Gilgamesh (14) : Enkidou


Gilgamesh (14) : Enkidou
Texte paru le 2015-08-09 par Tom   Drapeau-fr.svg
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Personnages et situation géographique
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Géographie


Personnages
Gilgamesh Roi d’Ourouk.
Ninsoun Déesse et Mère de Gilgamesh.
Enkidou Homme sauvage Créé par les dieux pour mater Gilgamesh.
Shamat Courtisane ou prostituée d’Ourouk. Elle civilisera Enkidou en l'initiant aux rites sexuels de la déesse Inanna.
Abban Beau et jeune guerrier d’Ourouk. Mandaté par Gilgamesh pour aller à la rencontre d’Enkidou.


Les jours puis les mois se succédèrent. La gestion de ma cité, la rénovation de ses canaux et de ses murailles s’emparèrent de mes journées alors que la gestion de mes Frères d’Âmes occupait mes nuits. J’étais leur guide, leur maître, mais j’avais établi une hiérarchie dans le cas où je devrais m’absenter un long moment, ou si je me trouvais, pour une raison ou une autre, dans l’impossibilité de mener ma tâche à bien. Je n’avais prévu aucun déplacement, mais nul ne pouvait prétendre connaître ce que lui réservaient les Dieux. Et j’ignorais ce que préparait Inanna, dans l’ombre ; car je l’avais blessée et nul ne peut prétendre connaitre la dangerosité d’une femme blessée. Enkihegal et Naram seraient donc responsables des autres Frères présents dans la cité si je venais à ne plus être disponible ou compétant. Et après eux Damik et Samium.

J’avais procédé au baptême de huit nouveaux frères, choisis parmi ma garde personnelle ou mes gents du palais. En tous, j’avais une confiance absolue et tous me révéraient comme leur dieu. Je ne voulais pas les isoler du monde ; aussi continuaient-ils de vaquer à leurs occupations d’hier mais subissaient en plus une multitude d’entrainements. Ainsi, tous recevaient une formation poussée aux arts de la guerre, à l’espionnage, à la médecine, aux potions et à la luxure. En sus, j’exigeais d’eux qu’ils sachent compter et écrire comme les meilleurs scribes du palais. J’utilisai les compétences de chacun d’eux. Samium et Damik s’occupaient des entrainements au combat, Enkihegal et Emisum se chargeaient de forger des armes alors de Kutik et Naram, de par leur éducation de princes, leur apprenaient à se comporter comme tels et à se servir des complots et intrigues qui jalonnent la vie d’un homme de pouvoir. Je fis venir dans le plus grand secret les meilleurs maîtres capables de les former et d’en faire une élite parmi mes hommes. Je leur octroyais en outre une solde qui les mettait à l’abri du besoin et un lieu où se retrouver, au cœur du palais. Une pièce cachée, uniquement accessible depuis dix portes dérobées disséminées aux quatre coins de la bâtisse et qui permettaient au souverain et à sa famille de se mettre à l’abri au besoin. J’étais le seul à connaitre l’existence de ces passages, personne ne risquait donc de les y déranger.

Toujours actif et jamais fatigué, j’exigeais qu’il en soit de même pour mon peuple. J’avais tant de projets à mener, tant de réformes à mettre en place. Du matin au soir, les hommes et les femmes d’Ourouk trimaient sous le soleil afin de satisfaire mon insatiable activité. J’étais fier d’eux, fier de ce qu’ils accomplissaient… et sourds à leurs plaintes et à leur épuisement. Je voulais un peuple fort et partageai sans réserve la mienne. Lorsqu’un mariage était célébré, j’exigeai, qu’au soir des noces, les jeunes mariés me rejoignent. Je fertilisais alors le jeune couple afin que leurs enfants gagnent en puissance. Parfois certains rechignaient à se donner à moi, mais je savais les en persuader. Après tout, nul ne peut aller à l’encontre du souhait de son dieu.


Alors qu’une nouvelle année commençait, je me mis à rêver de choses étranges. À la fois inquiet et curieux, je me suis rendu au palais d’An, pour en faire part à ma mère, la sage prêtresse Ninsoun. Elle prit mes mains chaudes et calleuses entre les siennes, plus pâles, plus fines et aussi fraiches qu’une nuit d’hiver puis elle attendit que je parle.

— La nuit dernière, j’ai rêvé d’un immense bonheur et d’une étoile qui plongeait sur la terre, une étoile qui portait en elle l’essence même du père des Cieux. La foule s’est approchée du rocher, l’a admiré et l’a embrassé. Moi aussi, je l’ai caressé. Caressé comme le corps d’une femme, même si elle possédait la robustesse et la solidité de celui d’un homme. J’avais chaud, mère, chaud comme lorsque je prends femme et j’ai senti mon sang bouillir, la sève monter en moi. Et puis, je ne sais pour quoi, quelque chose s’est modifié, mère. Le rocher s’est modifié dans mes bras. Je l’ai senti s’allonger, grandir. Ses formes se sont transformées sous mes doigts, prenant peu à peu les traits d’un homme puissant, robuste ; un homme que je ne connaissais pas. Inconsciemment, sans me préoccuper de la foule qui nous entourait, je l’ai enserré de mes bras, noué mes cuisses autour de ses hanches naissantes ; et il s’est couché sur moi, mère. J’ai voulu le soulever, mais il était trop lourd. J’ai voulu le déplacer mais je n’ai pu y parvenir. J’ai bandé mes forces, ouvert la bouche pour appeler à l’aide, mais seul un gémissement soumis en est sorti. Et puis je l’ai senti prendre vie, bouger sur moi. Entre nos corps une masse dure et épaisse se développait. Il a levé sa tête vers moi, mais je ne pouvais voir ses traits, seul sa bouche m’était visible. Il avait les lèvres épaisses et les dents blanches comme l’ivoire ; et un sourire satisfait qui semblait se moquer de moi. Je ne savais plus que dire, mère. Mes protestations semblaient bloquées dans ma gorge et mes cuisses verrouillées autour de ses hanches alors qu’il se frottait doucement contre mon ventre, prenant de plus en plus d’ampleur. Ses yeux me sont alors apparus, des yeux aussi noirs que la nuit la plus sombre. Des yeux qui me firent perdre toute force. J’ai alors cessé de lutter bien que mes mains restaient posées contre son torse massif. Son bas ventre s’est alors mis à glisser plus bas et sans la moindre hésitation je me suis ouvert à lui. Son sexe s’est frayé un passage entre mes fesses et il a pris possession de mon intimité. Des larmes me sont montées aux yeux, mère. Mais pas des larmes de douleur, bien que j’eus l’impression d’être écartelé par son énorme mandrin, mais des larmes de joies, des larmes de paix. Comme si j’attendais ce moment depuis des années et qu’enfin je me sentais entier, plein. Je me suis agrippé à ses épaules tandis qu’il me pénétrait tant et plus. J’ai cherché sa bouche comme un enfant le sein de sa mère. Je voulais m’abreuver de sa salive, mais il me le refusa. Je voulais le supplier, l’implorer d’étancher ma soif, mais je n’eus droit qu’à un sourire narquois. Attristé, j’enfouis mon visage plein de larmes dans son cou et me serrai plus fort contre lui, le suppliant de m’aider. Il m’a complètement pénétré, mère et il s’est mis à bouger en moi. C’était si bon, mère, meilleur que tu ne peux l’imaginer. Je me mis à geindre, à haleter, à supplier. Son rythme s’est accéléré de plus en plus et bientôt je n’ai pu me retenir davantage. Le plaisir m’a submergé et ma semence a jailli entre nos ventres. Mais cela ne l’a pas arrêté. Il a poursuivi implacablement sa besogne. De nouveau j’ai cherché sa bouche, mais cette fois, il me l’a accordé. Puissant, il a plaqué ses lèvres contre les miennes et sa langue s’est emparée de ma bouche, a cherché la mienne, l’a débusquée et domptée. J’étais à lui et il le savait. Notre corps à corps a duré longtemps, mère ; presque une éternité. J’ai répandu ma semence encore plusieurs fois avant que je ne le sente se raidir entre mes bras et qu’une vague chaude n’envahisse mon ventre.

J’ai alors levé les yeux, mère. La foule qui nous entourait semblait avoir disparu. Et je t’ai vu mère. Tu me souriais, pleine de fierté et d’amour, et tu m’as dit qu’il était mon frère. Que penses-tu de ce songe ?

Je la regardais et m’aperçus qu’elle fixait le vide. Puis elle sourit et me répondit :

— Cette force qui t’attire vers cet homme n’est autre que celle d’un ami. Un ami fort comme un bloc tombé du ciel. Il sera vigoureux et puisque tu l’as cajolé, il te sera fidèle à jamais. Il saura, te toucher au plus profond de toi, et satisfaire tes désirs les plus enfouis.

— Un ami ? Mais comment le reconnaitrai-je, mère.

— Le moment venu, tu le reconnaitras. Quand tu le verras, tu te réjouiras et tu me l’amèneras ici, à Ourouk.

Nous bavardâmes un moment encore puis je quittai le temple, le cœur léger, et chacun reprit ses activités habituelles. Tranquillisé, j’attendis l’arrivée de cet ami tout le jour... Mais il ne vint pas.

***

À peu près à la même époque, mais je ne l’appris que par la suite, un homme que je ne connaissais pas, un chasseur, se trouva confronté à une scène des plus étrange. Il habitait dans l’un des villages qui borde Ourouk et vivait de la capture du gibier. Un jour, alors qu’il chassait de l’autre côté du fleuve et relevait les pièges qu’il avait tendus, il les retrouva détruits et si des animaux s’y étaient fait prendre, il semblait qu’on les en ait délivrés.

L’homme se mit donc en quête de celui qui s’était livré à cet acte de la plus grande des infamies et c’est alors qu’il l’aperçu. Il ne s’agissait pas d’un homme comme les autres. Il allait parmi les bêtes sauvages, nu et hirsute, immense et couvert de poils drus. Homme-bête, il grognait, s’ébrouait et courait avec agilité à quatre pattes. Les bêtes acceptaient sa présence comme s’il était l’une d’elles. Il broutait l’herbe en leur compagnie et se frottait à elles.

Le chasseur alla à la rencontre de la créature alors qu’elle s’abreuvait à un point d’eau clair et lui demanda pourquoi il détruisait ses pièges.

Il ne répondit pas mais se mit à gronder, à feuler. Ses yeux brillèrent d’une lueur féroce et le chasseur prit peur et s’enfuit.

Les jours suivants, le chasseur retrouva l’homme sauvage et ses pièges avaient de nouveau été détruits. Il rapporta sa mésaventure à son père, toute chasse devenant impossible.

Va en Ourouk, lui déclara alors son père. Va voir le roi Gilgamesh. Nul n’égale sa puissance et nul n’ose même le défier. Lui saura te venir en aide. Lui saura dompter l’homme sauvage.


Quelques jours plus tard, le chasseur s’était présenté devant moi, vêtu de peaux de bêtes. Il était robuste, de haute taille, le visage rude et le regard vif. La rudesse de la chasse et l’endurance qu’elle demandait lui avait sculpté une musculature sèche et puissante.

— Un homme sauvage détruit mes pièges et libère mes proies, commença-t-il en déposant à mes pieds son offrande de viande. Il parcourt la campagne avec les bêtes, aussi féroce et brutal que le lion.

Une étrange sensation s’empara de moi alors qu’il me parlait de l’homme sauvage et mon corps fut parcouru de frissons. Qu’un homme de la stature et de la force de ce chasseur en parlât avec tant de crainte ne fit qu’aiguiser plus encore ma curiosité.

« Vas-tu l’occire ? me demanda-t-il. »

— L’occire ? Non, répondis-je. Nous allons le capturer.

— Mais c’est impossible, votre majesté. Nul piège ne saurait le garder captif et sa force égale la vôtre.

Je me rappelai alors une vieille légende que me chantait l’un de mes professeur au temps de mon enfance et fit venir une courtisane du cloitre du temple, l’une de celles auxquelles j’avais plus d’une fois goûté et dont les rondeurs voluptueuses pouvait dompter même la plus brute des virilités. Puis je l’envoyai en compagnie du chasseur et d’un jeune et valeureux guerrier d’Ourouk, afin qu’il l’amène à la rencontre de l’homme sauvage afin qu’elle exerce sur lui son art.

La courtisane, quelques temps plus tard, me fit un récit détaillé de leur rencontre. L’homme-bête, qui n’avait jamais dû voir femme auparavant, se laissa dompter. Elle lui prodigua les plus intimes caresses et le laissa s’allonger sur elle pour la posséder. Leur étreinte dura six jours et sept nuits ; mais lorsque, rassasié, Enkidou – car c’était son nom – voulu retourner auprès des bêtes, celles-ci effrayées, s’enfuirent. Sa harde ne le reconnaissait plus, et son corps – qui n’était à présent plus celui d’un sauvage – ne lui permit pas de les suivre. Il était devenu Homme. Il ne grognait plus mais parlait. Il ne courait plus mais marchait.

Alors la courtisane lui parla du pays de Sumer, d’Ourouk la magnifique avec ses canaux et ses remparts. Elle lui raconta les Dieux et les légendes de mon peuple et lui parla des festins que nous organisions à leur gloire. Puis elle lui parla de moi, Gilgamesh. De ma puissance et de ma magnificence ; de mon indiscutable suprématie. Enkidou, à présent dompté s’enflamma devant ses récits et en vint à vouloir me rencontrer, me défier ; souhaitant comparer la puissance d’un homme des plaines à la mienne.

Ils vécurent quelques temps parmi les bergers. Temps au cours duquel Enkidou finit de se civiliser.


Une autre histoire me parvint plus tard. Elle me fut racontée par Enkidou lui-même, contredisant quelque peu la version de la courtisane. Le jeune guerrier d’Ourouk, que j’avais donné pour escorte à la courtisane et au chasseur, souhaitait plus que tout prouver sa valeur. La capture de l’homme sauvage était pour lui une occasion unique de me prouver sa vaillance et sa force. Aussi, alors que ma courtisane et le chasseur se reposaient avant de rencontrer Enkidou, il leur faussa compagnie et partie à sa recherche.

Il était fier et fort, mince et musclé par les entrainements intensifs que j’imposais à mes hommes. Sa peau était dorée par le soleil d’Ourouk et ses cheveux dénoués, aussi noirs qu’un ciel d’orage au-dessus du pays Sumer, lui tombaient à mi dos. Ses yeux étaient de la couleur de l’écorce des cèdres et ses dents blanches éclairaient son visage lorsque son sourire s’étirait. Il se savait beau et savait jouer de ses atouts. Il serait probablement, plus tard, une recrue de choix pour mes Frères d’âmes.

Abban – car c’était son nom – se rendit auprès du point d’eau que lui avait indiqué le chasseur, celui où il avait, à plusieurs reprise, rencontré l’homme sauvage et il n’eut pas à l’attendre car Enkidou se trouvait là, en compagnie des gazelles de sa harde.

Le jeune guerrier d’Ourouk, fier et fort, s’approcha sans crainte et se dressa face à l’homme sauvage qui le dépassait largement en taille et en carrure. Sûr de son fait et de sa force, il brandit sa lance devant lui et fondit en direction de son adversaire.

Enkidou feula et souffla, les narines dilatés et les yeux exorbités, debout, ses jambes écartées solidement campées au sol. Le jeune Abban s’élança, ses pieds foulant le sol meuble de la forêt, sa lance dressée, prête à transpercer sa victime. Mais quelle que soit la force et l’agilité qui animait le guerrier, celle d’Enkidou était plus grande encore. Juste avant que la pointe de la lance ne l’atteigne en pleine poitrine, là où son cœur battait, calme et serein, l’homme sauvage la repoussa d’un simple geste de la main et s’en empara, la brisant du même coup. Emporté dans son élan, Abban perdit l’équilibre et s’étala dans l’herbe fraiche, aux pieds de son adversaire. Sans attendre, il se releva et se retrouva, désarmé, face à la montagne que représentait le corps d’Enkidou en comparaison du sien. Mais il en faut plus à un fier guerrier d’Ourouk pour renoncer. Il serra les points et banda ses muscles, les pieds écartés sur le sol pour assurer son équilibre. Dans sa chute sa tunique s’était déchirée et son torse musclé et sec, aussi dépourvu de poil que la poitrine d’une jeune vierge, apparaissait maintenant largement. Il se fendit[1] et frappa l’homme sauvage en plein ventre, son poing heurtant douloureusement le mur de briques des muscles saillant de son ventre. Mais Enkidou ne broncha pas. De nouveau Abban frappa, puis frappa encore sans que son adversaire ne semble ressentir la moindre douleur. Alors que le poing droit du guerrier percutait de nouveau son ventre, Enkidou s’en empara et le leva. Abban se retrouva soulevé du sol de plusieurs centimètres, ses pieds ne rencontrant que le vide. Il essaya de le frapper de son autre poing, mais Enkidou s’en saisit avec son autre main.

— Lâche-moi, sauvage ! hurla-t-il.

Son visage se trouvait maintenant à hauteur de celui d’Enkidou et ses yeux rencontrèrent ceux de son adversaire. Il n’y lu ni agressivité, ni méchanceté, mais plutôt de la curiosité.

Abban tenta de lui faire lâcher prise en le frappant de ses pieds, mais face à la force de son adversaire, ses contorsions n’avaient guère plus d’effet de vulgaires piqûres d’insectes. Essoufflé et épuisé, il finit par se calmer.

« Pourquoi fais-tu cela, homme sauvage ? Pourquoi ne m’affrontes-tu pas comme un guerrier ? » demanda mon jeune héros.

Enkidou ne lui répondit pas, comme s’il ne comprenait pas ce qu’il disait. Il se contenta d’incliner la tête de côté, le visage toujours dépourvu de toute agressivité, puis fit passer les deux mains du guerrier dans l’une des siennes. Ainsi suspendu Abban ne trouvait à la merci de son adversaire et il s’en aperçut. Une nouvelle sensation naquit en lui, une sensation qu’il n’avait pas expérimenté depuis bien longtemps, la peur.

De sa main libre Enkidou s’empara du menton du jeune homme et fit tourner sa tête de droite puis de gauche, pour l’examiner. Puis il lui ébouriffa les cheveux, comme un père l’aurait fait à son fils et lui caressa la joue. Abban ne savait que penser et tenta de se débarrasser sans succès de cette main inquisitrice et lorsqu’il voulut de nouveau s’adresser à Enkidou, ce dernier profita de sa bouche ouverte pour y glisser son pouce. Le doigt épais se fraya un chemin entre les lèvres ouvertes du guerrier et fouilla la bouche qui s’offrait à lui. Il rencontra la langue chaude et douce du soldat qui, surpris, ne réagit pas sur l’instant. Il joua avec, la flatta, la caressa. Abban, les yeux exorbités, se retint de tout mouvement brusque. La main de l’homme bête lui enserrait toujours le menton et son pouce profondément enfoncé dans sa bouche lui assurait une prise imparable sur sa mâchoire. Il craignait qu’en cas de mouvement brusque, l’animal ne la lui démanche. Sa salive coulait maintenant abondamment de sa bouche et ses mouvements convulsifs de déglutitions ne faisaient qu’encourager l’homme sauvage dans son examen.

Puis, comme il était entré, le doigt inquisiteur ressorti, luisant de salive. Enkidou le porta à ses narines puis le sentit avant de le porter à ses lèvres. Sa langue, épaisse et rose sortit de sa bouche et vint laper le liquide avec curiosité. Le spectacle avait pour Abban quelque chose de fascinant. Enkidou ne le quittait pas du regard. Il sortit ses doigts de sa bouche et s’empara du téton gauche du guerrier que dévoilait son vêtement déchiré. Les mains toujours entravées, le jeune homme ne pouvait que subir les attouchements qu’il prodiguait habituellement à ses compagnes d’un soir. Il ferma les yeux, serrant les dents pour ne pas gémir sous l’effet des sensations qui déferlaient en lui. La main d’Enkidou délaissa le téton maltraité puis descendit plus bas, toujours plus bas. Elle s’empara de la cordelette qui ceignait sa ceinture et retenait sa tunique et la détacha d’un coup sec, faisant tomber les lambeaux restant du vêtement, offrant sa nudité au regard acéré de l’homme sauvage. Abban ouvrit les yeux et croisa le regard étonné d’Enkidou qui fixait son sexe totalement glabre. Il toucha la peau lisse et douce et s’empara du membre qui ne put s’empêcher de réagir. Le jeune guerrier gémit, trahissant son excitation involontaire et un sourire prédateur se dessina sur les lèvres de son tortionnaire. Le sexe d’Enkidou se mit aussi à réagir, enflant, gonflant sous le regard maintenant terrifié d’Abban. Il avait vu nombre de sexes d’hommes faits. La nudité n’était pas chose tabou en Ourouk, bien que l’on ne l’étalât pas sur la place publique. Mais la tige qui pointaient maintenant vers lui les surpassait toute en longueur et surtout en épaisseur. Ses pensées devinrent confuses, perdues entre le plaisir malsain qui lui prodiguait les caresses intimes de la main d’Enkidou sur sa virilité et la terreur que lui inspiraient la situation et le membre tendu du sauvage.

— Non… a…. a… arrêtez… haleta-t-il.

Lentement Enkidou le rapprocha de lui et fit glisser son sexe entre ses cuisses, puis il le lâcha. Abban, soudain libéré, se sentit tomber. Pris de panique, il enserra spontanément le torse puissant et velu de l’homme sauvage pour se rattraper, et noua ses cuisses musclées autour de ses hanches larges. Que lui arrivait-il ? Pourquoi s’était-il ainsi rattraper à la bête qui le terrorisait ? Pourquoi ne pas avoir profité de cette liberté nouvelle pour s’échapper ? Il sentait contre ses fesses la base large et dure du membre dressé d’Enkidou et contre son oreille collée à son Torse, le rythme lent et puissant de son cœur.

Prenant soudain conscience de son geste, il voulut s’écarter, mais Enkidou le retint fermement, ses bras puissants se refermant sur lui, le plaquant irrémédiablement contre la chaleur de son ennemi. Puis dans un même mouvement, Enkidou s’agenouilla et s’allongea sur sa victime, pesant de tout son poids sur le corps musclé, mais frêle en comparaison du sien, du jeune guerrier. La respiration coupée par la masse qui s’abattait sur lui, Abban ouvrit grand la bouche pour inspirer mais Enkidou, à l’affut, plaqua sa bouche sur la sienne, enfonçant profondément sa langue dans sa bouche. Sans ménagement, il fouilla la cavité à la recherche de la langue souple et douce qui avait accueilli son doigt plus tôt, et il la débusqua sans trop de peine. Il joua avec, la cajola, la brusqua, la dompta jusqu’à la faire obéir à ses désir. Le mélange de leurs deux salives envahissait la bouche d’Abban transformée en champs de bataille. Paniqué, le jeune guerrier tenta de le repousser de ses mains. Mais Enkidou était trop lourd, bien trop lourd, même pour un soldat entraîné. Son énorme barreau de chair palpitait entre leurs deux corps, angoissant Abban un peu plus encore. La bouche du sauvage quitta celle du guerrier qui put enfin reprendre son souffle, mais ce fut pour mieux le torturer, lui mordillant les chaires douces et fragiles du cou, de ses tétons déjà malmenés, descendant plus bas, toujours plus bas. Enkidou ne possédaient pas encore le langage articulé de la parole, mais celui des corps semblait chez lui inné. Abban cessa bientôt de résister, subissant les vagues de plaisirs qu’émettait son corps et, lorsque la bouche de son ennemi se referma sur sa virilité dressée, son corps s’arqua de plaisir en même temps qu’un gémissement animal quittait ses lèvres. Dans son cerveau, les stimulations venant de toutes parts s’affrontaient et s’opposaient à sa raison pour qui le combat était perdu d’avance. Il haletait, des larmes sortaient de ses yeux. Il avait l’impression de perdre pieds, de se retrouver piégé au cœur d’un maelström en plein océan. De ses mains il fourrageait dans l’épaisse crinière de son amant dont les lèvres et la langue excitaient toujours plus sa virilité, essayant de s’accrocher à lui pour refaire surface. Enkidou s’aperçut de son désarroi. Il se mit à caresser ce corps qu’il contrôlait à présent, à le cajoler pour l’apaiser. Mais jamais il ne lui permit un quelconque compromis. Il lui appartenait de mener cette danse, de goûter à ces chairs dont il avait l’impression que jamais il ne pourrait se repaitre. Il continua encore un moment à goûter la virilité de son amant puis goba doucement le sac de chair qui reposait dessous avant de faire glisser sa langue inquisitrice et intransigeante entre les lobes glabres et doux de ses fesses fermes et musclées. Abban écarquilla les yeux, s’affolant un bref instant de ce qu’il subissait mais la gigantesque vague de plaisir qui enfla en lui le percuta de plein fouet, le sonnant pour un long moment. Enkidou le retourna sur le ventre sans qu’il ne rencontre la moindre résistance et continua de s’occuper du fondement vierge. Il lui écarta les fesses et dévora de nouveau l’anus qui palpitait devant lui. Mais où avait-il appris à satisfaire ainsi le corps d’un homme ? Même lui n’aurait su le dire. Il fit plusieurs fois franchir l’anneau musculeux et serré qui fermait l’entrée du corps d’Abban à sa langue avant de tenter d’y introduire l’un de ses doigts épais. Il l’enduisit de sa propre salive et le fit doucement coulisser dans le fondement. Il rencontra tout d’abord une résistance souple, un mouvement réflexe que son long travail de la langue n’avait pu totalement éradiqué. Mais Abban ne réagit pas. Puis le doigt poursuivit son chemin et disparut bientôt totalement. Enkidou le fit tourner, sortir, entrer de nouveau, jusqu’à ce qu’il coulisse sans rencontrer la moindre résistance, ajoutant régulièrement de sa salive épaisse pour lubrifier le système. Bientôt un deuxième doigt vint le rejoindre et le sphincter d’Abban s’ouvrit spontanément pour les recevoir. Enkidou sut que le moment était arrivé. C’était maintenant à lui de se satisfaire.

Il arracha une large dalle de mousse qui poussait à côté d’eux, juste au pied d’un arbre à quelques mètres du plan d’eau et la fit glisser sous le ventre d’Abban, toujours allongé sur le ventre, la tête de côté, afin de lui relever les fesses. Puis il ne mit à quatre pattes au-dessus de lui, ses mains de part et d’autre des épaules de son ancien agresseur. Il baissa sa tête vers ce visage encore abruti de plaisir et lui toucha l’oreille de son nez, comme un animal l’aurait fait de son museau. Abban gémit et Enkidou lui lécha et mordilla l’oreille quelques instants avant de reprendre brièvement sa bouche. Puis il baissa son bassin et commença à faire coulisser son énorme verge entre les lobes de chair des fesses du jeune guerrier. Lentement, toujours plus bas jusqu’à rencontrer l’anus qu’il avait longuement apprêté. Mais aucune préparation n’aurait pu le préparer à la rudesse de l’épreuve qui l’attendait. Enkidou poussa, doucement mais fermement, attendant que le corps d’Abban s’ouvre à lui. Mais le chibre, trop épais, eut l’effet contraire, lui interdisant toute possibilité d’entrer. Alors, fier de sa force un poussa puissamment, irrémédiablement mû par une force invisible qui lui ordonnait de poursuivre. Mais cette fois le cerveau d’Abban, et sa raison malmenée, reprirent le dessus, réactivés par la douleur qui irradia en lui. Brusquement le jeune guerrier se redressa et parvint à se dégager de son tortionnaire. À quatre pattes, il réussit à s’extraire du corps d’Enkidou et pensa même un instant lui avoir échappé. Mais Enkidou avait la force du lion, l’agilité de l’antilope et la vivacité de l’aigle et avant même qu’Abban ne puisse se remettre debout, il s’empara de sa cheville et le tira violemment en arrière. Le jeune homme s’effondra au sol, tentant désespérément de s’accrocher à la moindre aspérité. Puis le corps d’Enkidou, massif et dur, s’abattit de nouveau sur le sien. Ses mains, douces et habiles se firent dures et impitoyable. Un de ses bras musclés lui enserra le cou alors que de ses genoux il lui écartait les cuisses et que, de son autre main, il guidait son sexe turgescent vers sa cible. Abban sentit le mandrin glisser entre ses fesses, puis buter contre son anus. La pression augmenta peu à peu alors que la main d’Enkidou glissait sous son ventre, comme s’il voulait sentir le moment où, alors qu’il cèderait, les muscles de son ventre se contracteraient brutalement. Il parvint à se mettre à quatre pattes et son dos s’arrondis pour fuir son agresseur qui, les cuisses collées contre les siennes suivaient ses mouvements. Abban serrait les dents, le corps tendu à l’extrême, haletant et suppliant, des larmes plein les yeux. Il se savait condamné, mais son corps refusait de céder. Mais alors qu’il tentait de nouveau de résister à un nouvel assaut ennemi, la pression sur son anus disparut soudain. Il eut alors l’impression de tomber, comme lorsque enfant, il s’amusait avec les autres à se pousser et que brusquement son adversaire s’écartait, lui faisant perdre l’équilibre. Mais il y avait toujours le contrecoup, la chute sur le sol sableux. Enkidou le savait. Souvent il avait affronté les bêtes, tête contre tête, et la ruse faisait souvent de lui le vainqueur.

Privé de toute résistance, le fondement d’Abban s’ouvrit un bref instant, juste quelques secondes. Quelques secondes où il s’offrit, privé de toute défense. Quelques secondes qui suffirent à Enkidou. Il guetta l’instant, tapis, à l’affut. Et lorsqu’il le vit se produire, un sourire prédateur se dessina sur son visage et brutalement, il se projeta en avant, d’une puissante poussée. Il entra massivement, renversant tout sur son passage, enfonçant les derniers vestiges de résistance.

Abban redressa brutalement la tête, les yeux exorbités et la bouche grande ouverte, prête à libérer un hurlement qui ne vint pas. Son dos se cambra, puis se vouta alors qu’il tentait de ramper pour échapper au mandrin qui venait de prendre totalement possession de lui. La masse du corps d’Enkidou écrasa bientôt complètement le corps fin et musclé du jeune chasseur complètement prisonnier des bras de son amant. Des doigts épais se glissèrent dans sa bouche et une langue épaisse et râpeuse se mis à parcourir son dos, et son cou.


La courtisane et le berger mirent plusieurs jours à les découvrir. Enkidou cacha son jeune amant dans sa tanière et posséda son corps pendant plus d’une semaine durant. Mais lorsqu’ils furent découverts, Enkidou n’était plus bête, il était déjà homme. Folle de jalousie, la courtisane ordonna au berger d’emmener le jeune chasseur. Les deux amants, épuisés, ne régirent pas et Abban se laissa entrainer vers le village. La courtisane se déshabilla alors et vint s’assoir sur le corps encore humide et chaud d’Enkidou, s’enfonçant d’une traite sur son membre toujours dur.

Certains bruits font également état du fait que le berger, émoustillé par la scène, entraina le jeune Abban à demi-conscient dans les bois et se servit de son corps robuste mais privé de toute résistance comme exutoire à son excitation.


[1] Note du correcteur : se fendre, terme d’escrime signifiant porter la jambe droite en avant en laissant le pied gauche en place.