Dockers: la force vive

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Numéro 41

Texte d'archive:


Archivé de: Honcho – Numéro 41
Date de parution originale: inconnue

Date de publication/archivage: 2014-07-09

Auteur: Stéphane
Titre: Dockers: la force vive
Rubrique: Nouvelle érotique

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Les bruits de la ville parvenaient de manière assourdie sur le port. Les docks baignaient dans la pâle lueur de rares lampadaires. Peter, gardien des entrepôts d’un importateur en peauceries et fourures, se branlait, entre deux tournées d’inspection, en feuilletant une revue pornographique achetée dans un sex-shop gay. Son chien somnolait à ses pieds.

Jambes écartée de part et d’autre du tabouret sur lequel il était assis, Peter s’astiquait la bite en détaillant les clichés d’un oeil avide au travers d’une large loupe quadrangulaire montée sur support, ce genre de verre grossissant dont se servent certaines vieilles personnes pour lire, et qui laisse les mains libres. Sur son magazine des mecs s’enculaient dans un garage et c’était une véritable orgie de sexes raides et de culs ouverts. Les types étaient du genre petites frappes, super bien montés et magnifiquement balancés, pectoraux et biceps aussi gonflés que leur pine en plein exercice. Peter en bavait sur les pages de la revue. Le rythme de sa main devenait de plus en plus frénétique, presque violent, et il poussa un tel grognement en prenant son pied que son chien, réveillé en sursaut, bondit sur ses pattes avant, oeil inquiet et oreilles aux aguets...

Le système électronique d'alarme étant très sûr, Peter n'avait pas grand chose à faire pour tuer le temps, en dehors de ses rondes effectuées toutes les heures, aussi était-il devenu un adepte forcené de la branlette. Depuis maintenant cinq ans qu'il était à ce poste, c'était devenu comme un réflexe. Sa main se portait quasi constamment en direction de sa braguette où elle s'attardait de plus en plus fréquemment... et de plus en plus longuement. Dès que le sexe se gonflait sous la toile du jean, Peter ouvrait la fermeture-éclair, farfouillait dans le pantalon et le slip et sortait son pénis raide pour le caresser et le faire jouir. Le besoin lui en venait cinq ou six fois dans la nuit. Les premiers temps il laissait son esprit vagabonder au gré de ses fantasmes lui faisant vivre dans sa tête des situations inracontables, incroyablement perverses. Mais, au fil des mois, il avait fini par épuiser son imagination. Bien sûr il lui arrivait encore tous les soirs de rêvasser sur tel ou tel mec récemment rencontré, ou sur tel ou tel scénario qui l'excitait particulièrement, et cela le menait encore à la jouissance. Mais désormais, de plus en plus souvent, il lui fallait aussi stimuler son cerveau libidineux à l'aide de photos hard mettant en scène soit des mecs superbes dévoilant sans fard les recoins les plus cachés de leur anatomie privée, soit d'autres, ou les mêmes, en action, à deux ou plus, se suçant, s'enculant, et ceci dans les situations les plus inattendues.

Au départ lorsqu'il se retrouvait avec une nouvelle revue gay dans le local vitré qui lui était réservé, il devait, tout en se branlant, quasiment coller le nez sur le papier pour étudier tous les détails que ces hommes pervers offraient à sa concupiscence. Mais cette technique s'avéra vite insuffisante aussi fut-il bien inspiré le jour où en rangeant son grenier il trouva la fameuse loupe de forme rectangulaire, posée sur un pied et orientable, et que d'emblée il pensa à l’usage qu'il pourrait en faire dans l'intimité de ses nuits de garde. Elle était suffisamment large pour que, placé derrière, il ait une vue sur une page entière, ne perdant rien des moindres recoins impudiques des modèles qui s'offraient si perversement à lui.

Ce soir-là, alors qu'il se remettait doucement de sa jouissance et que son chien, rassuré, reposait son museau sur ses pattes avant pour reprendre son somme, Peter fut tout à coup intrigué par une ombre fugitive qu'il avait cru apercevoir sur un des écrans-vidéo lui promettant d'avoir une vue sur ce qui se passe dans les entrepôts. Il garda un œil attentif sur les écrans, mais ne vit rien. Bah, il avait dû se tromper... Mais tout de même, par acquis de conscience, il décida d'aller vérifier que tout était normal. Comme aucune alarme à l'entrée ne s'était mise en marche, il était certain que tout cela n'était qu'une vague illusion d'optique. Mais, bon... il appela pourtant son chien, sorti de son bureau et s'engagea dans le couloir menant aux entrepôts. Ceux-ci étaient climatisés pour que les fourrures soient stockées dans les meilleures conditions possibles. Peter balaya le vaste espace du faisceau lumineux de sa torche électrique. Il fit le tour des longues rangées de peaux, fouilla partout du regard, mais ne vit rien. Pourtant, au moment où il retournait sur ses pas, il entendit un léger frottement. Le chien se mit à grogner et tira sur sa laisse vers les escaliers qui menaient à une mezzanine. Peter les gravit en silence, un peu angoissé tout de même. Mais il ne vit rien. Un animal se serait-il introduit dans le local, rat, chat ou pigeon? Il allait encore une fois rebrousser chemin quand à remarqua qu'un des tas de peaux avait une allure bizarre. Il s'approcha intrigué et méfiant. Il souleva brusquement les fourrures... et fit un bond en arrière. Son coeur battait la chamade. Deux hommes étaient là, couchés... "Que faites-vous là? Qui êtes-vous? Que voulez-vous? Vous n'avez rien à faire ici..." Peter essayait de retrouver son sang froid. Les deux types ne semblaient pas menaçants, plutôt gênés. Mais il fallait tout de même se méfier. "Excusez-nous... on s’est endormi... on travaille sur les docks et on a participé au déchargement du bateau russe... puis on s’est reposé un peu, ici, sans se faire remarquer, en se cachant un peu des autres." Leur histoire n'était pas très vraisemblable, mais les deux hommes avaient vraiment un air embarrassé, coupable. Ils étaient comme des enfants pris en faute. Peter sentit qu'ils n'étaient pas dangereux.

— Votre histoire ne tient pas... maintenant vous allez me dire la vérité.

— Si croyez nous, c’est vrai. On s'est endormi ici et quand on a repris nos esprits on s’est trouvé enfermé ici, bloqué. On sait qu'il y a des alarmes partout, on a donc pas trop essayé de forcer les choses... on s'est dit qu'on finirait bien par pouvoir se glisser subrepticement demain matin, sans se faire voir, à l'ouverture des portes. Il n’y avait qu'à attendre et passer la nuit ici...

— Ouais... c’est bizarre tout ça. J'y crois pas trop à votre histoire... vous allez me suivre. Mais attention, je vous ai à l’œil et mon chien n’est pas un tendre. Faites pas les cons! Et d’abord montrez-moi vos papiers.

Et en effet Peter put constater d'après leurs cartes que ses deux étranges visiteurs étaient bien employés sur le port et faisaient partie de la corporation assez fermée des dockers.

Tous trois se retrouvèrent dans le petit bureau de Peter, les deux inconnus l'air toujours aussi embarrassé. Pourtant, à peine dans la pièce, ce fut au tour du jeune gardien de rougir de confusion. La loupe, les revues porno gay traînaient bien en évidence. Comme il avait fait entrer les deux autres devant lui, pour les avoir bien en vue et être prêt à toute éventualité, il n'avait pas eu le temps de se placer de telle sorte qu'il puisse leur masquer les magazines étalés sur la table. Le local était si petit que les deux types ne pouvaient voir que ces corps masculins, nus, exhibés sur le formica de la table. Peter eut bien le réflexe de les faire se retourner vers lui, sous prétexte de les dévisager et de reconnaître qui ils étaient. Mais c'était trop tard... ils avaient vu ce qu'ils étaient supposés ne pas voir, c'était évident.

— Je... j’ai trouvé c'est revues... c'est marrant ce qu'on ose publier... bon, revenons à nos moutons... faites pas les marioles... je vais relever vos identités et appeler les flics...

Il essayait d'avoir l'air assuré, maître de la situation. Pourtant il était mortellement embarrassé. Ces mecs connaissaient maintenant son vice. Il fallait bien que cela arrive un jour, oui, il fallait bien qu'il se fasse surprendre, depuis le temps qu'il s'adonnait à ses plaisirs secrets.

— Écoutez, on peut s'arranger... n'appelez pas la police. On va se faire vider de ce job. On va tout perdre. OK, on est en faute... mais on avait pas de mauvaises intentions... on a rien volé... allez, laissez-nous, oubliez l'affaire... écoutez, si vous êtes d'accord pour ne pas nous signaler, Mike et moi on vous reproduit en vrai les scènes qui vous font le plus bander sur ces bouquins. Allez, on sait bien que si vous avez ces photos de mecs, c'est pas parce que vous les avez trouvées dans une pochette-surprise. On vous dit la vérité, on s'est endormi dans le hangar. Nous aussi on fantasme sur les mecs. Cet après-midi, quand on a fini le boulot, avec tous ces types torse nu et en sueur autour de nous, on a eu envie de se soulager un peu les couilles. Tous les deux, on se connait depuis longtemps, mais ça fait à peine depuis le printemps dernier qu’on a découvert qu'on avait le même réflexe de se retourner sur les hommes... alors ça a créé une complicité et on a fini par baiser ensemble, presque tous les jours, en général après le boulot... ou parfois à la pause, en s'isolant plus loin derrière les docks, dans un coin sombre et pas fréquenté. Mais hier, on en pouvait vraiment plus... et puis c'est un vieux fantasme... baiser sur des peaux de bêtes... dès que tout le monde est sorti après avoir déchargé le cargo russe, on s'est éclipsé. On pensait pas que le hangar allait être tout de suite fermé. On a pris notre pied... et avec cette chaleur, la fatigue du boulot, on s'est assoupi. Quand ensuite on a voulu sortir, tout était déjà sombre et bouclé. Comme on sait qu'il y a des alarmes, on a essayé d'éviter de les déclencher... furtivement, en se glissant sans bruit et en repérant les caméras, on a chercher une sortie... mais, pas moyen. Alors on s'est résigné à passer la nuit ici... personne n'aurait remarqué notre absence on est tous les deux célibataires... Voilà, c'est tout. On avait pas de mauvaise intention. Soyez cool... si vous dénoncez on est au chômdu... demadez-nous ce que vous voulez de ce que vous aimez sur les magazines porno... on vous le joue devant vous...

Peter n'en croyait pas ses oreilles. Il avait toujours été un employé modèle... mais, là, la tentation était trop forte. Les deux types étaient vraiment tout ce qu'il aimait, de belles bêtes bien charpentées. Des mecs musclés, virils, des gueules anguleuses, des yeux candides... deux splendeurs.

— Okay, mais je vous ai à l'oeil. N'essayez pas de me jouer un mauvais tour!

Puis Peter se mit à feuilleter fébrilement ses magazines pour retrouver la photo sur laquelle il s'était branlé avant que son attention ne soit attirée par l'ombre fugitive sur l'écran de surveillance. C'était la scène du garage.

— Voila, faites-moi ça!

Et Dick et son copain Mike s'exécutèrent sans rechigner. Peter s'installa sur son tabouret de manière à ne rien perdre du spectacle. Les deux garçons se mirent à se déshabiller mutuellement, avec une certaine violence, mais sans précipitation. C’était exactement ce que les photos avaient suggéré à Peter : un désir sauvage qui s'exprime sans préambules, sans approches déguisées. Un regard échangé, chargé de désir et d'un besoin d'assouvir dans l'instant une libido impétueuse. Des mains puissantes et viriles qui vont directement là où elles doivent aller : une vers les seins, pour les palper avec vigueur, les pincer... l'autre vers la bite, pour aller la chercher dans le jean pas encore retiré et la branler sans délicatesse. Yeux dans les yeux, comme pour se défier, les traits presque crispés, Dick et Mike approchèrent leurs lèvres pour un baiser si gourmand qu'ils avaient l'air de se bouffer.

Leurs corps plaqués l'un contre l'autre, ils se caressaient avec frénésie. Peter, sur son tabouret, avait sorti son sexe et se masturbait lentement. Le "peep-show" s'annoncait très chaud! Les deux protagonistes, comédiens amateurs, s'avéraient excellents. Ils s'arrachaient maintenant leurs derniers vêtements, et se retrouvèrent bien vite nus, l'un en face de l'autre, la queue dressée, triomphante. Mike reprit Dick dans ses bras, plus pour le retenir prisonnier que pour l'enlacer amoureusement. Sa main droite se saisit à nouveau de la pine de son amant et sa main gauche alla flatter les globes fessiers, musclés et bien rebondis. Il retourna son compagnon pour que Peter ne perde pas une miette du spectacle et pour qu'il puisse suivre son doigt fureteur qui se mit à explorer plus en profondeur cette partie si appétissante de l'anatomie de Dick. Il introduisit son index dans l'anus et l'autre écarta bien ses jambes pour faciliter cette brutale intrusion dans son intimité. Puis Mike s'agenouilla et joua avec la pine gonflée de son ami en se la promenant sur la face, léchant la hampe, et sur le torse, tout en lui enserrant avec force les couilles déjà prêtes à envoyer vers le sexe leur abondant contenu. Dick passait ses mains dans la chevelure de Mike, lui plaquait le visage contre son pubis et poussait des grognements de plaisir sous l'effet combiné du mouvement de va-et-vient dans son cul et du traitement réservé à sa bite et à ses couilles.

Le sentant prêt à lâcher sa purée, Mike le retourna à nouveau pour le mettre de profil par rapport à Peter, et, s'étant rapidement fourré la bite dans une capote, il introduisit violemment son dard dans le cul cambré de Dick qui ne put, sous le choc, retenir un petit cri de douleur. L'autre allait bon train, sans ménagement. Sa bite coulissa bien vite avec facilité dans le fourreau ouvert de Dick, jambes écartées, penché en avant, les mains prenant appui au niveau des genoux. Les couilles de Mike se balançaient dans tous les sens, recevant une impulsion chaque fois que le sexe allait buter contre les fesses de son collègue. Les deux corps étaient pris d'un mouvement synchrone, saccadé et rapide. Lorsque les épidermes se cognaient puissamment, le bruit atteignait l'intensité de celui qu'aurait fait une forte claque... des claques il y en avait d'ailleurs aussi : celles que donnait Mike sur les fesses de Dick en même temps qu'il les bourrait. Peter s'astiquait la bite avec frénésie, les yeux exorbités, rivés sur le mouvement de la bite de Mike dans le cul de Dick, les oreilles attentives à leurs grognements. Quand le docker sentit le plaisir le submergeait, il sortit son sexe du cul de son ami, retira rapidement la capote, et envoya sa semence sur la moquette du bureau. Dick déchargea à son tour, en même temps que Peter qui poussa un cri qui emplit tout le local.

Tous trois allèrent ensuite à la machine à café, sans même se réajuster, et s'offrir un espresso bien serré pour se remonter. Peter aurait bien aimé les garder auprès de lui pour le reste de la nuit afin d'exiger d'eux d'autres exhibitions perverses, mais le sens du devoir le rappela à l'ordre : il était en infraction et devait donc renvoyer ses deux compagnons chez eux. Les deux autres se rhabillèrent... mais ils ne le quittèrent pas sans lui laisser leurs coordonnées... au cas où...

Peter les rappela dès le lendemain. La séance de la veille avait laissé en lui un souvenir trop brûlant pour qu'il n'ait pas été très vite titillé par l'envie de recommencer l'expérience. Entre la fin de la journée de travail des deux dockers et le début de la nuit de garde du veilleur, il y avait un laps de temps suffisant pour s'offrir quelques petits plaisirs bien sentis. Les trois hommes convinrent d'un rendez-vous sur le port.

Mike et Dick conduisirent Peter à l'endroit, derrière les docks, où il leur arrivait de se retrouver pour baiser au moment des pauses. L'endroit était sombre et frais. L'odeur y était forte. Un peu comme la veille, mais cette fois-ci à trois, ils se jetèrent brutalement et avec frénésie l'un sur l'autre, pressés d'assouvir leur désir. Dans l'obscurité ambiante, les mains exploraient sous les vêtements à la recherche de ces zones de l'anatomie où se cache et où se trouve le plaisir. Leurs corps emmêlés se pressaient l'un contre l'autre, leurs doigts trituraient, pinçaient, caressaient, branlaient. Leurs bouches baisaient, mordaient, happaient. Peter sentit une main venant flatter son postérieur et un doigts lui caresser la rosette. Il sentit en même temps qu'on lui enfilait une capote sur la bite et qu'un des deux autres, Mike semble-t-il, se l'introduisit dans le cul. Puis, à peine avait-il commencé à le besogner qu'il eut le déplaisir de constater que le doigt qui lui caressait si amoureusement le sphincter anal avait quitté cette région chaude de son anatomie. En même temps il entendit le bruit caractéristique d'un préservatif qu'on déroulait sur un sexe tendu, et quasiment dans le même moment il sentit une chose dure se présenter à l'ouverture de son cul. Il se mit en position pour recevoir en lui cet objet de plaisir. La chose n'était pas facile car il avait l'anus étroit... et surtout il n'était pas habitué à ce genre d'exercice. C'était un peu douloureux, mais l'autre savait si bien y faire que bien vite il eut le cul en chaleur, un puissant désir au creux des reins pour cette bite qui allait le travailler en profondeur. Tout à coup, d'un geste brusque, elle s'introduisit avec force jusqu’au fond de ses entrailles.

— Aïe... ça fait mal! ... mais que c'est bon! oui, que c'est bon!

Pris en sandwich, Peter sentait l'odeur virile de ses deux amants ainsi que la chaleur de leur peau sur la sienne. Leurs mouvement s'était synchronisé, les deux bites entrant et sortant de leur fourreau respectif de manière simultanée. Les ongles s'enfonçaient dans les épidermes, les respirations se faisaient haletantes, les lèvres mordaient. C'était le pied! Ils éjaculèrent presque simultanément, tout en sueur.

Puis Peter dut se précipiter pour rejoindre son poste. Il n'était que temps... Cette nuit-là il n'eut pas besoin de ses revues. Ses souvenirs de ses deux rencontres avec Mike et Dick étaient suffisamment puissants pour lui offrir encore bien du plaisir durant toute sa nuit solitaire. En huit heures de veille il dut se branler 6 fois en revoyant dans sa tête tout ce qui s'était passé depuis qu'il avait trouvé les deux coupables au milieu des fourrures.

Ils se retrouvèrent souvent ainsi au soleil couchant, et plus tard à la nuit noire quand les journées se firent plus courtes. Les lumières de la ville surplombaient les docks et les bruits de l'activité urbaine parvenaient comme étouffés, atténués. Puis, un jour, alors qu'ils s'adonnaient à leurs activités frénétiques, toujours aussi urgentes et passionnées malgré l'habitude qui s'installait, ils furent tout à coup dérangés par un bruit qu'ils ne surent d'emblée définir, mais qui était en fait celui de deux corps qui s'affalent sur le sol. Ils se réajustèrent en vitesse et restèrent un bref instant silencieux, sans presque respirer. Ce furent alors des grognements qui parvinrent à leurs oreilles... peut-être quelqu'un en danger... une agression? Mike sortit son briquet de sa poche et tous trois se dirigèrent silencieusement vers l'emplacement où semblaient se localiser les cris qu'ils avaient entendu. En faisant quelques pas et en s'enfonçant un peu plus loin dans l'obscurité de cet espèce de réduit coincé entre deux abris de béton, aux puissants piliers plantés dans la nuit, ils purent soudain distinguer sur le sol deux formes humaines entremêlaient qui avaient l'air d'être engagées dans une espèce de lutte. Ils se précipitèrent pour séparer les deux protagonistes, pensant toujours à une attaque de celui de dessus à rencontre de celui qui gémissait dessous. Les deux hommes, car il s'agissait de deux hommes, furent surpris de sentir de puissantes mains les empoigner pour les tirer sur le côté. Mike vit dans l'instant la méprise: la lueur de son briquet lui révéla un sexe encore en érection... "Qu'est-ce que c'est... qu'est-ce que vous voulez... qui êtes-vous? Laissez-nous, laissez..." Peter intervint, en sa qualité de veilleur de nuit:

— Mais qu'est-ce qui se passe ici? Qu'est-ce que vous faisiez-là?

— Rien, absolument rien de mal... ça vous regarde pas... on... on se battait, c'est ça, on se battait... on réglait nos comptes.

— Tiens, vous vous battiez le cul à l'air!

— Fichez le camp! Laissez-nous!

— Si c'est pas un viol, c'est que vous baisiez... c'est pas vrai mes p'tits salauds?

— On vous a rien demandé... fichez-nous la paix!

Mais Peter, Dick et Mike ne lâchaient pas prise. Ils se sentaient forts, debouts devant ces deux mecs, penauds, le pantalon aux genoux, allongés à leurs pieds.

— On va étudier votre cas d'un peu plus près... montrez voir un peu vos p'tites gueules! ... Shit!... mais c'est Steven... qu'est-ce que tu fais-là? Alors ça! Si je mattendais...! Steve, toi?

— Ta gueule Mike! Laisse-nous partir!

Steve devenait menaçant.

— Ah non! Toi, Steve! C'est pas croyable! Toi! Écoutez les gars, faut pas vous gêner pour nous, continuez...

— Pourquoi? T'as envie de venir y goûter toi aussi?

— Écoute mon vieux, t'as jamais senti ma queue au fond de ton cul? Alors ferme-là, sinon ça pourrait t'arriver plus tôt que prévu.

Et de surenchère verbale en surenchère verbale, les cinq hommes se retrouvèrent bientôt en un corps à corps qui tenait autant de la bagarre que de l'assaut sexuel. Peter, le cul meurtri et la mâchoire endolorie, suite aux coups et aux engins disproportionnés qu'il avait fallu tenir à pleine bouche, laissa à regret les autres avant la fin de cette partouze improvisée car, toujours aussi consciencieux, il n'avait pas oublié qu'il devait prendre son service. Cette nuit-là il ne toucha même pas à sa bite tant la séance avec les quatre autres l'avait vidé. Il eut du mal à se tenir éveillé et but force café tout en multipliant les rondes pour garder les yeux ouverts.

Le lendemain il se fit raconter par le détail la suite des événements et Dick et Mike ne tarirent pas d'éloge sur les prouesses de leurs deux compagnons nocturnes. La fête avait duré jusqu'à tard dans la nuit. Steve, ce cher ami, leur avait donné rendez-vous au soir tombant dans un pub du voisinage, un endroit de mauvaise réputation, fréquenté par les dockers du port, dans l'atmosphère enfumée de l'établissement, ils retrouvèrent leur compagnon improvisé de la veille. À la lueur blafarde du mauvais néon qui éclairait la salle, Peter put constater que Steve avait du répondant, côté physique. C'était un sacré gaillard. Une gueule avenante, mais devant laquelle on aurait peut être reculé dans la solitude d'une sombre ruelle... Ils burent pas mal d'alcool, car il n'est pas facile de se retrouver ainsi, les uns en face des autres, après ce qui s'était passé la veille. Chacun cherchait à se donner une contenance et c'était à celui qui se montrait le plus bravache, le plus provocateur... et bien sûr ils en vinrent bien vite à parler sexe. Steve leur avoua qu'il draguait souvent sur le port, près de la capitainerie et qu'il avait souvent levé des mecs qui par la suite s'avéraient être dockers comme lui. À son goût c'étaient les meilleurs. Lui aussi amenait souvent ses "proies" là où Peter, Dick et Mike l’avaient surpris avec son compagnon de baise, un type rencontré sur un bateau danois. Ah! combien de matelots, combien de capitaines...! Souvent aussi, dans ce pub où ils étaient attablés, il se liait avec des types un peu avinés qui, sans montrer beaucoup de résistance, acceptaient de se retirer pour quelques instants avec lui. Il les entraînait alors dans les toilettes où se trouvait fort à propos un distributeur de capotes jamais en rupture de stocks.

— M'est d'avis, concluait Steve, que je ne dois pas être le seul à tirer mon coup dans cet endroit... j'ai jamais vu de femme ici, alors je pense que ça doit prendre son pied entre mecs...

En effet, Peter put constater un curieux et discret manège. Jamais plusieurs personnes ne se rendaient en même temps aux toilettes. Il y avait semblait-il comme une convention tacite : quand un mec se levait, peu après suivi par un autre type, personne n'allait plus aux chiottes avant leur retour à tous deux. Et au cours de la soirée et d'une partie de la nuit, le distributeur de capotes se vidait, mine de rien. Bites gonflées, anus dilatés... l'apaisement c'est dans ce lieu sordide que la clientèle allait le chercher. Mais un mot était tabou: pédé. Car ici on était entre hommes, entre mâles. Ce qui se passait aux toilettes n'était mentionné par personne. Officiellement, il était mal venu de parler d'autre chose que de nanas, de salopes, de baiseuses. Et Peter, Mike et Dick devinrent des habitués de l'endroit... enfin, surtout de ses toilettes! Ils continuaient également leurs rendez-vous dans leur lieu secret et sombre derrière les docks et il n'était pas rare que l'un d'entre eux, le plus souvent Steve qui avait pris l'habitude de les y rejoindre lui aussi, les retrouve accompagné d'un ou deux hommes rencontrés sur les quais, à la capitainerie ou au pub. C'était alors des parties mémorables, odeurs d'hommes, de sueur, de sperme, d'urine, de moisi, de toutes les effluves qui faisaient de cet endroit un lieu pourri mais extrêmement excitant.

Parfois aussi, d'autres types venaient par hasard au même moment qu'eux soulager leurs couilles dans ce lieu propice aux amours sauvages et il arriva plus d'une fois que cela se termine en une partouze réunissant une bonne dizaine de participants, connus ou inconnus. La ville au loin paraissait irréelle. Seul leur monde obscur, cette cache sombre, humide, et malodorante gardait à leurs yeux une réalité tangible, au même titre que tous ces épidémies, ces sexes dressées, ces culs offerts, toutes ces formes excitantes que les yeux ne pouvaient vraiment discerner mais que les doigts découvraient avec une impatiente curiosité et délectation.

Stéphane de Lö