IndoBoys (5)


IndoBoys (5)
Texte paru le 2005-01-21 par Seshat   
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Template-Books.pngSérie : IndoBoys

CHAPITRE VI

Nicola refit son lit en désordre et en profita pour ouvrir la fenêtre et allumer une bougie ou deux. La dernière phrase qu'Oli avait dit l'avait frappé et elle avait tourbillonné dans sa tête toute la journée... Ce n'était que maintenant qu'il se rendait compte que quelque chose entre eux n'était plus du tout comme avant. Oli avait été plus qu'un collaborateur pendant ces dernières années, il était devenu un vrai ami. Nicola regrettait que sa relation avec Boris l'ait rendu si aveugle envers les sentiments d'Oli. Ça devenait de plus en plus évident que ce qui dérangeait Oli, ce n'était pas la fatigue: c'était bel et bien le couple qu'il formait avec Boris qui lui posait problème... Mais Nicola n'avait pas l'impression qu'ils s'étaient autant éloignés qu'Olivier semblait vouloir lui faire sentir... Seulement, il ne pouvait pas s'attendre à ce qu'ils passent des soirées entières à bosser et discuter musique dans le studio comme avant... Mais Nicola se fit une promesse de passer plus de temps avec lui dorénavant.

Nicola ruminait ces pensées, appuyé sur le châssis de la fenêtre, quand il aperçut Boris qui revenait. Il descendit tout de suite l'accueillir. Le chanteur jeta un coup d'œil derrière lui pour voir si Oli ne se trouvait pas dans les parages. Il enlaça et embrassa Boris à la seconde où il passa la porte. «Bonjour...» Boris eut juste le temps de refermer la porte avant d'enlacer la taille de son amant. «Bonjour toi... On dirait que je t'ai manqué...» «Mmhmm... Surtout qu'avec Oli, ça ne s'est pas très bien passé...» Boris se pencha pour enlever ses chaussures. «Qu'est-ce qu'il t'a dit alors?» «Eh bien on s'est un peu engueulés... Il nie totalement que c'est nous qui le dérange, mais pourtant, il y va avec force sous-entendus agressifs à propos de toi et moi...», expliqua Nicola à voix basse. «Toujours aussi renfermé celui-là... Vous n'êtes pas arrivés à un accord alors?» «Pas vraiment. Ben en tout cas, je lui ai promis que j'irais plus dans ta chambre.» Boris se mit à rire. «C'est fou ce qu'une nuit sans dormir a pu l'emmerder...» Nicola sourit. «Oui... Mais c'est compréhensible, mets-toi à sa place...» «Sans vouloir me vanter, à sa place, je profiterais du show... Dis, tu crois qu'on le dégoûte?» Nicola ne releva pas sa remarque douteuse. «Je ne crois pas qu'on le dégoûte... Je sais pas... Il y a un truc pas clair dans tout ça... Enfin, tu viens? On va aller poursuivre la discussion dans ma chambre...» Boris sourit et l'enlaça à nouveau. «Mmm... Et si Oli arrive?» «Si il voit que t'es pas dans ta chambre et que ma porte est fermée, il va bien se douter de quelque chose...» «D'accord, allons-y.»

Ils montèrent à la chambre de Nicola, prenant bien soin de fermer et de verrouiller la porte. «Qu'est-ce que tu trouves pas clair?» Nicola fronça les sourcils et réfléchit un moment. «Je sais pas trop... C'est comme si... C'est comme si il était jaloux de toi. Enfin, jaloux parce que c'est précisément de toi dont je suis amoureux... C'est peut-être des idées que je me fais, je sais pas.» Boris se rapprocha de lui, mit une main sur sa nuque, caressant ses cheveux doucement. «Peut-être qu'il n'est pas accoutumé à être laissé un peu de côté... N'oublie pas que tu étais son point d'ancrage dans le groupe...» «C'est sûr... Tu pourrais lui parler toi? Voir ce que ça donne?» «Je pourrais essayer, oui... Mais je doute qu'il veuille discuter de ça avec moi...» «Juste essayer... On a rien à perdre...» «Ce serait con de le perdre à cause de ça. Je m'inquiète vraiment pour lui, on sait jamais ce qu'il a derrière la tête...»

Nicola s'assit sur le lit. «Qu'est-ce qu'on fait alors?» Boris soupira. «Je vais lui parler... J'ai peut-être juste ce qu'il faut pour lui délier la langue...», fit-il, un sourire malicieux sur les lèvres. Nicola haussa le sourcil. «C'est-à-dire?» «Ben on dirait qu'il apprécie beaucoup la bière japonaise, même si vous deux vous insistez à boire du saké tous les soirs...» Nicola sourit. «Mais tu vas le saouler!» «Écoute, pour les cas timides comme ça, il n'y a pas de meilleure solution... Il va même nous remercier, tu verras.» «Ah, ça j'en doute!», rétorqua Nicola en riant. «Puis qui sait les secrets qu'on lui tirera comme ça...», murmura Boris, se penchant pour l'embrasser. «Nos jours à trois ici pourraient devenir bien plus intéressants...» Nicola en profita pour détacher sa ceinture et défaire son pantalon. « Mmm... Je sais à quoi tu penses et il n'en est absolument pas question, Boris Jardel...» Celui-ci se laissa déshabiller par les gestes urgents de son amant qui se levait maintenant pour lui enlever son t-shirt. «Quoi, le jeune Oli, ça te dis pas?», demanda-t-il en riant. «C'est de toi dont j'ai envie et de personne d'autre...» Boris l'arrêta tout de suite et leva son visage vers lui pour le regarder sérieusement dans les yeux. «Tu es le seul pour moi Nico, tu comprends?» Nicola sourit tendrement. «Mais j'espère bien...» La réponse de Boris fut un baiser profond et chaud, ses bras entourant le corps de son amant avec force. Nicola lui descendit le pantalon et se défit de son étreinte pour s'agenouiller devant lui.

Boris eut l'impression de tomber encore une fois dans les profondeurs noires des yeux de Nicola, puis la vision de ses lèvres encore rougies par leur baiser caressant son sexe fut trop et il ferma les yeux, sa tête tombant en arrière. Au fil des nuits, Nicola avait appris parfaitement comment lui apporter le plus de plaisir... Nicola s'arrêta avant de franchir le point de non-retour, bien conscient maintenant du langage du corps de Boris, ayant appris sa leçon la première fois. Il se redressa et se déshabilla. «J'ai très envie de toi...», lui murmura-t-il à l'oreille. Boris sourit, encore haletant. Il colla son corps contre celui du chanteur, tira doucement sur ses cheveux rebelles, juste un peu sauvage. «Je veux être en toi... Je veux te faire crier encore...» Nicola gémit. «Ça m'excite quand tu me parles comme ça...»

Il enfouit son visage dans son cou et glissa ses mains sur les fesses de son amant. Boris le regarda, la tension entre les deux hommes palpable pour un instant. Un sourire malicieux se dessina sur les lèvres de Boris alors qu'une main attrapait le bras de Nicola avec assez de force. «Je ne vais pas être gentil avec toi ce soir...» «Parce-que normalement tu l'es?», répliqua Nicola, un zeste de provocation dans la voix. «Tu joues avec le feu, là...», susurra Boris, se penchant pour embrasser le cou de Nicola. Soudain, il mordit la peau blanche. Nico gémit, mais de douleur cette fois. Mais le guitariste commença à lécher la marque laissée par ses dents doucement, lui causant un plaisir intense, presque une agonie... Il tira le corps du chanteur vers le sien, pressa la preuve de son désir contre ses reins... «Ça, c'était vraiment pas gentil... Mais c'est un petit jeu qui se joue à deux tu sais...» Nicola planta ses ongles résolument dans sa chair et serra jusqu'à ce que Boris lâche un petit cri. «Ssss... Bad kitty...», dit Boris, l'embrassant ensuite avec violence.

Alors que Nicola se perdait sous l'action de ses lèvres, il le poussa en arrière de toutes ses forces et il tomba sur le matelas, l'air hébété. «Les méchants chatons comme ça...», dit Boris, se penchant pour ramasser quelque chose par terre, «...méritent une punition.» Dans ses mains, il tenait sa ceinture en cuir. Nicola ouvrit de grands yeux. «Euh... Tu comptes faire quoi avec ça? », demanda-t-il en fixant la ceinture de Boris, un trémolo dans la voix. Boris se contenta de sourire, montant sur le lit avec les mouvements gracieux d'un félin s'approchant de sa proie, ses yeux noirs de désir. Il embrassa en toute douceur Nicola qui restait figé. Confus mais soulagé, celui-ci se laissa embrasser et laissa Boris lever ses mains au-dessus de sa tête. Quand il s'aperçut de ce que son amant était en train de faire, il était déjà trop tard: ses mains étaient attachées à la tête du lit avec la ceinture. Nicola tira pour tenter de se dégager mais c'était inutile. Il était ligoté solidement et pouvait à peine bouger ses poignets... Un chouia d'anxiété le prit au ventre, le regard de fauve de Boris sur lui ne contribuant pas du tout à le rassurer... Boris observa l'air anxieux de son amant, promenant ses doigts sur son torse blanc.

Ensuite, il se pencha pour attaquer à nouveau le point sensible qu'il avait créé dans le cou du chanteur alors que sa main descendait entourer le sexe durci de Nicola, commençant à le caresser... Nicola gémit, mais lui-même n'arrivait pas à déterminer si c'était de douleur ou de plaisir... Il serra les poings, faisant crisser le cuir encerclant ses poignets comme un serpent. Les sons angoissés de Nicola, son corps tendu se tordant contre les draps... Boris se délectait. Il accéléra alors le rythme, les reins de Nicola répondant brusquement, comme s'il ne pouvait pas s'en empêcher. «T'aime ça Nico, hmm?» Nicola ne pouvait que hocher la tête en se mordant la lèvre pour s'empêcher de crier... «Tu veux jouir, c'est ça?», lui demanda Boris. Le chanteur avait les yeux fermés, ses hanches ondulant sous les caresses de son amant, l'orgasme s'annonçant dans la tension de tous ses muscles, ses gémissements extasiés... Et Boris s'arrêta net, enlevant sa main. Nicola ouvrit immédiatement les yeux. «Pourquoi tu t'arrêtes maintenant? », demanda-t-il, le souffle court. Boris ne lui répondit que par un de ses petits sourires.

Il se pencha au-dessus de sa tête et Nicola sentit que ses liens se desserraient un peu. «Allez, tourne-toi...», ordonna Boris. Nicola obéit, content de pouvoir enfin bouger un peu ses poignets qui, pensa-t-il, serraient sûrement bleus le lendemain... Il se retourna et se mit à genoux, ses liens étant attachés trop haut pour lui permettre de se coucher confortablement sur le ventre. Boris ouvrit le tiroir de la commode près du lit et prit le petit tube de lubrifiant qu'ils avaient choisi ensemble. L'odeur épicée envahit la chambre, rappelant à tous les deux des moments intenses. Boris se prépara avec une dose généreuse, se branlant lentement, les yeux fixés sur les rondeurs parfaites des fesses de son amant, à genoux comme un supplicié.

Nicola avait reconnu immédiatement l'odeur... Il n'avait pas besoin de se retourner pour savoir ce que Boris avait choisit comme châtiment pour son insolence et la façon qu'il aurait de le faire expier sa faute... Lorsqu'il sentit le corps chaud de son amant se rapprocher de son dos, il eut encore l'espoir qu'il irait doucement... Boris posa ses mains sur ses flancs et appliqua ses lèvres moites sur sa nuque, léchant le long de ses épaules. «Ask for it Nico...» Nicola frissonna. Après quelques secondes, il tourna sa tête vers lui: «Tu peux toujours courir, Boris...» Celui-ci eut un petit rire. D'un geste brusque, il enfouit ses doigts dans les cheveux de Nicola, tirant un peu, alors que de l'autre il amenait son corps vers le sien. «On dirait que t'as pas encore appris ta leçon, toi,» dit-il, et il pénétra le corps de son amant d'un seul coup brutal. Nicola poussa un hoquet de surprise et grimaça. Il saisit le montant du lit où ses poignets étaient attachés et serra fort.

Boris se retrouva enterré au plus profond de son corps... Il savoura l'étreinte chaude pendant un instant, puis il commença à aller et venir dans un rythme lent mais intense, ses mains serrant les flancs de Nicola avec force, tirant ses reins vers lui... Son amant commença vite à gémir doucement, appréciant l'invasion du corps de Boris dans le sien... Il aurait voulu ne pas lui rendre la tâche aussi facile, mais le désir lui enlevait toute force dont il aurait eu besoin pour résister... Le guitariste se colla contre son dos, caressa son torse doucement avec ses ongles. La soumission de Nicola l'excitait, et alors que sa tête tombait en avant, il se pencha pour mordiller la nuque blanche qu'il lui exposait. Il commença à le baiser avec force, des coups de reins forts et violents secouant le lit. Nicola avait toutes les peines du monde à encaisser les ardeurs de Boris mais il s'en foutait: il en voulait plus... «Ahhnn, Boris... Plus fort...» Boris avait la bouche collée contre sa peau en sueur, lui donnant des baisers brûlants, susurrant des incohérences. «T'aimes ça, hein Nico? Que je te fasse mal comme tu le mérites?» Il sentait que Nicola souffrait sous sa punition, extrêmement excité mais incapable de se toucher... «Oui... Baise-moi bien à fond...», supplia Nicola, tirant sur les liens comprimant ses poignets comme pour s'en libérer. Les supplications de Nicola furent trop; Boris se laissa aller, jouissant d'une violence qui les fit hurler tous les deux, ses mains laissant des marques douloureuses sur la peau blanche de Nicola.

Boris retomba de tout son poids sur son amant qui haletait de frustration. «Je te demande à nouveau Nicola... Qu'est-ce que tu veux?» «Fais-moi jouir...», implora Nicola dans un souffle. Boris sourit, se retirant du corps de son amant. Il se pencha ensuite pour détacher ses poignets. Le chanteur se tourna pour lui faire face. Boris embrassa doucement son visage, léchant ses larmes salées, son front où ses mèches collaient avec la sueur. Puis il se pencha enfin, prit la douloureuse érection de Nicola entièrement dans sa bouche et la suça avec enthousiasme. Nicola ferma les yeux, épuisé, et laissa son amour s'occuper de lui, caressant doucement ses cheveux... Boris l'emmena vite au septième ciel et Nicola lui manifesta son plaisir avec force, gémissements et contorsions.

Boris plaça un dernier baiser sur la peau hyper-sensible de son amant et se releva. Il prit la couverture et la tira sur leurs corps alors qu'il se couchait à côté de Nicola. Le guitariste prit gentiment le poignet du chanteur et embrassa la marque rouge laissée par la ceinture. «Tu m'en excuses?», murmura-t-il. Nicola sourit. «Bien sûr...», lui assura-t-il en lui donnant un baiser. «...mais attends-toi à ce que le méchant petit chaton prenne sa revanche un jour...», continua-t-il, le regard espiègle. «Hmm... Faudra que tu m'attrapes d'abord...», dit Boris en souriant.

Satisfait et épuisé, c'était maintenant une sorte de bonheur simple qui l'envahissait. Il s'étonnait encore de voir comment il pouvait jouer de ses instincts et pulsions les plus animales avec son amant et puis retrouver autant de tendresse dans ses bras... «T'endors pas tout de suite... J'ai un petit quelque chose pour toi...» Nicola se pencha et fouilla dans la poche de son pantalon. Il tendit à Boris un pendentif, une petite plaque d'argent qui se balançait au bout d'une corde en cuir. Sur la plaque était gravé un symbole japonais. «Ça se prononce Ai. Ça signifie être ensemble, union... Mais aussi amour. Voilà, c'est peut-être un peu cul-cul, mais... Enfin, je tenais à t'offrir un petit truc...» Boris prit le collier, regarda la petite plaque tourner à la lueur des bougies. «Nico...» Il se redressa pour pouvoir le mettre et Nicola l'y aida, attachant la corde derrière son cou. La plaque froide vint se poser sur le torse du guitariste. «C'est très beau... Merci beaucoup.» Nicola sourit et se blottit contre lui. «C'est trois fois rien, mais j'ai trouvé que ça serait une bonne idée puisque ça fait un petit bout de temps qu'on est ensemble...» «Presque deux mois, c'est vrai... et on dirait que c'est parti pour un bon bout de temps encore...», murmura-t-il. Cette fois, ce fut Nicola qui prit son visage entre ses mains et lui donna un profond baiser. «Je t'aime Nicola», dit le guitariste, le regard intense. «Je t'aime aussi...», répondit Nicola. Il cala sa tête dans le creux de l'épaule de Boris et ferma les yeux.

«C'était plutôt torride ce soir... », remarqua-t-il en riant. Boris sourit, un peu embarrassé. «Je sais pas, j'ai eu besoin de savoir que tu m'appartenais encore... Toute une journée sans toi c'est dur à tenir, tu sais?» «T'avais besoin de m'attacher pour ça? T'es plutôt possessif toi, dis donc!», dit Nicola en riant. «Ne t'inquiètes pas: je suis à toi et je ne m'en irai pas... Je suis si bien, je serais incapable de renoncer à tout ça, de renoncer à toi...» Boris serra fortement Nicola dans ses bras. Quelque chose s'annonçait dans son esprit, un sentiment fort et sauvage qu'il avait juste aperçu pendant son jeu cruel de tout à l'heure. Il était oppressant, dangereux, et il lui faisait un peu peur... Boris ne voulait plus lâcher l'homme dans ses bras. «Nicola, je sais pas... Si je pourrais supporter que tu... Que quelqu'un...» Nicola le regarda, rassuré que Boris tienne autant à lui que lui tenait à Boris et aussi étonné que la peur le prenne également à la gorge. «Hé... Je partirai pas... Et rien ni personne ne se mettra entre nous. Jamais.» «Jamais...», répéta Boris. La peur qui serrait son cœur - peur pour Nicola et pour lui-même - était soudain trop grande pour qu'il puisse faire autre chose sinon croire à la sincérité qu'il voyait dans les yeux de son amant. «Jamais...», dit-il une dernière fois, embrassant le front de Nicola.

CHAPITRE VII

«Tadaimaaa!» La voix de Boris résonna dans la maison. À force de regarder la télé japonaise, il commençait à apprendre des expressions comme celle-là, qui signifiait je suis rentré.

Oli qui regardait la télé confortablement allongé sur le canapé se retourna et lui jeta un coup d'œil, le regard ensommeillé. «T'as fait quoi de Nicola? Je croyais qu'il était parti avec toi.» «J'ai pas réussi à le faire démordre de son idée folle de dormir dans un hôtel-capsule», répondit le guitariste, entrant dans le salon. «Donc ce soir, c'est juste toi et moi... Et de la Sapporo!», annonça-t-il, levant ses trois paquets de bières comme un trophée. «Ah, super!», fit Oli avec un sourire. «Belle soirée en vue. Amène ça ici...» «Tout de suite...» Boris alla ranger les paquets encore frais dans le réfrigérateur puis revint avec deux canettes.

Il se jeta sur le canapé à côté d'Oli et lui passa sa bière. «Tu regardes quoi, là?» Oli ouvrit sa canette et prit une grande gorgée. «Je sais pas trop, je comprends rien. Ça a l'air d'un talk-show mais j'ai strictement aucune idée de quoi ils parlent.» Boris écouta un peu, mais les paroles des deux hommes à l'écran le dépassaient aussi. «Il y a pas du foot ou quelque chose dans le genre? Au moins, on aura pas besoin de la langue pour comprendre...» Oli prit la télécommande et la lui donna. «Regarde toi. Moi j'en ai marre de zapper...» Boris commença à changer de chaîne jusqu'à ce qu'il tombe enfin sur une bande de garçons en short se disputant autour d'un ballon. «Tiens, je t'ai raconté? Nico se lâche sur le shopping maintenant.» Oli vida sa première canette et se leva pour aller s'en chercher une autre et en ramener une à Boris. «Ah bon?» «Merci... Il avait commencé par les petits souvenirs genre les verres de saké, tu te rappelles? Mais là il a découvert les fringues et je le retiens plus, on a dû entrer dans quatre ou cinq boutiques aujourd'hui!» «Putain... Il ferait mieux de se calmer, sinon il va revenir en France avec deux fois plus de valises que quand il est arrivé... Et toi, t'as rien acheté? À part ce collier que t'as autour du cou...» «Nan, moi faut me pousser pour me faire acheter des trucs... Ça, c'est encore une folie à Nico justement», dit Boris, touchant la petite plaque d'argent. Oli la prit et la frotta entre ses doigts, l'air songeur. «C'est quoi ce signe? Ça veut dire quelque chose?» «Ben c'est un idéogramme... Union, amour, je crois... Je t'en prends une autre?» Oli finit sa deuxième canette. «Oui, steup...» Boris lui en donna un nouvelle.

«Comment les écolières adorent son look à lui dans la rue... Tu te souviens quand on est entrés dans ce magasin de disques?» «Euh... Plus trop en fait...» «Putain, mais elles se sont jetées sur lui comme si c'était au milieu d'une FNAC! Aucune idée de qui il était, mais folles pour une photo de lui avec sa mèche!» Boris éclata de rire. «Il a fait une de ces têtes... Je lui avais dit qu'il aurait dû la couper avant de venir, comme t'as fait.» Oli avala une gorgée. «Ouais, il s'en débarrassera jamais de sa foutue mèche, oublie ça...» «C'est vrai, c'est sa marque de commerce... Il avait l'air d'un personnage de manga pour elles, je suppose...», dit Boris en souriant. Oli éclata de rire. «Ouh... Putain... Je crois que je me suis envoyé la bière un peu trop vite... Ça tourne un petit peu...» Boris le regarda avec un sourire moqueur. «Pfff... Cette jeunesse... Trois bières et ils commencent à tomber comme des mouches...»

Il se leva, rapporta encore deux canettes. «Tiens, ça te remettra sur pied.» «Je devrais pas, mais c'est trop délicieux ce truc-là...», fit Oli, ouvrant sa quatrième bière. «La meilleure. Les japonais ont vraiment tout compris sur ce coup-là... », répondit Boris, savourant la fraîcheur du liquide sur sa langue. «Parlant des mangas, t'as déjà remarqué les genres de BD bizarres qu'ils ont par ici? » «Ah ouais, on est au royaume des mangas ici, c'est trop bien... J'ai pas encore eu le temps de regarder comme il faut, mais j'irai faire un tour très vite pour voir tout ça en détail.» «Putain, mais c'est super... On a regardé un peu avec Nico cet aprem, juste pour rigoler... On a rencontré une petite française dans le magasin qui nous a reconnus et elle nous a donné un de ces cours en la matière... Tu savais qu'ils sortaient des histoires de cul entre mecs destinées aux filles?» «Ouais, j'ai vu ça. Yaoi je crois, non?» «C'est ça, voilà. Je me souvenais plus du nom... T'as vu ça où, toi? », demanda Boris d'un ton intrigué. «Euh... Ben je suis tombé sur un site parlant de ça en cherchant justement sur les mangas sur Internet», répondit Oli. «Je vois... Et ça t'intéresse?» «Euh... Bah ouais. C'est plutôt rare des BD gay à ce que j'ai vu...» «Ouais, et c'est dommage.»

Boris alla chercher encore deux canettes. «Ça te branche ce genre d'histoires?» «J'sais pas trop... Jamais réfléchi à ça», fit-il avec un sourire embarrassé. «J'ai regardé un peu et ça avait l'air OK.» «Ce que j'ai pas trop aimé, c'était que les personnages passifs avaient trop souvent l'air de filles. Et c'est pas du tout le but, tu trouves pas?» Oli le regarda quelques secondes. «Euhh... Ben euh... Je... Je suppose que non...» «Moi je les aime soumis, mais il faut qu'ils soient de vrais hommes, tu vois?», commenta-t-il, allumant une cigarette. «Ouais, OK... Euh... C'est le cas de Nico, ça?» «Ah oui... Et c'est pour ça qu'il m'excite autant je suppose...», dit le guitariste, l'air pensif. Oli rougit violemment et bu le reste de sa canette d'un trait. «Bah euh... Il est mignon n'empêche dans son genre, non?» «Mignon comme un hérisson, ouais! Faut pas trop s'y fier...», dit Boris en riant. «Mais c'est vrai que son côté petit garçon lui donne du charme.» Oli hocha lentement la tête.

À l'écran, le public criait sa joie pour le but compté par leur équipe. «Toi, tu les aime comment?» «Hé, euh... Suis pas gay moi, hein.» «Je t'ai pas demandé ça, je t'ai demandé quel était ton genre de mec», dit le guitariste, se levant pour aller à la cuisine. «Euh... Ben j'ai pas de genre de mec moi, je suis pas attiré par les mecs... Mais sinon, comme j'ai dis, je trouve Nico pas mal...», répondit Oli. Boris avait un sourire malicieux alors qu'il lui passait une nouvelle canette. «D'accord, d'accord... Et tu le trouves pas mal en quel sens? Juste physique, ou...?» «Dans tous les sens du terme j'dirais», dit Oli en ouvrant sa bière. Il se demandait combien il en avait déjà pris... «Il a été ton idole de jeunesse, non?», demanda gentiment Boris. «Bah ouais, et puis? Qu'est-ce que ça change?» «Rien, je suppose juste que tu l'aimes bien depuis, c'est tout...» «C'est sûr, je l'aime beaucoup...», confirma-t-il. Boris hocha la tête, allumant sa deuxième clope. «C'est ton meilleur ami, c'est ça?» «Oui... Et c'est réciproque je crois... Enfin, ça l'était. Avant que tu n'entres dans le portrait... Et dans sa chambre.» «On dirait que t'as vraiment du mal à vivre avec nous...» «Les petits couples qui se bécotent devant moi j'ai jamais trop kiffé... Mais je parlais pas d'ici, je parlais en général. Quand vous vous êtes mis ensemble toi et lui», expliqua-t-il. «Mais... C'est quoi le problème? Tu veux qu'on soit plus discrets, c'est ça?» Oli le regarda dans les yeux. «Honnêtement?» Boris lui rendit son regard, sérieux. «Oui, dis-moi.» «Je préférerais que vous ne soyez pas du tout ensemble parce-que ça me fait chier.» «Ça te fait chier? Parce-qu'on t'a demandé de garder notre secret?» «Oui... Mais surtout parce-que... Parce-que... Parce-que j'aime Nico aussi...» Boris avait les yeux ronds. «Comment ça tu l'aimes...?» Oli se mordit la lèvre, son esprit embrouillé par l'alcool regrettant déjà d'avoir tout dit... Mais il ne pouvait revenir en arrière. «Tu m'as très bien compris.» «Plus qu'en ami tu veux dire?», murmura Boris. «C'est ça.» «Putain...» Le guitariste finit sa bière d'un seul trait.

«Tu ressens ça depuis longtemps ou...?» Oli ferma les yeux. «Je sais plus... J'ai commencé à réaliser quand j'ai su qu'il se passait quelque chose entre vous deux je pense...» «Je vois... C'est pour ça que tu étais si en colère?» Oli hocha la tête. «Mais t'inquiètes, j'essaierai pas de te le piquer... De toute façon, il voudra jamais de moi.» «Il est ton premier amour de ce genre, non?» «Ouais...» «T'étais vraiment pas attiré par les mecs avant?» «Euh... Pas vraiment, non...» «Jamais eu de curiosité?» Oli ouvrit enfin les yeux. «Bah si, comme tout le monde je suppose.» «Je sais pas, tu n'étais pas si ouvert tout à l'heure...» Boris lui donna une autre canette. «J'ai droit à mon jardin secret, non?», fit Oli, ouvrant son énième bière. «Ouais, je suppose... Mais tu sais, on est entre mecs là, tu peux me raconter tout ce que tu veux», lui assura Boris en riant. Son compagnon bu la moitié de sa boisson d'un trait.

«Mouais... Tu veux savoir autre chose? Comment je me branle, disons?», dit-il en riant. «Ouais, raconte.» Oli éclata de rire. «Ah non, ça je te dis pas!» Le guitariste sourit. «Allez, t'as commencé, faut aller jusqu'au bout maintenant!» «Tst, tst, tst... La curiosité est un vilain défaut...», fit Oli. «La honte est encore pire je te signale.» «J'ai pas honte, mais j'irai pas te raconter ça putain!», fit Oli en levant les yeux au ciel. «C'est comme ça que t'as eu Nico, pas vrai?» «C'est lui qui a commencé à poser des questions, moi je n'ai fait que jouer le jeu...», dit Boris, feignant l'innocence. Oli esquissa un sourire. «Ouais, c'est ça... Et moi je suis le Pape... Putain Boris, Nico on peut lui faire avouer n'importe quoi. Il arrive pas à mentir si on insiste trop, et toi t'es un maître là-dedans, alors ne me fais pas croire que tu l'as pas poussé à te raconter tous ses petits secrets intimes.» «Pas que les petits au fait...», avoua Boris avec un sourire narquois. «Mais toi t'es un dur je suppose? Tu vas pas me les dire tes secrets intimes?» «Jamais. Te dirai rien, moi. Je resterai silencieux comme une tombe... Ah mais, euh... C'est quoi les petits et les gros secrets au fait?», demanda innocemment Oli. «Dis-moi un à toi et je t'en dirai un à lui en échange...»

Oli se mit à rire. «D'acc, va pour ça... euh... Ben tu sais la nuit où vous avez baisé dans ta chambre et que j'étais furax le lendemain? Eh bien cette nuit-là, je me suis branlé en vous écoutant...» Boris éclata de rire et traîna Oli dans la cuisine. Ils eurent du mal à ouvrir leur canette. «J'en étais sûr, putain! Enfin, voilà: Nico lui, il rougit comme une petite vierge au lit.» Oli éclata de rire. «Ça ne m'étonne même pas!» «Mais c'est incroyable, c'est à chaque fois! Depuis le début, il a l'air tout gêné quand je le prends alors que c'est un vrai petit vicieux normalement!», continua Boris. «Faut le comprendre, il a toujours été plutôt timide...», dit Oli en s'accoudant sur le comptoir. «Oui... Faut dire que moi ça me gêne pas, bien au contraire.»

«Dis, je me demandais... Ça fait mal ce que vous faites? Si tu vois ce que je veux dire...» Le guitariste lui jeta un regard malicieux. «Curieux, hein Oli? Ben non, ça ne fait mal qu'à la première fois. Après, on a des façons de se préparer et ça ne fait plus mal... Sauf si on le veut.» Olivier haussa un sourcil. «Vous donnez dans le sado-maso aussi ou quoi?» «Ça par contre, c'est un secret... Et je ne te le raconterai que si tu me racontes un à toi d'abord...» «Ce que t'es emmerdeur... Bon, OK. C'est parce-que je suis curieux... Hum, voyons voir... Si je te dis que ça fait plus d'un an que j'ai pas baisé, ça compte pour un secret, ça?» Boris hocha la tête et sourit. «Oui, ça compte... Mais putain, t'aurais dû me le dire avant! On comprend mieux ta sale humeur ces jours-ci! Bon...» Il baissa la voix. «J'ai attaché Nico au lit avec ma ceinture l'autre soir... On aime assez ces petits jeux, oui...» «Ah, c'était ça les marques sur ses poignets...» Boris eut un sourire embarrassé. «Ouais... J'y suis allé un peu fort...» Oli sourit. «Tant que vous commencez pas à sortir le fouet...» «Nan, je crois que Nico aura appris sa leçon... Toi, t'es pas curieux d'essayer ce genre de trucs?» «Euh... Je suis pas trop dans le sado-maso, moi.» «On dirait pas, avec certains trucs que t'écoutes...», commenta Boris.

«Dis-moi, si un jour on t'invitait à nous rejoindre, t'accepterais?» Oli qui buvait faillit s'étouffer. «Euh... Euh... Ben, je... Je sais pas...» «Pas pour les jeux SM, rassure-toi», lui assura Boris en riant. Sa voix prit une note séductrice. «Je dis juste ça comme ça... Si t'as envie d'essayer, un soir...» «Euh... On verra, d'accord?», fit Oli, allant vite se rasseoir au salon. Boris le suivit. «Allez, avoue Oli... Ça te dirait pas d'avoir Nico sous toi ou... De te faire prendre par lui?» Oli rougit. «Euh... Peut-être, mais... On peut pas parler d'autre chose s'il te plaît?»

Le guitariste l'observait intensément de l'autre bout du canapé. «Pourquoi ça te gêne autant de parler de cul et de Nico?» «Les deux séparés comme sujet de conversation, ça va. Mais les deux ensemble, c'est... Je sais pas, j'ai pas le droit...» «Comment ça? On est entre potes, là...» «C'est que... J'ai pas l'habitude de parler de ce genre de trucs, et... C'est trop bizarre...», bafouilla Oli. «Putain, c'est bizarre de ne PAS en parler! Allez, lâche-toi un peu...» «Ben je me lâche, je t'ai raconté des trucs personnels, non?» «Ouais, mais tu t'esquives à chaque fois qu'on parle de ton envie de Nico, alors je me dis que soit tu me fais pas confiance, soit il y a quelque chose qui cloche...» Oli lui jeta un coup d'œil. «Mais c'est TON petit copain, non? Je suis pas censé avoir le droit de... De fantasmer sur lui... Et encore moins de t'en parler!» «Naaah, il est le fantasme de tellement de gens que je m'y habitue», dit Boris en riant. «De toute façon, tu pourrais me donner des idées peut-être!» «Euh... Des idées pour quoi?» «Pour quand on réussira à te jeter dans notre lit, quoi d'autre!» Oli avait de plus en plus de difficulté à boire sa bière. «Euh... C'est ce que Nico veut aussi?» «Ça te ferait quoi si je te disais que oui?» «T'es sérieux, là?» «Parle-moi de tes fantasmes et je te répondrai...» Oli se leva. «Ah non, moi je me ferai pas avoir. Je crois qu'il vaut mieux que j'aille me coucher.» «Comme tu veux...», dit Boris, jetant ses longues jambes sur l'espace laissé par Oli.

«Dis-moi juste une dernière chose... T'es amoureux de lui, pas vrai?» Oli ferma les yeux. «Oui», avoua-t-il, à peine audible. Boris, plus sobre qu'il eut souhaité l'être, réfléchit une seconde sur cette réponse. Mais alors qu'il trouvait comment mettre en mots ses pensés, la porte d'Oli se ferma bruyamment. «Bonne nuit Oli...», murmura le guitariste.

À suivre...