Jim Anderson et le dernier des Anges Libres (12)


Jim Anderson et le dernier des Anges Libres (12)
Texte paru le 2014-12-24 par Tom   Drapeau-fr.svg
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CHAPITRE 12

Maléfice

Thèbes, 371 Av. JC.

Il ne restait dans la mémoire de Théodre que des bribes des évènements de ce qui tous appelaient maintenant la bataille de Leuctres. Il se souvenait de leur longue marche en direction de lignes ennemies quelques semaines plus tôt ; de ses jours passés dans le camp avec les soldats de Thèbes et surtout avec ceux de son père, ceux du Bataillon Sacré. Puis, il s’était réveillé dans sa chambre, frais et dispos, à Thèbes. Tout le reste, son enlèvement en pleine nuit dans la tente de son père et son retour à nu et demi-inconscient au camp ; tout cela lui avait été raconté par son père, Epaminondas. Ce qu’il avait fait durant les quatre jours qu’avait durée sa disparition semblait à jamais perdu. Il ne présentait aucune marque de blessure, au contraire, d’anciennes cicatrices qu’il tenait d’une chute lorsqu’il était enfant avait disparu. Jamais il ne s’était senti aussi bien.

Après près de dix jours de comas, il avait trouvé ses parents attablés dans la pièce principale, morts d’inquiétude pour leur fils. Aux embrassades de son père et aux larmes de joie de sa mère succéda un appétit féroce. Il avait dévoré presque toutes les réserves de la maison au grand plaisir de sa mère qui ne fournissait pas à le rassasié. Pendant ce temps, son père lui avait raconté leur grande victoire, combien leurs nouvelles stratégies avait porté leur fruit.

Au combat, il était de coutume que les deux belligérants organisent leurs forces à l’identique, un alignement uniformes de plusieurs régiments sur des centaines de mètres. Mais son père, conscient qu’un combat frontal en ligne serait suicidaire du fait du surnombre des spartiates, avait décidé de rompre cette uniformité. Il avait massé la majorité de ses troupes, et notamment le Bataillon Sacré, sur son flanc gauche, reculant l’aile droite amoindrie de son armée de la ligne de front afin qu’il n’est pas à combattre.

Une stratégie qui leur avait valu la plus belle des victoires. Epaminondas avait lancé sa cavalerie à l’assaut de celle de Cléombrote, roi de Spartes. Plus nombreuse, elle avait sans mal dispersée l’ennemi ; puis au son des flûtes et des tambours, il avait précipité le Bataillon de Thèbes telle un énorme marteau fracassant l’ennemi avec une infinie violence. Très rapidement, ils avaient coupé toute retraite au roi de Sparte et à ses officiers qui moururent dès la première heure. Après le décès de leurs chefs, les soldats se rendirent sans combattre. Les troupes de Thèbes étaient restés plusieurs jours sur les lieux afin de consolider leurs positions, profitant de leur victoire pour établir de nouvelles frontières sûres, renvoyant les soldats spartiates prisonniers vers leur Cité. Il se murmurait également que, excités par leur victoire, les hommes de Bataillon Sacré avaient abusé de certains de leurs prisonniers, partageant de gré ou de force leurs couches avec les plus beaux et les plus virils de leurs ennemis.

A leur retour à Thèbes, plusieurs jours de fêtes avaient été décrétés et la ville retrouvait juste son calme lorsque Théodre avait repris connaissance. Son père lui appris également que le Général Gorgidas était plusieurs fois passé pour s’enquérir de sa santé et qu’il serait bon que pour le remercier, il lui rende visite dès qu’il se sentirait en état de le faire. Théodre avait alors souris intérieurement. Son père était un grand stratège, mais jamais il ne voyait que rarement ce qui se passait sous son nez. Il avait acquiescé puis s’était rendu chez Gorgidas.

* * *

Ses retrouvailles avec le général qui s’était sans ménagement emparé de son autre virginité avait été à la hauteur de ses espérances. Il s’était montré doux, attentionné, alors qu’il franchissait à peine le seuil de sa porte, le prenant dans les bras et l’embrassant à pleine bouche. Puis, alors qu’il l’entraînait vers son lit, il s’était peu à peu enhardit, retrouvant son caractère dominateur, frôlant parfois la brutalité. C’était l’une des choses que Théodre appréciait en lui, cette dualité entre l’homme doux et enjôleur, plein de raffinement, et le soldat brute qui aimait dominer ses partenaires. Il se racontait qu’il n’avait pas son pareil pour dompter les soldats Spartiates faits prisonniers et Théodre voulait bien le croire aux vues de leurs exploits sensuels.

Mais curieusement, alors qu’il gisait la tête sur la poitrine de son amant endormi, sentant son cœur battre doucement contre son oreille, il sentit que quelque chose lui manquait. Malgré la débauche de caresses et de sexe à laquelle il venait de goûter, il ne se sentait pas rassasié. Son corps semblait prétendait à plus, sa peau réclamait d’avantage, des choses que Gorgidas, aussi inventif et lubrique qu’il soit, ne pourrait jamais lui donner. Alors lentement il se leva, prenant soin de ne pas réveiller son amant endormi. Puis il s’habilla et sortit dans la chaleur encore lourde de la nuit, à la recherche du seul être qu’il pensait capable de le repaitre, celui que son corps appelait malgré lui.

* * *

L’Ange de Thèbes n’était pas créature facile à trouver. Gabriel était son nom. Théodre ne se souvenait plus comment il l’avait appris, et bien qu’il ignora pourquoi, il était certain d’une chose, jamais il ne devait prononcer ce nom en sa présence.

Il le trouva sur le toit en terrasse de la Cadmée, la citadelle qui veillait sur Thèbes, lieu de résidence du Bataillon Sacré. Il se tenait un bord du vide, admirant les lumières vacillantes de la ville depuis son point de vue. Immobile, il paraissait songeur, même préoccupé. Théodre s’approcha doucement et il n’était plus qu’à quelques mètres de l’Ange lorsque sa voix grave retentit.

— Théodre, je suis content de voir que tu vas mieux, lui dit-il sans se retourner.

Le jeune homme s’arrêta et l’observa un moment. Sous la lueur des étoiles, la peau dorée de son dos tendue par ses muscles souples et déliés semblait scintiller. Une pulsion irrépressible le pressait de poser sa main sur ce corps parfait et sculptural.

— Merci, se contenta-t-il de répondre.

L’ange se retourna vers lui.

— Tu semble avoir déjà pris du plaisir cette nuit… (Il marque une pause, ferma les yeux et inspira profondément.) Le Général Gorgidas, si je ne m’abuse ; est-il aussi doué que moi ?

Théodre rougit violemment devant ces remarques dépourvues d’ambigüité.

— Je…, commença-t-il., le Général Gorgidas a certains talents…

— Oui, c’est ce que l’on dit… peut-être devrai-je m’en assurer.

Cette fois, il n’y avait ni sous-entendu, nu grivoiserie dans sa voie, juste un constat des choses.

« Peut-être serait-il bon de lui faire sentir à son tour l’effet que l’on ressent à subir les assauts d’un autre. Il sait parait-il très bien s’occuper des jeunes hommes récalcitrants à ses avances… Qu’en dis-tu ? »

— Je... je ne sais pas, répondit le jeune homme, surpris par le tour que prenait la conversation.

L’Ange s’approcha de lui et se tint à quelques centimètres. Il le dominait de toute sa hauteur, son torse musclé et imberbe juste devant ses yeux, le V de ses hanches plongeant dans une ample jupe de lin. Un désir insondable ravageait les entrailles du jeune homme devant cet être d’une beauté inhumaine.

Lorsqu’il te verra, lorsque tu le toucheras, il ne pourra résister à l’attraction que tu exerceras sur lui.

Cette phrase venue de nulle part surgit dans sa tête au moment même où il levait la main et la posait sur le ventre ferme et sculpté de l’Ange. Il leva la tête et croisa son regard surpris.

— Que… commença la créature.

Puis il s’interrompit et sembla perdre le fil de ses pensées alors que ses pupilles se dilataient démesurément. Sans la moindre parole, il posa fermement sa main sur la nuque de jeune homme et le plaqua contre lui avant de s’emparer fougueusement de ses lèvres. Les gestes de l’Ange avaient quelque chose de brutal et d’incroyablement érotique pour Théodre. Il se pressa contre son corps et lui rendit son baiser, laissant la langue de la créature jouer avec la sienne. Il sentait se virilité vigoureuse palpiter contre son bas-ventre, tendre la toile de son vêtement de lin et se laissa tomber à genoux pour le satisfaire. D’un geste sûr, il défit la jupe, laissant jaillir le mandrin épais, puis il en engloutit le gland rouge et commença à le téter. Les doigts de l’Ange fourrageaient ses cheveux, semblant hésiter entre le repousser et l’attirer à lui d’avantage. La tête rejetée en arrière, il haletait, surpris des sensations qui le parcouraient.

Théodre usait de toute sa science pour contenter son amant, s’amusant à alterner des rythmes lents et profonds et de petits gestes plus rapides, jouant avec lui au fond de sa gorge. Le corps de son partenaire réagissait au moindre de ses gestes comme si les rôles avaient été inversés. Lui d’ordinaire si soumis se sentait peu à peu prendre l’ascendant, devenir le maître de leurs ébats. Des picotements étranges, comme des piqures d’aiguilles, commencèrent à se faire sentir sur sa peau. Les sensations débutèrent aux creux de ses reins, tel un fourmillement léger. Puis ils s’intensifieraient, gonflant en lui par vagues successives, se précisant peu à peu. Il cambra le bas de son dos, relevant légèrement ses fesses fermes et imberbes comme pour appeler son amant à le satisfaire d’avantage. Son tourment grandissait alors que les fourmillements devinrent des picotements qui eux-mêmes se firent piqures, le mettant au supplice et éveillant en lui un plaisir nouveau. La bouche pleine de son amant, il ne pouvait crier, mais son corps s’agitait sous les assauts de l’aiguille imaginaire.

L’Ange, gémissant de plaisir, se laissa tomber à genoux sans que pour autant Théodre ne relâche l’étreinte de ses lèvres autour son membre dur. Au contraire, le jeune homme enfouit sa tête au creux de ses cuisses comme l’agneau entre celles de sa mère, recherchant la promesse d’une liqueur nourrissante. Gabriel posa sa main droite entre ses omoplates et tout son corps frissonna. Elle avait quelque chose d’apaisante, de rassurante et il alla à sa rencontre comme un chat vers celle de son maître. L’Ange la fit doucement glisser le long de sa colonne vertébrale, atténuant la douleur des piqures tel un baume sur une blessure à vif. Théodre fit onduler son dos pour suivre le parcours qu’elle dessinait vers ses lombes puis s’ouvrit lorsque ses doigts écartèrent ses fesses et se glissèrent en lui. Sans effort l’Ange s’enfouit dans le fondement dilaté. Il hésita un instant, craignant de le blesser, puis voyant avec quelle aisance il s’y introduisait, il y continua sans plus de réflexion.

— Que nous arrive-t-il, gémit l’Ange, les yeux clos, emporté par des sensations qu’il n’avait plus connus depuis des centaines d’années. Puis il rejeta la tête en arrière et se libéra dans la bouche qui le torturait. Théodre avala l’abondant cordial qui lui envahissait la bouche, n’en gaspillant rien, aspirant la moindre goutte qui aurait pu rester dans les conduits de la créature.

Lorsqu’il n’y en eut plus la moindre trace, il releva la tête. Ses joues étaient rouges, ses yeux luisant d’une excitation que rien ne semblait pouvoir étancher. L’Ange se tenait devant lui, nu et magnifique, assis sur son séant, les cuisses écartées, son membre toujours dur. Théodre s’approcha de lui à quatre pattes, aussi doucement qu’un félin vers sa proie et s’empara de sa bouche, mélangeant le goût du sperme et de la salive de son amant. Alors sans quitter sa bouche, il fit passer ses jambes autour de la taille ferme de Gabriel et s’assis sur son sexe. Le chibre dur et démesuré entra en lui comme son doigt dans la motte de beurre fraiche lorsque sa mère venait de battre la crème encore tiède. Il enfoui sa tête au creux de l’épaule de son partenaire et se pressa fermement contre lui. Il voulait sentir son corps massif et protecteur, fusionner avec lui, ne faire plus qu’un. Sentant son désir, l’Ange bascula en avant et le coucha sur le dos. Théodre s’agrippa à lui, nouant ses cuisses autour de ses hanches puis se laissa aller aux va et viens de son maître.

Alors les picotements refirent surface, l’aiguille traça de nouveaux sillons de feu sur sa peau. Des signes noirs se mirent à apparaître et disparaître à la surface de son épiderme au rythme de son amant qui fouissait en lui. Puis le motif d’une chaine faite d’épais maillons, une chaine telle que les employaient les soldats de la Cadmé, se dessina clairement. Elle se mit à glisser sur sa peau, onduler tel un serpent excité pour se rependre sur son corps tout entier. Peu à peu, les souvenirs affluèrent dans l’esprit de Théodre, son enlèvement, la torture de l’aiguille… Samaël

Un bref instant, il pensa à repousser Gabriel. Il devait le protéger, faire barrage au plan de Samaël. Mais l’intensité des sensations qui le parcouraient eurent raison de lui. Il avait appris à prendre plaisir dans la douleur, au cœur même des pires sensations qui étreignaient son corps, et rien n’aurait pu à cet instant le délier de son amant.

Les va-et-vient de l’Ange devinrent de plus en plus puissants, de plus en plus brutaux. Il sentait son bassin venir claquer sèchement contre ses fesses, le son de son sexe qui se frayait un chemin en lui à un rythme effréné. Blotti en son sein, il savourait ses instants d’extases alors que la chaîne, mue par un quelconque maléfice glissa de sa peau sur celle de Gabriel.

Le passage se fit d’abord hésitant comme si la marque craignait de se faire rejeter. Puis semblant se rendre compte de l’absence de toute résistance, elle s’enroula atour de lui, glissant au bas de son dos, encerclant ses lombes pour revenir se jeter sur son premier maître. L’Ange se rendit alors compte de quelque chose, il se redressa, prenant appuis sur ses bras, mais il était déjà trop tard. La chaîne resserra son étreinte et plaqua son bassin contre celui de Théodre, puis glissa de nouveau dans son dos, plus haut cette fois, au niveau de ses omoplates et l’entraina puissamment vers le bas. Les bras de Gabriel cédèrent et il s’affala sur son partenaire qui s’accrocha à lui.

— Que… qu’as-tu fais ! cria l’Ange.

Mais déjà la bouche de Théodre s’emparait de la sienne, l’obligeant à se taire.

La chaîne poursuivait son chemin, plongeant et replongeant d’un corps à l’autre, les liants puissamment pour qu’il ne puisse de séparer. Théodre faisait onduler son bassin contre celui de Gabriel qui semblait tétanisé, refusant d’aller plus avant dans leurs ébats. Alors, mue par une conscience qui lui était propre, la chaîne qui venait de s’arrêter au creux de sa nuque, courue le long du canal que dessinaient ses vertèbres et, sans hésitation, se glissa entre ses fesses. Dans un ultime geste de résistance, Gabriel serra les globes musculeux de ses fessier, tentant de lui en interdire l’entrée, mais déjà elle était en lui, s’enfonçant loin, toujours plus loin, sans paraître vouloir s’arrêter. Il leva la tête pour cirer, mais la chaîne réagit plus vite et s’enfonça jusque dans sa gorge, bloquant la sortie du moindre son.

Pris de tout côté, l’Ange n’avait plus aucune échappatoire. La chaîne le possédait de partout. Il connaissait ce sortilège. Ses semblables eux-mêmes en avaient usé pour se délivrer de leurs maîtres des milliers d’années auparavant. Puis il avait été décidé que plus jamais personne n’y aurait recours. Mais quelqu’un avait cependant brisé cette promesse… Qui ? Samaël ?

La Chaîne du languissement, tel était le nom de ce sortilège. Il la sentait en lui, fouiller ses entrailles à la recherche du point qui saurait lui faire prendre tout contrôle, un lieu où personne n’avait eut accès depuis des milliers d’années, caché en lui. Il la sentit s’en approcher, tâtonner comme un homme dans la nuit, l’effleurer… Il sentit son corps frémir, le trahir. Il sut qu’il perdait lorsqu’il sentit le cri de victoire de la chaîne se répercuter en lui comme un coup de buttoir au fond de sa tête alors qu’elle se jetait dessus comme un fauve sur sa proie.

La sensation fut vertigineuse. Le plaisir éclata en lui, se répandit dans toutes les fibres de son être. Son sexe durcit encore d’avantage, devenant douloureux tandis qu’il se remettait à coulisser dans le conduit doux et moite de Théodre. Une boule douloureuse commença à se former au creux de son ventre, durcit ses testicules gonflés de semence. Il avait l’impression de se tenir au bord d’un précipice insondable. La chaîne allait et venait entre ses fesses à un rythme effréné, guidant ses mouvements. Son corps, plaqué contre celui de son jeune amant n’était plus que sensation. Il aurait voulu se laisser aller à la jouissance mais même cela semblait lui être refusé, comme si la chaîne infernale voulait autre chose de lui. Violer son intimité, se rendre maître de son corps ne semblait pas lui suffire. Il se sentit revenir aux temps immémoriaux où lui et ses frères avaient été créés. Créés pour servir, créés pour donner du plaisir à des créatures toutes puissantes entre les mains desquels ils n’étaient que des jouets. Des larmes perlèrent aux coins de ses yeux. Il était né pour cela, pour donner du plaisir et même des milliers d’années ne pouvaient l’affranchir de ce qu’il avait été programmé à faire. Et maintenant qu’il se trouvait au bord de l’abîme, il retrouvait sa véritable nature.

Encore une fois, il voulu se laisser aller à la jouissance, mais une force inconnu l’en empêcha, retenant se semence en lui. Ses testicules devenaient douloureux, des spasmes agitaient son ventre aux muscles fermes et tendus à l’extrême. Il aurait crié si la chaîne le lui avait permis.

Va-et-vient… Allez et retour… tel était le rythme de la chaîne dans son fondement dilaté. Son corps n’était plus que jouissance et douleur, douleur et jouissance. Il en était venu à ne plus être capable de les distinguer l’une de l’autre tant elles ne faisaient plus qu’un. Puis, alors qu’il croyait devenir fou, elles se regroupèrent au creux de son dos, à la base de ses fesses, là où nait le plaisir. Alors dans un bruit de tonnerre que seul lui perçut, elles fusionnèrent et son corps se cabra. Il rejeta la tête en arrière alors que la chaîne s’enfonçait dans sa gorge pour en ressortir quelques instants plus tard entourant précieusement un globe de lumière bleuté. Sa bouche libéré, il haleta doucement, hagard. La chaîne quitta brutalement son fondement et s’y renfonça presque aussitôt. Alors son corps céda, la boule de jouissance et de douleur se rompit et aussi brutalement qu’une vague de l’océan, il se rependit dans son jeune amant. La chaîne continua de tourner autour des deux corps à peine conscients des deux amants, les maintenant à un mètre du sol. Elle tenait entre ses maillons le globe de lumière bleuté à quelques centimètres du visage de Gabriel.

L’Ange se sentait faible, au bord de l’évanouissement. Il savait que s’il cédait, que s’il acceptait le repos que son corps exigeait de lui, jamais plus il ne se réveillerait. Puis il entendit des bruits de pas à quelques mètres de lui et tourna la tête. Il eut d’abord du mal à discerner l’homme qui s’approchait d’eux tant la nuit était profonde et les larmes qui inondaient ses yeux brouillaient son regard. Puis il le vit.

— Pourquoi ? parvint-il à articuler d’une voix rauque.

— Théodre était à moi, lui répondit Gorgidas. Il était mon amant, mon âme sœur ! Jamais tu n’aurais dû me le prendre. Je sais ce que vous voulez, vous les Anges. Vous prétendez nous guider, nous mener vers notre aboutissement, mais nous ne sommes que des pions entre vos mains. Samaël m’a tout dit sur votre véritable nature. Vous vous jouez de nous. Vous nous tuez par centaine ne vous fait pas le monde du monde frémir !

Il y avait de la douleur dans la voix de Gorgidas. De la douleur et de la haine.

— Tu te trompes sur moi, gémit Gabriel. Jamais je…

— Assez rugit Gorgidas en levant une urne devant lui.

Les yeux de Gabriel s’agrandir d’effroi.

— Non, hurla-t-il, tandis que Gorgidas en ouvrait le couvercle et que la chaîne desserrait son étreinte autour du globe bleuté qui se mit à flotter doucement vers le Général.

Alors plusieurs évènements eurent lieu en même temps. Théodre ouvrit les yeux et fixa le globe bleuté qui cessa d’avancer. La chaîne qui se tenait immobile jaillit vers lui et s’en empara.

— A MOI ! cria le jeune homme ouvrant grand la bouche.

Et devant le regard tétanisé de Gorgidas et celui épuisé de Gabriel, le sortilège s’engouffra dans la gorge de Théodre pour y enfouir la boule de lumière. Un instant, le temps sembla suspendu, puis la chaîne frémit et disparu, laissant les deux corps tomber vers le sol.

Gabriel se leva et fit face à Gorgidas. Il était nu et malgré lui, le Général sentit un certain désir monter en lui devant un corps si parfait et si puissant.

— Vous l’avez condamné, dit-il de sa voix toujours rauque. L’âme d’un ange ne peut habiter un homme sans le rendre fou.

Gorgidas regarda le corps inconscient de Théodre allongé au sol. Il se sentit vide. Qu’avait-il fait ! Par jalousie il avait sacrifié son amant.

— Que puis-je faire ? demanda-t-il à l’Ange, désespéré.

— Moi je ne peux rien pour lui. Je suis trop faible. Mon âme n’est pas prisonnière dit-il en montrant la jarre que tenait Gorgidas, mais j’ai perdu presque tous mes pouvoirs. Va voir Samaël, puisqu’il est ton maître.

Puis l’Ange disparu sans laisser la moindre trace de son passage laissant, Gorgidas au désespoir, agenouillé aux côtés de son jeune amant.