Gigi: 3615 pour Jacques


Gigi: 3615 pour Jacques
Texte paru le 1999-10-26 par Urbain   Drapeau-fr.svg
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Template-Books.pngSérie : Gigi

Nous étions, Karim, Christian et son copain Jacques et moi Gigi, rentrés boire un coup après un ciné, nous étions allés voir "Happy together" l'histoire de deux gays Chinois en Amérique du Sud. C'est un film superbandant que je recommande vivement. Nous étions installés là, à picoler, enfin pas trop pour Karim et moi, mais toujours trop pour Jacques qui roulait plein gaz vers une défonce alcoolique. Il avait déjà pas mal éclusé et devenait, comme toujours, intarrissable, menant une conversation interminable genre "Brèves de Comptoir" et racontait ses innombrables chagrins d'amour, ou des aventures tirées de ses courtes rencontres.

Ce soir-là, c'était le jour des aventures. Aussi je vais essayer de vous en raconter une bien bonne qui lui est arrivée.

Naturellement j'ai réécris en français lisible ne pouvant pas, à l'aide des lettres de l'alphabet retranscrire le flot de parole qu'il nous a, dans cette soirée, déversé. Il aurait fallu des hiéroglyphes, des idéogrames et tout l'art du peintre enlumineur (et un peu du talent de Dubout) pour mettre sur le papier l'ensemble des sons qui sortirent de sa bouche.

Excuse-moi, Jacques d'avoir édulcoré ton naturel talent oratoire.

C'est donc Jacques qui parle, je mets un guillemet au début du récit et c'est tout. Tâchez de vous y retrouver bande de flemmards.

"Cette histoire s'est déroulée il ya quelques années alors que j'étais en stage dans un département du sud-est de la France. Je vivais dans une commune proche d'une petite ville. et pour tromper mes soirées ainsi que mes jours de congé, je pianotais le minitel sur les rézos gay. Faut dire que c'était pas facile de trouver l'âme soeur mais je suis nul pour la drague directe sur les parkings ou autres endroits, plutôt j'y arrive pas trop, c'est pas mon truc et je ne suis pas performant sur ce terrain-là, de plus, dans cette ville pas d'endroit gay, bar, boîtes, etc.

Un beau jour, nous convenons, un type et moi d'un rendez-vous sur un parking en fin d'après-midi:

— "Je serai en moto, une 1100 Suzuky, et toi?"

— "Je suis en Renault bleue."

Me voilà débarquant sur ma bécane à l'heure-dite, sac-à-dos, Lewis me moulant le cul et les burnes, blouson épousanr mes épaules et mon torse. Je frimais un peu en tirant les gaz pour accentuer le bruissement du moteur, y'a pas mieux qu'une Suzuky pour ça. M'étant garé, je suis abordé par un mec, grand, petites lunettes et, curieusement malgré son âge, presque chauve, un ancien blond, yeux bleus, grand, bien bâti. On se présente, puis nous filons vers mon appart. Nous garons nos véhicules et montons rapidement. La porte à peine fermée nous commençons déjà à nous peloter en continuant de discuter afin de se connaître, tout de même, un peu mieux.

Il me raconte qu'il est de passage, pour des "installations", qu'il est marié, qu'il a un copain avec lequel il baise très régulièrement et que le couple l'emmène en vacances sans que sa femme ne se doute de quoi que ce soit.

Quand je dis qu'il baise avec son copain, il faudrait dire que son copain le baise très régulièrement. Il n'a d'autres envies que de se faire enfiler. Ses yeux avides sont un clair appel à l'enculage: "Je te veux dans le cul," semblent-t-ils m'implorer.

Rapidement, nus sur le lit, nous nous suçons avec une avidité non feinte. J'ai du retard de tendresse, je n'ai rencontré personne depuis plusieurs longues semaines. Lui-même a du mal à calmer sa faim de queue. Ce sont des lècheries à n'en plus finir. Il me suce avec une délectation gourmande, les terminaisons sensibles de mon gland me communiquent ses coups de langues et ses mouvements de succion des lèvres. De la base de la queue il ferme sa bouche et se retire en produisant une sucion qui me ravie et me porte aux nues quand est abordé le replis du gland.

Je me donne aussi, sa bitte est goûteuse, je la savoure comme un morceau de choix qu'on déguste avec appétie après la disette. Puis quand nous sentons que c'est le bon moment, il se tourne, à genoux, le cul offert.

Je le mouille de ma langue, je l'ouvre des doigts, un, deux, puis trois, l'élargissant du mieux que je puis faire, lui se donnant, reculant l'arrière-train pour sentir mes phalanges frotter son intérieur framboisé.

Le gel est un artifice nécessaire qui rafraîchi un moment la chaleur du cul mais l'orifice s'en passerait très naturellement. Le lubrifiant de la capote, suffirait à cette demande d'empalement, à ce gouffre où je plonge, attiré par ces profondeurs édéniques. Je pénètre dans son cul et lui offre ce qui je sais le satisfera. Des allées et venues douces ou violente, des pénétrations viriles et des retraits ralentis.

Encastré, mes mains cherchent sous lui le saillement des tétons. Je les tripote, je les étire, souplement ils roulent sous mes doigts. Et je descend à son sexe que je trouve demi-mou, je l'empoigne et le triture afin qu'il se détende pareille à la chrysalide qui s'extrait de son cocon. Mais il reste loin de mes espérances. Ce n'est pas ce soir qu'il rendra la politesse à mes fesses. Mon coéquipier se complaît dans sa nature passive et ne sais jouir qu'emmanché. Ses fesses m'appelle, me serre, m'avale. Je le contente... je me contente... je jouis... il jouit d'un long fil baveux qui s'écoule de sa queue toujours aussi molle.

Il se retourne au prix d'une acrobatie étonnante sans se débrancher et m'enlaçe: "T'es un bon coup... Toi!" Je le sais, on me le dit parfois, je pense beaucoup à mon partenaire, je fais tout pour lui, je veux qu'il soit heureux et qu'il garde un bon souvenir de moi. Je veux que ce soit lui qui me rappelle. Je déteste rappeler. Je ne sais jamais quoi dire ni comment engager la conversation. J'ai toujours la trouille du refus, du refus brutal. J'ai la trouille du refus sournois: "Je ne suis pas tout seul... Rappelle-moi demain à 8 heures." Le con... je sais qu'il travaille très tôt et qu'il ne sera pas là.

Enfin, là, ça s'est bien passé il est content, très content: "C'était super, dès que je t'ai vu sur ta moto ton look m'a flashé et je me suis excité. On remet ça quand tu veux." Je suis aux anges, si celui-là pouvait rester en contact le temps que je finisse ce stage dans cette putain de ville. Il prend mon numéro de portable et on se quitte comme ça. Dans l'escalier, avant de fermer la porte, je le prend par le cou et l'embrasse. Il est furieux...

Je n'aurais pas dû céder à cette envie de tendresse, faut que je me corrige, faut que je pense à autre chose qu'à cet asphyxiant besoin d'amour, Je me le promet, même si je sais que la solitude me fera oublier toutes ces bonnes résolutions.

Trois grands jours ont suivi cette rencontre, le soir du dernier le téléphone a tintinnabulé, j'ai adoré le son grelot de ce portable messager, j'étais sûr, d'une bonne nouvelle, je le présentais.

— "C'est moi, la Renault bleue."

C'est vrai je ne connaissais pas son prénom.

— "Tu peux maintenant." C'était 19 heures,

— "Bien sûr que ça peut se faire."

— "Alors viens en ville j'ai un endroit super pour te rencontrer."

Nous convenons d'un lieu pour le rencard et nous nous quittons.

Nous nous retrouvons très facilement. C'était devant une grande bâtisse de plain-pied qui devait être, naguère, une école de quartier d'une seule classe. "Je travaille pour la mairie en ce moment et j'ai toutes les clefs." Nous rentrons par une porte vitrée et nous enfilons un couloir où sont toujours suspendus les porte-manteaux de métal surmontant le long banc lustré.

A droite, une porte nous sépare de la salle de classe où nous pénétrons, une grande table entourée de chaises, dans le mur du fond, une porte surmontée d'un vieux panneau: "Bibliothèque" peint d'une main enfantine, mon compagnon ouvre la serrure et nous entrons dans un petit cagibit à peine éclairé par le jour descendant, un vieux matelas tâcheté est à terre.

"Voilà, ça te plaît? Et j'ai planqué un duvet, regarde." Et il étale le duvet et s'étale en se déshabillant. "J'ai pas trop de temps," me dit-il comme pour s'excuser de sa rapidité. Nu, il m'attend sur le tissu. Je m'approche de sa tête et il m'accroche le ceinturon pour atteindre les boutons de ma braguette vite ouverte, ma queue pendouille, facilement accessible par l'absence du moindre sous-vêtement. Il l'embouche et commence une patiente sucée, dégustant mon gland comme on lèche un cornet de glace. Le matelas couine sous nos mouvements: crouic... crouic... Je fus vite excité. Toujours debout je prenais sa tête afin de réguler son va et vient. Je carressais son crâne lisse où cà et là quelques poils subsistaient pareils à un duvet de bébé.

Je calmais son ardeur car j'allais vite, à ce rythme vite finir ma jouissance quand, tout à coup, une conversation se fit entendre venant du couloir... Nous éteignons le lumière et fermons la porte à clef.

Par les interstices de la porte aux planches mal jointes nous apercevons un groupe d'hommes qui pénètrent dans la pièce. Ils s'installent autour de la table et, sortant des papiers de leurs porte-documents, commencent à discuter.

Tendant l'oreille nous perçevons une conversation roulant sur le foot et la composition des équipes locales.

— "Merde j'avais pas pensé à cela," dit mon compagnon.

— "Explique."

— Ce sont les dirigeants de l'association de foot qui se réunissent pour faire les équipes des matches du week-end. Moi qui est pressé," dit encore l'homme à la Renault.

— "Tant pis, on va se sucer discrètement, sans faire de bruit."

— "Non j'ai vraiment l'envie de coupée."

Il était environ 20h15... Nous avons attendu jusqu'à 23h30... Le jour était vite tombé et la fraîcheur se fit sentir sur nos épaules. Nous nous sommes partagés la duvet essayant de réchauffer nos corps dans une immobilité presque parfaite pour ne par nous faire entendre.

Le groupe, après la discussion de foot, avait débouché quelques bouteilles et buvait en prenant son temps.

Peu après leur départ, transit, nous avons quitté notre débarras. J'avais fini par faire franchement la gueule: à cause de ce con et de son imprévision nous avons gâché notre soirée. On s'est quitté un peu fâché.

Malgré cela je me suis décidé à l'appeler deux jours après pensant que c'était après tout une aventure cocasse: "Salut, ça va mieux que l'autre soir?" Il m'a répondu, coléreux: "J'ai la crève, puis, de toute façon vaut mieux pas se revoir," et il a raccroché comme si j'avais une part de responsabilité dans cette débandade."

Et je ferme le guillemet de fin de récit.

Imaginez-vous l'embrasement quand Jacques termina son récit. Nous avons tous éclaté, pouffant, les yeux noyés de larmes. De nos rires, comme des ballons qui se dégonflent, sortaient des gloussements aigus qui remplissaient l'appartement. Le calme revint entrecoupé de petits cris joyeux qui éclataient çà et là quand nous nous regardions.

Jacques nous observait mi-figue mi-raisin ne sachant pas trop si nous riions de la situation ou bien on se foutait carrément de sa gueule:

— "Riez donc bande de nazes, vous ne devinerez jamais qui c'était, pour finir, ce mec?"

— "Tu va nous le dire..."

— "Avant je vais boire un coup et aller pisser."

Il éclusa un demi-verre de cognac et je dus le traîner jusqu'aux toilettes, il s'installa, s'enferma avant que je ne réagisse et réussi l'exploit de s'endormir assis sur le siège. Je revins décomposé par un fou-rire violent et j'eus beaucoup de peine à décrire la situation nouvelle. Et ce fut bientôt reparti pour une crise sans fin.

Dégrisé au bout d'une heure, Jacques surgit de son antre, le visage plutôt blancheâtre, et ne voulus jamais nous avouer qui avait été le partenaire dans son aventure.



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