De A à Z: (K)evin


De A à Z: (K)evin
Texte paru le 2012-09-28 par Patrice   Drapeau-qc.svg
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La série "De A à Z" fut la première série d'histoires érotiques à être publiée sur le babillard électronique de Gaynet Canada il y a plus de 20 ans déjà, bien avant que Gai-Éros ne voit le jour en 1998. Nous avons pu les récupérer sur de vieilles disquettes souples retrouvées dans nos boîtes d'archives. À l'époque, Patrice écrivait sous le pseudonyme "Marty B". Patrice a bien voulu revamper les textes et nous les présenter sur internet.
Template-Books.pngSérie : De A à Z

J'ai décroché, avec lenteur, le combiné. J'étais figé sur place, mais je devais le faire. Mes doigts, comme s'ils étaient congelés, se déplaçaient d'une lenteur effarente sur le clavier numérique du téléphone. Ce fut la composition des 10 chiffres la plus longue de ma vie. J'entendais sonner, sonner, sonner. Au moment où j'allais raccrocher pour ne pas tomber sur sa boîte vocale, j'entendis Kevin qui répondait:

— Allo? Qui parle?

J'étais paniqué. Je me demandais si je devais raccrocher ou non.

— Allo??? Qui est là?

Trop tard! Je devais foncer!

— Salut Kevin, c'est Martin.

— Ah bon! Salut Martin! Je commençais à me demander si ce n'était pas encore des mauvaises blagues au téléphone! J'ai un de ces problèmes depuis une semaine! Sept ou huit fois par jour, ça sonne et personne au bout du fil.

Je feignais la surprise. C'était moi qui depuis une semaine appelait et raccrochait au dernier moment.

— Ça doit être des petits morveux! Ça m'arrive parfois aussi...

— Ouais... C'est chiant! Je crois même que je vais m'abonner à l'afficheur! Comme ça, je saurai quel con me fait le coup!

— Bonne idée! répondis-je en me disant que j'étais chanceux qu'il ne l'ait pas encore fait...

— J'suis pressé Martin, je suis en retard au cégep. Je peux t'aider? Si tu veux, je te rappelle ce soir?

— Le cégep un samedi? fis-je, étonné.

— Ouais, la merde! Un travail d'équipe à terminer pour la semaine prochaine. C'était le seul moment où on pouvait se retrouver toute l'équipe ensemble...

— Ok, je te laisse y aller. Rappelle-moi ce soir, je devrais être à la maison. Cynthia vient faire son tour...

— Parfait! Bonne journée!

Avant même que j'aie pu lui souhaiter une bonne journée également, j'entendais la communication qui se coupait. Il était vraiment à la bourre! Finalement, tant mieux. Je n'aurais su comment lui demander ce que je voulais de lui... Au moins, là, j'avais une dizaine d'heures devant moi pour y penser et au pire, si je sors avec Cynthia ce soir, je n'aurai pas du tout à lui parler ce soir. J'étais sauf sur ce point.

Je profitais donc de la journée pour aller faire quelques commissions, m'acheter des bas et des sous-vêtements, les miens étaient trop usés et j'étais tanné que Cynthia m'achalle avec ça. Les femmes! Elles ne comprendront donc jamais qu'on est bien nous, dans nos vieilles bobettes! De retour à la maison, j'étais en train d'essayer mes nouveaux boxers quand on cogna à ma porte. J'eus tout juste le temps d'enfiler mon jeans à la sauvette et je me suis dirigé vers la porte pour ouvrir.

— Kevin! Qu'est-ce que tu fous là?

— Wow, tout un accueuil! dit-il en faisant la moue.

— Désolé, c'est pas ce que je voulais dire. Je m'attendais seulement à un téléphone de ta part ce soir, c'est tout... Allez, viens, entre!

Kevin me suivit dans le couloir de l'appart et referma la porte derrière lui.

— Tu te préparais à sortir? demanda-t-il soudainement.

— Non, pourquoi?

— T'es en train de te changer... voilà pourquoi...

— Ah non... C'est rien. Je suis allé magasiner et j'essayais mes boxers quand tu as sonné. J'ai juste pris le temps d'enfiler mon jeans pour aller ouvrir.

— Des boxers neufs! Là, tu tombes dans mon rayon! lança Kevin en riant.

Sans le savoir, Kevin venait de me lancer une perche et j'allais profiter de l'occasion, ce serait moins gênant...

— Je m'en suis acheté trois nouveaux. Viens, j'avais juste eu le temps d'essayer le premier.

— Heu, quoi? Tu veux que j'aille te regarder essayer tes boxers? dit-il, surpris.

— Bah là, tu m'as vu pendant trois ans dans les douches au secondaire. Es-tu rendu si pudique?

— C'est pas la question! Moi j'ai vraiment rien contre! C'est ta soudaine "ouverture" qui me surprend...

— Bah, reviens-en... J'ai été surpris au début quand tu m'as annoncé que t'étais aux hommes, mais qu'est-ce que tu veux... Ça m'a un peu bouleversé mais je me suis fait à l'idée... Allez viens... Comme ça tu pourras me conseiller lesquels je devrais porter ce soir pour Cynthia!

Let's go mon homme! lança Kevin, fou de joie.

C'est vrai que j'étais plutôt réservé vis-à-vis de lui depuis qu'il m'avait annoncé il y a presque un an, qu'il était homo. Ça faisait plus de sept ans que je le connaissais, on avait fait du sport ensemble pendant toutes ces années, on allait à l'école ensemble, on se douchait ensemble après les cours. Il nous est même arrivé d'aller coucher chez l'un ou chez l'autre. Mais il n'est jamais venu coucher ici car je ne l'ai jamais invité depuis que j'ai quitté la maison paternelle. J'avais connu Cynthia de toute façon à la sortie de l'école, je m'étais installé dans mon petit appart alors que lui continuait ses études et habitait encore chez ses parents.

Je défis le bouton de mon jeans et le laissa glisser le long de mes jambes, me dévoilant ainsi presque nu devant Kevin qui semblait se réjouir de me voir si légèrement habillé.

— Et puis, ils me vont bien?

— Ouais, pas mal...

— C'est tout?

— Euh, quoi? Ce boxer te va à merveille. Tu veux quoi de plus?

— Tes impressions...

— Ben je te l'ai dit... Ça te va bien!

— Ahhh! Mais qu'il est coincé le mec! rageais-je en faisant glisser l'élastique de mon boxer jusqu'aux chevilles.

Je me penchais pour ramasser mon sous-vêtement, le cul bien en évidence devant Kevin qui, en me relevant tout et me retournant vers lui, rougissait et détournait le regard alors que j'étais flambant nu devant lui.

— Ostie de tapette! lançais-je en riant. Faut bien être gay pour se tourner comme une gonzesse quand un gars est à poil devant toi!

— Tu m'as surpris, c'est tout... bredouilla Kevin.

Je pris le second boxer, un sous-vêtement court sur la cuisse, très moulant. J'avais fait exprès de le prendre la taille d'en dessous pour qu'il me colle à la peau. Je l'enfilais et réitérais ma demande envers Kevin.

— Et puis, celui-là?

Kevin se retourna vers moi à nouveau. Je lui laissais quelques instants pour regarder le côté face et comme il ne parlait pas, je me suis retourné pour qu'il puisse voir côté pile également... Il ne disait toujours pas un mot!

— Ben là! T'aimes ou t'aimes pas? dis-je, à deux doigts de l'exaspération.

J'étais là, devant lui, à poil ou en bobette et lui faisait la sainte-nitouche. Ce n'était rien pour m'aider! J'étais à deux doigts de me détester et détester ma copine. Plus rien n'allait!

— Allo? T'es là ou pas?

— Oui, oui... S'cuse... J'étais ailleurs. Ça te va bien...

— "Ça te va bien", "Ça te va bien"... C'est tout l'effet que ça te fait?

— Que veux-tu que je te dise? commença à s'énerver Kevin.

— Ah pis merde! Laisse faire!

— Laisse faire quoi? cria presque mon copain en me fixant sans trop savoir comment réagir à ma provocation. Tu veux que je te dise quoi? Que je trouve que ça te fait un super beau cul et que ton lunch est moulé au point de faire bander un eunuque? Tu veux que je te dise que t'es un pétard, même si je me dis "pas touche, les pétards, ça explose"? Tu veux que je te dise que tu me fais ban...

Mais Kevin ne finit pas sa phrase et se tut...

— Je te fais ban... quoi?

— Arrête ton petit jeu. J'en ai marre...

— Ok, alors je complète la phrase et dis-moi si j'ai raison... Je te fais "ban... der"?

Kevin se retourna à nouveau, boudeur. Il me restait un sous-vêtement à essayer. J'enlevais mon boxer actuel pour sauter dans le caleçon de coton blanc que j'avais aussi acheté. Celui-là, je ne l'avais pas pris pour être sexy, mais plutôt confortable. J'allais cependant en apprendre un peu plus sur mon ami Kevin.

— Bon c'est le dernier! lui dis-je. Celui-là, il me va comment?

— Ben oui! Comme si tu le savais pas que les bobettes blanches me font triquer comme ça se peut pas! Elle te vont à ravir, soit dit en passant...

— Et bien non, je ne le savais pas tu sauras...

— Je te l'avais dit, le même soir où je t'ai dit que j'étais gay... Quand tu m'avais demandé comment j'avais surmonté les vestiaires à l'école, je t'avais dit que les pires moments, c'étaient quand les gars portaient de simples caleçons blancs, comme celui que tu as en ce moment et que tout le monde se changeait devant moi...

Je me rappelais vaguement tout-à-coup. Je comprenais maintenant que Kevin soit fâché après moi. Je n'avais pas réussi à le manipuler comme j'avais l'intention pour me sauver des explications mais là, je me sentais mal-à-l'aise et décidai de tout déballer...

— Excuse-moi Kevin... J'aurais dû m'en souvenir.

— C'est correct... Te rhabilles-tu? Tu les as essayés tous les trois maintenant!

— Je dois te parler avant...

— Ok, mais rhabille toi, s'il te plaît...

— Je t'indispose à ce point?

— Martin... Martin... Martin... c'est pas difficile à comprendre il me semble! Depuis le temps qu'on se connaît! J'étais en amour avec toi à l'école! Mais t'es un intouchable... Compends-moi... ça me tue ton petit jeu, là!

— Je suis désolé. J'avais pas remarqué... dis-je tout doucement, honteux.

— J'ai toujours essayé de bien cacher mon jeu... et je suis drôlement surpris que tu ne l'avais jamais remarqué après toutes ces années!

— Tu sais, je ne voyais rien de mal à nos rapports amicaux... on partageait tout ensemble depuis tellement longtemps...

— Je sais... J'avais beau ne pas essayer de me faire de faux espoirs mais il y avait toujours un petit diable en moi qui entretenait la flamme...

— Je ne savais pas. Je suis tellement désolé... Je n'aurais pas dû essayer de... et je me tus.

— Essayer quoi? demanda Kevin d'un ton insistant.

— Des conneries... Laisse...

— Non. Pas cette fois! Tu vas jusqu'au bout... J'en ai marre...

— Tu vas m'en vouloir à mort... et je ne veux pas te perdre!

— Qu'est-ce qui peut être si grave pour que ça puisse nous séparer de la sorte? Allez, raconte!

— Je faisais exprès pour t'allumer, dis-je, honteusement.

— Pourquoi faire? s'enquit Kevin.

— Une simple folie de jeunesse... Je me disais que si je t'allumais et que tu profitais de l'occasion, je n'aurais rien d'autre à faire que de jouer la "victime" en quelque sorte, face à toi...

— Oh wow! Quelle annonce! Et après, c'est moi qui me se serais senti cheap! C'est beau l'amitié, hein! ajouta-t-il avec un dédain dans la voix.

Je n'osais à peine le regarder. Prenant mon courage à deux mains, je me suis approché de lui et je tentai de le prendre par les épaules. Il se dégagea d'un coup vif. Une petite larme glissa sur sa joue et je m'en voulais qu'on en soit rendu là...

— Viens là, je vais tout te raconter...

Je le pris par la main et nous nous sommes dirigés vers le lit. Ça faisait tout drôle, j'étais toujours en slip moulant alors qu'il avait encore son coupe-vent sur le dos! J'éclatais de rire malgré l'ambiance pesante.

— Qu'y a-t-il de si drôle?

— Ça n'a pas rapport. Je riais du fait que je sois là presque à poil à côté de toi alors que t'es habillé jusqu'au cou.

Kevin enleva son manteau et le déposa près de lui. Ne me restait plus qu'à prendre mon courage à deux mains et lui dire toute la vérité. Je lui avouai donc que le mois passé, ayant gagné une gageure avec Cynthia, je l'avais donc obligé à trouver une copine qu'elle devait ramener à la maison et nous avons baisé tous les trois. Au début, le trio allait de caresses en baisers, de la tête aux pieds. À un moment, j'étais tellement allumé que j'ai voulu baiser Karine. D'un regard vicieux, Cynthia m'avait alors dit "D'accord, je te permets de la baiser à condition que tu te tapes un mec, comme moi j'ai dû faire avec Karine." À ce moment, j'étais tellement allumé que je suis parti à rire et j'ai baisé avec Karine devant les yeux médusés de Cynthia. La soirée s'est poursuivie et nous avons bien rigolé et eu bien du plaisir tous les trois. Je croyais réellement que tout allait en rester là...

Mais voilà, plusieurs semaines après que Cynthia me relança à cet effet. J'avais oublié et tentai de jouer l'innocent pour me défiler de cette obligation, de cette promesse faite avec la queue, et non avec la tête. Cynthia était furax et me donnait un ultimatum.

— Elle m'a donné deux semaines pour le faire. Sinon elle me plaque... terminai-je mon récit à Kevin qui me regardait avec des yeux exorbités.

— Ah ben là je comprends tout... T'as voulu abuser de mon amour pour toi de sorte à ce que je me sente mal par la suite de t'avoir incité à baiser avec moi, et tout ça, parce que t'avais trop envie de te taper une fille qui n'est pas ta blonde! Bravo!

— Je ne voulais pas abuser de toi voyons... Je m'étais dit que si tu faisais les premiers pas et qu'on baisait ensemble, je n'aurais pas à tout te raconter... Comme t'es gay, je me disais que tu aimerais ça, et moi, j'aurais eu moins de troubles à remplir mon obligation vu que je te connais... Je me disais qu'on serait tous les trois gagnants en fin de compte! Non?

— Parle pour toi! Moi là-dedans?

— Ben t'aurais eu la chance de baiser avec moi! Tu me disais pas que tu étais en amour avec moi?

— Baiser! Et comment tu penses que je me serais senti après ça? Je m'en serais voulu à mort de t'avoir "forcé" à avoir ce rapport sexuel avec moi... Ça m'aurait fait une belle jambe! Et pendant ce temps-là, toi t'aurais le beau jeu avec ta blonde et t'aurais eu tout ce que tu voulais!

— Ben quoi? T'aurais pas détesté, avoue!

— Bah, comme ça, vite fait, j'aurais trippé c'est sûr... Mais après ça, j'en aurais eu des remords... Tu peux pas jouer avec les sentiments de la sorte!

— J'avais pas pensé à ça... Je me disais que tu aurais aimé te taper le gars hétéro que je suis parce que t'es gay... Je ne savais pas que tu avais eu des sentiments pour moi. Même si j'avais su, je me serais dit qu'après tant d'années...

— Qu'après tant d'années, que je ne t'aimerais plus? C'est ça?

— Un peu, ouais... dis-je, encore plus honteux.

— Et bien sache que je t'aime toujours moi! lâcha Kevin d'un ton sec.

— Pardonne-moi. Je n'aurais pas dû.

Et je le pris dans mes bras pour le réconforter. J'avais été un salaud et je le réalisais désormais. Kevin se laissa faire quelques secondes mais finit par me repousser doucement et se releva, sans toutefois s'en aller.

— J'ai honte... J'ai encore plus honte de te demander maintenant si ça t'es possible de dire à Cynthia qu'on l'a fait. Je l'aime. J'aurais pas dû lui faire faire ce gage idiot qui m'a amené jusqu'ici...

— T'as du culot! me lança-t-il.

Je vis dans ses yeux un dédain qui m'en fit mal au coeur. Je n'étais qu'on bon à rien...

— Pas de mensonge! cria-t-il. Tu l'aimes, alors tu vas payer pour!

Je restais sans voix, toujours sur le lit. En quelques secondes, il avait fait passer son chandail par-dessus ses épaules et détaché son pantalon qui reposait désormais sur ses chevilles.

— Lève-toi, ordure! lança-t-il sèchement.

J'obéis à son ordre, n'osant répliquer quoi que ce soit.

— Tu aimes ça manipuler les autres, hein? Tu vas goûter à ta propre médecine ce soir mon salaud!

Je tentai de déglutir, sans succès. J'avais la chienne de ce que Kevin allait me demander. J'avais beau l'avoir connu doux et sensible, avec la blessure que je venais de lui infliger, je me disais qu'il pouvait maintenant être sans remords!

— À genoux! cria-t-il.

Tremblotant de tous mes membres, je me suis agenouillé devant lui, à quelques centimètres de son corps. J'avais devant moi son paquet sur lequel d'une main ferme, il plaqua mon visage.

— Tu dois goûter à un mâle? Et bien sache que tu vas y goûter! Comme jamais t'aurais pu imaginer!

Je me résignais donc, ne tentant pas de reculer comme mes instincts me dictaient de faire. Il appuyait ma tête contre son sexe, je sentais la chaleur de son bas-ventre irradier sur mes joues, mais il ne bandait pas. J'aurais cru pourtant qu'un gay aurait eu la trique instantanément en se tapant de force un hétéro comme moi. Je sentais toutefois la pression de sa main derrière ma tête s'affaiblir. Son corps s'agitait de petits soubresauts et quand sa main lâcha prise complètement, je pus lever les yeux vers lui et je vis de grosses larmes couler de ses yeux. Je le regardais pleurer de la sorte sans rien dire. Je n'osais plus parler, de peur d'empirer la situation. Après quelques instants, il me prit sous le bras pour me relever.

— Oublie ça, va... J'en suis incapable. Je ne serais pas capable de te forcer à quoi que ce soit.

— Je le mérite pourtant... Je ne t'en voulais pas d'être fâché de la sorte...

— Comment peux-tu croire que je puisse prendre plaisir à te forcer à baiser avec moi... Je t'aime trop pour ça...

— Avec la vacherie que je t'ai faite, je trouvais ça normal... avouai-je en baissant les yeux.

Nous sommes restés ainsi, sans dire un mot ni l'un ni l'autre pendant de longues minutes. Finalement, c'est Kevin qui brisa le silence:

— Je dirai ce que tu veux à Cynthia. Comme ça, tu seras sauf...

— T'es pas obligé de mentir pour moi, surtout maintenant. C'est plutôt moi qui te doit tout...

— Tu me dois rien, va...

Et Kevin se pencha pour remettre son pantalon. Sans trop savoir pourquoi, je le saisis par les épaules, je me collai de tout mon être contre son corps et je l'embrassai avec frénésie. Kevin restait là, les bras balottants de part et d'autre de son torse alors que ma langue tentait de franchir en vain ses lèvres. Après quelques tentatives, je le fixai droit dans les yeux.

— Tu fais quoi là? me demanda Kevin, la tristesse au fond de l'oeil.

— Je ne sais pas. Je me suis tout à coup senti comme obligé...

— T'es pas obligé de rien...

— Je sais... Je ne voulais pas dire obligé dans le sens que je n'avais pas le choix... Je me suis senti obligé dans le sens qu'une force inconnue m'a poussé à le faire!

— Laisse tomber. Je dois rentrer maintenant, lâche-moi...

— Je ne peux pas!

— S'il te plaît, je veux partir...

— Je te demande de rester... t'es mon ami!

— Martin! Justement, on est amis... Je ne veux pas baiser avec un ami moi. Si je reste, tu vas te sentir dans l'obligation de te faire pardonner et je ne pourrai jamais me pardonner de tomber dans le panneau...

— C'est vrai qu'on est amis. On a tout partagé... sauf ça...

— Je te dis que je ne veux pas baiser avec toi... c'est pas difficile à comprendre pourtant... Laisse-moi partir!

— Je ne peux pas te laisser partir! Moi non plus, je ne veux pas baiser avec toi... Je veux que tu me fasses l'amour...

— L'amour! Pffff... Sais-tu ce que tu demandes? Tu aimes Cynthia, fais lui l'amour à elle!

— Tu m'aimes aussi! Fais-moi donc l'amour!

— Pour faire l'amour, on doit être deux! Quand il n'y a pas de réciprocité, c'est malsain!

Sur ce, je me suis jeté sur Kevin, l'entraînant par le fait même sur on lit près duquel nous étions toujours debout. Je collai doucement mes lèvres aux siennes et cette fois-ci, lorsque ma langue força son chemin vers sa bouche, ses lèvres tendres se sont ouvertes pour m'accueillir et laisser sa langue valser avec la mienne. Notre baiser dura plusieurs minutes. Je sentais maintenant son corps détendu sous le mien et ses mains étaient plaquées sur mon dos et me serraient tout contre lui. Je le regardai droit dans les yeux et lui dis:

— Crois-tu qu'un tel baiser puisse être dénué d'amour sincère?

— Mais tu es hétéro...

— L'amour n'a pas de sexe... Toi parmi les autres, tu devrais pourtant le savoir...

Sur ce, je me suis lancé vers la découverte de son corps. Mes lèvres se déposèrent doucement sur sa bouche et descendirent doucement sur son menton, dans son cou, sur son torse qui s'élevait et descendait à vive allure à cause de sa respiration rapide. En mordillant son mamelon, comme j'avais l'habitude de le faire en suçant les seins de Cynthia, Kevin ne put retenir un petit cri d'excitation. Je sentis alors contre mon torse, le sexe de Kevin qui se gonflait et se raidissait entre nos deux corps alors que ma langue virevoltait sur ses pecs. Je ne pus faire autrement que de m'énorgueillir en songeant tout à coup combien je me sentais bien quand Cynthia m'allumait de la sorte. Je m'appliquai donc de plus belle en lui faisant exactement ce que j'aimais, moi, que Cynthia me fasse.

Si au début, mes actions étaient plus machinales qu'autre chose, je me laissai emporter par la vague d'émotions et de sensations que je vivais à explorer ce corps masculin qui était sous moi. Je me pris moi-même au piège en m'attaquant à cette tige raide et brûlante sur laquelle ma langue se promenait, agaçant au passage son gland ou ses couilles qui s'étaient réfugiées à la base de sa queue lors de mes aller-retours. Quand je sentis ses doigts félins s'introduire dans ma chevelure pour me caresser la tête alors que j'imprimais un lent mouvement sur sa queue, je me suis alors enfoncé son dard encore plus profondément dans la gorge, au point où j'allais m'étouffer si ce n'avait été de lui qui se retira rapidement de ma bouche.

— Je vais jouir si tu continues... dit doucement Kevin.

Je repris donc de plus belle sa queue dans ma bouche et c'est avec une envie impressionnante de sentir sa bite projeter sa dèche au fond de ma bouche que j'entrepris de le sucer avec entrain. Plus j'entendais gémir Kevin alors que je lui prodiguais ces caresses buccales sur son membre turgescent, plus j'étais excité et souhaitais au plus profond de moi qu'il me fasse l'offrande de sa jouissance. C'est dans un cri étouffé par ses deux mains placées devant sa bouche que j'eus droit à mon baptême du sperme. De puissants jets de crème salée envahirent ma bouche par saccades rapides. Je résistai à la réaction instinctive de retirer son sexe d'entre mes lèvres mais une fraction de seconde plus tard, j'étais surpris de constater à quel point je me délectais de ce nectar viril. Le corps de Kevin fut secoué de nouvelles secousses, beaucoup moins fortes cette fois-ci, alors que sa queue dévidait les quelques gouttes de semence qui lui restait.

C'est presqu'à regret que j'abandonnais le sexe ramollissant de mes lèvres pour aller plaquer ma bouche sur la sienne. C'est en remontant le long de son corps que je m'aperçus alors la raison de l'intense sensation que j'avais vécue alors que je faisais jouir mon ami d'enfance entre mes lèvres: j'avais moi-même joui d'avoir frotté mon sexe contre le matelas alors que je le suçais. En sentant mon membre poisseux s'écraser contre sa cuisse, Kevin sourit et m'embrassa avec passion. Après un long baiser, je déposai ma tête au creux de son épaule et lui dit en riant:

— Je comprends pas pourquoi les femmes détestent qu'on leur vienne dans la bouche! C'est le plus gros trip que j'aie vécu!

— Ouais, je sais... répondit Kevin tout doucement. J'aurai pas eu le bonheur de te rendre la pareille, t'es déjà venu à ce que je vois!

— Désolé... J'en suis aussi surpris, c'est la première fois que ça m'arrive...

— Ne t'en fais pas... Tu pourras déjà dire à Cynthia que tu as rempli ton contrat, comme promis...

— Non... je n'ai pas l'intention de lui dire.

— Pourquoi, ça réglera ton problème...

— Là, ce n'était que des préliminaires! lui lançais-je en souriant. Je dirai à Cynthia que c'est avec toi que je le ferai... J'étais sincère quand je t'ai dit que je voulais que tu me fasses l'amour...

Un petit sourire se dessina sur ses lèvres. Je pus lire dans ses yeux à quel point je comptais pour lui. Je pouvais cependant y lire aussi à quel point il serait triste après m'avoir fait l'amour comme je lui demandais... Je ne pouvais cependant pas le laisser avec de faux espoirs, pas après ce que nous venions de vivre...

— Kevin, tu sais que je ne pourrai jamais te donner tout ce dont tu as rêvé depuis des années, mais je veux que tu saches que cette unique fois où nous ferons l'amour, sera pour moi le plus important gage de notre amitié...

Et je déposai un petit baiser sur sa bouche avant de me lover tout contre lui à nouveau.