Et si c'était vrai... (01)


Et si c'était vrai... (01)
Texte paru le 2019-02-12 par ‎ Kiluan   Drapeau-be.svg
Ce récit a été publié sur Gai-Éros avec l'autorisation de l'auteur



Cet auteur vous présente 29 texte(s) et/ou série(s) sur Gai-Éros.

Ce texte a été lu 8077 fois depuis sa publication (* ou depuis juin 2013 si le texte a été publié antérieurement)

(ne fonctionne qu'avec les auteurs qui sont des usagers validés sur l'archive)

© Tous droits réservés. ‎ Kiluan.


Template-Books.pngSérie : Et si c'était vrai...



Cette histoire, je tiens à le préciser est largement inspirée de celle écrite par Jarvis de Var, Un_coup_de_main_(1) J'ai voulu entrer en contact avec l'auteur (je l'avais déjà fait à l'époque pour l'encourager et avoir les suites en préview haha) mais malheureusement son adresse mail n'est plus valide. Je compte donc, lui rendre un hommage à ma façon, en une sorte de pseudo reboot, et j'espère, aller jusqu'au bout d'une histoire (aventure? ) avec vous. Une chose est sûre, et malgré la frustration de ne pas avoir de fin, je vous encourage à aller lire son récit!!!! J'espère qu'avec mon histoire, je vous ferai ressentir toutes les émotions que j'ai pu ressentir en lisant la sienne.


Chapitre 01 - Un garçon pas comme les autres...


Comme à mon habitude, je zonais dans le quartier avec ma gang. On traînait quasiment tous les soirs depuis le début des vacances au club « The White Shark », un endroit où des groupes de musique pouvaient jouer et se faire connaître. Ce soir, on avait décidé d'aller fêter Jenny et son permis de conduire fraîchement acquis en buvant jusqu'à plus soif. Alors que nous arrivions au club, je vis Martin, le videur (un gros balaise de plus de deux mètres de haut, la quarantaine, la peau aussi noire que ses dents étaient blanches) qui discutait avec d'autres personnes. Son superbe sourire invitait à entrer, mais sa taille immense était assez dissuasive envers ceux qui voulaient lui chercher des ennuis. Je le connaissais depuis près d'un an déjà et il sourit (ce sourire) en nous voyant arriver.

— Salut Julian !

— Salut Martin, répondis-je avec le sourire. Comment ça se passe ce soir ? Des enroules?

Ce n'est pas que je cherchais à me battre, pour être honnête, je n'aimais plus trop ça, mais, par contre, j'aimais à ce que tout soit tranquille avec mes potes.

— Non, c'est plutôt calme ce soir, me répondit-il avec un clin d’œil. Avant de m'attraper et de me serrer contre lui comme il aimait le faire.

— Lâche-moi, fis-je en râlant, comme à mon habitude. Tu sais bien que ça me gène.

Il m'ébouriffa les cheveux (ça aussi, ça m'énervait!) et il nous laissa place pour entrer, sous les rires de mes amis.

— Merci les gars ! grognai-je, vexé.

A l'intérieur, c'était plutôt calme. Il faut dire que c'était un jeudi soir et les gens ne sortaient pas trop en semaine. Nous nous approchâmes de notre coin habituel, dans le fond près de la scène, et d'autres amis étaient déjà là à boire.

— Hey la gang, lançai-je en arrivant à leur hauteur.

— Hey Ju, comment ça va ? me demanda Maxime, mon meilleur ami.

— La routine des vacances ! J'ai trop hâte qu'on reprenne les répétitions, répondis-je dans un soupir. Et toi ?

— Pareil, ma basse me manque !

Je me dirigeai vers le bar pendant que mes amis s'installaient et je commandai une bouteille de rhum, de vodka rouge et quelques Redbull à Caro.


J'ai oublié de me présenter, je m'appelle Julian Darkfeather et je venais de fêter mes 19 ans. Je n'étais pas très grand (179cm) ou trapu (69kg), mais assez sportif et sans être beau gosse, j'avais un certain charme grâce à mon visage juvénile pour lequel on pouvait me pardonner presque tout (et j'en profitais!). J'avais les cheveux châtains courts à la base car, à cette époque, ils étaient totalement bleus, et des taches de rousseur parsemaient mon visage. J'étais aussi percé à l'arcade et à la lèvre ce qui me donnait un look plutôt badass. Je faisais partie d'un groupe de musique, les « Black Pets », depuis des années en tant que guitariste et chanteur dans un répertoire plutôt rock. Mais surtout, j'avais la chance d'avoir des amis en or et on se connaissait tous depuis un moment déjà.


Je me dirigeai vers notre table, les boissons à la main. C'était bien animé et joyeux ce soir, tout le monde félicitait Jenny pour son permis. Nous levâmes donc tous nos verres et trinquâmes "A Jenny!, A notre nouveau chauffeur !" mais également à toutes sortes d'excuses nous permettant de boire un peu plus (comme s'il nous fallait une excuse pour nous saouler !).

Cela faisait une bonne heure que nous étions installés et j'avais un grand besoin de pisser. Lorsque je sortis des toilettes, j'entendis du bruit au niveau de l'entrée. Enfin du bruit, c'était plutôt la grosse voix (et les grognements) de Martin. Que se passait-il ? Je me dirigeai vers l'extérieur, évidemment curieux comme je pouvais l'être, pour aller voir à quoi était dû tout ce remue ménage et surtout filer un coup de main à Martin s'il en avait eu besoin (ce dont je doutais un peu), mais comme je l'avais dit : pas d'enroule avec mes potes !

Je vis Martin, un peu plus loin, au prise avec une personne que je ne parvenais pas à distinguer : elle portait un large sweat à capuche qu'elle avait rabattue sur sa tête, m'empêchant de voir son visage correctement. Tu n'as pas l'âge d'entrer ici ! Fais demi-tour et rentre te coucher, lança Martin d'une voix intimidante. Son sourire avait totalement disparu.

— Mais... répondit l'autre, tentant vainement d'éviter les grandes mains du videur.

— DÉGAGE ! fit Martin, l'attrapant par le col et le balançant quelques mètres plus loin, le faisant tomber au sol.

Je m'étais approché assez pour assister à la fin de la scène plutôt loufoque, et je vis que la personne au sol était en fait un jeune garçon, sa capuche était retombée sur ses épaules dévoilant son visage : il avait les cheveux courts blond ou roux, je n'étais pas trop sûr car il faisait nuit et le reflet du lampadaire trompait les couleurs, de plus ses cheveux étaient recouvert de crasse, tout comme son visage. Il avait en effet l'air jeune, en tout cas trop jeune que pour avoir les dix-huit ans requis pour entrer (mais s'il ne m'avait pas connu, je savais que Martin m'aurait refusé l'accès pour les mêmes raisons, du moins pas avant de lui avoir prouvé mon âge avec ma carte d'identité).

Je me plaçai à côté de Martin et lui lançai en rigolant :

— Un problème Martin ? Tu vas pouvoir gérer ?

— Ouais, des gamins resquilleurs, grogna-t-il. Mais il n'était plus d'humeur joyeuse du tout.

Une fois encore, mes yeux se posèrent sur le jeune garçon qui se relevait, les yeux fixés au sol. Je constatai que ses vêtements étaient aussi sales que lui, ses chaussures étaient à moitié détruites et son sac à dos qui avait volé un peu plus loin lors de son vol plané avait une des lanières arrachée. Il tâtonna au sol, cherchant son sac : il avait l'air totalement paumé. Il le ramassa sans rien dire, se releva et il s'éloigna, traînant les pieds, comme si rien ne s'était passé, ne tournant même pas un regard vers nous.

— Pourquoi il tenait tant à entrer ? C'est chelou nan ?

— J'en sais rien Ju'. Les gens sont comme ça, y en a qui aiment vivre dangereusement !

— Surtout quand c'est toi le danger, rigolai-je.

Je regardai le garçon partir, un petit pincement au cœur (ce n'était vraiment pas marrant de se faire jeter de cette façon et le voir dans cet état me ramenait à de vieux souvenirs) tout en jetant un coup d’œil à Martin qui ne daigna même plus le regarder, déjà de retour à ses affaires. C'est alors que j'aperçus du coin de l’œil deux silhouettes qui sortaient de l'ombre d'une ruelle adjacente, là où le garçon se dirigeait. Je regardai toujours le manège des deux types, attendant de voir ce qu'ils allaient faire (de là où j'étais je n'arrivais pas à les distinguer correctement) mais je n'étais pas idiot, j'avais forcément déjà une petite idée et, si elle se confirmait, ce ne serait sûrement pas quelque chose que je laisserai faire. Surtout que maintenant que les deux types étaient dans la lumière, je les reconnus directement, nous avions déjà eu des problèmes avec eux mes potes et moi..

— Alors vous fêtez… commença Martin se tournant vers moi avant de se rendre compte que je n'étais plus là.

J'étais déjà parti, m'avançant d'un pas décidé vers le jeune et les deux autres types. Le garçon n'avait rien remarqué de ce qu'il se tramait, ses yeux étaient restés rivés au sol, ses pieds traînants toujours. J'avais traîné un an dans la rue avec ce genre de types et je savais ce qui attendait le garçon : un sale quart d'heure ! Je hâtai mon pas, les deux types étant déjà arrivé à sa hauteur. J'entendis d'où j'étais leurs rires gras et stupides, ils me faisaient gerber ! Puis un bruit sourd : le premier type, le plus petit des deux, n'avait pas hésité à retourner une grosse baffe en plein visage du jeune qui vola à terre littéralement se demandant ce qu'il venait de se passer (il venait de voler deux fois au sol en moins de dix minutes). Du sang s'écoula du coin de sa bouche mais il ne dit rien, tentant juste de se relever tant bien que mal, son sac à dos toujours à la main.

— Reste à terre ! ordonna celui qui venait de le frapper alors que son pote à côté rigolait.

Son rire me rappelait celui des hyènes (d'ailleurs ils avaient tout du charognard, jusqu'à l'odeur). C'étaient des sales skinheads, totalement ravagés par l'héroïne et l'alcool, qui s'acharnaient sur des proies faciles, les dépouillant pour payer leurs doses, ou simplement pour s'amuser.

— On va te faire passer un bon moment! lâcha le plus grand, tout en se rapprochant du jeune toujours au sol.

— Lai... laissez-moi ! souffla le garçon en essayant encore de se relever.

— A terre on t'a dit ! gueula de nouveau le premier en lui mettant un coup de pied dans les côtes.

Les bâtards ! Je commençai à sentir la colère m'envahir, prendre le contrôle mais je ne pouvais pas totalement lui céder, c'était trop risqué ! Trop occupés à martyriser le garçon, ils ne m'avaient pas vu arriver, leur dos tourné pour faire face au jeune. A les voir, j'avais la nette impression que cette fois, ça n'en resterait pas à juste un vol d'argent, ils voulaient jouer, s'amuser !

Bon, bah deux contre un, moi aussi j'allais m'amuser !

Je ne réfléchis pas vraiment, laissant mon instinct aux commandes et je pris mon élan et sautai sur le premier gars, le genoux droit en avant pour le frapper en plein milieu du dos. J'y mis tout mon poids, toute ma force, espérant le faire tomber sous l'assaut. Et mes prières furent exaucées : le type vola carrément au dessus du jeune qui était toujours prostré au sol, se tenant les côtes là où il venait de se faire frapper, et il se fracassa la tête la première contre le mur avant de s'affaler dans un tas d'ordures, là où il avait sa place. Un de moins pour le moment. Le deuxième, l'effet de surprise passé, fut plus réactif et il se tourna directement pour me faire face alors que je tentais de reprendre mon équilibre.

— Julian, entendis-je crier derrière moi.

Je reconnus la voix de Jenny, mais je ne me retournai pas, je n'étais plus moi-même, seul le type face à moi m'intéressait. Je repris une posture défensive et me plaçai entre lui et le garçon à terre. Il venait de sortir une lame de sa poche, la pointant vers moi. Ça commençait à sentir le roussi et je devais rapidement le mettre hors d'état de nuire avant qu'il ne blesse sérieusement quelqu'un ou que son pote ne se remette de ses émotions et ne revienne l'aider. J'allai amorcer le premier mouvement lorsque j'entendis un énorme bruit sourd. Le skin devant moi tomba sur ses genoux, lâchant sa lame qui tomba au sol, avant de s'écrouler tête la première, du sang s'écoulant de son crâne à l'endroit où un gros pavé venait de le heurter. Derrière, le jeune garçon, que je n'avais pas vu bouger, était debout sur ses jambes tremblantes : il jetait des regards incrédules entre sa main tenant toujours le pavé rougi et le crâne du type qu'il venait de frapper de toutes ses forces. Tout son corps se mit à trembler et il tomba à genoux, lâchant la pierre. Il pleurait.

— Merde ! Hé, tu vas bien ? lui demandai-je en me précipitant vers lui puis en m'accroupissant à ses côtés.

La colère m'avait totalement quitté laissant la place à l'inquiétude. Je ramassai son sac et le lui tendis mais il n'y prêta pas attention, pleurant toujours. C'est à ce moment que je sentis plus que je ne vis le premier gars qui se relevait, cependant il n'eut pas le temps de faire quoique ce soit : Martin, qui avait vu la scène de loin, avait accouru avec une partie de ma gang. Et les deux agresseurs, malgré leurs blessures, fuirent rapidement sans demander leur reste (je vous l'ai dit, le sourire de Martin était ravageur !).

— Ça va Julian? s'inquiéta Jenny. Tu n'as rien ?

— Oui, oui, t'inquiète, tout va bien. C'est juste ces enculés qui pensent faire leur loi ici, comme d'habitude, grognai-je.

— Ok Ju', mais fais attention bon sang! A force de foncer tête baissée, tu vas encore avoir des problèmes!

Je me retournai et je lui souris. Nous avions presque toujours été là l'un pour l'autre et son inquiétude me touchait sincèrement.

— Et le petit ? me demanda-t-elle. Mais... il est blessé ? Il saigne !

— Je m'en occupe fis-je, sans vraiment savoir pourquoi (je n'avais rien d'un secouriste). Je vous rejoins après.

— Ok gros cœur! résonna la voix de Martin.

Il rigola en s'éloignant avec mes autres amis. Jenny lançait des regards vers nous de temps en temps, s'assurant qu'il n'allait rien se passer d'autre et, rassurée, rentra dans le club. Je me relevai et je tendis la main au garçon pour l'aider à se remettre debout. Sans lever les yeux vers moi, il l'attrapa et se remit sur ses pieds, difficilement.

— Ça va ? lui redemandai-je, sincèrement anxieux à la vue de son état lamentable.

Le sang continuait de couler de sa blessure à la lèvre et tachait son pull. Mais il remua la tête me signifiant qu'il était correct.

— T'es pas bien de te balader dans cet endroit à cette heure, lui balançai-je, furieux contre lui sans raison apparente. Tu cherchais à te faire fracasser, en fait ! C'est ça ?

— Non... Juste... Laisse tomber!

Sa voix était douce, plus douce que je n'aurai pu me l'imaginer. Il me regarda pour la première fois. Ses yeux étaient d'une couleur émeraude et, comme lorsqu'on voyait une pierre précieuse pour la première fois, je me perdis à les contempler bêtement. Ses larmes qui reflétaient la lumière du lampadaire non loin donnaient mille variations de vert à son regard qui ajoutait quelque chose d'hypnotique. Mais il était aussi profondément triste. Triste et doux à la fois, un drôle de mélange. J'y perçus également une certaine détermination mais qui fut très vite balayée par un abattement total. Je ne savais vraiment pas comment je devais réagir face à son désespoir.

— T'as pas l'air d'être dans ton assiette, dis-je finalement sur un ton que je voulais être celui de la conversation. Comment ça se fait que tu ne sois pas chez toi ?

J'espérais le détendre, le mettre plus à l'aise.

Silence.

Vu son état, l'état de ses vêtements et son regard, j'imaginai qu'il traînait dans la rue depuis un certain temps. Un fugueur?

— Tu as faim ? Je connais un bon kebab pas très loin d'ici. Je t'emmène si tu veux.

— Non, ça ira. Je vais me débrouiller.

Il se retourna pour ramasser son sac que j'avais déposé à ses côtés et reprendre son chemin lorsqu'il vacilla, perdit l'équilibre et tomba lourdement. Je tendis les bras pour le rattraper avant que sa tête ne heurte le sol et qu'il ne se blesse encore plus. Damn, il était brûlant !

— Merde, je fais quoi maintenant ?

Je le pris dans mes bras et je repartis vers le club, il était toujours inconscient.

— Martin ! criai-je, en arrivant presque à sa hauteur. J'ai besoin d'aide. Il ne va pas bien du tout.

— Amène-le à l'intérieur, dans la salle derrière les vestiaires. Demande à Caro ce qu'il te faut. Et appelle le 112.

— Merci Martin, lui répondis-je en souriant mais le son de ma voix trahissait le stress que je ressentais.

Je fis ce qu'il me dit, emmenant le garçon dans la petite salle derrière, au chaud et au calme. Je le déposai sur une couverture sur le sol et je sortis pour demander à Caro un peu d'eau, une serviette et deux sandwichs. Je fis signe à ma gang de loin pour les rassurer et je repartis aussi vite rejoindre le blessé. Il était toujours allongé là où je l'avais laissé : il dormait. J'en profitai pour verser de l'eau sur la serviette et je commençai à nettoyer le sang et la saleté qui recouvraient son visage. J'avoue que mes gestes étaient plutôt maladroits, cependant, je fis de mon mieux pour lui redonner une allure correcte. Sa lèvre avait explosé et il garderait sûrement une marque pendant longtemps, mais au moins, le sang avait cessé de couler. Il remua pendant que je nettoyais la plaie, la douleur ne devait pas trop aider, même quand on dormait.

Une fois fini, je restai là, assis à côté de lui, attendant patiemment qu'il se réveille, comme si je m'étais donné comme mission d'être son gardien du soir. Après une dizaine de minutes, Jenny vint aux nouvelles ne me voyant pas revenir, quelque peu inquiète. Je la rassurai, en lui expliquant qu'il n'avait que la lèvre abîmée et qu'il avait surtout l'air fatigué et affamé.

Du haut de ses 21 ans, Jenny avait toujours été comme la maman de tous les jeunes paumés du quartier, toujours à s'inquiéter de l'un ou de l'autre, mais surtout ma meilleure amie avec Maxime. C'est pour ça que tout le monde l'aimait bien. En plus, elle était une très belle femme, ses cheveux châtains tombant sur ses épaules encadraient un visage fin avec des petits yeux noisettes bienveillants. Son corps était fin aussi et malgré sa taille menue, je gageais quiconque de deviner qu'elle était la batteuse de notre groupe (et je défiais quiconque de l'emmerder !). Après deux heures où je commençais à piquer du nez, Jenny revint :

— On s'en va nous, Julian. Tu veux qu'on t'aide pour le ramener ?

— Je ne sais même pas d'où il vient, répondis-je d'une voix pâteuse, à moitié endormi. Mais vu son allure, il doit traîner dans la rue depuis un bon moment. Je vais juste attendre qu'il se réveille et j'aviserai.

— Comme tu veux ! appelle-moi, mon chiot, me sourit-elle.

— Ça marche Jen', grognai-je (je n'aimais pas qu'elle m'appelle comme ça et ça l'amusait) mais souriant malgré moi. Merci ma belle !

Elle me fit un clin d’œil avant de s'en aller. Le temps passa encore un peu avant que mon protégé ne se réveille.

— Où... où suis-je ? balbutia-t-il en se redressant un peu, apeuré.

Il fit la grimace : les douleurs devaient elles aussi se réveiller.

— T'es à l'intérieur du « White Shark », lui répondis-je. Ce n'est pas ce que tu voulais faire au départ ?

Je lui souriais. Il me regarda un peu, le temps de rassembler ses idées, puis il me sourit en retour et fit une nouvelle grimace, sa lèvre devait lui faire bien mal.

— N'en fais pas trop, gros dur, rigolais-je. Tu t'en es ramassé une belle.

Il porta sa main à sa lèvre et la tâta avant de grogner un peu.

— T'en fais pas, c'est impressionnant, mais pas si grave, tu as déjà arrêté de saigner.

Il me regarda gauchement avant de sourire à nouveau.

— Tu as faim ?

Je lui tendis un des sandwichs que j'avais pris plus tôt au bar.

— Désolé, j'ai pas mieux en stock pour le moment, faudra attendre pour le kebab.

Il tendit sa main, prit le sandwich et commença à manger. Et malgré sa blessure, il l'engloutit rapidement!

— Eh bien, tu crevais la dalle ! m'exclamais-je. Tu veux le deuxième? J'avais prévu le coup, ils sont plutôt radins ici.

Il secoua la tête.

— Ça ira, merci à toi.

Je continuai de le fixer, essayant de deviner l'histoire qui se cachait derrière ce visage triste. Pourquoi un jeune garçon comme lui traînait dans la rue, dans cet état, à cette heure, et dans ce quartier plutôt mal réputé? Trop de questions en suspend. Je décidai donc d'en apprendre plus.

— Alors, tu t'appelles comment ?

— Nathan, me répondit-il.

— Nathan, c'est mignon.

Mignon... Quelle réponse! J'allais devoir revoir mon code de "Discussion générale pour les nuls", rigolai-je pour moi-même.

— Que s'est-il passé ? C'est quoi ton histoire ? Si tu veux bien en parler, ajoutai-je rapidement.

Il me regarda, le même regard triste que tout à l'heure qui me fit me sentir vraiment mal, mais je n'en montrai rien. Le silence resta entre nous pendant plusieurs minutes et je ne fis rien pour tenter de le briser : je voulais savoir ce qu'il lui était arrivé et j'allais lui laisser le temps nécessaire pour qu'il s'explique. Il commença enfin à parler, les mains jointes entre ses jambes, tête baissée, perdu dans ses pensées.

— C'est à cause de lui. J'ai fui à cause de lui.

Il marqua une pause et je restai toujours silencieux, l'encourageant à continuer du regard.

— Je n'en peux plus...

Et il craqua littéralement en pleurs. Wow ! Je ne m'attendais pas à ça. Quels problèmes pouvait-il avoir pour le mettre dans cet état ? Maladroitement, je posais ma main sur son épaule, tentant de le réconforter. Il ne bougea pas et il se calma un petit peu.

— Que s'est-il passé ? Qui est ce « il » ? questionnai-je doucement, en essayant de ne pas le brusquer.

Mon grand frère. C'est un monstre. Je… Il faut m'aider ! s'alarma-t-il soudain, comme s'il venait de se rappeler de quelque chose d'important. Il se tourna vers moi et attrapa mes mains dans les siennes.

— S'il te plait, mon petit frère... Il est en danger !

Je ne comprenais rien à ce qu'il me racontait. Mais la souffrance qui résonnait dans sa voix (et qui n'était pas due à ses blessures) ainsi que, de nouveau, ce regard désespéré ne fit aucun doute sur l'urgence et l'inquiétude qu'il vivait en ce moment.

— Il y a un téléphone? me demanda-t-il soudain.

— Tiens, prends le mien, lui dis-je en lui tendant mon téléphone que je sortis de ma poche.

Il composa un numéro et attendit, oubliant carrément ma présence. Après plusieurs secondes, il raccrocha, me rendit mon téléphone et laissa tomber ses bras mollement, abattu. Il se tourna une nouvelle fois vers moi :

— Tu peux m'aider? m'implora-t-il. Tu sembles être quelqu'un de confiance et je ne sais pas vers qui me tourner.

— Écoute, il va falloir m'en dire un peu plus sur ce qu'il se passe si tu veux que je fasse quelque chose.

Il ne dit rien et se leva. Lentement, il retira son sweat, puis son tee-shirt, faisant la grimace à chacun de ses mouvements et il se retrouva torse nu devant moi. Je vis l'horreur!

Son corps était marqué de partout et ce n'était pas dû à ce soir : son corps était recouvert d'ecchymoses, il y avait des traces de coups et de lacérations et je vis même des brûlures de cigarettes ou quelque chose du même genre. Je sautai sur mes pieds instinctivement, prêt à… prêt à quoi ? Je sentis encore la colère, une colère profonde, celle qu'il ne fallait pas réveiller bouillonner en moi. Comment pouvait-on infliger un traitement pareil à quelqu'un ? Je crois qu'il le ressentit car il posa sa main sur la mienne.

— Ça va, ne t'en fais pas, me dit-il comme si c'était un détail sans importance. Mais mon petit frère, il est en danger !

Il était de nouveau pris de tremblements.

— CA VA? T'es pas sérieux là! dis-je, mais je tentais malgré tout de me contrôler en gardant les dents serrées. Ok, je m'en occuperai, mais raconte-moi tout.

Je ne reconnus pas ma propre voix. Et il commença son histoire.

— Mon frère aîné a totalement pété les plombs depuis qu'il a appris que je … Il ne termina pas sa phrase. Ça fait des mois que je subis ses agressions, en silence. Mais depuis deux semaines, depuis que mes parents sont partis pour leur travail nous laissant à sa garde, il a commencé à s'en prendre à mon petit frère aussi. J'ai pu fuir la maison tout à l'heure, mais seul, laissant Arthur avec lui. Comme il avait sûrement peur que je prévienne quelqu'un, Jordan m'a envoyé un message en me disant que si j'en parlai à la police ou a quelqu'un, il le...

Il se remit à pleurer, étouffant la fin de la phrase dans un sanglot.

— Il le tuerait (il avait parlé si bas que j'eus du mal à le comprendre comme si le fait de la dire tout haut rendait la chose réelle). Il m'a ordonné de rentrer avant demain si je ne voulais pas qu'Arthur en paye les conséquences. J'ai peur ! Je ne veux pas rentrer ! Mais je ne veux pas qu'il... je ne veux pas !

Mon cœur se serra littéralement. C'était quoi ce scénario de mauvais films de dingue ? Je n'en croyais pas mes oreilles et pourtant son désarroi et son état suffisait amplement à me convaincre.

— Reste là ! dis-je sans même être sûr qu'il m'ait entendu. Je reviens !

Et je quittai la pièce...


A suivre...