L'assurance des sentiments (01)


L'assurance des sentiments (01)
Texte paru le 2020-12-24 par Michel Geny-Gros   Drapeau-fr.svg
Ce récit a été publié sur Gai-Éros avec l'autorisation de l'auteur

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© 2020 — Tous droits réservés par Michel Geny-Gros.


Résumé / Intro :

Une rencontre professionnelle, des doutes, une amitié, de la patience, une longue réflexion et tout cela mènera à l'amour entre un jeune agent général d'assurances nouvellement recruté et son tout aussi jeune inspecteur, le premier sûr de lui et le second plus réservé, plus coincé, mais amoureux lui aussi.

Leur amour et leur qualité professionnelle leur permettront de se faire accepter tels qu'ils sont et de vaincre l'homophobie d'un certain responsable.

Roman déposé au SNAC le 19 décembre 2008 sous le n° d'enregistrement 8-4449. Dépôt COPYRIGHT France du 12 décembre 2008 sous le n° 568618C.

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Chapitre 1 — ENTRETIEN DÉCISIF (Récit d'Alex)


La chaleur dans le bureau de l'inspecteur général de la compagnie d'assurances UNION DES ASSURANCES FRANCE EUROPE — UAFE était insoutenable et le personnage s'était montré odieux. Notre entretien n'avait pas été un dialogue, mais un véritable interrogatoire. L'inspecteur général m'avait posé question sur question et avait mis en doute toutes mes réponses.

Mon expérience n'était pas encore considérable, mais j'avais eu l'impression que mon interlocuteur n'était pas un spécialiste de l'assurance et en tout cas un parvenu à son poste. Seul son collaborateur m'avait séduit par son professionnalisme et sa personnalité, timide mais séduisante. Le mobilier, l'environnement et la décoration du bureau ne me plaisaient pas en outre et cela m'avait mis mal à l'aise. Les fauteuils visiteurs étaient très bas et mettaient les personnes assises en situation d'infériorité. Les couleurs des peintures et des murs aussi ! Quel mauvais goût, je me serais cru dans une station-service Elf, dans ces désastreux tons orange et bleu sombre. Je ne m'arrête jamais chez ce distributeur, sauf toutefois au cas où la jauge d'essence clignote ! Je m'étais senti mal à l'aise pendant tout l'entretien.

— Bien ! - m'a dit d'un ton sec et neutre André CHEVALLON - Monsieur DELASSIN reprendra contact avec vous dans quelques jours pour vous faire part de ma décision — et il a ajouté à l'adresse de l'inspecteur responsable des agences du sud parisien — DELASSIN, veuillez raccompagner Monsieur GESTART et revenez me voir dans mon bureau.

CHEVALLON affichait tout ce que je n'aime pas chez un homme. Il était sans forme, froid, le visage impassible. Il était habillé de noir, enfin d'un costume qui avait dû être noir lors de son achat il y a quelques années. Maintenant, il était d'un gris foncé passé comme sa cravate qui ressortissait à peine sur une chemise bleue mal repassée.

Commençant à être chauve, il était mal coiffé. Bref, il n'avait aucune tenue et ne dégageait aucune chaleur humaine. Sa voix aussi me déplaisait, presque sans timbre. Ses yeux d'une couleur indéfinissable tendaient vers le gris bleu mais ils étaient petits et cachés par d'horribles lunettes qu'il devait avoir acquises l'année de son bac.

L'UAFE m'avait proposé un cabinet vacant situé à Créteil dans le quartier défavorisé de Montmesly. L'affaire dans l'immédiat n'était pas rentable et je n'étais que moyennement intéressé. Les locaux du cabinet que j'avais visité étaient en outre très déprimants, sales, en mauvais état notamment le sol au linoléum partiellement déchiré, les murs pas repeints depuis des années, des lustres aurait dit ma grand-mère. Le mobilier métallique fatigué datait des années 60.

Je me suis levé content que cet entretien soit terminé et presque indifférent quant à la suite que mes interlocuteurs allaient lui réserver.

Mes études supérieures terminées, licence en droit et master en assurances, j'avais après un stage en entreprise trouvé un job chez MAN1. J'y suis resté deux ans, d'abord en production IARD2 puis en gestion des sinistres accidents et risques divers. Je m'y suis plu en production mais moins en gestion car contrairement à la publicité mensongère de cette compagnie, cette entreprise gérait encore ses services et ses affaires à l'ancienne. Beaucoup de collaborateurs savaient à peine se servir d'un ordinateur et raisonnaient sans la moindre connaissance du droit des assurances, du droit civil et commercial. Ils fonctionnaient par habitude. Toutefois ce métier me passionnait et j'ai alors décidé de devenir travailleur indépendant et d'acquérir une agence générale d'assurances.

Mon curriculum était assez bon, mais mon âge, 25 ans, plutôt un handicap. J'avais adressé de nombreuses candidatures spontanées et je n'avais obtenu que peu de réponses.

Je n'avais toutefois pas démissionné et je n'étais pas pressé de trouver mon cabinet. Je cherchais une affaire dont le coût d'acquisition ne serait pas trop élevé avec l'intention de la développer. Ma période de production m'avait démontré que j'étais à mon propre jugement un commercial efficace tout en ne négligeant pas les intérêts de mes clients et le suivi de leurs contrats jusqu'au règlement des inévitables sinistres.

Sur le plan physique, je plaisais, tant aux femmes qu'aux hommes et j'en profitais en toute honnêteté.

Une première négociation avait été loin avec le Groupe Azur. Mais la direction de cette compagnie m'avait fait tourner en bourrique et ne m'avait pas attribué l'agence parisienne qui me semblait me convenir. J'en avais été déçu, presque amer car mes interlocuteurs m'avaient traîné d'entretiens en entretiens et même fait subir un test psychologique en me faisant déplacer pour cela uniquement jusqu'à Chartres. Je n'ai d'ailleurs pas pu connaître les résultats de cette évaluation.

Jean-Philippe DELASSIN, mon premier interlocuteur à l'UAFE m'avait bien accueilli satisfait sans doute de s'entretenir avec un mec d'à peu près son âge. Jean-Philippe cependant se coiffait ringard, s'habillait de costumes sombres avec des cravates bon marché mal assorties sur des chemises tristes. Néanmoins, il portait bien le pantalon notamment au niveau de la braguette avec du monde au rendez-vous. Sa démarche était souple, élégante, il semblait flotter dans l'air. Relooké, on aurait pu en faire quelque chose, car il était beau gosse, mince, brun avec des yeux verts impressionnants, un beau sourire sur des dents blanches et saines. Une distinction me le faisait apparaître sexy, son beau nez aquilin sur lequel reposaient de petites lunettes de myope et une ombre de barbiche qui tranchait sur sa figure bien rasée. Il ne portait pas d'alliance mais parfois me semblait assez coincé. Malgré tout cela, il me plaisait particulièrement tant sur le plan physique qu'intellectuel. Si je l'avais rencontré dans un lieu gay, je l'aurais dragué et sûrement baisé.

Comme tous les cadres de MAN, je portais exclusivement des costumes et des cravates, mais de bon goût, dernière mode et avec une marque de désinvolture au niveau de la cravate. Cependant, je préférais de loin mes jeans et mes tee-shirts achetés dans les meilleures boutiques du Marais …

En sortant de l'entretien alors que j'avais pris une journée de RTT, j'ai retrouvé ma sœur de cinq ans mon aînée dans un bistrot du Marais, rue Vieille du Temple.

— Ça s'est bien passé ? m'a demandé Fanny.

— Bof ! Moyen ! L'inspecteur général qui m'a reçu est un con prétentieux. Ils vont réfléchir ! Et toi ? Ton mec ?

Ma sœur, journaliste employée chez un groupe d'hebdomadaires TV n'arrivait pas, comme moi, à se fixer avec les mecs, au grand désespoir, pour elle et de notre mère.

— Largué ! Il baisait trop mal ! Un vrai lapin et égoïste ! Tu vois ce que je veux dire ?

— Il tire, se retourne et s'endort sans s'occuper du plaisir de sa partenaire. Je connais ! À la longue, ça aigrit ! Maman n'est pas prête à être grand-mère !

— Non ! Et j'ai épuisé, si je puis dire, tous tes potes hétéros ! a ajouté ma sœur en souriant, puis plus sérieuse elle a ajouté : Tu viens dimanche prochain chez maman ? Je te rappelle que c'est la fête des Mères !

— Fanny ! Comme si je pouvais oublier ! Il n'y a que la fête des reproducteurs mâles que j'oublie volontairement.

Fanny a souri. Elle pensait comme moi mais pour des raisons différentes que notre père ne valait pas grand-chose.

Mon père (je me résigne à l'appeler ainsi pour des raisons pratiques) était artisan plombier, un bon métier, mais dur en heures de travail. Il était bourru, raciste et homophobe. Ah, et aussi macho ! Il était beau mec et profitait, j'en ai eu la preuve étant ado, pour faire cocue ma mère. J'ai gardé ça pour moi tout en ne comprenant pas mon père, maman était une très belle femme et me semblait toujours aimable et aux petits soins pour mon père.

Ce dernier ne s'intéressait peu, voire pas, à ses enfants, pas plus à ma sœur qu'à moi. Ses quelques moments de loisir, il les passait au café avec ses potes mais ne rentrait jamais saoul. Maman avait une bonne situation, elle était et est toujours secrétaire général de la mairie de ma commune natale dans l'Essonne. Mon père la voulait à la maison pour s'occuper des gosses, mais elle refusa toujours.

Les vacances, c'était camping et bistrot (pour mon géniteur). La progression dans les affaires de la petite entreprise de mon père étant bonne, nous sommes passés de la tente à la caravane et de la Bretagne natale de mon père à la côte atlantique. Ma sœur et moi emmenions nos vélos et j'ai rapidement profité de ce moyen d'indépendance.

Depuis le début de mon adolescence, mon père ne me parlait que pour me faire des remontrances accompagnées de torgnoles pas toujours méritées. Il laissait ma sœur tranquille, sauf lorsque sa poitrine a poussé… Ma sœur est une très belle femme !

L'année de mes quatorze ans et de la 3ème a bousculé la vie familiale déjà tendue. Mon père a eu l'idée de décider sans l'avis de ma mère et encore moins le mien de me faire arrêter les études pour passer un CAP et éventuellement un brevet de plombier, moi qui détestais tous les travaux manuels ! En outre, je travaillais bien au lycée et n'avais jamais redoublé de classe. J'ai refusé, pris une claque… Ma mère a hurlé après mon père et elle l'a fait convoquer par le proviseur directement. L'administration et l'autorité, ça a calmé mon père et j'ai pu avoir l'assurance de continuer mes études.

Depuis deux ans, nous descendions dans un camping, trois semaines en août, à proximité de Biscarosse. Je m'adonnais à la planche, au vélo dans les landes et au Beach-volley. Je m'étais fait des copains que je retrouvais chaque année et au besoin, je n'hésitais pas à m'en faire de nouveaux.

Cette année-là, j'ai rencontré Stuart, un jeune anglais de deux ans mon aîné, descendu au camping avec ses parents et sa petite sœur. La caravane de ses parents était stationnée devant la nôtre. Mon père et moi avions d'ailleurs aidé au positionnement de la caravane et même participé au montage de l'auvent. Mon père avait de bons moments surtout en vacances et souvent aidait les autres plus que sa propre famille. Comédien, il montrait aux autres une fausse idée de son comportement. Il n'avait d'ailleurs que de faux amis.

Stuart, un beau blond doré, tout l'opposé de moi, brun à la peau mate, parlait bien français et moi assez bien l'anglais. Le séduisant Britannique déambulait presque tout le temps comme moi en maillot de bain, mais le sien était toujours un mini-slip bien rempli et ça me mettait dans tous mes émois néanmoins discrets. Stuart s'était installé dans une petite tente à quelques mètres de la caravane de ses parents.

Depuis mes onze ans, ma grand-mère maternelle m'offrait à Pâques et en juillet, notamment, des stages en Angleterre, des vrais, en immersion complète. Rien que pour agacer mon père, j'ai parlé à Stuart et sa famille presque tout le temps en anglais.

Stuart, bien que courtois et très poli ne paraissait pas s'intéresser à Fanny outre sa courtoisie à son égard et il a dû vite remarquer également que je ne cherchais pas la compagnie de sa sœur.

J'ai présenté Stuart aux copains et il a joué avec nous au volley et nous l'avons initié au surf. Stuart après une partie acharnée de volley a trouvé le moyen de me faire chuter sur le sable et de me tomber dessus. Le contact a été discret mais j'ai apprécié. J'ai su ensuite qu'il avait provoqué cet effleurement. Après la partie, nous avons tous été prendre une douche dans la salle commune sans retirer nos maillots. J'étais super-excité mais j'ai dû me calmer pour ne pas me faire remarquer de mes potes.

Le soir même en revenant de l'animation journalière, Stuart m'a proposé pour le lendemain une balade tous deux dans les bois et il a loué un vélo. En fait de bois, il m'a surtout entraîné à quelques kilomètres vers les plages naturistes. Il m'avait d'ailleurs suggéré d'emporter une serviette de bain. Il s'était armé d'un sac à dos avec boisson et crème de protection solaire.

Nous avons posé nos serviettes dans le creux d'une dune et suivant l'exemple de Stuart, je n'ai eu aucune retenue ni pudeur pour ôter mon maillot de bain. Nous nous sommes matés, pas discrètement d'ailleurs ! J'ai rigolé bêtement, Stuart m'a pris par la main et m'a entraîné vers la plage. La plage était immense et les nudistes disséminés, autant de familles que de couples et plein de mecs seuls. J'ai alors bien compris que c'étaient des gays. Je me savais attiré par les garçons depuis des années, pas du tout par les filles et malgré tout, j'étais encore vierge.

Nous nous sommes baignés, nous avons chahuté et je dois dire que j'ai fait le premier pas vers Stuart en lui touchant d'abord les fesses puis le sexe sous l'eau. Nous étions seuls, Stuart m'a embrassé en m'enlaçant dans l'eau. Nous avons dû attendre pour sortir de l'eau… Lorsque nous avons rejoint nos serviettes, Stuart a pris l'initiative de me badigeonner, partout ou presque de crème solaire. On rigolait bêtement. J'ai dû lui dire qu'entre les fesses où il mettait ses doigts, je ne risquais pas d'attraper un coup de soleil. Il ne retirait pas ses phalanges pour autant et moi, je me laissais tripoter avec plaisir en ricanant. J'ai fait de même, on bandait, mais personne ne pouvait nous voir. J'ai vu des mecs rejoindre les dunes et Stuart m'a dit :

— Ils vont baiser dans les dunes. Alex, voudrais-tu y aller avec moi ?

— Oui ! Mais… je fais quelque chose qu'avec toi ! lui ai-je répondu pudiquement.

— Bien sûr ! m'a répondu Stuart en m'embrassant et il a ajouté : J'ai des capotes et du gel !

— Ok ! Mais, je ne suis pas expérimenté, je suis puceau !

— Je m'en doute ! Tu vas aimer ! Je serai doux ! J'ai super-envie de toi !

— Moi aussi ! Et j'ai envie de tout connaître !

Quelques heures après, je suis sorti des sous-bois complètement dépucelé, comblé de plaisir et donc de bonheur. Un peu fatigué aussi, nous avions remis ça plusieurs fois.

Nous avons été nous baigner à nouveau, avons repris les vélos et la direction du camping.

— J'ai une idée, si ça te dit, m'a dit Stuart après m'avoir roulé une pelle, à l'abri de tout regard dans le petit bois avant d'arriver au camping. Tu prétextes qu'il fait trop chaud dans la caravane de tes parents, devant eux et je t'invite à dormir sous ma tente !

Mon père fut ravi de se débarrasser de moi… et ma mère contente de me voir prendre un peu d'indépendance. Stuart et moi nous sommes ruinés en préservatifs et le pharmacien de Biscarosse nous regardait un peu de travers car nous allions ensemble acquérir ces précieuses protections.

J'ai passé les plus belles vacances de la fin de mon adolescence, hélas, la rentrée a été plus difficile.

D'abord ma séparation avec Stuart a été pénible. Je me doutais que je ne le reverrai pas, alors qu'il m'avait offert presque de l'amour. Cependant, nous nous sommes écrits régulièrement, lui en français, moi en anglais. Nous correspondons toujours, maintenant sur Internet et MSM.

J'ai d'abord fait mon coming out auprès de ma sœur. Nous étions complices tous les deux et Fanny était pour moi la grande sœur rêvée. Je lui ai parlé de Stuart… Elle a rigolé… J'ai tout de même dit clairement à Fanny que j'étais gay. Fanny s'est d'abord contentée de m'embrasser. Ensuite, elle m'a dit qu'elle avait déjà eu des doutes sur ma sexualité et que mes attitudes avec le jeune anglais étaient équivoques. Je dois dire que notre conversation m'avait ému et que j'avais pleuré. Elle m'a conseillé d'en parler à maman et m'a promis de garder le secret tant que je ne me déciderai pas à le dire à notre mère. J'avais confiance en maman, mais tellement peur de papa et de ses réactions incontrôlables.

Un soir de septembre alors que j'évoquais à la cuisine devant ma mère et Fanny mes projets d'étude, tout en aidant comme ma sœur ma mère à éplucher un grand tas de haricots venant du jardin de ma grand-mère, mon père est rentré visiblement fatigué de sa journée de travail.

Il a écouté un peu notre conversation et cherchant sans doute le conflit m'a dit :

— Tu finiras dans un bureau ! Un rond-de-cuir ! Et il a ajouté : Un boulot de tafiolles ! Et éplucher des haricots, c'est un boulot de gonzesse ! T'es un homme, oui ou merde ?

— Il m'aide, lui ! a dit maman.

— Et au repassage et à la couture ! a continué mon père.

Le repassage, oui, j'aidais ma mère. Pour la couture, il est vrai que je m'étais investi dans cet art ménager. Ma grand-mère à ma demande m'avait instruit. Je savais coudre, couper le tissu, tailler des patrons et régulièrement, je me faisais une chemise. J'ai même fait des chemisiers pour maman et ma sœur ! Je me sentais néanmoins homme et n'avais aucun complexe à coudre.

Normalement, je n'aurais pas dû réagir ayant l'habitude de ses agressions à mon égard. En une fraction de seconde, j'ai compris que c'était le moment. Il me fallait aussi montrer à mes parents que bien qu'homo, j'étais avant tout un homme courageux et responsable. Je me suis levé pour parler.

— Je ne pense pas que travailler intellectuellement est un boulot de tafiolles. D'abord, papa, cette expression est homophobe. Maman, papa, j'en profite pour vous dire que je suis gay. J'aime aussi éplucher les légumes, aider à la maison, coudre et cuisiner ! J'aime aussi le sport et les bagarres !

— Hein ! a dit mon père avec des yeux de merlan frit.

— Tu crois être gay ? m'a demandé maman d'un ton doux qui m'a rassuré.

Maman s'est approchée de moi et dans un mouvement très maternel, m'a pris par le cou. Cela m'a encore conforté et j'ai continué ma déclaration.

— Non ! Je le suis ! Je n'aime pas les filles, enfin pas pour le sexe. Les mecs, oui, j'ai baisé avec Stuart pendant toutes les vacances !

J'ai employé le mot baisé uniquement pour contrarier mon père alors que j'aurais voulu dire que j'avais fait l'amour. Ma relation avec Stuart avait été très sexuelle mais accompagnée de beaucoup de tendresse.

Mon père m'a traité de tous les noms et m'a foutu une violente claque. Ma mère a poussé mon père et s'est interposée quand elle a vu que j'étais prêt à riposter. À 14 ans, j'étais déjà aussi grand que mon père et musclé. Elle a jeté les clefs de sa Twingo à ma sœur et lui a dit :

— Conduis ton petit frère chez mamy ! Je vous y retrouve un peu plus tard.

Maman avait raison, il était inutile d'espérer pour moi une discussion franche avec mon père aux termes de laquelle j'aurais pu m'expliquer, exprimer ma différence et lui faire comprendre que je n'étais pas homo de gaieté de cœur, pas plus que par un choix.

— Et merde ! ai-je dit à ma sœur dans la voiture.

— Tu n'espérais pas mieux de papa, je suppose ! Mais, il sera bien obligé d'accepter. Maman, j'en suis sûre, a admis. Peut-être même avait-elle des doutes ! Tu sais Alex, t'es pas un garçon comme les autres.

— J'ai tout fait pour que ça ne se voie pas ! lui ai-je répondu bougon.

— Es-tu mieux maintenant que tu as craché le morceau ? m'a demandé gentiment ma sœur.

— Oui ! Soulagé ! Mais qu'est-ce que l'on dit à mamy ?

— Rien, on attend maman ! Mamy sera ravie de nous voir ensemble !

Sur le moment, j'ai été décontenancé. Sûr de moi, du moins en parole, j'ai la réputation d'être bavard et j'aurais souhaité m'exprimer tout de suite, à chaud. J'ai eu peur, un moment de me sentir coupable. Mais coupable de quoi ? Si Stuart avait été une fille et que je l'avais baisée dans les bois ou les dunes, je n'aurais rien dit ! Enfin, mamy a été surprise et très contente de nous voir et maman nous a très vite rejoints.

Au salon, où ma grand-mère nous avait offert un coca-cola, maman a demandé à mamy :

— Alex a eu une violente altercation avec son père qui l'avait provoqué. Pourrais-tu le loger quelque temps ?

Mamy a tout de suite accepté et puis naturellement, elle a demandé des explications que de toute façon je m'apprêtais à lui fournir.

— Vas-y ! m'a dit maman qui s'était assise à côté de moi et qui a pris ma main comme lorsque enfant, j'avais un gros chagrin.

— Je suis gay mamy et je l'ai dit ce soir à maman et papa. Papa comme souvent avait préalablement cherché à me provoquer. Son agression était de façon générale homophobe et je me suis engouffré dans la brèche.

— Ah ! Bon ! T'es bien jeune ! a dit ma grand-mère et elle m'a surpris en ajoutant : Tu utilises des préservatifs au moins ?

— Bien jeune comme tu dis, mais pas con, mamy ! Bien sûr que je me protège ! Tu ne m'insultes pas comme papa ?

— Mon petit chéri ! m'a dit mamy. Je sais bien que ce n'est pas une tare ni un choix. C'est juste que la nature est bizarre et Dieu bien injuste ! Enfin, s'il n'y avait que ça d'injustice sur notre terre !

— Merci mamy ! lui ai-je répondu et j'ai regardé maman et lui ai dit : Et toi ? Papa ne t'a même pas permis de parler tellement il a été furieux et égoïste !

— Il n'y a effectivement plus rien à dire, a répondu maman en reniflant et elle a ajouté : Certaines mères te diraient que c'est juste un passage, une expérience. Il ne faut pas s'embarquer dans ce faux espoir. Je veux juste que tu sois heureux et bien dans ta tête et dans ton corps. J'espère que tu aimeras sérieusement un garçon le moment venu. J'avais des doutes sur toi, si différent de tes cousins, de tes copains. Je me suis renseigné, intéressé à la question et j'avais déjà pris depuis l'an dernier des contacts avec une association de parents d'enfants gay.

Maman s'est mise à pleurer, moi aussi, enfin tous…

Mon coming out a déclenché indirectement quelques mois après la séparation et le divorce de mes parents. Je ne suis jamais retourné à la maison. J'ai revu mon père mais on ne s'est pas adressé la parole. Dans un premier temps, nous nous sommes installés chez mamy après une brusque altercation entre maman et papa. Papa avait frappé maman, la police était venue. Maman a été forte, déterminée. Elle a porté plainte. Mon père a été condamné et a dû faire profil bas et accepter le divorce sans faire d'histoire.

Aidée par mamy, maman a pu se racheter une petite maison quand la maison familiale a été vendue.


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