Jouir comme un vertige

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Numéro 104

Texte d'archive:


Archivé de: Lettres Gay – Numéro 104
Date de parution originale: Janvier 2000

Date de publication/archivage: 2012-03-08

Auteur: Léonard
Titre: Jouir comme un vertige
Rubrique: Premier mec: le grand frisson

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J’ai fait l’amour la première fois alors que je venais juste d’avoir dix-huit ans. Et ce fut avec un homme qui aurait presque pu être mon père. J’en garde, naturellement, un souvenir ébloui, et des sensations étonnantes que je n’ai jamais pu retrouver par la suite. L’effet-surprise, peut-être? C’était il y a tout juste vingt ans.

Depuis longtemps déjà, je savais que j’étais différent des autres. Mais, habitant à Paris, j’avais déjà pu constater que je n’étais pas seul à aimer les personnes de mon propre sexe. Pourtant, à l’époque, il fallait encore faire semblant de draguer la minette pour ne pas être rejeté. Ça me pesait sur les épaules chaque jour davantage. J’avais envie... oui! Mais envie de quoi, exactement? D’un corps d’homme contre le mien, d’enlacements, de baisers, de m’endormir contre un mec que j’aimerais. J’étais romantique, sensible. Je n’ai pas changé. Même si maintenant mes jeux sexuels sont nettement plus corsés. On peut devenir une véritable salope en amour et conserver un cœur de midinette.

C’était l’été soixante-dix-neuf, en Août. J’étais en vacances avec mes parents dans les environs de Rocamadour. La dernière année avec eux, heureusement. Quel ennui. Le moyen d’échapper aux rites et aux lourdeurs estivales et parentales: ma bicyclette! Je partais faire d’immenses balades dans toutes les directions, mais mon coin préféré restait une grotte apparemment connue de personne puisqu’elle était toujours déserte. C’était près d’une voie ferrée unique. On aurait dit les débuts du monde. Ça ressemblait à un grand effondrement envahi de végétation dense du sommet duquel coulait en cascade un ruisselet qui finissait par disparaître dans la gueule béante de la caverne, tout en bas. On aurait pu voir voler des ptérodactyles sans surprise... Je pouvais passer des heures à rêvasser dans mon improbable royaume, à peine ébranlé par le passage voisin d’un autorail. J’avais la tête pleine de l’homme rêvé. Je n’arrêtais pas de me branler tellement le désir pouvait me tirailler. Et puis, il est arrivé. Vincent.

Assis un après-midi près du ru serpentant de dalle en dalle, j’ai entendu quelqu’un descendre le raidillon. Peu après a surgi un type d’environ trente-cinq, voire trente-huit ans, le visage hâlé, en short, tee-shirt et sac à dos. A priori, je n’ai ressenti que de l’agacement pour celui qui pénétrait mes terres. Mon mec appartenait encore à mes rêves d’ado. Il m’a dit “bonjour” sans s’arrêter et est allé visiter l’entrée sombre du gouffre. Puis il est remonté et s’est assis près de moi. Il m’a souri en me regardant bizarrement, un peu trop longtemps pour que ce soit honnête. Je commençais à ne pas me sentir trop à l’aise lorsqu’il a saisi une gourde pour boire. Il m’en a proposé: l’eau était tiède. J’ai fini par prendre conscience de ses yeux bleu clair, des bouclettes châtain clair dépassant de la casquette, de ses dents très blanches, de ses lèvres presque carnassières. J’ai frissonné. On parlait de banalités, de la grotte, de l’endroit, de moi, de lui. Il devait, le soir, rejoindre des copains randonneurs à Rocamadour. Vincent s’était assis trop près de moi...

Comment expliquer ce que j’ai ressenti? Il y a eu une émotion violente comme un grand vent balayant tout, mes craintes, mon passé. Ça m’a traversé comme une douleur dans la poitrine. Mon cœur s’est mis à battre plus vite et j’ai senti une goutte de transpiration rouler depuis mon front. À mon tour, j’ai dû regarder Vincent beaucoup trop longtemps pour que ce soit honnête. Il a eu l’air mi-perplexe, mi-amusé: il avait compris qui j’étais! Il y a eu un grand silence, seulement peuplé du glougloutement du ruisseau et des pépiements des oiseaux dans les arbres. Le désir m’a saisi comme avec des tenailles. J’étais de plomb. Je n’aurais pas pu bouger: je serais resté scotché à Vincent! Il m’a entouré les épaules de son bras. J’ai fini par poser ma tête sur son épaule. Tout était dit! Tout restait à faire...

J’ai vu son visage s’approcher du mien, sa bouche entrouverte s'approcher de la mienne, et ses lèvres se sont posées sur les miennes. Il a forcé ma bouche, immisçant sa langue, pour un vrai baiser. Entre mecs! Quand il a voulu cesser ce pâlot langoureux, c’est moi qui ai pris l’initiative. Nous nous sommes retrouvés enlacés, serrés l’un contre l’autre. Que dire de ce premier baiser: chaleur et fraîcheur à la fois, douceur et virilité. Je me suis mis à triquer comme un beau diable. La terre aurait pu s’écrouler autour de nous que je n’aurais plus rien entendu! Mes rêves d’ado solitaire s’effilochaient pour laisser place à l’impérieuse mais réelle nécessité du désir sexuel. Pour de vrai.

Il n’a pas mis longtemps à poser sa grosse main sur ma bite tendue au travers du bermuda. Je n’ai pas tardé à masser son entrejambe, dur, gonflé. Les gestes venaient d’eux-mêmes, comme si je les eusse pratiqués depuis ma naissance. J’aimais les hommes, et ça me bouleversait de tâter, de caresser ce gros pieu raide encore caché sous le tissu du short. Tout s’est enchaîné très vite. Nos baisers sont devenus de plus en plus violents, de plus en plus profonds, nos enlacements, de plus en plus fiévreux, nous caressant les épaules, le dos, les reins, les fesses... C’est Vincent qui m’a aidé à retirer mon tee-shirt, puis il s’est mis lui-même torse nu: il était poilu, avec de gros tétons framboise. Il s’est mis à chatouiller les miens: je suis devenu comme fou de plaisir, haletant, gémissant. Il a sorti d’un geste mon glaive de son fourreau pur nylon. Il m’avait à peine empoigné la hampe que j’ai joui d’un coup en criant tellement ce fut fort. J’ai giclé dans sa main en me tordant comme un ver. Il a ri et m’a embrassé tendrement. Mon cœur battait à se rompre. Il a attendu que mon souffle s’apaise, et puis, insensiblement, il a dirigé ma tête entre ses cuisses. J'ai posé ma joue contre le paquet gonflé, j'y ai posé mes lèvres, ma langue, puis j'ai mordillé. J’ai eu l’audace impensable une heure auparavant d'ouvrir les boutons de son short kaki. Il n’avait pas de slip. Tout de suite, sa grosse bite m’a sauté au visage. Et tout de suite, j’ai su quoi en faire. Et tout de suite, j’ai compris que toute ma vie, j’aimerai sucer, pomper, branler, caresser et chouchouter de bonnes grosses bites bien raides, bien pleines de foutre chaud, même si ces mots n’étaient pas formulés.

Nous nous sommes retrouvés rapidement en 69, tête-à-queue, à nous bouffer les couilles, à nous faire du bien mutuellement. C’était donc ça le paradis? Sucer la bite d’un homme et se faire sucer par une bouche mâle aux contours piquants. Une histoire de pierres sèches, micacées et de statices craquants de soleil. Des caresses comme des blessures. Des étreintes comme des embrasements de bois sec. Avec des élancements dans la poitrine presque douloureux de trop désirer l’autre, de trop vouloir emboucher sa queue, de trop vouloir prodiguer de caresses et d’attouchements, de tendresse comme de jolis nœuds festonnés.

On s’est retrouvés à poil sur un lit de mousse et de feuilles mortes. Vincent s’est couché sur moi. Queue contre queue, ventre à ventre, bouche contre bouche, nous pinçant mutuellement les tétons dans un concert de souffles mêlés, d’haleines suffocantes, de gémissements et de plaintes rauques. Nous étions en sueur et nos corps glissaient l’un contre l'autre. Ainsi, ma vie à venir, c’était ça? Être dominé par le mâle, sentir son poids me presser, goûter à ses lèvres âpres, m’enivrer de son haleine chaude, me frotter au corps de mes semblables jusqu’à ce que le plaisir me terrasse, jusqu’à ce qu’un vent de folie ne m’habite, jusqu’à ce que, électrocuté, je jouisse en hurlant, ma bite tressautante inondant sa sœur jumelle à elle accolée, jusqu’à ce que l’homme, de chair et d’os ne se tende soudain et, en quelques soubresauts ne se libère de sa semence virile, la mêlant à la mienne, jusqu’à ce qu’il s’effondre, apaisé, contre mon corps apaisé et jumeau, et qu’à nouveau on n’entende plus que le clapotis du ruisseau et le gazouillis des oiseaux?

Je n’ai jamais revu Vincent. Il a, ce jour-là, fait de moi un homme.


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