L'assurance des sentiments (05)


L'assurance des sentiments (05)
Texte paru le 2020-12-28 par Michel Geny-Gros   Drapeau-fr.svg
Ce récit a été publié sur Gai-Éros avec l'autorisation de l'auteur

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Chapitre 5 — AGENT D'ASSURANCES EN FONCTION (Récit d'Alex)


Je n'ai pas paniqué, ayant déjà tenu tout seul une agence MAN à Épinay sur Seine pendant quelques mois. J'y avais acquis beaucoup d'expérience et notamment la relation client, à mes dépens souvent.

Mon homosexualité aussi me jouait des tours notamment en présence de jeunes beurs de mon âge.

Un incident m'avait particulièrement marqué et failli compromettre ma carrière. Nous étions un jeudi en fin d'après-midi et mon client, un jeune beur d'une vingtaine d'années essayait en vain de négocier le tarif.

— Non Monsieur HANANI, je suis désolé mais je ne peux pas faire un meilleur tarif, votre nouveau véhicule est surcoté par rapport au précédent et je ne peux qu'appliquer le tarif fixé par la Compagnie.

J'étais assez discret sur ma sexualité dans mes rapports professionnels. Je n'avais pas encore de petit copain régulier. Je papillonnais beaucoup rencontrant beaucoup de succès auprès des mecs et je n'étais pas farouche.

Mon client, Nordine de son prénom, était le petit beur classique. Une gueule d'ange et de voyou, un corps bien fait, masqué par l'uniforme des beurs, le survêt blanc. Mais il le portait bien et quand il entrait dans la boutique, mes yeux ne pouvaient s'empêcher de fixer son pantalon de survêt sous lequel on pouvait distinguer la forme de son sexe.

Je ne pouvais plus rien négocier et malgré mes explications, le ton commençait à monter.

— Mais vous êtes le directeur, vous pouvez tout décider ! récidivait toutes les trois minutes le jeune garçon.

— Je ne suis pas directeur, juste responsable de cette agence. Et en tout état de cause, même un directeur ne pourrait rien changer au tarif. Vous êtes jeune conducteur, permis de moins d'un an… Désolé… Je ne peux rien faire pour vous dans l'immédiat. Après un an d'assurance sans sinistre, peut-être… lui répétais-je sans cesse.

Je lui avais offert une bière pour détendre l'atmosphère mais sans succès.

À 18 heures, heure de fermeture, il était toujours là et je n'arrivais pas à m'en débarrasser. J'ai fermé la porte de l'agence, descendu le rideau de fer et je lui ai dit que lorsque nous aurions terminé notre entretien, il pourrait quitter l'agence par la porte arrière. J'ai rangé mon bureau pendant qu'il continuait de discuter et je me suis assis à côté de lui sur un siège visiteur.

— Tu veux me virer ? m'a-t-il dit en me tutoyant soudainement.

— Je crois qu'il est inutile de continuer cet entretien, tu es beaucoup trop nerveux et maintenant agressif, lui ai-je dit en le tutoyant à mon tour.

— Tu m'énerves ! Je vais tout casser dans ta boutique ! m'a-t-il répondu.

Énervé moi aussi et sans doute provocateur je lui ai rétorqué gentiment mais fermement :

— Va te faire sucer ou baiser ta copine, ça te détendra !

J'ai regretté ce que j'avais dit car Nordine était plus grand et plus fort que moi.

Nordine, furieux, s'est levé et m'a soulevé de mon siège en m'attrapant par la chemise. J'ai deviné un début d'érection sous son pantalon !

— C'est toi qui me gonfles. Puisque tu parles de sucer, tu vas me pomper la queue ou je fais tomber ton ordinateur. Je sais que tu es pédé ! Tu reluques ma bite à travers mon pantalon quand je rentre dans ton agence. Je n'ai pas de copine en ce moment et pas niqué depuis longtemps. J'ai les couilles pleines !

Nordine n'a rien fait tomber. Comme moi, il avait trouvé un prétexte pour avoir une relation sexuelle avec moi, trop excité par les circonstances. On a baisé dans l'arrière-boutique. J'ai dû faire le passif car Nordine se prétendait bi et actif. Notre relation sexuelle a continué malgré le tarif que j'ai maintenu. J'ai vite compris qu'elle ne déboucherait sur rien de sérieux, qu'elle ne correspondait que partiellement à mes goûts sexuels et j'ai voulu y mettre un terme. Nordine a mal pris ma décision unilatérale et a voulu se venger.

Plusieurs fois, il est entré dans l'agence avec ses copains. Il attendait le départ de la secrétaire. Il ne m'a jamais agressé physiquement mais il se foutait de ma gueule et pire faisait comprendre à ses copains dans des termes déguisés qu'il m'avait niqué plusieurs fois. J'avais la trouille qu'il fasse ça un jour devant mon inspecteur et j'ai demandé un changement de poste que je n'ai pu avoir. Je ne pouvais pas expliquer ma situation à ma hiérarchie… J'ai donc dû à mon grand regret tomber malade et suffisamment longtemps pour être remplacé à Épinay. Je ne pouvais pas me permettre non plus de démissionner.

Cela m'a servi de leçon et je suis resté prudent ne confondant plus lieu de travail avec terrain de chasse sexuelle.

Jean-Philippe m'avait obtenu de nombreuses dérogations pour bien commencer le développement de mon agence qu'il considérait, comme la compagnie, en création car le portefeuille était bien mince. J'ai disposé de bons tarifs, de cadeaux publicitaires gratuits et même de publicité dans le mensuel local.

L'agence a vite repris des couleurs, tant sur le plan accueil que sur la production. Ma sœur et des copains étaient même venus m'aider pour repeindre l'agence et la disposer de façon plus conviviale.

Les copains, j'en avais des deux bords. D'abord Vivien que j'avais connu au lycée. Vivien était hétéro et lorsque j'ai compris qu'on était ami, je lui ai déclaré mon homosexualité. Ça l'a fait rigoler et il s'est contenté de me dire : « C'est ton problème et que tu sois PD, ça ne me fait pas peur ! Pour ta confidence, merci de ta confiance ! »

Quelques années après, j'ai rencontré Thibaut sur les bancs à Assas. J'ai tout de suite compris qu'il était comme moi. Il était blond et très mignon. Nous suivions les mêmes TP. Je l'ai dragué à mort car outre l'attirance sexuelle, j'appréciais l'attention qu'il me portait. Je l'avais provoqué pendant un cours magistral en lui disant discrètement à l'oreille : « T'as un beau petit cul ! » Thibaut a d'abord rougi, puis a repris contenance et m'a dit : « Tu veux le voir ? » « Le voir et le baiser ! » lui ai-je répondu en ajoutant : « Je suis sûr que ça va te plaire ! » « T'es gonflé ! » m'a répondu Thibaut qui m'avait l'air tout excité. « Oui, elle gonfle et durcit ! » lui ai-je répondu. « Chiche qu'on sorte tout de suite et qu'on aille dans les chiottes ? » m'a suggéré Thibaut et il a ajouté : « J'ai des capotes ! » Il est sorti de l'amphi. Je l'ai suivi quelques instants après et rejoint dans les WC déserts… Je l'ai baisé dans les chiottes, mais avant, je lui ai offert un moment de tendresse en l'embrassant et en le caressant.

Pendant nos années de Fac, nous sommes restés ensemble, pas amoureux, amis, mais fidèles. Thibaut disposait d'une chambre d'étudiant et pouvait recevoir. Je passais mes soirées avec lui d'abord à travailler puis à faire l'amour. Thibaut s'est dirigé vers le notariat. Il est maintenant notaire associé à Paris. Nous sommes restés très bons amis.

Jean-Philippe passait me voir plusieurs fois par semaine. Nous effectuions quelques tournées pour démarcher quelques clients potentiels notamment des commerces et de petites entreprises. Nous sommes allés rendre visite au seul agent du secteur, à Thiais de l'autre côté de la Seine, un mec un peu froid dans la quarantaine. Visiblement, il ne s'entendait pas avec Jean-Philippe et je l'ai compris ensuite encore moins avec CHEVALLON.

— Mais non ! Ça ne va pas Monsieur GESTART ! m'a dit au téléphone Jean-Philippe et il a continué : Il faut absolument employer les imprimés de correspondances internes pour s'adresser aux services du siège !

L'UAFE en était encore là, avec des carbones pour le double ! J'avais reproduit l'imprimé en traitement de texte et même constitué divers modèles.

— On est en 1998, pas en 1898 ! ai-je répondu calmement à Jean-Philippe. Je vais dix fois plus vite et c'est lisible, y compris le double pour le dossier.

— C'est vrai ! Je peux vous lire maintenant ! m'a répondu Jean-Philippe. Perso, ça me convient, mais je ne sais pas ce que vont en penser les chefs de service et CHEVALLON !

— Ah ! J'ai déjà des échos ! Madame SERGENT (sinistres autos) m'a déjà remercié pour l'initiative ! Même Madame VERMY !

— Ah bon ! Ah bien ! m'a dit Jean-Philippe.

Mon idée a fait des émules assez rapidement…

Au début de l'année suivante, soit quelques mois après mon installation, j'ai commencé à prospecter pour me trouver de nouveaux locaux, plus grands et surtout mieux placés. Mon choix sur le lieu ne pouvait porter que sur le centre-ville historique de Créteil ou sur le quartier du lac. Jean-Philippe m'a accompagné plusieurs fois dans mes visites et mes recherches. Discret, il m'avait demandé au préalable s'il pouvait s'initier et m'aider dans cette recherche. J'en ai été content car cela ne pouvait que valider indirectement l'accord de la compagnie.

Mes rapports avec Croque-mort étaient toujours aussi tendus, voire catastrophiques. Nous nous évitions le plus possible. Jean-Philippe faisait le tampon. J'ai compris plus tard que CHEVALLON n'avait aucun ami parmi tous ses agents.

Mes relations avec Jean-Philippe étaient très bonnes et j'attendais toujours avec hâte ses visites pour la journée. Nous travaillions le matin sur les dossiers. Puis, sur son budget commercial il m'invitait au restaurant et on passait un bon moment. L'après-midi, nous prospections ou visitions la clientèle.

C'est au cours d'un repas au Safranier rue du Général Leclerc que j'ai fini par lui dire en l'appelant par son prénom :

— Jean-Philippe, on a le même âge, apparemment, on s'entend bien pour le boulot et on a la même culture, je pense qu'on pourrait s'appeler par nos prénoms et se tutoyer.

— J'aimerais bien Alexandre ! m'a répondu Jean-Philippe m'appelant pour la première fois par mon prénom. Mais Croque-mort interdit aux inspecteurs toute familiarité avec les agents. Il dit qu'on ne peut pas faire des remarques ou engueuler un agent si on ne maintient pas une distance ! Bon, je sais au siège, de plus en plus de personnes se tutoient… Et on est en l'an 2000, pas en 1899 et bientôt au 21ème siècle !

— Alors, maintenant, je vous dirai Monsieur l'Inspecteur en plus du vouvoiement ! l'ai-je plaisanté.

— Ah non Alexandre ! Non, je prends le risque, on se tutoie ! m'a répondu vivement Jean-Philippe.

— Ok ! Pas de souci ! Et je te le demande, appelle-moi Alex, comme tout le monde dans mon entourage ! Moi, je t'ai déjà trouvé un surnom.

— Qu'est-ce que t'as encore inventé ? m'a demandé Jean-Philippe toutefois souriant.

— Janfi - lui ai-je répondu en épelant :  J-a-n-f-i.

— Ma marraine me surnomme Jeannot, mais, je préfère Janfi. Ok Alex ! Mais, je te le demande, essayons de nous vouvoyer devant Croque-mort !

— Ok, j'essayerai ! lui ai-je dit, pas très convaincu bien que capable de faire cet effort et j'ai ajouté : J'ai la manie de donner des surnoms peu flatteurs parfois. Madame VERMY, c'est la Vermine, Patrick de la SOUILLE, je l'appelle de la Couille Molle et j'en ai encore d'autres...

— Bon, je m'en tire bien alors ! a conclu Janfi que j'ai vu hilare.

J'ai finalement trouvé un beau local, avenue de Falkirk tout près de l'hôtel de Ville, du Lac et surtout du Centre Commercial Créteil Soleil. Mon agence allait être visible des clients entrants ou sortants à pied ou en voiture du Centre et de toute la population du quartier. Janfi était emballé et avait même envisagé une inauguration publicitaire financée par son budget.

Le prix de vente des murs malgré la négociation était élevé, mais le local était parfait. Je n'avais pas à envisager de gros travaux sinon de décoration. Il comprenait deux espaces vitrés donnant sur la pièce de réception, un premier bureau pour moi et une deuxième belle pièce pouvant contenir deux bureaux pour du personnel. Il restait de la place pour un petit salon d'attente. Le local qui avait servi de bureaux à un expert-comptable comprenait le sous-sol de la même dimension que l'espace de vente, aménagé en archives, cuisine et sanitaires et même d'un petit bureau pour réunion. En outre, y était attaché un box double en sous-sol de l'immeuble. La vitrine était protégée par un rideau de fer et le local disposait d'une sortie arrière donnant sur le hall de l'immeuble par une porte blindée. La signalétique de l'agence allait être prise en charge par la compagnie.

Comme convenu, ma grand-mère m'a encore aidé, ma mère aussi ainsi que ma sœur. Nous avons constitué une SCI dont j'ai été largement majoritaire. Le loyer devait, pour ne pas brimer mes associés, être plus élevé qu'à Montmesly et cela allait grever un peu le résultat de l'agence, mais, Jean-Philippe et moi avions prévu cela dans le budget initial et prévisionnel présenté à l'UAFE.

Le déménagement de l'agence m'a apporté beaucoup d'affaires nouvelles et contrairement aux craintes de CHEVALLON, je n'ai pas perdu un seul client. Je les avais préparés à ce changement et avais même pris l'engagement pour certains de me rendre jusqu'à leur domicile ne serait-ce que pour un encaissement de cotisation. La petite fête d'inauguration à laquelle j'ai convié mes meilleurs clients a été une réussite. Janfi m'y a beaucoup aidé.

Je n'arrêtais pas de travailler et je devais même revenir à l'agence le samedi après-midi pour des rendez-vous et pour expédier le travail administratif.

Jean-Philippe m'a proposé de participer à une animation commerciale d'une semaine organisée par le Centre Commercial Créteil Soleil. Jean-Philippe m'a obtenu de CHEVALLON un tarif exceptionnel en automobile pour les jeunes conducteurs et une promotion en contrat complémentaire santé.

Jean-Philippe m'a fourni son aide pour la journée du samedi. Nous avons fait de nouvelles affaires et surtout pris de nombreux contacts. La journée a été fatigante mais bien agréable. Le soir j'ai invité Jean-Philippe à dîner. Il a accepté sans hésiter.

— Je t'invite à dîner, lui avais-je dit et j'avais ajouté : Mais, si tu as une copine que tu dois retrouver, on peut remettre ou mieux, tu peux la faire venir, je l'invite aussi.

— Je n'ai pas de copine, enfin en ce moment ! m'a répondu Jean-Philippe que j'ai senti très gêné, mais pas longtemps car il a ajouté : Mais j'accepte avec plaisir ton invitation.

— Le week-end, je vais souvent en Picardie, à Montreuil sur Mer, chez ma marraine ! m'a dit Jean-Philippe au cours du repas.

J'avais réservé dans un restaurant au bord de Marne à la Varenne Saint Hilaire, c'était très romantique et je m'en suis aperçu qu'une fois sur place…

— Marrant ! lui ai-je répondu. Je connais, Montreuil et ses remparts, la Canche et ses grenouilles, Victor Hugo et Jean Valjean… Ma grand-mère a sa résidence secondaire à Stella Plage, une petite maison charmante non loin de la forêt et du golf du Touquet. Faudra l'assurer d'ailleurs !

— Je connais, j'y vais me baigner avec les amis, les dunes sont magnifiques, m'a répondu Jean-Philippe qui a ajouté : Quand il ne pleut pas et qu'il n'y a pas de vent !

— À propos de vent, ça me fait penser aux vêtements et notamment aux tiens ! m'a déclaré Jean-Philippe un peu gêné.

— Ah ! Qu'est-ce qu'ils ont mes vêtements ! Je ne fais pas assez croque-mort ? lui ai-je répondu car pour cette journée de promotion je m'étais habillé comme d'habitude, c'est-à-dire en jean, polo et veste de cuir.

— Ils sont très bien, super-classe, mais je voulais juste te rappeler que l'UAFE est une vieille dame et que le costume est de rigueur pour les hommes. CHEVALLON n'apprécierait pas de te voir ainsi vêtu.

— Ok, et bien je vais te raconter une anecdote. Lorsque je me suis installé à Créteil, un client d'origine antillaise, la soixantaine, m'a dit alors que ce jour-là, je t'attendais avec Croque-mort : « Tu as perdu un parent ? » Sur le moment, je n'ai pas compris. Il a vraiment cru qu'ainsi habillé j'étais en deuil. Ma clientèle est composée de plus de cinquante pour cent de noirs de diverses origines et de Maghrébins. Ils s'habillent simplement, certains me tutoient selon leur tradition. Leur agent d'assurances, ce n'est plus, ce n'est pas un notable. Il faut s'adapter. Je ne veux pas faire tache ni me donner une allure de monsieur prétentieux. Je veux être proche d'eux. Je m'habille simple. Lorsqu'ils me tutoient, ça arrive souvent, dans ce cas, je les tutoie.

— Excuse-moi, tu as sans doute raison. Mettre à l'aise ses clients c'est important. Et puis, je sais que tu es super-habillé même en négligé comme dirait Croque-mort !

— Ah oui, t'as vu mes jeans, des Thierry Mugler, mes polos des CK ! Ils sont sûrement plus chics que les costumes de Croque-mort. Mais, bon, je sais pourquoi tu évoques ce sujet. Je t'aide, tu veux me parler de la visite de ton directeur général accompagné de Croque-mort et tu veux être sûr que je serai en costume cravate ?

— Oui ! Ça m'inquiète !

— Pas de problème ! Voyons Jean-Philippe ! Il est évident que je me montrerai comme ces messieurs veulent me voir ! et j'ai ajouté bien sincère : Tu m'as choisi comme agent, je ne te ferai jamais de tort ! Mais, puisqu’on parle de vêtements, je vais être franc avec toi. Tu as mon âge et tu portes des costumes, certes plus beaux que ceux de Croque-mort, mais trop conventionnels, trop tristes et je n'évoque pas tes chemises et tes cravates !

— Bon, c'est ma fête ! m'a dit Jean-Philippe en souriant et il a ajouté : Je n'ai peut-être pas de goût !

— Ça peut s'apprendre et se développer ! Il faut oser ! Si tu veux, un samedi après-midi où tu seras libre, je t'aide à t'habiller. Il y a plein d'endroits à Paris et en banlieue où l'on trouve du vêtement classe et néanmoins bon marché. Tiens, par exemple à Usine Center Vélizy !

— Pourquoi pas, ça serait sympa ! m'a répondu Jean-Philippe qui a ensuite évoqué ma chevelure en prenant un sourire malin, comme s'il cherchait à se venger de mes remarques :

— Ta coiffure à la mode avec du gel, je trouve ça bien, très bien même. Je peux même dire sexy ! Mais je dois te dire que ça ne plaît pas à Croque-mort. Il m'a dit que tu ne fais pas agent, pas sérieux !

— Ok ! Pour la visite du DG et de Croque-mort, je ne mettrai pas de gel !

La visite du directeur général Jean DASSIS et de CHEVALLON s'est bien déroulée. Jean DASSIS a été ébahi de découvrir la nouvelle agence et mes résultats en hausse.

— J'ai été beaucoup aidé par Monsieur DELASSIN, tant sur le plan purement professionnel que sur le plan matériel ! ai-je répondu aimablement au directeur général.

— Alexandre est trop modeste ! a rétorqué Jean-Philippe très à l'aise devant son directeur général.

Première gaffe et pas de ma part, me suis-je dit.

Le directeur général nous a invités au restaurant, au Safranier. J'étais moi aussi à l'aise, le directeur général me semblait plus humain, plus accessible que Croque-mort qui parlait peu. J'ai bien joué ma comédie.

Jean-Philippe a gaffé une deuxième fois en me demandant :

— Alex, peux-tu me passer le sel ?

J'ai croisé le regard de Croque-mort et préférant me montrer au naturel j'ai plaisanté mon inspecteur en lui tendant le sel et en lui disant :

— Je te conseille de ne pas mettre trop de sel Jean-Philippe, c'est déjà salé. Ta marraine te dirait que c'est mauvais à la santé !

En fin d'après-midi, Jean-Philippe m'a appelé au téléphone.

— Ça s'est bien passé non ? m'a-t-il demandé.

— Oui ! Et ce n'est pas moi qui ai gaffé. Ensuite, il m'a paru logique de te tutoyer pour arrêter la comédie.

— Tu as bien fait ! Figure-toi que dans la voiture, Croque-mort m'a dit d'un ton sec : « DELASSIN, j'ai dit plusieurs fois, pas de familiarité entre agents et inspecteurs ! » Je n'ai pas répondu et contre toute attente, DASSIS a dit à Croque-mort : « Ils ont le même âge, la même formation, ils ont l'air de bien s'entendre, alors, ne tombons pas dans le ridicule, laissez-les se tutoyer ! »

— Bravo alors ! ai-je conclu.

Tout allait bien et j'ai pu commencer à souffler un peu.

À la rentrée de septembre, j'ai pu et décidé de prendre à défaut d'une secrétaire une employée en formation alternée.

J'ai pu choisir en consultant les CV que l'école d'assurance de Champs sur Marne m'avait transmis. Mon choix a porté sur une jeune fille pour la tranquillité de mon esprit. Amandine venait travailler à l'agence une semaine sur deux. Ce n'était pas très pratique mais je me suis organisé. La jolie jeune fille plaisait aux clients et s'est vite montrée efficace. Je pouvais donc sortir et visiter d'éventuels prospects en après-midi. Amandine pouvait m'appeler sur mon portable en cas de problème. Mon portefeuille s'agrandissait par le bouche-à-oreille et c'est ainsi que je suis devenu assureur d'une famille d'origine portugaise, les Da Silva.

Suite à une promotion commerciale j'ai d'abord assuré l'appartement de la mère, une veuve sympathique. Puis les trois enfants sont venus s'assurer chez moi, l'aîné d'abord, Carlos, 25 ans, en automobile. Est ensuite venue me voir la sœur un peu plus jeune Maria dont j'ai assuré la voiture.

Enfin, j'ai vu débarquer le petit frère José, 22 ans et qui m'a demandé de l'assurer en auto mais aussi en santé. Les deux frères étaient très différents, Carlos, grand mince était taciturne, soucieux… José était tout le contraire, souriant, exubérant, drôle. Il était de taille moyenne, bien fait, très beau avec une peau mate et lisse d'apparence, de grands yeux sombres comme sa chevelure abondante mi-longue d'un noir de jais. Il portait des jeans étroits et noirs et le garçon était bien proportionné… Il était vêtu avec originalité et notamment d'un blouson de cuir avec des parements blancs de même matière. Le vêtement de qualité semblait unique.

La deuxième fois que je l'ai rencontré à l'agence, c'était pour conclure son contrat santé. Je l'ai involontairement mis mal à l'aise lorsque je lui ai demandé de remplir le questionnaire médical. Je l'ai vu un moment gêné.

— Une hésitation ? Un problème ? lui ai-je demandé et j'ai ajouté tout de suite : Je peux vous donner une enveloppe au nom du médecin-conseil de la compagnie que vous pourrez cacheter et le questionnaire ne sera vu et lu que par lui.

— Non ! Non ! J'hésite sur avez-vous été déjà opéré ?

— Oui, il faut répondre et si oui, indiquer la nature de l'opération sur la ligne du dessous. Il faut tout dire, même si c'est ancien ou anodin.

— Ben… parce que j'ai été opéré étant ado pour la descente des testicules ! m'a-t-il rétorqué encore plus embarrassé.

— Ce n'est pas grave, mais indiquez-le ! lui ai-je répondu avec le sourire.

— Surtout que tout va bien maintenant ! m'a répondu le jeune homme toujours un peu gêné.

— Tant mieux pour votre copine ! l'ai-je plaisanté en ajoutant plus sérieux : Tiens, à propos, a-t-elle un contrat santé ?

— Je n'ai pas de copine ! m'a répondu José toujours très souriant.

Le garçon me plaisait et je l'ai fait un peu parler. Il a évoqué son travail comme régisseur dans le show-biz. Puis encore de son projet de créer avec quelques copains une maison d'édition.

— Il y a du monde sur le marché ! lui ai-je fait remarquer.

— Oui ! Certes, mais nous voulons éditer dans divers domaines très particuliers, m'a répondu le garçon sûr de lui.

Je n'ai pas insisté. Le mec me plaisait et j'ai commencé à repousser mes principes.

Quelques jours après, son grand frère est venu me trouver pour changer son contrat d'assurance auto. Il avait acquis une nouvelle voiture. J'en ai profité pour lui dire que je trouvais sa famille bien sympathique. Je lui ai parlé de sa mère et de sa sœur, puis j'ai abordé le sujet du petit frère.

— Sympa, José et plein d'idées ! lui ai-je dit.

— Oui ! m'a répondu Carlos Mais… il est un peu particulier, pas dans le moule de la famille. José ne vit pas dans la tradition familiale portugaise, mais c'est un très bon frère et un bon fils pour notre mère.

Cela me paraissait clair, José devait bien être homo. Je n'ai pas insisté et consenti à Carlos un tarif privilégié.

C'est un hasard qui m'a mis sur sa piste quelques semaines après. Un site gay consulté sur Internet m'avait permis de connaître un lieu de rencontres gays, le bois de Verrières pas trop loin de Créteil et accessible par l'autoroute A86. Je m'y étais rendu une première fois un samedi après-midi et j'y avais vu les mecs tourner. La première partie de la forêt près de la passerelle du Petit Clamart n'était pas agréable, trop de mecs et surtout, des mouchoirs en papier et des capotes partout sur le sol dans le sous-bois. Mais la forêt était belle et suivant la route qui filait droite vers le sud, j'ai entrepris une marche. J'ai encore rencontré quelques mecs qui me regardaient, certains avec envie, mais ils ne me plaisaient pas.

J'ai continué mon chemin assez loin. J'ai passé l'ancienne batterie de Bièvres. Le site gay en question déconseillait d'y entrer malgré le lieu de rencontre. La batterie était dangereuse car les ruines des bâtiments datant de la guerre de 1870 menaçaient d'écroulement et de toute façon il était interdit d'y entrer, le terrain étant militaire.

J'ai encore marché et j'ai vu des garçons entrer dans un sous-bois aux abords d'une petite place en demi-cercle. Un beau garçon brun sportif, viril, mais d'allure tendre d'environ une vingtaine d'années s'exerçait au roller sur la route interdite à la circulation automobile. Nos yeux se sont croisés. Il me plaisait et tout en le regardant avec insistance, je suis entré dans le sous-bois. Il m'y a rejoint tout en gardant ses rollers, c'était cocasse et pas pratique. Sans un mot, mais avec un sourire que je lui ai rendu, il s'est posté devant moi et a comme moi fait sauter les boutons de son jean. Nous avons passé un bon moment dans l'endroit idyllique à des plaisirs bassement buccaux. Le garçon m'a tout de même adressé la parole et alors qu'il patinait m'a raccompagné jusqu'au Petit Clamart.

— Si tu veux trouver des jeunes, tu viens ici, le soir, très tard ! À la fermeture des boîtes ! m'a-t-il conseillé en ajoutant : Fais gaffe aux casseurs de PD, c'est rare ici, mais évite les groupes.

— Merci ! lui ai-je répondu.

— Pas de quoi ! m'a-t-il rétorqué en ajoutant : Évite d'entrer dans la batterie de Bièvres, de jour comme de nuit. Certes, tu y trouverais des mecs, mais sur le plan des lieux, c'est dangereux. Et puis, surtout, la police qui fait de l'homophobie y entre. Des mecs ont fait l'objet de poursuites judiciaires dernièrement pour attentat à la pudeur et pénétration dans un terrain militaire.

— Les salauds ! On ne dérange personne et je suppose que les hétéros n'y entrent pas !

— Tu supposes bien, non c'est de l'homophobie. Et tu sais, cet hiver, j'ai vu des voitures civiles accéder à ce lieu un dimanche après-midi et également un fourgon de gendarmes. Les mecs étaient tous en civil.

— Un entraînement militaire ?

— Tu parles ! Je les ai espionnés de loin. Ils jouaient à la guéguerre ! Au paintball plus exactement ! Je suis sûr qu'ils n'avaient pas plus le droit de faire ça là et pas plus l'autorisation de pénétrer sur les lieux. Ils s'amusaient. J'ai rien contre, mais qu'ils nous foutent la paix !

— T'as raison ! Mais c'est bon à savoir ! Tu devrais faire part de cette observation à SOS HOMOPHOBIE !

— C'est fait ! a-t-il conclu. Il m'a fait la bise et m'a souhaité une bonne journée.

Suivant son conseil, j'y suis retourné le samedi soir suivant en me limitant au bois. J'ai vu des mecs prendre le chemin de l'ancien fort, je ne les ai pas suivis. La nuit sans lune était fort sombre. Les lumières venaient de l'autoroute et du carrefour non loin du Petit Clamart. Cependant, un lampadaire fatigué à l'entrée du bois diffusait également un pâle halo. J'ai rôdé un moment cherchant ma proie … Au détour d'un chemin, j'ai aperçu une ombre, un mec qui passait avec un blouson de cuir noir avec des parements blancs… J'ai pensé reconnaître le beau et sympathique José, du moins son vêtement hors du commun. Je l'ai suivi mais vite perdu dans les dédales des sentiers du sous-bois.

J'étais fort déçu quand un quart d'heure plus tard marchant doucement, j'ai vu au loin à peine visible deux mecs qui se donnaient du bon temps, l'un prenant l'autre… Bien que pas voyeur, mais ma curiosité étant forte, je me suis approché discrètement sans faire de bruit. Le peu de lumière m'a permis de voir de jolies fesses, une paire debout et maigre et une autre cassée et rebondie. Il m'a semblé reconnaître à nouveau le blouson porté par le garçon passif. J'en ai été jaloux et j'ai quitté les lieux toujours avec discrétion. J'ai rejoint le parking bien décidé à attendre la fin du coït du supposé José. Des mecs, rôdaient encore dont un blond qui me plaisait. J'ai d'abord regardé les voitures et les plaques et j'ai repéré une ou deux autos immatriculées 94. J'en ai relevé les numéros et je suis reparti vers le bois. Jaloux d'avoir vu mon José se faire prendre par un autre, j'ai décidé d'aller me consoler. Dans l'allée, j'ai croisé le blondinet qui m'a abordé en me demandant avec un beau sourire :

— Tu n'aurais pas une clope à m'offrir ?

— Non, je ne fume pas ! lui ai-je répondu avec aussi le sourire ce qui d'ailleurs était vrai et j'ai osé : Je ne fume pas, mais je fais des pipes !

Le blondinet a rigolé, je l'ai suivi dans les fourrés… J'ai bien pris mon pied avec ce mec pas farouche et prêt à tout avec présos d'usage.

Le lundi matin, j'ai consulté le dossier de José. C'était bien sa Clio garée au Petit Clamart !

Je me suis décidé à aborder José. Mais je ne pouvais le faire directement. Lui dire que je l'avais vu se faire prendre dans le bois, ce n'était pas très correct et je ne voulais pas risquer de le blesser. Il me fallait donc le draguer ouvertement, directement.

N'ayant aucune chance de le rencontrer dans Créteil, j'ai fini par lui adresser sous double enveloppe un courrier anonyme, anonyme mais clair et pas provocant.


Salut José,
Nous nous connaissons pour des raisons professionnelles, enfin pour moi. Je suppose que tu es gay comme moi. Je n'ose pas t'aborder directement car je ne voudrais pas te vexer. Nous avons à peu près le même âge.
Je pense que je te plais. Je te trouve très séduisant et mon physique est paraît-il très agréable. Si tu es libre, je te propose de nous rencontrer. Une simple rencontre n'engagera à rien de part et d'autre…
Je ne te donne pas mon nom mais mon numéro personnel de portable. Tu peux m'appeler… 06 09 99…
GROSSE BISE
Et oublie tout si tu es hétéro !


J'ai pris soin de rentrer dans mon répertoire téléphonique son numéro que j'ai trouvé dans son dossier.

C'était puéril, mais ça a marché. José ne m'a pas appelé pourtant. Il est venu me rendre visite à l'agence le lendemain au soir alors que ma secrétaire était partie.

— Je n'aime pas trop le téléphone pour certaines choses… m'a dit José avec un sourire moqueur.

Il était resté debout. J'ai vu qu'il était excité… Il m'a montré le mot que je lui avais adressé la veille, plié en quatre.

— Je t'ai vexé ? lui ai-je demandé inquiet en le tutoyant d'office et en l'invitant d'un geste à s'asseoir.

— Bien sûr que non ! Sinon, je ne serais pas venu ! Je suis bien gay !

— Merci ! lui ai-je dit. Je ne savais pas comment t'aborder du fait surtout que tu es mon client et que je suis obligé pour cela de ne pas afficher mon homosexualité pour des raisons purement professionnelles tant pour la clientèle que pour la compagnie que je représente.

— Moi aussi, je ne savais pas comment t'aborder ! Il y a des mecs à qui je fais des propositions très directes, mais toi, je n'osais pas. J'avais peur aussi de te vexer. Ça ne se voit pas que tu es gay, enfin, difficilement. Enfin… (il a hésité), j'aimerais bien sortir avec toi, je suis libre comme l'air.

— José, demain si tu es libre, je t'invite à dîner, Paris ou notre coin ?

— Paris et le Marais, j'aime bien, on se sent bien. J'aimerais y vivre, mais c'est trop cher ! Je serai à Paris pour mes affaires. Je pourrai te retrouver facilement.

Je lui ai fixé rendez-vous place de l'hôtel de Ville à 20 heures 30. Nous avons parlé un bon moment et puis j'ai dû fermer boutique étant attendu pour souper chez ma mère avec ma sœur. Je lui ai fait la bise pour lui dire au revoir. José a tourné la tête pour que nos lèvres se rencontrent furtivement. J'avais envie de beaucoup plus, ça devait se voir. J'ai regardé la braguette de José. Il était en forme et on a ri tous les deux.

Le lendemain vendredi, j'ai travaillé un peu nerveusement. J'avais hâte d'être au soir. J'ai dû fermer boutique un peu plus tôt pour être certain d'être à l'heure. Je suis retourné chez moi, y ai laissé ma voiture sur son parking et j'ai pris le métro à Maisons Alfort les Juilliottes, à deux pas de chez moi. J'aime bien le métro, même aux heures de pointe ! Je ne m'y ennuie pas, je mate les mecs en essayant d'être discret. Cela m'a rapporté des aventures. Mais ce soir-là, je ne pensais qu'à José. Arrivé à Bastille, j'ai changé de ligne pour reprendre la 1. J'aurais pu me rendre à pied jusqu'à Hôtel de Ville, alors que j'étais en avance. Ne voulant pas arriver en transpiration, j'ai choisi le métro pour terminer mon parcours. Je m'étais super-préparé cool et après ma douche minutieuse, je m'étais parfumé avec Le Mâle de Gaultier.

Je suis arrivé en avance, l'heure a tourné et j'ai commencé à être inquiet. Pour rien d'ailleurs car j'ai vu José sortir de la bouche de métro. Je me suis rendu à sa rencontre. Il avait un peu changé son look. Du jean noir, il était passé au classique, mais toujours aussi moulant et beau temps oblige, il portait un débardeur gris près du corps sous une veste sport gris perle. J'ai admiré sa démarche agrémentée par des Nike blanches. Il ne me restait plus qu'à le séduire encore un peu plus et l'éplucher !

Avec un grand sourire en prime, il m'a embrassé tendrement. Je l'ai emmené dîner au Fond de Cour.

Le dîner a commencé dans la rigolade quand en levant sa coupe de champagne, José m'a dit :

— Au fait ! Si tu veux vérifier que j'ai bien les testicules descendus… On peut descendre tout de suite aux toilettes du sous-sol ou mieux, passe ta main sous la nappe !

— Cochonne ! T'attendras !

Mais à ce moment-là, j'aurais bien effectivement vérifié moi-même ce point !

Après un souper que j'ai voulu romantique, nous sommes allés flâner sur les quais de Seine. José m'a entraîné dans un coin tranquille sans promeneur ni SDF. À l’abri des regards, nous nous sommes embrassés enfin comme des amants. C'était très bon et comme José, j'en voulais plus. Je lui ai proposé de nous rendre chez moi, José habitait toujours plus ou moins chez sa mère.

— Tu as fait ton coming out ? lui ai-je demandé.

— Sans difficulté ! m'a répondu José. Ma mère m'avait vu dans la rue par une fenêtre de notre appartement un soir très tard en train de rouler une pelle à un copain. J'avais alors 16 ans et je n'étais plus puceau du tout. Ma mère m'a attendu. Elle m'a aidé à parler en me disant qu'elle m'avait observé dans la rue. Elle a été déçue comme sans doute toutes les mères. Elle ne m'a jamais montré sa déception et a continué d'être avec moi une bonne maman.

— Et avec tes frère et sœur ? l'ai-je encore questionné car cela pouvait troubler nos relations commerciales.

— Je ne voulais pas parler à Carlos. Aussi j'ai demandé à maman de le faire. J'ai juste eu une discussion avec ma sœur qui s'est bien passée. Carlos ne m'a jamais rien dit ni fait la moindre remarque, même lorsque je ramène un mec à la maison. Et toi ?

J'ai commencé à le déshabiller dans l'ascenseur… José n'a pas eu le temps de visiter mon appartement, nous avons foncé directement dans ma chambre. J'ai achevé de le foutre à poil et me suis débarrassé prestement de mes vêtements. Comme moi, il était en érection. Je l'ai poussé sur le lit et tout en lui roulant des pelles je l'ai caressé de la tête aux pieds. Sa peau était douce, sentait bon, son corps était imberbe ou complètement épilé. José était très passif mais soupirait de plaisir sous les caresses et ma bouche. Il ne s'intéressait qu'à mon sexe cherchant à se faire pénétrer. J'ai attrapé gel et capote.

— Prends-moi ! m'a-t-il dit en relevant les jambes pour se faire prendre comme une fille.

Il avait employé un terme beaucoup plus direct, plus cru… J'ai vite joui dans son ventre et lui sans même se toucher. Nous n'avons pas beaucoup dormi… Il aimait particulièrement se faire prendre et je ne lui ai jamais parlé du Bois de Verrières.

Nous avons entretenu une relation implicite. Je me hasardais à des mots doux mais ne recevais de José que simple amitié et plaisir sexuel. Cette situation m'a convenu un bout de temps, quelques mois. La plupart du temps, c'est moi qui l'appelais. Il ne se montrait pas toujours disponible, occupé par ses activités.

Bien que passif, il était sexuellement insatiable, il se qualifiait lui-même de nymphomane ou plutôt en rigolant de nymphowoman. Je faisais tout ce que je pouvais pour le contenter, c'est-à-dire beaucoup.

José passait des week-ends entiers chez moi et la nuit plusieurs fois par semaine. En dehors de la baise, on prenait du bon temps ensemble en restaurant et spectacles. Pourtant, j'ai vite eu le sentiment qu'il me trompait. Je ne pouvais faire mieux, c'était sa nature. Au moins, il ne m'avait jamais dit '« Je t'aime ». Mais c'était ce que j'attendais d'un homme.

Nos rencontres se sont espacées, puis presque éteintes naturellement sans séparation officielle.

J'avais de toute façon une autre idée en tête.