L'assurance des sentiments (15)


L'assurance des sentiments (15)
Texte paru le 2021-01-07 par Michel Geny-Gros   Drapeau-fr.svg
Ce récit a été publié sur Gai-Éros avec l'autorisation de l'auteur

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Chapitre 15 — TRUC — DÉCEPTION PROFESSIONNELLE (Récit d'Alex)


Lorsque j'ai vu devant moi assis devant mon bureau en compagnie de Janfi, Jacques TRUC, j'ai tout de suite pensé qu'il ne risquait pas de me faire bander. TRUC était petit, dodu, grassouillet dans le style petit cochon rose. Il était pourvu d'un petit ventre tout rond qui l'empêchait de fermer correctement le pantalon de son costume. Rouquin, son front gagnait du terrain sur ses cheveux coiffés en arrière. Son visage maigre mettait en valeur des traces d'acné juvénile mal soignée.

Quand il a ouvert la bouche, j'ai vu le bas de sa dentition agressé par du tartre brun…

Alors que je m'attendais à un rendez-vous de contact agréable, j'ai senti un malaise régner dans mon bureau. TRUC faisait référence à Croque-mort qu'il me semblait admirer. Janfi m'avait dit qu'il avait été engagé par ce dernier. Dans la conversation, TRUC faisait également référence à son passé récent de courtier en assurances. Il avait été propriétaire d'un cabinet de courtage à Vichy. Je n'ai pas pu m'empêcher de lui demander pourquoi il avait quitté ce merveilleux cabinet qui fonctionnait si bien.

— Un divorce dont le règlement a mal tourné ! m'a répondu sèchement mon nouvel inspecteur.

— Et pourquoi n'avoir pas racheté une agence ? lui ai-je encore demandé.

— Mes ambitions ne correspondent pas avec mes nouveaux moyens financiers, m'a répondu TRUC que j'ai senti agacé par mes questions.

Après avoir fait le tour de mon agence sur le plan matériel puis sur l'examen du portefeuille, Janfi nous a invités à déjeuner.

L'atmosphère s'est un peu détendue. Janfi y avait mis du sien.

Nous avons repris rendez-vous pour la semaine suivante et Janfi en repartant avec TRUC a fait une mini-gaffe en me disant :

— À ce soir ! mais, il a vite rajouté : Au téléphone, je t'appelle !

J'ai contenu mon rire et Janfi gaffeur mais super-entraîné pour se rattraper n'a pas rougi.

Vers 18 heures, Janfi était de retour à Créteil.

— J'attendais ton coup de fil ! l'ai-je plaisanté et pour le détendre, je lui ai dit : Pour TRUC, j'ai trouvé un surnom : Pigbidule.

— Faudra que tu fasses avec ! Suis-moi, je vais te consoler ! m'a dit Janfi qui m'a entraîné au sous-sol dans la salle de réunion…

J'avais décidé d'accepter ce nouvel inspecteur et de collaborer au mieux avec lui. Mais c'est lui qui a déclenché les hostilités la semaine suivante.

— Je ne suis pas si euphorique que DELASSIN sur la situation de votre portefeuille ! m'a dit Pigbidule assis devant moi devant mon bureau dont j'avais pris soin de fermer la porte pour que ma secrétaire n'entende pas notre conversation et que nous ne soyons pas dérangés.

— Qu'est-ce qu'il a mon portefeuille ? Je l'ai beaucoup développé depuis mon installation ! lui ai-je répondu.

— Pas assez de développement en assurance vie en général !

— On est à Créteil, pas à Saint Mandé, pas à Vincennes ! Que des quartiers défavorisés et des classes moyennes au Lac et en centre-ville !

— Désolé, mon garçon, faut remuer votre popotin et travailler ce secteur ! m'a rétorqué Pigbidule.

Là, j'ai craqué, d'abord sur la critique, puis sur le ton. Je me suis levé et je lui ai dit :

— Notre entretien est terminé ! Je travaillerai comme je l'entends. Je doute que venant de Vichy vous puissiez comprendre mon portefeuille et la région parisienne en général. Ensuite, je ne suis pas votre garçon mais Monsieur GESTART.

— Et moi, je ne suis pas DELASSIN ! Faudra oublier votre cher inspecteur ! Pas de copinage ! Je suis votre inspecteur et je décide !

— Ce n'est pas ainsi que je vois les choses ! Je suis un travailleur indépendant, pas un salarié de l'UAFE ! Maintenant laissez-moi travailler, je suis débordé de boulot et je n'ai pas de temps à vous consacrer pour du papotage inutile !

— Parlons-en du boulot ! Faudra pas que DELASSIN traîne dans votre agence, notamment le samedi matin ! Nous savons entre autres qu'il vient vous aider !

— Dehors connard ! Ai-je conclu en lui ouvrant la porte et j'ai ajouté : Je reçois qui je veux dans mon agence. Je suis chez moi. Ici, vous n'êtes pas à l'UAFE ! Tenez-le-vous pour dit lorsque vous remettrez les pieds ici !

Me doutant d'un entretien difficile, j'avais pris soin d'enregistrer notre conversation sur mon PC. Je l'ai ensuite transférée sur une clef USB. La première chose que j'ai faite a été de téléphoner au président du syndicat des agents, Jean-Louis DEVART un agent de Nancy. Je n'étais pas le premier à avoir eu un entretien houleux avec Pigbidule, mais le premier à l'avoir viré.

J'ai ensuite pris contact avec les agents du secteur. Tous n'avaient pas apprécié de changer d'inspecteur. En quelques années, Janfi avait amélioré considérablement ses relations avec les agents. Il était maintenant le bienvenu partout.

J'ai ensuite appelé Janfi. Le soir même je lui ai fait écouter la conversation avec mon nouvel inspecteur.

— Merde ! T'es gonflé ! m'a dit Janfi. T'es dans de beaux draps ! Qu'est-ce qu'on va faire ! Et puis cette allusion sur nos samedis matin… Et ce entre autres… Ça, ça ne me plaît pas. Je trouve qu'il pousse un peu loin. Ce sera aussi la guerre avec moi.

— Ne t'inquiète pas ! Ah ! Je me suis défoulé ! Jean-Louis DEVART va appeler DASSIS directement. Avant, il va prendre contact avec tous les agents du secteur.

La situation n'a pas dégénéré. Quelques jours après, j'ai été convoqué ainsi que tous les agents du secteur à une réunion tenue au siège de l'UAFE par Croque-mort. Je m'attendais à avoir préalablement un appel de ce dernier mais il n'en a rien été. J'ai su par François LEBLOND l'agent de Thiais que quasiment tous les agents s'étaient plaints de l'attitude stupide et agressive de Pigbidule. Ce dernier les avait tous attaqués sur le sujet de l'assurance-vie.

Le président du syndicat des agents ainsi que le secrétaire général étaient présents ainsi également que Pigbidule.

— Qu'est-ce qu'il se passe, une fronde ? a essayé de plaisanter Croque-mort.

— Pas de mot ridicule CHEVALLON ! s'est d'abord exprimé François LEBLOND. Je n'ai qu'un mot à dire pour débuter. Avant de lâcher un inspecteur venant d'une ville bourgeoise de province, vous auriez pu le préparer. Je tiens à rappeler que nous sommes en région parisienne et presque tous ici en secteur défavorisé. Mais, je te cède la parole Alex.

Jean-Louis DEVART m'a fait un petit signe pour prendre la parole avant moi.

— Excuse-moi Alex, je vais juste formuler une remarque préalable sur les rapports agents/inspecteurs avant de te laisser la parole. Je rappelle ici et particulièrement à l'inspection que les agents généraux ne sont pas des salariés de l'UAFE, mais des libéraux. Ils prennent des risques financiers importants car leurs seuls revenus dépendent de leur capacité à maintenir et développer leur portefeuille. Ils n'ont aucun lien de subordination avec l'inspection. Inspecteurs et agents doivent néanmoins travailler ensemble en harmonie d'égal à égal. Ces dernières années ces relations ont évolué dans le bon sens. Cela fait dix ans que j'entretiens une relation amicale avec Jean GRATIA mon inspecteur. Nous travaillons ensemble la main dans la main. Agents et inspecteurs ont pu sympathiser, puis se tutoyer sans que cela nuise aux relations agents/UAFE et je m'en réjouis. Nous n'avons également aucun ordre à recevoir d'un inspecteur, sinon des suggestions accompagnées d'aide. J'ai entendu l'enregistrement de la conversation entre Alex et Monsieur BIDULE. À la place d'Alex, j'aurais viré ce dernier et peut-être même aurait-il pris mon poing dans la gueule.

— TRUC, pas BIDULE ! a presque crié ce dernier.

— Oh ! Mille excuses, un lapsus ! a répondu Jean-Louis sous les rires de l'assemblée. À toi, Alex !

— Faire de l'assurance-vie à Thiais, Marne La Vallée, Mantes et Créteil, c'est impossible et inutile. En grande majorité, les populations de la région parisienne n'ont pas les moyens d'épargner pas plus en retraite qu'en placement. Pour la plupart d'entre nous, cette démarche n'est qu'une perte de temps. Lorsque je suis obligé de conclure un modeste contrat d'assurance vie pour obtenir une prime, comme une ASMA l'assuré me la résilie automatiquement un an après. Il a l'impression d'être floué et je le comprends. Ce genre de pratique est désastreux et ne peut nuire qu'à nos portefeuilles. Ceci étant dit, j'aimerais pourvoir faire de l'assurance-vie !

Ma remarque a provoqué un brouhaha, l'assentiment des agents et des représentants syndicaux et presque la fureur de CHEVALLON.

Jean-Louis s'est énervé et a repris l'offensive.

— CHEVALLON, puisque vous ne voulez pas nous écouter, nous allons porter l'affaire au niveau de la direction générale. Nous réclamerons une nouvelle politique pour les agences de la région parisienne et celles des grandes villes. Nous demanderons aussi que les nouveaux inspecteurs avant d'être lâchés dans la nature fassent un stage significatif chez un agent général de la région qu'ils vont prendre en main. Le syndicat des agents attend également que Monsieur… (il a hésité) TRUC présente des excuses à Alex. On ne s'adresse pas ainsi à un agent. Alex, bien que jeune est néanmoins expérimenté. Je sais qu'il a développé son agence de façon extraordinaire et redonné un blason à la compagnie. De plus, dans son agence, il est chez lui et reçoit qui il veut.

CHEVALLON s'est levé et est reparti furieux suivi de Pigbidule.

La réunion a continué entre les agents et Jean-Louis a demandé un rendez-vous à DASSIS.

Avant de nous quitter, il m'a dit :

— Pour TRUC, exige des excuses écrites et circonstanciées et s'il te plaît, envoie-moi une copie. Ne le reçois pas à ton agence avant et tiens-moi au courant.

J'ai retrouvé Janfi dans son bureau car il n'était pas en tournée ce jour-là. Je lui ai suggéré d'aller dîner au Pavé, rue des Lombards au début du Marais, un restaurant Gay-Friendly où nous avions nos habitudes.

— Tout le monde doit savoir qu'on vit ensemble ! m'a dit Janfi qui a ajouté : Mais maintenant, je m'en fous ! Ceci dit, vu notre discrétion, je me demande comment ça se sait…

— Bof ! Une enquête peut-être… Mais dans quel intérêt… lui ai-je répondu.


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