Deux cousins (41)


Deux cousins (41)
Texte paru le 2022-04-02 par Jules1291   Drapeau-ch.svg
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Template-Books.pngSérie : Deux cousins

Dimanche 9 août 1964, Monte Verità, Ascona

— Je ne comprends pas, dit Chloé à Dominique, mais ce n’est pas nécessaire de nous expliquer maintenant, on va cogiter.

— Et c’est votre intimité, ajouta Yvette, l’essentiel est que vous soyez heureux.

Dom préféra ne rien dire à ce moment-là, elle voulait faire plus ample connaissance avec les deux femmes avant de dévoiler qu’elle était transgenre. Ils dégustèrent la suite du repas : du risotto à la saucisse ou aux légumes, avec du Merlot rouge, des fruits pour le dessert.

Après le repas, beaucoup se portèrent volontaires pour laver la vaisselle, Daniel et Dom purent finir tranquillement leur café accompagné de grappa. Giorgio alluma les ampoules multicolores, prit la parole en anglais, un micro à la main pour la sonorisation :

— Après ce délicieux repas (applaudissements spontanés), j’ai le plaisir de vous présenter Allen qui va nous lire l’un de ses poèmes. Celui-ci a été censuré avant d’être autorisé par un juge. Nous tenons particulièrement à la liberté d’expression, c’est pour cela que je l’ai invité (applaudissements). Nous tenons également à la liberté sexuelle, personne ne doit être stigmatisé à cause de son orientation (applaudissements nourris). Si vous le désirez, mon fils vous vendra un exemplaire dédicacé du poème avant la lecture, cela vous aidera à le comprendre. Ensuite, je vous demanderais de prendre des couvertures et de vous répartir dans le parc.

Daniel et Chloé achetèrent un exemplaire du livre. Comme ils séjournaient à l’hôtel, ils ne durent pas le payer tout de suite, Flavio nota leur nom sur une liste.

— On voit que c’est un Américain, dit Daniel, il profite de faire des affaires.

— Oui, fit-elle, comme l’hôtel où nous séjournons, déjà la récupération du mouvement hippie.

— Je ne suis pas d’accord avec toi, ce lieu a une tradition de communautés utopiques bien plus ancienne, c’est plutôt une actualisation.

Les deux couples posèrent leurs couvertures sur l’herbe. Les filles s’assirent en lotus alors que Daniel et Dom de couchèrent à plat ventre. Flavio les rejoignit en disant :

— Vous permettez ? Vous m’avez promis une branlette.

— Nous ? s’étonna Chloé. Nous ne savons pas branler les hommes.

— C’est facile pourtant, je vous expliquerai comment faire. Vous ne voulez pas d’enfants ? Il vous faudra un homme pour les petites graines.

— Nous n’avons pas encore réfléchi à cette question, dit Yvette, mais tu as raison, il nous faudra un homme. Ce n’est pas quelque chose qu’on décide et qu’on conçoit après un repas bien arrosé.

— Ne t’inquiète pas, fit Flavio, je pécherai comme Onan ce soir car je ne désire pas devenir père.

— Pas de soucis avec ton confesseur ? demanda Dom, tu dois avoir une longue liste de péchés à lui raconter.

— Non, pas de soucis, il aime bien que je lui raconte tout en détail.

Allen prit le micro, Flavio se tut et s’assit entre les deux couples. L’Américain expliqua dans quel contexte il avait écrit le poème puis parla de ses démêlés avec la censure. Il dit encore qu’il était homosexuel, s’excusant auprès des femmes de ne pas pouvoir coucher avec elles. Il débuta la lecture qu’il entrecoupa de mantras et de chants indiens.

C’était assez difficile à suivre pour les auditeurs non-anglophones, Daniel et Dom lurent le texte en même temps, cela n’empêcha pas le public d’applaudir chaleureusement à la fin. Giorgio remercia le poète puis lui redonna la parole :

— Lorsque je fais mes lectures, dit-il, je propose toujours à mes auditeurs de mettre en pratique la liberté sexuelle, je vous propose donc de vous dénuder et de faire des échanges entre les couples, mais qui dit liberté dit aussi celle de ne pas le faire. Giorgio, que je remercie pour son invitation, va mettre un disque avec de la musique sensuelle tantrique pour vous accompagner. Ce disque sera aussi en vente à la fin de la soirée.

— Voilà, c’est le moment, dit Flavio en se couchant sur le dos, qui désire me branler ?

— Je veux bien essayer, dit Yvette en riant, mais je vais me déshabiller pour être comme toi. Ça ne te dérange pas d’être tout le temps à poil ?

— Non, pourquoi cela me dérangerait-il ?

Dom et Daniel, qui s’étaient assis, regardèrent avec un certain intérêt les deux filles se dévêtir. Chloé était maigre, avait de petits seins, alors qu’Yvette était plus plantureuse. Elle prit le sexe de Flavio dans sa main, le décalotta délicatement et le caressa. Le Tessinois banda.

Chloé vint s’asseoir vers Dom.

— Tu ne veux pas te déshabiller ? demanda Chloé. Cela te gêne de le faire devant tout le monde ?

— Non, ce ne sera pas la première fois que je le fais, dit Dom en repensant à la soirée de la Fête nationale à Lausanne.

— J’ai envie de faire l’amour avec toi, si Daniel est d’accord.

— Je suis d’accord, dit celui-ci, mais tu seras peut-être déçue.

— J’ai compris ce que vous m’avez dit tout à l’heure, Dom n’est pas vraiment une femme.

— C’est exact, dit Dominique, je suis une femme transgenre, avec un corps d’homme. Je ne sais pas si cela te convient pour faire l’amour en tant que lesbienne.

— On réfléchira à cette question philosophique une autre fois. Allen a proposé de faire des échanges, mais pas de petites graines après un repas arrosé, comme l’a dit mon amie.

Chloé aida Dom à se déshabiller, souriant en découvrant le slip féminin bien rempli.

— C’est le premier pénis que tu verras, à part celui de Flavio ? demanda Daniel.

— En tout cas ce sera la première femme avec un pénis. J’ai déjà vu des hommes nus, nous étions venus faire une excursion au Tessin avec le gymnase (NDA lycée) et nous nous étions baignés sous la cascade de Piumogna, nous n’avions pas pris nos maillots de bain.

— J’imagine les conversations entre les filles, dit Dom.

— Et j’ai aussi vu celui d’Arthur, mon frère. Je n’ai cependant jamais couché avec un homme.

Chloé baissa la culotte, découvrant la queue de Dom à moitié érigée.

— C’est bizarre de découvrir ton corps d’homme, dit Chloé, je n’aurais pas pensé, tu as une apparence très féminine.

— Tu ne me connaissais pas assez, sinon tu te serais doutée, dit Dominique.

Chloé prit délicatement le pénis dans sa main.

— Il est moins gros que celui de notre ami Flavio, dit Dom.

— Je n’aurais pas osé faire un commentaire à ce sujet.

— Et… comment dire… nous l’avons déjà utilisé tout à l’heure, avec Flavio, justement.

— Il est insatiable ce jeune homme.

— Laisse-moi plutôt explorer ton corps de femme, fit Dominique, celui dont j’aurais rêvé et que je n’aurais jamais.

— Tu pourrais te faire opérer.

— Trop risqué, et Daniel aime bien les corps d’hommes.

Chloé délaissa le pénis de Dom, les deux femmes s’étendirent l’une à côté de l’autre pour échanger des caresses. Daniel les regardait pensivement. Tout aurait été plus simple s’il était tombé amoureux de la fille de l’ambassadeur islandais, ils parleraient déjà de leur mariage. La vie en avait décidé autrement, il avait été initié par le fils de l’ambassadeur et il se retrouvait maintenant avec des hippies pour expérimenter l’amour libre.

Daniel leva la tête, les autres participants étaient pour la plupart nus, certains avaient cependant gardé leurs sous-vêtements, il sentit l’odeur de joints. Une femme méditait. Quelques couples faisaient l’amour alors que d’autres s’étaient regroupés. Allen était dans l’un de ces groupes et avait l’air très sollicité, aussi bien par des femmes que par des hommes.

Un homme, dans la vingtaine, se dirigea vers Daniel. Il avait de longs cheveux noirs, un bandeau sur le front, des lunettes rondes, une barbe peu fournie et l’inévitable pendentif Peace and Love. Il était nu, avait un long pénis, de petits testicules pendants, il tenait un gros carnet noir à la main, fermé par un élastique, sous lequel étaient glissés quelques crayons et préservatifs, il avait également un siège pliant. Daniel se souvint qu’il s’était présenté lorsqu’ils attendaient au buffet, il s’appelait Nikolay.

— Tu permets que je vienne vers toi ? Tu es seul, dit-il à Daniel en français avec un accent allemand.

— Je ne suis pas seul, mais mes amies sont très occupées.

Nikolay s’assit sur le pliant à côté de Daniel en lui disant :

— C’est bien ce que je pensais, ton amie est un homme.

— Non, c’est une femme transgenre.

— Excuse-moi, je ne connaissais pas ce mot. Cela n’a pas d’importance, nous sommes tous frères.

— Et sœurs.

— Oui, c’est exact, en allemand c’est plus simple, on dit Menschen et cela concerne tous les êtres humains.

Nikolay ouvrit son carnet et le feuilleta jusqu’à la première page vierge. Il prit un crayon et commença a esquisser Dom et Chloé faisant l’amour.

— Tu es un artiste ? demanda Daniel, intéressé.

— J’étudie à l’école d’art de Zurich et je dois préparer un travail consacré aux hippies pour la rentrée.

Nikolay dessinait rapidement, de manière très stylisée. Daniel regardait avec attention le pénis flasque du nouveau venu.

— Tu as l’air de t’ennuyer, dit-il, tu peux me sucer si ça t’amuse, cela stimule ma créativité.

— Je ne m’ennuie pas, fit Daniel en riant, mais j’accepte ta proposition.

L’espace d’un instant, Daniel s’était dit que cette rencontre avec Nikolay ne serait pas la dernière, et celui-ci avait trouvé le mot juste, ça l’amuserait de lui faire une fellation.

Daniel s’agenouilla entre les jambes de Nikolay et approcha ses lèvres du pénis qui durcit rapidement, mais qui ne grandit pas beaucoup, le gland était toujours recouvert par le prépuce. L’artiste commença une nouvelle esquisse de la tête de Daniel qui le suçait.

Dominique et Chloé, qui avaient entendu la conversation, interrompirent leurs caresses pour regarder la fellation.

— Nous avons bien fait de venir, dit Chloé, nous allons tout apprendre sur le sexe masculin ce soir.

— Et moi sur le sexe féminin, fit Dominique. Dis-moi, Nikolay, ce portrait d’homme à la sucette fera-t-il partie de ton portfolio ?

— Non, je le donnerai à Daniel, je vous donnerai également le dessin où vous êtes ensemble. Gardez-les précieusement, si je deviens célèbre ils vaudront très cher.

Pendant ce temps, Yvette avait réussi à faire éjaculer Flavio malgré son manque d’expérience, elle considérait avec intérêt les gouttes de sperme éparpillées sur le ventre du Tessinois, c’était la première fois qu’elle en voyait. Elle prit un mouchoir dans son sac et nettoya la peau, ainsi que le gland. Flavio, qui s’était relevé, appuyé sur ses coudes, la regardait faire en souriant.

— Tu vas garder le mouchoir en souvenir ? demanda-t-il.

— Je ne pense pas.

— Tu veux un cuni ? Tu pourras voir si je les fais mieux que ta copine et cela me permettra de récupérer avant de bander à nouveau.

— Je pensais que les latins pouvaient faire l’amour plusieurs fois de suite sans débander.

— Je manque encore d’entraînement, mais ça viendra.

— D’accord pour le cuni.

Yvette écarta les jambes pour offrir son sexe au jeune homme.

Nikolay laissa tomber son carnet d’esquisses sur l’herbe afin de se concentrer sur son plaisir qui montait. Il voulait profiter de son séjour chez les hippies pour réaliser un vieux rêve qui le hantait depuis longtemps : avoir une relation sexuelle avec un homme. Les modèles masculins qui se succédaient à l’école d’art l’avaient toujours troublé, il s’était demandé comment ils pouvaient poser nus sans bander, entourés de jeunes filles et de jeunes hommes.

Chloé, qui avait vu sa compagne branler un homme sans gêne, décida de l’imiter, elle rapprocha sa main de l’entrejambe de Dominique et l’effleura, ses gestes étaient hésitants. Dom sourit et l’encouragea à continuer. Le pénis durcit rapidement. Chloé ne put s’empêcher de le comparer à ceux de Flavio et de Nikolay, elle n’avait pas pensé qu’il y avait de telles différences entres les organes masculins. Elle eut soudain envie de prendre le gland circoncis dans sa bouche, ce serait plus facile avec un membre de petite taille pour une première fellation.

Flavio savait s’y prendre, Yvette se demandait combien il avait déjà eu d’amantes et d’amants malgré son jeune âge. Elle était toujours restée fidèle à son amie jusqu’à présent. Elles avaient bien réfléchi avant de réserver un séjour, les envies de faire des découvertes, de connaître d’autres personnes, de sortir de leur routine quotidienne, l’avaient emporté. Yvette n’avait pas imaginé que tout irait aussi vite et qu’elles auraient aussi des relations avec des hommes, relations qui resteraient sans suite, sauf peut-être avec Dom et Daniel.

Nikolay jouit. Daniel, qui ne voulait pas avaler le sperme d’un inconnu, avait libéré le gland juste avant l’éjaculation. Les jets de semence échouèrent sur son visage.

— Tu as aimé ? demanda-t-il à Nikolay.

— Oui, c’était la première fois.

— La première fois qu’on te suçait ?

— Non, la première fois que c’était un homme.

— Tu n’es pourtant pas gay.

— Qui sait ? Je vais profiter de ce séjour pour y réfléchir. J’ai peut-être refoulé mes pulsions afin d’être comme tout le monde.

— Tu as une petite amie ? demanda Daniel.

— Non, pas en ce moment. Celle que j’avais n’aurait jamais accepté de venir ici. Tu permets que je te suce ? Ce sera aussi une première.

— Oui, mais Flavio nous a branlés tout à l’heure, je ne sais pas si je vais bander. Ne t’inquiète pas si ça ne marche pas, ce ne sera pas de ta faute.

Les deux hommes se couchèrent sur la couverture et Nikolay et débuta la fellation. L’ambiance très érotique de la soirée avait redonné du tonus à Daniel et son membre se redressa.

Dominique et Daniel mirent assez longtemps pour éjaculer, ce qui permit à Chloé et Nikolay de bien se familiariser avec cette nouvelle possibilité de donner du plaisir à un homme. Quant à Yvette, elle jouit plusieurs fois en gémissant pendant que Flavio lui léchait le clitoris.

Ils restèrent ensuite quelques minutes couchés sur le dos, sans se parler, contemplant les étoiles. Yvette rompit le silence et demanda au Tessinois :

— Tu aimes mieux faire l’amour avec un homme ou une femme ?

— Je n’ai pas de préférence.

— Est-ce vraiment faire l’amour ce que nous faisons ce soir ? demanda Yvette, ou est-ce seulement pour nous détendre, pour libérer des tensions sexuelles ?

— Vous êtes trop compliquées, vous demanderez à L’Américain ce qu’il en pense. Je préfère la pratique à la théorie. J’aimerais bien mettre encore ma queue dans un vagin ou un anus ce soir, une ou un volontaire ?

Les deux couples se regardèrent sans réagir. Ce fut Nikolay qui accepta :

— Je suis d’accord que tu m’encules, mais cela m’ennuie de le faire dans le jardin, j’ai l’impression qu’on nous regarderait. Ce ne doit pas être courant, deux hommes ensemble de cette manière.

— Tu as raison, dit Flavio, c’est plutôt rare. Tous les préjugés n’ont pas encore disparu, même chez nous. On va dans ta chambre ?

— OK.

Les deux hommes prirent congé et s’éloignèrent. Dominique et Daniel se rapprochèrent l’une de l’autre, toujours couchés, et échangèrent un baiser. Yvette dit à Chloé :

— Il n’y a que toi qui n’a pas joui ce soir.

— Ne t’inquiète pas pour moi. Il commence à faire frisquet, je propose de rentrer.

D’autres participants avaient déjà eu la même idée, s’étaient rhabillés et avaient pris place au bar à l’intérieur. Les deux couples préfèrent se retirer dans leurs chambres respectives pour un dernier moment d’intimité avant de s’endormir.


Mardi 11 août 1964, Vallemaggia

Le lendemain, Dom et Daniel avaient consacré leur matinée au nettoyage des douches et des toilettes. Daniel avait pris l’habitude puisque c’était lui qui faisait le ménage dans l’appartement de son amie pendant qu’elle travaillait. L’après-midi, ils avaient visité la ville de Locarno avec leurs nouvelles amies et étaient montés au sanctuaire de la Madonna del Sasso. Le soir, ils étaient restés les quatre entre eux. Nikolay et Flavio semblaient inséparables. Le temps des échanges était-il déjà terminé ?

Le surlendemain, les deux couples voulurent quitter la ville pour aller dans le Vallemaggia. Ils désiraient se baigner dans une rivière, comme Chloé l’avait fait sous la cascade de Piumogna. Ils demandèrent conseil à Flavio.

— N’allez pas dans les lieux où il y a des touristes, leur dit-il, ce serait mal vu de se baigner à poil.

— Qui t’a dit que nous voulions nous baigner à poil ? demanda Yvette en riant.

— J’ai deviné. Je connais un endroit isolé près du village où habite ma grand-mère, j’allais souvent en vacances chez elle et je m’y baignais tous les jours.

— À poil, je suppose ? fit Chloé.

— Qui te l’a dit ? Bien sûr, et je me branlais si tu veux tout savoir. Je vous prêterai une carte et je noterai l’endroit. Mais cela reste entre nous, je ne voudrais pas que tous les pensionnaires de l’hôtel s’y retrouvent. Vous laisserez la voiture au village et vous irez à pied.

Yvette et Chloé étaient venues en train, ils prirent donc la deuche de Dom pour se rendre dans le village où ils arrivèrent vers dix heures, ils prévoyaient ensuite de manger dans un grotto, un restaurant typique du Tessin. Les filles avaient l’habitude de faire des randonnées, elles trouvèrent sans problème l’endroit indiqué sur la carte. Le chemin n’était pas entretenu comme les itinéraires pédestres, il était recouvert à plusieurs endroits par de la végétation. Ils arrivèrent au bord de la rivière qui formait une petite anse, l’endroit était entouré d’arbres.

Flavio ne devait pas être le seul à connaître ce lieu puisqu’un homme se lavait dans la rivière.

L’homme était âgé, il était maigre et buriné, avait les cheveux gris comme les toisons de sa poitrine et de son pubis à la limite de la surface de l’eau. Il se savonnait. Dominique, Yvette, Chloé et Daniel étaient sur la rive, indécis.

L’homme s’adressa à eux en italien, Dom lui indiqua qu’ils parlaient français. Il le savait aussi et leur dit :

— Vous pouvez vous baigner, cela ne me dérange pas.

— Nous n’avons pas pris de maillots de bain, dit Dom.

— Je me baigne ici à poil depuis bientôt huitante ans, cela fait parfois jaser dans le village, mais je m’en fiche. J’ai déjà vu des bites et des nichons bien avant votre naissance. J’ai même séjourné au Monte Verità, mais c’était trop strict à l’époque, pas de viande et pas de cul. Vous devez être au camp hippie.

— Oui, comment l’avez-vous deviné ?

— Je pense que c’est le Flavio qui vous a indiqué l’endroit, je lui avais pourtant dit de le garder secret.

Ils se déshabillèrent, hésitant avant d’enlever leurs sous-vêtements. L’homme les observait tout en se lavant.

— Tiens, deux hommes et deux femmes, j’avais pensé qu’il y avait trois femmes.

— Vous savez, expliqua Chloé, nous ne sommes pas des couples ordinaires.

— Deux femmes ensemble et deux hommes ensemble, je présume. Cela ne me choque pas du tout. Je ne me suis jamais marié et les mauvaises langues du village disent que je suis pédé.

Les quatre amis entrèrent prudemment dans l’eau.

— Elle est froide ! s’exclama Daniel.

— Ça va te rapetisser le zizi, fit l’homme en riant, déjà qu’il est pas très gros, de mon temps les hommes avaient des gourdins. Elle est pourtant bonne l’eau aujourd’hui, reviens cet hiver quand il y aura de la neige et de la glace.

— Vous vous baignez aussi en hiver ?

— Tous les jours de l’année. Je n’ai pas de salle de bain dans ma vieille maison. Il va bien le Flavio ?

— Il a suivi votre mode de vie, dit Chloé, il est tout le temps à poil.

— Il est dans son élément, je suppose qu’il couche avec tout le monde, il draguait déjà toutes les filles du village quand il était jeune, et aussi les garçons. Vous le saluerez bien de la part du Felice.

Ils ressortirent rapidement de la rivière après s’être plongés une fois dans l’eau glaciale, le vieil homme les suivit, prit un linge posé sur la branche d’un arbre et se sécha.

— Je ne vais pas vous importuner plus longtemps, leur dit-il, et vous laisser baiser en paix.

— On ne vous chasse pas, dit Dom, vous êtes chez vous ici, ce sont plutôt nous les importuns.

— Ne vous inquiétez pas pour moi, je me branle toujours avant le bain.

— Même quand il fait moins 10 degrés ?

— Même quand le foutre gèle en sortant de la bite. Je vous recommande le grotto de la Manuella, en face de l’église, c’est ma nièce. Je viendrai boire une grappa avec vous après le repas, elle vous l’offrira.

— Merci du conseil, dit Yvette.

L’homme remit ses pantalons, sans slip dessous, et ses chaussures. Il partit en direction du village, torse nu.

— Il est sympa, fit Chloé, je pense que vous avez apprécié sa grosse queue.

— Oui, répondit Daniel en riant, il faut entretenir le matériel même quand on est âgé. On suit son conseil, on baise ?

— Attends une minute, Yvette et moi désirons vous parler.

Après s’être séchés, ils s’assirent sur leurs linges dans l’herbe.

— Voilà, dit Chloé. On en a parlé l’autre jour en plaisantant, mais cette fois c’est sérieux. Nous aimerions avoir des enfants avec vous.

— Oui, continua Yvette, nous avons réfléchi à nous faire inséminer avec le sperme d’un donneur inconnu, mais ce n’est pas officiellement reconnu, nous devrions avoir recours à des officines douteuses ou même aller à l’étranger.

— Avec vous deux ce serait plus simple.

— J’en conviens, dit Dom, je dois même avouer que cela me plairait d’être père, je ne peux pas dire mère dans ce cas, mais êtes-vous sûres ?

— Oui, dit Chloé, nous sommes sûres et prêtes. Cela fait des mois que nous en parlons.

— Nous devrions être des parents à part entière, dit Daniel, avoir le droit de voir nos enfants, même s’ils vivent chez vous.

— Évidemment, fit Yvette, vous devriez aussi prendre vos responsabilités, les reconnaître et participer financièrement à leur éducation.

— Ce serait difficile pour moi, je n’ai pas terminé mes études.

— Une fois que tu les auras terminées, bien sûr. Ce serait basé sur la confiance, nous n’allons pas signer de contrat entre nous, un tel contrat ne serait certainement pas légal.

— Voudriez-vous avoir vos enfants par insémination artificielle ? demanda Dom.

— Cela poserait le même problème qu’avez un donneur anonyme, dit Chloé, il faudrait trouver un gynéco qui le fait. Nous préférerions les voies naturelles, si je puis m’exprimer ainsi.

— Mais je ne sais pas si vous pouvez bander avec des femmes, dit Yvette en riant.

Dom demanda de s’isoler avec Daniel pour discuter entre eux. Après quelques minutes, ils revinrent vers les deux femmes.

— Nous sommes d’accord, dit Dom, on pourrait faire un essai.

— Quand ? demanda Chloé.

— Tout de suite.

Ce fut par cette belle journée d’août, ou peut-être l’une des suivantes, que furent conçus les enfants de Dominique, Yvette, Chloé et Daniel.