Franz (10) : Un amour de guerre


Franz (10) : Un amour de guerre
Texte paru le 2012-10-01 par Lemanch   Drapeau-ch.svg
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Template-Books.pngSérie : Franz

Il était certain que ces deux-là s’aimaient passionnément. Seule la guerre avait pu créer cette improbable et inimaginable rencontre. À travers leurs sentiments, ils avaient aussi découvert cette partie de leur personnalité enfouie au fond d’eux et qui ne demandait qu’à se révéler à la première opportunité. Ils ne pensaient qu’à être ensemble, se laisser aller à vivre, se sourire, se regarder, se toucher ou plus simplement préparer un semblant de repas avec les produits disponibles ou ceux que Franz rapportait, tout fier. C’était alors l’occasion de plaisanteries qui finissaient toujours par des baisers.

Maintenant, ils partageaient la chambre et le grand lit de Marc. Le matin de bonne heure, Franz se glissait hors des draps, silencieusement, pour ne pas réveiller son compagnon et se dirigeait vers la salle de bains. Il ne tardait pas, cependant, d’être rejoint par Marc qui l’enlaçait, l’embrassait en lui souhaitant le bonjour, collé contre son corps, il regardait Franz dans le miroir.

— Que regardes-tu ainsi mon Markus ?

— Toi. J’aime te voir te raser. Tu es si beau.

Il savonnait son visage au blaireau et répartissait la mousse de savon. Dépliait son rasoir et d’un geste sûr et viril, il passait la lame sur les contours faisant entendre le bruit des poils durs capitulant sous le tranchant. Il rinçait ensuite à grande eau et s’aspergeait de sa fameuse eau de Cologne que Marc aimait tant, luxe que Franz avait eu le privilège de ramener de son pays.

— Tu sens trop bon. Ne t’avise pas de faire des conquêtes et de me rendre jaloux !

— Aucun risque, séduire un homme est trop dangereux de nos jours.

— Je ne pensais pas forcément à un soldat…

— Tu es bête. Je t’aime trop mon Marcus.

— Je t’aime mon François, aujourd’hui un peu moins c’est vrai !

— Comment ?

— Mais c’est pour t’aimer davantage demain !

Ils riaient resplendissants de bonheur et Marc ajoutait.

— Je vais préparer le déjeuner.

Il dressait le couvert, sortait une miche de pain rassis de la niche, le beurre du garde-manger pendant que le café passait dans la cafetière qui crachait l’eau bouillante à répétitions, telle une locomotive, rinçant les marcs à n’en plus finir. Franz apparaissait bientôt sanglé dans son bel uniforme et l’admiration de Marc se lisait dans ses yeux. Ils trempaient leurs larges tartines dans de grands bols de café au lait, mangeaient en silence, se souriant bêtement comme le font tous les amoureux, communiant dans ce moment privilégié qu’ils savouraient pleinement, ne voulant pas penser aux lendemains.

— Je dois y aller, c’est l’heure.

— Sois prudent. Laisse les autres prendre des risques.

— Promis. Bonne journée

— À ce soir.

Un dernier long baiser et Franz sortait, montait dans la Mercedes, quittait la ferme sans un regard de plus pour Marc resté dans la cuisine. Ils ne savaient jamais qui pouvait les voir. Hors des murs qui abritaient leur bonheur, il n’était pas question qu’ils se parlent, encore moins de se faire des signes. Franz était l’occupant et ne bénéficiait d’aucune sympathie ni indulgence. Quant à Marc, il ne voulait à aucun prix pouvoir être accusé de collaboration avec l’ennemi.

Franz avait hâte que la journée finisse pour retrouver son amour, la chaleur de ses bras, de son corps, ses baisers, sa présence. Marc entretenait la maison, nourrissait les poules, les lapins, s’occupait de la vache, du jardin. Cuisinait comme il pouvait vu les restrictions et le rationnement. C’était le régime de la débrouille et du troc. Il attendait le soir en lisant ou se mettait au piano et c’est sous les notes de Chopin ou Liszt que Franz retrouvait son foyer, comme il disait. Cela lui rappelait son arrivée où, contre toute attente, il était resté quelques minutes à l’extérieur à écouter, émerveillé par ce piano, en se demandant qui pouvait être le virtuose. Il avait une telle hâte à quitter la Kommandantur que ses collègues le charriaient.

Franz ist verliebt, ist er bestrebt, seine Schatz zu sehen! (Franz est amoureux il est pressé de retrouver sa chérie)

Charly le chat savait bien avant Marc quand Franz arrivait. De son ouïe féline il entendait le bruit du moteur de la Mercedes dès l’instant où elle bifurquait de la route principale sur le chemin menant à la ferme. Il sortait de sa torpeur et se postait sur le pas de porte, assis, attendant. Il ne se trompait jamais et Marc demeurait debout à l’intérieur du couloir pour accueillir celui qu’il adorait. Dès que véhicule s’immobilisait, Franz coupait le moteur, le chat lui faisant la fête, il lui caressait la tête et se précipitait à l’intérieur pour serrer dans ses bras celui qui lui avait tant manqué durant la journée, l’embrasser, le caresser, lui dire combien il l’aimait. Charly leur tournant autour, se frottant à leurs jambes en ronronnant.

Franz était littéralement obsédé par les fesses de Marc d’une rondeur parfaite tandis que Marc l’était de même du sexe de son amant, de son corps velu, de son odeur. Ces images hantaient les deux jeunes hommes tout au long du jour surgissant sans prévenir, n’importe où. Pour Marc c’était un peu moins important, mais Franz tout à coup au volant ou à la Kommandantur voyait surgir l’image de l’homme qu’il aimait plus que tout au monde, ce qui lui valait souvent des réprimandes sur sa distraction. Ses collègues et supérieurs se moquaient voyant qu’il était amoureux fou et tous étaient persuadés qu’il s’agissait d’une femme, ce que Franz se gardait bien de démentir. Il en rajoutait même un peu parfois.

Comme il n’avait plus de famille, il passait tout son temps libre et ses permissions avec Marc qui lui avait appris les rudiments du jardinage et de l’élevage. Il se débrouillait plutôt bien. Ils allaient aussi à la pêche à vélo. À ces occasions, Franz revêtait ses habits civils afin de ne pas attirer l’attention, bien que les endroits qu’ils choisissaient fussent totalement déserts. Lorsqu’il faisait chaud, ils se mettaient en shorts, torses nus et s’amusaient comme des gosses dans l’eau, s’aspergeant, luttant, roulant juste pour le plaisir de se toucher, se volant un rapide baiser. De retour, ils cuisinaient leurs prises, s’offraient un moment de tranquillité à lire, le plus souvent la tête de Marc contre l’épaule de Franz dont un bras l’enlaçait. Ils goûtaient chaque minute de cette intimité.

Un jour, ils décidèrent d’une escapade à Paris. Tous deux eurent une grande joie de retrouver la capitale. Ils sacrifièrent à la tradition des hauts lieux touristiques envahis cette fois par les uniformes gris-vert de l’armée allemande, ce qui attristait Franz. Puis ce dernier proposa une séance de photos. Ils repérèrent une boutique qui affichait “Toutes spécialités de photographies“ et se firent tirer chacun le portrait. Le photographe proposa des clichés avec tous les deux. Ils se mirent l’un à côté de l’autre un peu raides. L’artiste leurs demanda de se prendre par les épaules et de se regarder. L’intensité naturelle qu’ils y mirent fit naître un sourire complice sur le visage du photographe qui avait compris ce qui rapprochait ces deux hommes. Il suggéra alors des photos torses nus, puis en sous-vêtements et enfin nues. Après une hésitation, ils acceptèrent. On passa dans une arrière salle avec plusieurs décors. Franz feuilleta un album qui ne contenait que des hommes nus. Une série de clichés furent pris où ils étaient tantôt debout, tantôt assis ou couchés. Le boutiquier leurs dit de repasser en fin de journée pour prendre possession de leur série complète, avec les négatifs. Ils leurs arrivaient souvent, de retour à la ferme, de les regarder, refaisant leur voyage en amoureux. C’est Marc qui était le gardien des clichés de leur nudité. On ne savait jamais.

— Tu vois, disait Franz, même le photographe a deviné pour nous deux.

— Je suis content que notre bonheur se voie.

Fidèlement, ils écoutaient attentivement les informations transmises par l’émetteur suisse de Sottens, le seul donnant des nouvelles objectives de la situation, avec Londres, Franz en convenait. Il pouvait encore davantage se convaincre de l’odieuse propagande diffusée par son pays ce qui l’attristait. Ils leur arrivaient de commenter ces nouvelles mais c’était à chaque fois démoralisant pour leur histoire d’amour.

Au couvre-feu, ils montaient se coucher et faisaient l’amour. Ils commençaient par s’embrasser, se caresser longuement avec tendresse, leurs jeunes corps ne mettaient jamais longtemps à répondre à leur désir et leur sexe se dressait fièrement l’un contre l’autre. Ils se léchaient, se suçaient, se dévoraient, se mangeaient dans un concert de gémissements de halètements, de bruits de bouches puis les doigts partaient explorer quelques cavités et Marc murmurait :

— Viens !

Franz plaçait alors les deux jambes de son amant sur ses épaules et Marc s’offrait, ouvert à sa queue raide et humide qui s’enfonçait lentement, amoureusement entre ses reins. Il commençait son va-et-vient doucement, embrassant passionnément la bouche de Marc qui savourait le plaisir que Franz lui donnait. Ils se murmuraient des “je t’aime“ entre deux râles de bonheur. Franz faisait durer le plus possible son coït, son corps ondulant harmonieusement au rythme de ses pénétrations. L’excitation, le désir, les faisaient chavirer. Marc saisissait sa bite et se masturbait pour jouir en même temps que Franz qui inondait ses entrailles de sa semence, tandis que Marc se répandait sur son torse. Ils s’effondraient l’un sur l’autre, repus, nageant dans un bonheur indicible. Franz gardait son sexe poisseux à l’intérieur de Marc qui l’enlaçait, collé à lui par son sperme. Ils restaient ainsi de longs moments, puis s’endormaient dans les bras l’un de l’autre. Il n’y avait aucune convention entre eux de savoir qui possédait l’autre. C’était à l’envie de chacun et généralement ils se pénétraient à tour de rôle.

Parfois Franz se réveillait et se levait pour fumer. Il passait alors ce temps à regarder dormir son amant, découvrant d’inépuisables beautés de ce corps endormi. Il aimait ses cils blonds, le rictus souriant de ses lèvres provoqué par l’écrasement de sa joue sur l’oreiller. Quand il était sur le ventre, c’était le creux de ses reins qu’il admirait et naturellement ses fesses somptueuses qui faisaient naître un désir ininterrompu et une lente érection. Il regardait, fasciné son membre enfler, s’ériger, durcir par ce simple spectacle du corps endormi de l’homme qu’il aimait et qui le troublait à ce point. Plusieurs fois il s’était masturbé sur son siège. Marc était l’être qui représentait tout ce qu’il avait rêvé un jour d’avoir et même davantage, puisqu’il s’agissait d’un homme!

Pour Marc également, Franz représentait tout et il tremblait chaque jour que la route, un attentat, une balle perdue l’arrache à lui. Il voulait que cette guerre s’arrête enfin pour qu’ils puissent s’aimer, même en se cachant, mais ne plus le savoir en danger. En même temps, il savait que quand la guerre s’achèverait, se serait le déchirement, l’éloignement. Il ne supportait pas cette idée. Pour rester ensemble, il en venait à souhaiter que l’Allemagne la gagne, cette putain de guerre!

Tous deux y pensaient mais n’en parlaient jamais, comme tout le monde, ils ne songeaient pas à l’avenir voulant exclusivement profiter du moment présent et de ce qu’il leurs offrait.

À suivre...

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