L'assurance des sentiments (14)


L'assurance des sentiments (14)
Texte paru le 2021-01-06 par Michel Geny-Gros   Drapeau-fr.svg
Ce récit a été publié sur Gai-Éros avec l'autorisation de l'auteur

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Chapitre 14 — VIE COMMUNE — DÉCEPTION PROFESSIONNELLE (Récit de Jean-Philippe)


Pendant un an, Alex et moi avons vécu tranquilles nos vies professionnelles. Sur le plan personnel et relationnel notre couple fonctionnait très bien. Alex était aux petits soins pour moi et je m'étais fait à son désordre habituel dans notre appartement.

De toute façon, à la maison, je faisais plutôt la maman comme me plaisantait Alex m'assurant (c'est le mot) du ménage et de la lessive. Alex, la plupart du temps, se chargeait de la cuisine qu'il préparait très bien.

Les courses, dans un premier temps, je m'en étais chargé le samedi matin. Mais rapidement, je suis venu aider Alex qui débordait de travail. Les courses nous les faisions donc le samedi après-midi. De temps en temps, Alex rencontrait des clients à Carrefour. Mais pratiquement peu de gens parmi sa clientèle me connaissaient.

— Et si on rencontre un de tes clients alors qu'on pousse un chariot de Carrefour ? avais-je demandé un peu anxieux à Alex un peu avant notre première sortie ensemble dans un lieu public à Créteil.

— Si tu le connais, tu dis bonjour naturellement. Si tu ne le connais pas, je te présente.

— Comment ?

— Je dirais alors «Jean-Philippe DELASSIN, mon inspecteur commercial à la compagnie et néanmoins ami ».

— Et ça passera comment ?

— Bof, on s'en fout puisque les clients n'ont aucun contact direct avec la compagnie. Rappelle-toi, c'est une règle. Ce sont d'abord mes clients et comme tous les agents j'en assure exclusivement le contact.

— Très bien ! ai-je dit à Alex. T'es sûr de toi Alex et je t'aime !

— Faut que je te vois, j'ai quelque chose d'important à te dire, m'a dit quelques jours après au téléphone Denis AMBERT.

Il m'a invité à déjeuner le midi dans un petit resto assez loin du siège.

— Comme tu sais, le bruit courrait depuis longtemps sur ton homosexualité. Mais maintenant, un bruit court que t'es en couple avec Alex.

— C'est exact, je suis en couple avec Alex. Mais nous sommes discrets et je ne comprends pas ! lui ai-je répondu. Je te le confirme et je compte comme d'habitude sur ta discrétion.

— Alex s'est fait des ennemis à la compagnie. Tu le sais, lui aussi. Ceci dit, je fais partie de ceux qui apprécient Alex. Tu peux ainsi qu'Alex compter sur moi. Beau-papa en outre vous estime particulièrement.

— Il sait ?

— Les ragots lui sont rapportés, mais pas par moi.

— Ok ! Merci Denis. Mais, bon, il n'y a pas grand-chose à faire !

À ma demande, Denis m'a parlé de sa vie. J'ai senti qu'il regrettait s'être marié. Mais trop tard pour faire marche arrière ; il m'a annoncé aussi qu'il allait être père.

Denis a voulu savoir :

— Ça fait quoi de vivre avec un mec ? Alex et toi, vous êtes amoureux ? Vraiment ?

— C'est super ! Le bonheur ! lui ai-je répondu en ajoutant - Alex et moi, on s'aimait depuis longtemps…

J'ai dû lui raconter notre histoire.

Le soir même, j'ai rapporté à Alex mon entrevue avec Denis.

— Ça devait arriver ! Ceci dit, je me demande bien comment on peut savoir qu'on vit ensemble !

Quelques jours après, j'ai été convoqué (aimablement) chez DASSIS. CHEVALLON assistait à l'entretien.

— Jean-Philippe les résultats de votre secteur, vos résultats sont très satisfaisants. J'ai donc le plaisir de vous annoncer une promotion. Au 1er janvier, vous passerez inspecteur principal.

— Mais il y a une contrepartie, a ajouté CHEVALLON. Vous allez devoir changer de secteur pour prendre en charge Nord Picardie. Il y a du travail, du ménage même à faire dans cette région.

J'ai remercié mon directeur général mais tout de même fait part de mes réserves. Ma vie était en région parisienne, mes amis, mes activités.

— Mais vous allez ainsi vous rapprocher de votre amie, Élodie, je crois ? m'a rétorqué perfidement CHEVALLON avec un sourire narquois.

— On a rompu ! ai-je répondu penaud et finalement stupidement.

— De toute façon, vous pourrez toujours revenir sur Paris tous les soirs et votre bureau restera ici si vous le souhaitez. Il y aura juste vos tournées qui seront plus longues, m'a fait remarquer plus aimablement DASSIS.

— Ça ne me convient pas ! a rétorqué Croque-mort. Un inspecteur doit vivre dans la région dont il a la charge ! Un bureau l'attend à Lille à la délégation.

DASSIS a alors ajouté d'un ton sec :

— Jean-Philippe fera ce qu'il veut sur l'implantation de son bureau ! Il a carte libre ! Ce sera spécifié sur sa nomination !

Croque-mort a fait la gueule, moi un sourire et notre DG a continué :

— Vous serez remplacé par un nouvel inspecteur que nous avons engagé, Jacques TRUC, ne rigolez pas Jean-Philippe, c'est bien son nom !

— Ah ! Merde ! m'a dit dans l'après-midi même Alex que j'avais été voir à son agence. Un coup de pute de Croque-mort !

— Je vais démissionner ! ai-je dit à Alex. Toutefois DASSIS m'a soutenu. Je peux conserver mon bureau de rattachement à Paris. Croque-mort a fait une gueule de six pieds de long quand il a entendu DASSIS m'accorder cette dérogation.

— Mais non ! T'es con ! Démissionner ! C'est ce que voudrait Croque-mort ! Ta peau ou la mienne ! Cependant, si, effectivement, la direction de l'UAFE sait que nous sommes en couple, le fait de me faire changer d'inspecteur est justifié. On pourrait prendre sur nous, allez voir DASSIS et lui dire pour nous. Ça ne me fait pas peur !

— Merci Alex, mais moins on mêlera notre vie privée à l'UAFE mieux ce sera. Je préfère les ragots à m'entendre appeler par-derrière Madame GESTART !

— T'as raison ! Mais, tu n'aimes pas être Madame GESTART ? s'est moqué Alex qui a ajouté. Non ! Je suis ton mari, ton compagnon ! Et toi mon bébé d'amour, t'es aussi mon mari et mon compagnon. Tiens, d'ailleurs faut qu'on reparle de ce PACS !

La région Nord de l'UAFE comprenait quatre départements, Oise, Somme, Pas de Calais et Nord. Alex m'a fait remarquer que pour ne pas me fatiguer, je pourrais prendre au maximum le TGV et louer une voiture sur place de Lille ou Calais. Dans la pratique, je ne visitais mes agents que du mardi au jeudi, réservant à mes travaux administratifs les premier et dernier jours de la semaine. Ma seule déception était de ne plus être l'agent de mon Alex. Un point positif, la promotion m'apportait une forte augmentation de mon salaire de base. Mes nouveaux objectifs commerciaux me paraissaient réalisables.

Nos soirées et nos week-ends étaient fort occupés entre famille et amis. Fanny et Romain se fréquentaient et ce dernier plaisait à toute la famille et notamment à sa maman et à sa grand-mère.

Ces changements professionnels ne devaient prendre effet que le premier janvier et nous avons passé une bonne fin d'année.

— TRUC, tu l'as rencontré ? m'a demandé Alex courant décembre.

— Quoi ? lui ai-je dit ne comprenant pas sur le moment et j'ai ajouté : Quel truc ?

— Ça commence bien ! s'est esclaffé Alex.

— Oui ! Je n'ai pas eu d'atome crochu avec lui. Il a la quarantaine et il est moche comme un pou ! Aucune affinité entre nous !


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