L'assurance des sentiments (06)


L'assurance des sentiments (06)
Texte paru le 2020-12-24 par Michel Geny-Gros   Drapeau-fr.svg
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Chapitre 6 — JALOUSIE ET COURAGE (Récit de Jean-Philippe)


Lorsque je passais, conformément à l'usage des inspecteurs, une journée entière avec Alex dans son agence ou encore en prospection client, je rencontrais souvent ses clients auxquels il me présentait. Les journées d'inspection avaient aussi pour objet la vérification de la comptabilité de l'agent vis-à-vis de la compagnie et quelques tâches administratives. Avec Alex, ces formalités ne prenaient que très peu de temps. Alex tenait ses comptes avec rigueur et envoyait ses fonds régulièrement à la compagnie. C'était de loin mon meilleur agent. Je l'aidais presque exclusivement à la prospection client, usant de mes dérogations tarifaires propres pour lui permettre d'emporter une affaire.

C'est ainsi que j'ai fait la connaissance de José. Visiblement, ce charmant et séduisant garçon qui m'avait regardé de la tête aux pieds sans aucune pudeur en s'arrêtant longtemps sur la braguette de mon pantalon était gay et il n'avait rien à faire à l'agence ce jour-là. Il avait trouvé un prétexte pour y venir en interrogeant Alex sur une prestation relative à son contrat santé. La secrétaire d'Alex était en semaine de cours. Le beau portugais avait sans doute projeté de le rencontrer seul. Je me suis aperçu que mon agent préféré était sensible aux charmes de son client. J'ai compris que j'étais de trop ! Ça m'a fait mal ! Ce jour-là, j'ai admis que j'étais vraiment amoureux d'Alex et que je ne me trompais pas, il était bien gay.

Mais, rien à faire, je n'arrivais pas à me dévoiler. Je courrais aussi un grand risque sur le plan professionnel. J'adorais ce garçon et j'aurais été très déçu de l'entendre dire : « Désolé Janfi, je ne suis pas gay ! » mais je m'en serais remis. Je craignais beaucoup plus de le vexer. En outre, Alex était en phase de devenir le meilleur agent du secteur nord. En début d'année, il m'avait même déclaré :

— Tu peux dire à Croque-mort que je n'ai plus besoin de mon aide financière !

Je l'ai convaincu de la garder encore jusqu'à la fin de l'année pour lui permettre de financer l'achat d'un nouveau photocopieur et une campagne personnelle de publicité pour l'agence. Il avait déjà supporté financièrement l'année précédente la nouvelle informatique de l'UAFE ce qui était une lourde charge pour un agent.

Alex s'était d'ailleurs accroché en réunion des agents de la région parisienne au siège avec CHEVALLON à ce sujet.

La direction de l'UAFE avait voulu imposer aux agents l'achat de nouveaux PC outre le logiciel.

— Le programme ne tournera pas sur vos PC actuels, il faut la version Windows XP ! avait déclaré Croque-mort en lisant ses notes et en précisant encore les capacités des mémoires des ordinateurs. Et une liaison Internet sécurisée.

— Plusieurs agents dont moi ont déjà XP depuis de nombreux mois et des PC suffisamment puissants pour tout ça ! avait répondu Alex en ajoutant : Et vous les vendez plus cher que chez Surcouf !

— Ce n'est pas le même matériel ! a presque crié CHEVALLON.

— Mais si ! a alors déclaré François LEBLOND l'agent de Thiais. Alex est venu me voir pour m'en parler. Nous avons fait des comparatifs ! Ne prenez pas les agents pour des cons !

— Cessez d'essayer de nous escroquer CHEVALLON ! a alors hurlé Gérald PRINCE un des principaux agents de Paris qui a ajouté la phrase qui tue : Et CHEVALLON, laissez l'informatique aux informaticiens !

Alex avait fait sa place parmi les agents de la région parisienne.

Les agents de Paris ont gagné la partie. Ce jour-là, j'ai d'ailleurs demandé à Alex :

— J'ai besoin de nouveaux costumes et de vêtements en général, tu es libre samedi ap ?

— Ok ! m'avait répondu Alex en ajoutant : Je suis très libre en ce moment.

Ce n'était pas la première fois que nous sortions ensemble ainsi. La soirée se terminait au restaurant. Nous retardions l'un et l'autre le moment de nous séparer. J'avais compris qu'Alex avait rompu avec son portugais. Mais encore une fois, je n'ai rien tenté, Alex non plus d'ailleurs !

Une réunion d'information agentd'une journée était prévue au Tréport dans les salons de l'hôtel Domaine de Joinville. Je devais exposer aux agents nos nouveaux contrats pour la multirisque habitation. J'avais d'ailleurs instruit Alex sur le nouveau produit depuis longtemps, encore un prétexte pour passer une journée avec lui.

Alex d'ailleurs, m'avait grillé en me demandant :

— Tu as fait la même démonstration du produit à tous tes agents ?

— Non ! Une démonstration simplifiée ! ai-je eu le courage de lui répondre.

— Je suis donc ton agent préféré ? m'a demandé Alex avec son sourire craquant.

— Admettons ! Enfin… Je suppose surtout qu'on est ami !

— Tu supposes bien ! Merci Janfi ! m'a répondu Alex que j'ai senti troublé alors que pour ne pas perdre contenance, il m'a donné une petite tape sur l'épaule.

CHEVALLON devait présider cette réunion des agents de toute la région nord. En dernière minute, notre directeur général avait décidé d'y assister. Ce n'était pas pour me déplaire ! La réunion était fixée un vendredi de juin. J'aurais aimé profiter du lieu pour monter jusqu'à Montreuil pour visiter ma chère marraine et y passer le week-end, mais elle était partie en voyage.

— Je viendrai te chercher avec ma voiture ! avais-je dit à Alex. Tu feras une économie sur ton budget voiture !

— Désolé, mais j'irai avec ma caisse, je comptais pousser jusqu'à Stella pour finir le week-end là-bas. Ma grand-mère n'y sera pas mais m'a passé les clefs ! m'a répondu Alex.

J'ai été très déçu, mais un quart d'heure après, Alex m'a rappelé :

— Si ça te dit, viens passer le week-end avec moi ! Il y a plusieurs chambres chez mamy !

J'étais fou de joie, je l'ai caché…

— Avec plaisir ! Je vais préparer mon sac et sortir mon maillot de bain ! lui ai-je répondu et j'ai ajouté stupidement : Faudra être discret…

— Janfi le trouillard ! m'a rétorqué Alex que j'ai senti toutefois rigoler car il a ajouté : Et pas besoin de maillot de bains sur certaines plages là-bas ! Comme tu dois savoir d'ailleurs !

— Si le temps le permet, tu seras sur la plage obligé de me montrer ton petit cul ! a encore ajouté Alex ce qui m'a plus que troublé !

— Pas de souci ! lui ai-je toutefois répondu pour cacher mon émoi et ma joie.

Très tôt le matin et le jour dit, je suis monté le chercher dans son appartement. Je connaissais les lieux car il m'avait plusieurs fois invité à dîner. Mais curieusement, toujours en tête à tête alors qu'il me semblait avoir de nombreux copains et copines. Alex a ouvert le coffre de ma voiture dès qu'il est descendu de chez lui. Il a jeté son sac de voyage dans le coffre et est monté dans la voiture en me disant :

— Bien ta nouvelle Laguna ! Mais pourquoi un bas de gamme ? L'UAFE est toujours aussi radine ?

— Pour un inspecteur de ma catégorie, je n'ai droit qu'à ça ! lui ai-je répondu.

— Tu aurais pu à ce moment-là prendre une Mégane haut de gamme !

— Non, impossible, un inspecteur doit rouler dans une certaine classe de véhicule ! Je n'ai pas eu le choix, même pas la couleur ! Le responsable des services généraux a un accord commercial avec une concession Renault, de bons tarifs paraît-il, 10% de remise, je crois.

Alex a pouffé :

— 10%, ridicule ! Vous ne louez pas à moyen terme ? C'est plus économique !

— Et non ! Tradition, tradition ! Mais tu vas me lâcher un peu Alex ? Je ne suis pas l'UAFE !

Alex m'a lâché et a été charmant comme d'habitude. Mais j'aimais bien qu'il me charrie, qu'il me domine un peu. Je me sentais protégé. Un psy aurait dit que je recherchais, en vain jusque-là et chez les hommes, un père que je n'avais pas eu. Nous étions partis très tôt car le début de la réunion d'information était prévu pour 9 heures.

Le voyage a été très agréable. Alex a sorti des bonbons de sa sacoche de travail et m'a présenté le paquet ouvert.

— Je ne peux pas, faut que je garde les mains sur le volant ! lui ai-je répondu. On va s'arrêter un moment faut que je fasse le plein.

— Fraise ou orange ? m'a demandé Alex souriant.

— Fraise ! lui ai-je répondu en pensant rose tendre comme tes lèvres !

Il a défait le papier du bonbon et me l'a mis dans la bouche.

— J'ai les mains propres ! Mais ça ne se fait pas ! N'est-ce pas Janfi ? m'a dit Alex provocateur.

— Tu vas voir, je peux moi aussi faire des choses qui ne se font pas ! lui ai-je répondu, enfin confiant en moi.

J'ai rigolé car j'avais décidé de passer à l'attaque et j'avais tendu un gentil piège à mon cher Alex.


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