ça t'énerve que je reste un peu à poil? J'ai jamais fait ça dans la nature et ça me plaît pas mal... j'aimerais profiter des quelques heures qui restent avant que la fraîche ne tombe...

— On est entre hommes, tu peux bien faire ce que bon te semble Gary! lui ai-je répondu en commençant à faire le souper.

À quatre, on s'est affairé à faire le repas. Quand on a eu bien mangé, mon père et Guy se sont pris une bière fraîche alors que Gary et moi, on s'est contenté d'un Coke, même si nos pères nous avaient offert une bière également. Disons que je n'avais pas encore développé ce goût!

C'est autour d'un feu de camp que nous avons terminé notre soirée, en discutant de nos rentrées scolaires respectives, mon père et Guy discutant de boulot et de fermeture de piscine pour l'hiver. La nuit est graduellement tombée et c'est vers 20h30 que nous avons vu, Gary et moi, nos pères s'éclipser vers le chalet, tentant vainement de ne pas attirer notre attention. Gary me fit un sourire coquin et je le lui rendis en continuant de parler, préférant leur laisser croire qu'on ne s'apercevait de rien...

Gary se leva pour prendre une grosse couette et revint s'installer près du feu. La fraîcheur de la nuit s'était installée rapidement et bien que les flammes nous réchauffaient, les frissons le prenaient de plus en plus fréquemment. J'étais en train de griller une guimauve quand Gary me demanda le plus sérieusement du monde:

— Qu'est-ce que tu penses qu'ils sont en train de faire?

J'eus un sourire spontanné:

— Ce qu'un couple fait quand ils n'ont pas les enfants dans les pattes j'imagine!

— Ouais, j'imagine aussi... Puis, après une petite pause: Penses-tu qu'ils se frenchent?

— Va savoir! J'imagine que oui. Ils doivent beaucoup s'aimer après toutes ces années ensemble.

— Ouais mais ils ont nos mères aussi...

— Ça doit être pour ça qu'ils ont tout mis au clair dès le départ... J'imagine qu'ils s'embrassent, comme ils embrassent nos mères...

— Ouais, ça doit, fit Gary, perplexe. Ça fait quand même bizarre de savoir que mon père et ton père baisent ensemble...

— Ben là, j'aurais cru que tu aurais été le dernier à trouver ça bizarre...

— Pourquoi? Parce que je suis gai? C'est pas parce que je tripe sur les gars que ça ne me fait pas drôle l'idée que nos pères... ben tu sais...

Je souris tout simplement... Je n'avais rien à répondre...

Je terminais de griller une guimauve et la présentai, toujours gluante, au bout de la branche, devant le visage de Gary qui fit la moue.

— Ah dégueu, j'ai jamais compris le trip des guimauves sur le feu...

— Bah, goûte!

— Ouach, non merci, pas pour moi...

— Ah bon... moi qui croyais que ce qui était blanc, gluant et chaud, tu aimais!

— M'as t'en faire moi!

Et sur ce, il se jeta sur moi, m'emprisonnant de son poids, à califourchon sur mon torse. M'ayant pris par surprise, il avait réussi à me subtiliser la branche et s'étant emparé de la guimauve qui avait quelque peu refroidi, me l'écrasa au visage, me barbouillant la face au complet. On riait comme des malades jusqu'à ce qu'il se relève de mon torse pour s'emmitoufler sous la couette à nouveau. Je n'étais pas dupe, j'avais bien eu le temps de remarquer son érection quand il s'était relevé.

— Tiens, voilà! On va voir si toi tu aimes le blanc, gluant et chaud!

— J'ai la face ben pleine! T'es dégueulasse... T'aurais pas dû me jouir dessus! ajoutai-je en riant.

— Niaise donc pas! se frustra Gary.

Je glissai mon doigt dans la friandise fondue sur mon visage, et fixant Gary dans les yeux, je léchais mon doigt en faisant un "Hmmmmmmmmm!" provocateur.

— Tu sais quoi, Erick? Tu fais chier!

— Hahaha, voyons donc, fais pas le petit garçon prude!

— J'suis pas prude! lança-t-il, vexé. C'est juste que j'aime pas me faire niaiser...

— Voyons! Vas pas te faire des idées, C'est tout gentil comme blague, du moins, c'était mon intention.

Sur ces mots, je me suis levé et m'assoyant près de lui, tirai sur la couette pour pouvoir m'en recouvrir aussi.

— Hey! Tu fais quoi là?

— Ben j'ai froid moi aussi... J'veux me réchauffer...

— Trouve toi en une alors! J'suis à poil sous celle là!

— J'm'en fous bien moi, il fait frais, je veux me réchauffer, c'est tout!

Je me relevai, me dévêtis, et je me rassis en tirant sur la couette à nouveau. Gary la retenait toujours...

— Dis moi pas que tu vas me laisser mourir de froid! Laisse m'en un peu.

— Pousse quand même pas, Erick! J'te laisserai pas venir sous la couette à poil, avec moi! T'es inconséquent ou quoi?

— Tu penses que je t'ai pas vu, complètement bandé, tantôt, quand t'étais sur moi en train de me faire un cumshot de guimauve fondue dans la face?

— Ben justement, si je te laisse me rejoindre sous la couette, j'aurai encore le même problème!

— Qui dit que c'est un problème? C'est naturel de bander... On est des gars de 16 ans!

— Oui mais faudrait pas que tu croies que de t'avoir là, avec moi, à poil, sous la couette, ça me laisserait insensible...

— Est-ce que je t'ai déjà dit de ne pas bander? J'm'en fous pas mal moi... c'est pas ça qui me barre du tout... Faudra que tu comprennes que je ne me sens aucunement dérangé par le fait que tu aimes les gars...

— Ouais, mais toi faudra que tu comprennes que ta manière d'agir peut être très brusque... Y'a un fossé entre un esprit "complètement ouvert" et agir de façon "complètement agace"!

J'avais peur de l'avoir blessé, suite à ses paroles. Je tirai néanmoins sur la couette et il abandonna, me laissant le rejoindre à l'abri de la brise fraîche de cette fin d'été. Je lui fis un petit baiser sur la joue, et d'un air piteux, le regardai:

— Est-ce que je suis pardonné?

— Tu vois! Encore!

— Encore quoi???

— Ben ce bec! Pourquoi t'as fait ça?

— Je te l'ai dit, pour me faire pardonner...

— Ben justement, arrête d'envoyer des messages ambigus... Tu dis être "ouvert" c'est beau, mais tu agis comme si tu me draguais. C'est agaçant à la longue.

— Désolé, ce n'était vraiment pas mon intention. Peut-être en ai-je trop fait. Je ne voudrais tellement pas que quoi que ce soit change entre nous... tu es trop important... t'es plus qu'un ami pour moi, t'es presque un frère...

Un long silence suivit...

— Hey! m'exclamai-je... Tu es mon frère!

— Hein, comment ça?

— Ton père et mon père sont un couple! Alors t'es mon frère!

Gary sourit enfin. J'étais rassuré.

— Sais-tu quoi Erick, t'es juste un twit!

Je pouffai de rire, le poussant à la renverse, ébourrifant ses cheveux en me chamaillant avec lui par terre, tantôt enchevêtré dans la couette, tantôt enchevêtré dans ses jambes.

— Arrête, tu vas me faire bander encore! cria Gary.

— Trop tard! m'écriai-je, me laissant tomber à ses côtés.

— Bon, bon, bon... bouda-t-il.

— Fais-toi en pas, si tu veux savoir un secret, moi aussi je suis bandé...

— Toi, bandé! T'es pas hétéro toi?

— Oui... mais j'ai quand même 16 ans... et je bande tout le temps!

— T'imagines alors pourquoi je peut être mal à l'aise alors?

— Pas du tout... Je ne suis pas gêné d'être là à côté de toi, bandé... Pourquoi toi tu le serais?

— Ça paraît que c'est pas toi qui aurait envie de... et Gary se tut soudainement, aussi rapidement qu'il avait répondu.

À nouveau, un long silence survint, ne laissant que le bruit des crépitements du feu briser ce silence.

— C'est comment? demandai-je, la voix tremblante.

— Comment c'est, quoi? demanda Gary.

— Ben voyons... le sexe! dis-je, frôlant tout juste d'être vexé.

— Ben j'imagine que c'est comme toi avec les filles... c'est top!

— Je ne sais pas justement... Je suis vierge. À part les branlettes, j'ai rien fait encore... sauf embrasser Nancy, une fille de mon école...

— Ahhh je vois... Ben disons que c'est comme se crosser, mais en 100 fois plus intense...

— À ce point là?

— Ben c'est pas que la sensation est différente en tant que tel, sauf que le fait de s'abandonner complètement devant l'autre, de partager un moment intense, en ne pensant à rien d'autre que le plaisir, le plaisir que l'on donne à l'autre et le plaisir que l'autre nous donne... C'est un peu comme quand on se crosse, on ne pense à rien d'autre que se faire du bien, sauf que là, c'est avec une autre personne et ce bien là est d'autant plus grand qu'on se le partage... tu comprends?

— J'imagine... J'imagine que c'est pour ça que nos deux pères sont si près l'un de l'autre.

— Ça doit être ça, ouais...

Suite à cette description, j'étais tout confus. J'essayais de comprendre la différence entre l'attirance des gens envers eux, de leur orientation, des sentiments, des étiquettes... Pourquoi tout est toujours aussi blanc ou noir? Quoique justement, mon père et Guy semblaient s'être trouvés un "gris" leur convenant parfaitement. Je restais néanmoins songeur à ce que Gary venait de me décrire...

— Gary?

— Oui Erick?

— Y'a quelque chose que je ne comprends toujours pas par exemple...

— Quoi donc?

— Pourquoi, même si je ne suis pas attiré vers les garçons, comme toi, que ce que tu m'as décris comme un partage de plaisirs entre deux personnes, j'ai la drôle de sensation, d'envie même, de vouloir le partager avec toi?

— Je ne sais pas comment c'est pour les hétéros... Moi aussi, j'adorerais te découvrir, mais je suis gai... c'est normal...

— Je suis tout mélangé... Pour moi, faire l'amour, c'est avec une fille... Je ne me vois vraiment pas faire l'amour ou baiser avec un gars... Pourtant, j'ai l'impression que j'aimerais ça, qu'on partage notre plaisir ensemble...

— Je ne sais pas quoi te répondre Erick... tu me mêles encore plus!

Quelques secondes plus tard, il ajoute:

— Pis là, t'es en train de me donner une trique d'enfer!

Je ne répondis pas. Plutôt, je me suis tout simplement collé contre son corps, ma queue bandée au max contre sa cuisse. Ma respiration s'était tout à coup accélérée; celle de Gary aussi. Je déposai ma main sur son torse, je sentais sa cage thoracique monter et descendre à une vitesse folle. J'avais le bout des doigts électrisés par le contact de sa peau. Elle était si douce. Je pouvais sentir de petits frissons lui parcourir le corps et je me mis à déplacer mes doigts sur sa peau, comme si j'étais en train d'essayer de déchiffre un message en braille dans la chair de poule qui le recouvrait.

Mû je ne sais trop par quelle énergie, ma main descendit doucement, frôlant les abdos au passage et arrivant à la limite des poils de son pubis. Ma tête se demandait ce que j'étais en train de faire, c'était impensable, mais mon être tout entier prenait soudainement plaisir à sentir cet autre être qui voguait sur la même vague de plaisir que moi... Mes doigts s'aventurèrent doucemenent dans la touffe de poils drus.

— Er... Erickkk...

J'imagine que j'ai dis "Quoi?", c'est du moins l'impression d'écho que j'avais dans la tête à ce moment là...

— On... on... dev... rait... peut... être... arr... arrê... ter!!! finit-il par souffler.

Comme ailleurs, parti en transe, je répondais d'un calme absolu:

— Je veux savoir... je veux sentir...

— Es-tu certain de ne pas regretter après?

— Regretter quoi? C'est débile l'effet que ça me fait en ce moment...

— Ben... faire ça avec un gars... tu pourrais le regretter et me regarder croche après... Si c'était pour changer notre amitié, je m'en voudrais pour le reste de mes jours...

— Je fais pas "ça" avec un gars comme tu dis... je ne pourrai jamais regretter de partager de moment avec toi... À moins que tu ne veuilles pas, ferme-là, tu veux?

Et il s'est tut! Ma main reprit sa course à travers ses poils et du bout de mon index, je touchais finalement sa queue dure et chaude qui pulsa à mon contact. mes phalanges s'enroulèrent autour de la hampe chaude et palpitante. C'était tout bizarre, l'effet de tenir un sexe autre que le mien dans ma main. Le souffle court de mon copain ne faisait que renforcer mon état de transe. Je bougeais ma main, faisant coulisser tout doucement la peau le long de la tige durcie par l'excitation. Gary se retourna soudainement sur le côté, me faisant désormais face et nos jeunes queues raides se frottaient l'une contre l'autre. Je sentais le corps chaud de Gary contre le mien, j'en voyais des étoiles partout.

Gary m'embrassa dans le cou en glissant ses mains le long de mon dos jusqu'à mes fesses. J'étais hors de moi, je n'étais plus moi-même. Je saisis sa tête à deux mains et mes lèvres se plaquèrent sur les siennes. Cela eut l'effet de le figer sur place. Ma langue se lança à la découverte de sa bouche, forçant l'entrée jusqu'à sa langue qui s'enroula aussitôt autour de la mienne. Plus rien n'existait autour de nous, que la passion brûlante de nos deux corps enlacés. Tout le long du baiser, nos corps s'étaient animés l'un contre l'autre, nos sexes coulissants entre nos ventres, et tout a coup, mon dos s'arqua et une multitudes d'éclair me parcourut l'échine alors que ma queue, prise d'un hoquet incessant, déversait mon sperme chaud entre nous deux.

Je revins à moi à cet instant, et fixant mon regard dans les yeux exorbités de Gary quelques instants, je le repoussais sur le dos et me jetai avidement sur son corps, le couvrant de baisers, happant au passage quelques giclées de mon propre sperme avant d'enfourner son sexe long et fin dans ma bouche. Mes lèvres coulissaient de haut en bas et Gary se crispa, me prenant la tête à deux mains, comme pour me repousser. Je combattis son mouvement et sentis sa bite se déverser dans ma bouche. Quelle sensation superbe c'était, non pas celle de jouir, celle de faire jouir! J'étais perdu dans ce dédale de sensations charnelles.

La suite, je ne sais plus trop. Je sais cependant qu'au matin, mon père et Guy nous retrouvèrent nus, enlacés l'un contre l'autre, notre nudité à peine cachée par la couette. Rien ne s'était dit à ce sujet d'ailleurs, nos parents n'ayant pas osé aborder le sujet avec nous. Le second soir, une fois dans la tente, j'avais discuté avec Gary de l'énorme plaisir que j'avais eu avec lui et que j'espérais que c'était réciproque. Ce "partage" nous avait soudé à jamais, notre amitié était scellée de notre sperme et de notre salive pour l'éternité, et ce, même si nous ne devions plus jamais partager de la sorte...