L'assurance des sentiments (07)


L'assurance des sentiments (07)
Texte paru le 2020-12-30 par Michel Geny-Gros   Drapeau-fr.svg
Ce récit a été publié sur Gai-Éros avec l'autorisation de l'auteur

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Chapitre 7 — LE GRAND JOUR (Récit d'Alex)


José oublié, j'étais prêt à conquérir Janfi. Mon invitation à prolonger le séjour en Picardie avait pour but de séduire mon cher Janfi et de le coucher dans mon lit ou n'importe où pour lui faire l'amour.

Lors de la dernière réunion des agents, j'avais entendu à propos de Janfi une réflexion au sujet de son célibat ou plus exactement sur sa sexualité. Un agent de Compiègne évoquant une soirée de gala organisée à Paris par le syndicat des agents et auxquels les inspecteurs étaient invités avait déclaré à François LEBLOND l'agent de Thiais avec lequel j'avais réussi à entretenir des relations confraternelles agréables :

— Et comme d'habitude DELASSIN viendra seul !

— Sans sa fameuse copine invisible ! avait déclaré un autre d'un air amusé en complétant. Elle serait institutrice dans le nord et attachée à son poste !

— À mon avis, elle a du poil au menton ! avait plaisanté un autre en rigolant.

— Ne nous moquons pas ! avait déclaré plus sérieux François LEBLOND. Nous avons un bon inspecteur ! Imaginez si nous étions en direct avec Croque-mort !

Croque-mort, ça m'a fait rire, car je n'avais jamais prononcé ce surnom devant un quelconque agent. La déclaration et la plaisanterie, certes pas méchantes de l'agent de Compiègne, m'avaient contrarié. Janfi n'affichait aucune homosexualité flagrante sinon, sans doute comme moi un peu de préciosité et j'espère même de raffinement. Mais cela m'a rassuré, je ne me trompais pas ! Janfi était bien comme moi !

Plusieurs fois dans la voiture en regardant Janfi j'ai eu envie de le serrer contre moi, de l'embrasser et même de lui dire : « Pouce ! On arrête notre petit jeu ! Je suis gay et j'ai des sentiments pour toi ! » Bien sûr j'ai aussi eu envie de lui mettre la main sur la braguette. Le dernier costume que je lui avais fait acheter lui allait très bien et le pantalon lui moulait bien le paquet.

Lors de notre dernière sortie mode, je m'étais arrangé à le voir dans une cabine d'essayage sous prétexte de lui apporter de la part du vendeur un autre modèle de jean. Je l'avais vu en boxer… Il y avait du monde au balcon, à l'orchestre plutôt… Sans parler de son admirable postérieur… J'avais dû me calmer en pensant au boulot.

Son sourire notamment quand je le charriais me faisait craquer ! D'ailleurs, il ne souriait qu'à moi, mais combien intensément.

— Alex, j'ai oublié un CD sur lequel j'ai enregistré une animation Power Point pour le stage dans la boîte à gants de ma voiture. Pourrais-tu aller me le chercher, tu connais déjà le sujet et ainsi je pourrais commencer mon exposé sans attendre ! m'a demandé Janfi juste avant d'entrer en salle après un petit-déjeuner offert par la compagnie avant de commencer le travail.

J'ai acquiescé alors qu'il me tendait la carte de la voiture. Je l'ai senti tendu, mais j'ai mis ça sur le trac de parler en public et devant la direction de l'UAFE. L'instant après, j'ai ouvert la boîte à gants, trouvé le CD et sous le support numérique, bien en évidence, un exemplaire de Têtu ! Aucun doute Janfi n'était ni distrait ni idiot. Le message était pour moi, bien clair. J'en ai tremblé d'émotion. J'ai pris ce CD. J'ai vu à côté un petit bloc de papier et noté sur un Post-It :

— Bravo pour ta lecture ! Merci pour le message. J'ai déjà lu et visionné ce numéro ! T'as plus de couilles que moi ! J'ai hâte de me retrouver seul avec toi ! J'ai depuis longtemps des sentiments pour toi qui dépassent l'amitié !

J'ai ensuite collé bien en évidence mon message sur le CD. Je suis rentré en salle, j'ai pris ma place devant que je m'étais gardé en posant mon sac. Je lui ai tendu le CD. Je ne l'ai lâché que lorsque j'ai été certain qu'il ait vu mon message. Il a arrêté de parler quelques instants pour lire mon petit mot. Il m'a regardé discrètement esquissant un sourire. Il a bien plié la petite feuille de papier et l'a glissée précieusement dans la poche droite de son pantalon, comme pour la mettre en lieu sûr. Il m'a adressé un clin d'œil complice et ses yeux verts trahissaient ses sentiments. Je n'ai plus bien écouté son discours…

Le matin nous devions découvrir le produit aux niveaux administratif et commercial. Un repas devait suivre. Puis il était prévu de nous réunir encore une heure ou deux pour examiner les conditions générales du nouveau contrat. Janfi m'avait passé ce document lorsque avant les autres agents, il m'avait exposé la nouvelle MIH4. Les agents avaient d'ailleurs reçu officiellement les projets des nouvelles polices, des propositions et ces fameuses conditions générales. Je les avais lues, étudiées et j'avais des commentaires importants à faire. J'en avais parlé au préalable à Janfi et il m'avait dit :

— Tu as raison, mais fais gaffe, tu vas déclencher les hostilités avec Patrick de la SOUILLE. Je te rappelle que notre ami de la Couille Molle est l'auteur de ces conditions générales.

— Je sais, mais je ne l'ai pas pris en traître et je lui ai téléphoné pour lui en parler.

— Et que t'a-t-il répondu ? m'avait demandé Janfi.

— Il m'a dit de rester à ma place d'agent et que la commission dans laquelle siégeaient des agents avait validé son travail.

— Et alors ?

— Et alors, j'ai appelé ces agents. Je leur ai expliqué mes arguments. Certains, la plupart même me suivent.

— Et les autres ne devaient être que des potiches ! a conclu Janfi en ajoutant : Vas-y Alex !

La matinée m'a paru longue alors que le sujet de la réunion était intéressant. Janfi était un bon présentateur et son exposé très bien préparé. Nous avons eu le temps de nous voir quelques instants avant le repas du midi. Janfi m'a entraîné jusqu'au parking.

— Tu l'as fait exprès, je suppose ? lui ai-je demandé sur le chemin du parking.

— Oui ! Je n'en pouvais plus ! On tournait en rond ! Je… Je te veux Alex, même au grand jour s'il le faut ! m'a répondu Janfi en me serrant le bras et il a ajouté : L'animation Power Point était enregistrée sur le disque dur de mon PC ! Le Post-It et le crayon, c'était pour ta réponse…

— Et ben, mon salaud ! Quand tu t'y mets ! lui ai-je répondu très ému.

Nous sommes rentrés dans la voiture garée sur un parking aérien ombragé. Des arbres, arbustes et buissons nous mettaient à l'abri des regards indiscrets. Après un rapide coup d'œil de prospection aux alentours, je me suis penché et j'ai embrassé mon Janfi doucement sur la bouche. Nous avons joué avec nos lèvres. C'était délicat, sensuel, nouveau. Mon cœur battait très fort et je sentais celui de Janfi qui m'avait serré dans ses bras. Nos lèvres se sont ouvertes et une étreinte passionnée nous a unis.

— On va se faire remarquer par notre absence ensemble ! ai-je dit à Janfi en reprenant mes esprits.

— Oui, allons-y ! Retournons à l'hôtel ! m'a rétorqué Janfi qui a repris : Bien qu'il y ait plusieurs chambres dans la maison de ta grand-mère, je suppose que tu me voudras dans ton lit ce soir ?

Avant que j'aie eu le temps de répondre il m'a demandé l'air soucieux :

— Attends ! T'es libre ? Tu t'es débarrassé du bellâtre de portugais ?

J'ai rigolé, heureux de son état d'esprit et de sa jalousie et je lui ai répondu dans l'ordre :

— Oui dans mon lit, oui libre et ne sois pas jaloux de José. J'ai bien baisé avec lui. C'est fini. Je veux un mec rien que pour moi, tu vois ce que je veux dire ?

— Je vois, moi aussi ! Je suis libre comme l'air. Depuis longtemps, je ne baise plus avec Denis Ambert. Je suppose que tu avais compris qu'on baisait ensemble ?

— Oui et ça m'a rendu jaloux aussi. Mais ça a été utile car ainsi j'ai pensé que j'avais envie de toi au-delà du cul !

— Merci Alex ! a conclu Janfi. Vivement ce soir. Je suppose qu'on en aura fini vers 16 heures.

L'apéritif a été sympa. Je n'ai pris qu'une coupe de champagne et j'ai décidé de ne pas boire d'alcool ou juste un verre pendant le repas. J'avais besoin d'être bien clair dans l'après-midi et encore plus dans la soirée.

— Nous sommes à la table du directeur général ! m'a annoncé Janfi qui m'a rappelé l'information qu'il m'avait déjà donnée. C'est un usage, le DG invite à sa table tous les nouveaux agents et leur inspecteur à l'occasion de la première réunion avec repas et sauf erreur tu n'as pas encore eu droit à cet honneur puisqu'il n'y a pas eu de repas aux précédentes réunions depuis 3 ans, du moins avec notre DG.

— Bien ! Du moment que Croque-mort n'est pas à notre table, tout va bien ! ai-je répondu à Janfi et je lui ai précisé : J'ai entendu divers agents parler de CHEVALLON en lui donnant son surnom et je n'en suis pas à l'origine.

— Oui ! Au siège aussi ! a rigolé Janfi. Et pour de la Couille Molle, ça circule aussi ! Tu es redoutable ! Et je suis fier d'être ton ami !

J'ai ajouté tout bas à son oreille :

— Petit ami dès ce soir !

J'ai ensuite rajouté une grossièreté que je ne saurais conter et qui a fait rougir Janfi. Ce dernier m'a tout de même dit en reprenant contenance :

— Tu n'es qu'un cochon ! Mais Ok !

DASSIS a été très sympa et après quelques banalités sur mon installation à Créteil, qui comme l'a fait remarquer le DG, commençait à dater, nous avons tous évoqué des sujets plus distrayants tels que la voile et la mer à deux pas de notre hôtel.

— Je connais bien la Picardie, ai-je précisé au DG et là, j'ai fait ma première gaffe en désignant mon inspecteur par le surnom que je lui avais donné alors que je ne l'employais jamais à la compagnie : Janfi aussi ! Il est même un vrai Picard !

Le président a souri et Janfi également. Lui aussi était sur un petit nuage.


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