La renaissance de Christian (12) : Jour de neige


La renaissance de Christian (12) : Jour de neige
Texte paru le 2012-07-17 par Kitty   Drapeau-fr.svg
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— Je suis tellement content d’être venu. C’est officiel, je ne peux plus me passer de toi, me dit Matteo.

— À vrai dire, j’ai craint l’inverse toute la semaine.

Il m’embrasse avec cette ferveur qui n’appartient qu’à lui. J’aime tous les signes de l’éveil sensuel chez lui, sa façon de respirer plus intense et de laisser parler son silence plus explicitement que ses mots…

— J’ai eu quelques jours d’angoisse où j’ai été d’humeur plutôt sombre — demande à Ludmila —, mais en réalité, je n’ai pas réussi à t’en vouloir… C'est vrai, quoi, si je suis trop lâche pour faire mon coming-out à ma mère, tu n’y es pour rien.

— Comme tu y vas ! Tu n’es pas lâche, voyons. Tu fais un blocage. Il y a forcément une raison à ça.

— Sans aucun doute.

Il arrange le col de ma chemise à carreaux dont j’ai défait les deux premiers boutons tout à l’heure en revenant du garage. L’air de rien, il glisse son index dans l’échancrure pour me toucher la peau et jouer avec quelques uns de mes poils. La concupiscence qui émane de lui suffit à me mettre dans tous mes états en un clin d’œil. Je lui soulève le menton pour m'emparer de sa bouche. On fait durer notre baiser, on le laisse se déployer. Je ne touche plus terre. Il dégrafe mon pantalon et me le baisse d’un coup. Sa détermination ne prête à aucune résistance, à aucune discussion. Il semblerait que cette semaine de séparation nous ait mis aux abois autant l’un que l’autre. Dans la foulée, avec une lueur d’extase dans le regard, il libère mon sexe de mon sous-vêtement, le garde empoigné, le soupèse en l'admirant. J'entends mon propre souffle en trembler tellement il m'excite à convoiter ma virilité avec cette sorte de vénération. Jamais je n'ai connu ça avec ma femme. Je devine ce qu'il a en tête. Je sais bien où, ailleurs que dans sa main, il rêve de sentir le volume de ma queue. Pendant qu’il me caresse, je l’embrasse passionnément. Ce don qu’il possède pour m’affamer de lui relève de la magie. Sa spontanéité primaire me donne des ailes. C’est comme si plus rien n’était grave, comme si je retrouvais une insouciance enfantine. Je n’en finis pas, à son contact, de me libérer et de m’étonner des réactions de mon propre corps.

Une formidable montée d'adrénaline me monte au cerveau. Je me mets à lui malaxer le cul, à lui manger le cou. Je sens que je le possède déjà corps et âme. Puisqu’on n’a pas le temps de penser à un autre endroit, on s’allonge là où nous nous trouvons, à même le tapis, lui toujours habillé, moi à moitié défroqué. On s’y enlace comme on lutte. Je n’ai pas encore fini de déboucler sa ceinture qu’il me demande de le prendre avec une impatience qui frise l’anxiété. Faisons fi de tout préliminaire, donc. Je le retourne sous moi sans ménagement, le dénude juste ce qu'il faut. Il est si malléable. Il me tend son cul soumis, son cul si appétissant, si rond, si invitant, se soulève un peu sur les genoux pour mieux se livrer. L’impatience me fait défaillir… C’est la première fois qu’il y a urgence au point qu’on ne prenne même pas le temps de se déshabiller. Une rage animale magnifique me prend aux tripes. Je me sens capable de tout. Je salive sur mes doigts et lui caresse l'anus. Son petit trou souple et chaud s'offre déjà à mes doigts sans résistance. Il s’essouffle rien qu’à me sentir humecter ainsi nos chairs prêtes à s’unir. Lorsque je me plante enfin en lui c'est si bon qu'un instant je crains de jouir immédiatement. Je le pénètre d'une seule traite, jusqu'au fond, comme jamais je n'ai osé le faire jusqu'ici. Il geint bruyamment en griffant le tapis. J'ai dû lui faire un peu mal, pourtant il recule vers moi avidement pour mieux m'engloutir encore. Je me mets à aller et venir pas trop vite, prenant sur moi pour contenir cette folle violence qui me tente, mais Matteo veut jouir sans attendre, me presse d’y aller fort comme si c’était vital. Son désir sauvage et son extrême réactivité me font perdre la tête. Je l’assaille sans pitié.

Je ne pensais pas me comporter un jour avec une bestialité aussi débridée, mais c’est lui qui m’y incite, ses suppliques, ses reins creusés… La rudesse de nos imbrications me semble plus exquise que la plus suave des caresses. Il ne me faut pas plus de deux minutes de cette folie pour me retrouver en nage dans mes vêtements qui me gênent. Soudain, je ressens l'impérieuse nécessité de voir le visage de Matteo. Je le libère. De lui-même, il se retourne sur le dos et se débarrasse de son pantalon qui lui entrave encore les jambes. Avant que j’aie pu faire un geste de plus, il se redresse, l’œil flamboyant.

— Mets-toi sur le dos, m’enjoint-il, en se débarrassant de son pull en un geste ample et magnifique.

J’obéis, il m’enfourche et me reprend en lui aussitôt. La danse du ventre qu'il m'inflige me procure des sensations renversantes. Il fait de moi son jouet, l’outil parfait de son plaisir. J’aime ça qu’il prenne le contrôle. Sa délectation à me sentir en lui me subjugue. Et j'aime le son de sa voix qui lui échappe au gré des éclats jouissifs qui le traversent. Il atteint déjà ce retranchement intime où il n’est plus qu’à ses sensations. Je le dévore des yeux avec l’impression d’être un voyeur. Mais, il s’immobilise, revient à lui, me sourit, se penche pour m’offrir un baiser. J’ai envie de l’assaillir, envie de le faire crier. Je roule sur lui afin d'intervertir nos positions.

— Je suis à toi, profite à fond, m’encourage-t-il avec une joie vraiment belle à voir, une joie provocante.

Les bras sous la tête et les jambes détendues, il a l’air de quelqu’un qui s’offre au soleil. Je souris en me disant que c’est moi, ce soir, le soleil. Avant de l’exaucer de mes assauts, je prends enfin le temps d’ôter mes vêtements et, au passage, je m’offre le plaisir de le faire frémir d’une brève, mais très lente, fellation. Si je m’écoutais, je le ferais venir ainsi, mais c’est autre chose qu’il attend de moi.

En appui sur mes bras, je replonge dans son corps ouvert et trempé et me cogne à lui comme un sauvage. Il s’en mord les lèvres, s’abandonne, ferme les yeux, laisse aller sa tête en arrière en me griffant les flancs. Sur ses traits, la douleur et la béatitude se livrent un combat fascinant. Il me dit que c’est bon, qu’il m’aime, me répète en haletant d’y aller toujours plus fort. Le plaisir et l’effort physique me font frôler la crise cardiaque. Heureusement que j’ai le cœur solide ! La lame de fond de l'orgasme ne tarde pas à venir raidir tous ses muscles. Je vais exploser en même temps que lui, je le sens.

— Viens avec moi, m'implore-t-il justement en se masturbant frénétiquement.

Ces mots à peine prononcés, son regard chavire. Pendant qu'il s'inonde le torse de ses jets généreux j'éjacule moi aussi, tout au fond de lui. Pantelant, secoué par tant de violence et de plaisir, je l’embrasse tendrement en m'immobilisant progressivement dans sa chaleur.

On ne peut pas dire que nous ayons pris le temps de nous savourer comme des amoureux dignes de ce nom, mais, Dieu que c’était bon ! C’est la seconde fois qu’il me fait ainsi me plier à l’urgence de son désir et ça me plaît décidément beaucoup.

On reste allongés côte à côte au milieu de nos vêtements éparpillés sur un rayon de deux bons mètres. Jamais de mémoire je n’ai senti mon cœur aussi présent dans ma poitrine. On a tous les deux le même sourire jusqu’aux oreilles. Il jette un coup d’œil satisfait sur son ventre éclaboussé de sperme. Je me colle à lui, lui baise la tempe.

— Tu m'avais caché ton côté sauvage, Christian.

— Toi aussi !

— C’était vraiment bon, ajoute-t-il, de son air le plus amoureux.

— Pour moi aussi, mais…

— Mais ?

— Maintenant que tu es calmé, ça te dirait qu’on fasse l’amour pour de vrai ?

Il éclate de rire et, comme à chaque fois qu’il rit, j’ai l’impression que plus de lumière éclaire l’espace où nous sommes.

— Je t’adore, Christian !

Nous ramassons nos vêtements et montons à la chambre d’ami pour nous y donner du plaisir autrement, cette fois, que comme des animaux sauvages en période de rut… On prend le temps de se retrouver dans la lenteur en laissant la part belle à tous les plus divins préliminaires. Je me surpasse. Prendre mon plaisir en lui, le regarder jouir de mon emprise progressivement, je ne pourrai plus m'en passez.

Une heure plus tard, après deux fabuleux orgasmes, il s’est tellement donné qu’il s’assoupit sous mes baisers, un sourire de satisfaction aux lèvres. Je ne sais pas combien de temps je reste à l’admirer… Je réalise que nous allons enfin pouvoir passer une nuit complète dans le même lit. Ce sera notre premier matin ensemble. J'aimerais tant qu'il en soit ainsi tous les jours à venir…

Je le laisse dormir et vais prendre une douche. Je me rends compte que j'ai très faim. L’omelette de début de soirée me semble loin. Allez, pommes de terre sautées aux oignons et aux lardons. Je me lance. Et tant pis s’il est minuit. Ma poêlée est dorée comme il faut lorsque mon amant magnifique, bien plus réveillé qu'endormi, vient pointer son nez dans la cuisine.

— Ça sent tellement bon que ça m’a réveillé.

— Je m’y attendais. Tu arrives à point, c’est prêt.

Je vais chercher une bonne bouteille à la cave et on mange comme des ogres. On savoure le bonheur d’être ensemble. Je me sens bien comme il m’est rarement arrivé de l’être. Le spectre de la déprime a disparu.

Après manger, on veut retarder le moment où le sommeil nous séparera. On va s’asseoir au coin du feu dont je ranime les braises aisément. Il neige toujours à gros flocons dehors. Tout est devenu blanc. Matteo a la tête sur mon épaule, calée à l’angle de mon cou. Je voudrais que le temps stoppe sa course. Je me remémore ce matin angoissé de novembre, dans la salle de bain, où nous nous sommes mis à nu devant l'autre.

— Je repensais à notre première fois, dis-je.

— J’en serais mort sur place de ne pas pouvoir te toucher ce jour là. Je n’en pouvais plus. J’avais atteint mes limites.

— Pourquoi tu as pleuré après ?

Il hésite à répondre.

— Oh, tu sais, moi, tu me connais, je pleure pour un oui ou pour un non. Un bel accord au piano et hop, c’est parti…

— Sérieusement, qu’est-ce que tu as ressenti ?

Il prend le temps de rassembler ses pensées en fixant le foyer de la cheminée où s’ébattent des flammes pas très grandes, mais bien vivaces.

— J’ai su dès le départ que je te plaisais et ça m’a troublé tout de suite… Tu m'as troublé… Mais, devenir un briseur de ménage, très peu pour moi, et surtout pas de votre ménage. Je me suis juré que rien n’arriverait. Vous m’avez ouvert votre porte en toute confiance tante Claudia et toi… — Il s’interrompt un instant avec l’air de revivre des choses. — Mais, plus je t’observais, plus tu m’attirais. Il n’y avait plus que toi dans mes fantasmes.

— Sans rire ?

— J’aurais dû m’éloigner, mais au fond j’avais tellement envie que ça arrive nous deux… Ce jour où j’ai craqué avec toi, je te jure, je m’en suis voulu à mort. Je me suis dit que je n’étais qu’un égoïste qui venait mettre le chaos dans ta vie. J’en étais malade. En te voyant prendre ton plaisir, ça s'est vraiment bousculé en moi. Déjà, j’ai réalisé que tu me touchais, que j’étais amoureux de toi, encore plus que je le croyais, mais en même temps j’étais persuadé que ça ne nous mènerait nulle part. Vous formez un couple tellement solide…

— Formiez…

— Oui, enfin, je ne pensais pas faire le poids, tu vois… Et toi, tu as ressenti quoi ce jour là ?

— Je me suis senti incroyablement démuni, à peu près aussi impuissant qu'un insecte attiré par une flamme… Mon érection et moi, on aurait voulu disparaître sous terre. Et, en même temps, j’ai été soulagé que tu viennes enfin vers moi. Je n’en pouvais plus non plus de me contenter de rêver de toi ! Je commençais à devenir dingue de frustration.

— J’aurais dû partir de chez vous bien plus tôt pour que rien n’arrive.

— Non, il aurait plutôt fallu que je ne pose jamais les yeux sur toi.

Il me regarde malicieusement.

— Je t’ai tapé dans l’œil à ce point là ?

— Que oui ! Je t’ai vu et la seconde d’après j’étais raide amoureux.

— Raide amoureux, hein ? Hé, hé ! En tout cas, ça m’a vraiment surpris de découvrir que tu avais un penchant pour les garçons.

— Ça n’a pas pu te surprendre autant que moi ! Et bon, en réalité, c’est principalement pour toi que j’ai un très fort penchant.

— Ce n’est plus à démontrer, en effet, fait-il en riant.

Ce que je l’aime ! Ce que je peux l’aimer ! C’est tellement fort que je ne sais même plus comment lui dire.

— J’ai toujours rêvé qu’on me regarde comme tu me regardes en ce moment, soupire Matteo avec bonheur.

— Ce fameux matin, tu m’as fait ta déclaration…

— Oui, toi aussi, sourit-il.

— Je ne m’y attendais pas du tout, ça m’a stupéfait.

— Moi aussi. Je n'avais rien prémédité. Ça prouve à quel point on est dépassés par ce qui nous arrive.

Je le vois penser à tout ça avec un sourire ému, puis tout à coup il me plante à nouveau ses yeux au fond de l’âme.

— Je n’avais jamais ressenti quelque chose d’aussi fort pour quelqu’un. Je suis souvent, trop souvent, tombé amoureux, mais c’est la première fois que j’ai la conviction que ça peut marcher. C’est la première fois que j’ai le sentiment que tout est simple.

— Simple ?

— Oui, je veux dire entre nous. On ne peut pas en dire autant de la situation, c’est sûr… À propos, Claudia tient le coup ?

— Ça a l’air. Elle est plus philosophe que je ne l’aurais cru. Mais, c’est quand même dur.

— J’imagine. Elle doit m’en vouloir à mort. Je me demande ce que je lui dirai quand je la reverrai.

— C’est encore prématuré, mais ne t’inquiète pas trop. Elle est toujours ouverte au dialogue.

— À sa place j'aurais la haine…

— Je peux te poser une question ?

— Oui.

— Qu’est-ce qui te plaît tant chez moi ? Je te le demande parce je n’en finis pas de m’étonner qu’un beau et brillant jeune homme comme toi s’intéresse à quelqu’un comme moi.

Il lève un sourcil perplexe, partagé entre agacement et tendresse amusée.

— Qu’est-ce que tu entends par « quelqu’un comme moi » ?

— Et bien un père de famille assagi, un cadre quelconque… Un mec basique, quoi.

— C’est comme ça que tu te vois ?

— C’est comme ça que je suis. Je ne suis plus tout jeune, je n’ai pas ton charisme ni la fibre artistique comme toi, tout ça…

— On s’en fout de la fibre artistique. Ce n’est pas l’essentiel. Je connais des artistes surdoués qui sont de vraies plaies humainement parlant. Tu possèdes des qualités rares. Tu es quelqu’un de clair avec toi-même, de fondamentalement honnête. J'aime ton visage, j'aime ton corps, et tu as un regard franc que j’adore. Tu es un mec bien, quelqu’un de pur…

— De pur ?

— Ces dix dernières années, j’en ai entamé des relations intimes, et crois-moi, la majorité des gens sont égoïstes, nombrilistes, inconséquents, parasités par un tas de problèmes d’ego… La plupart ne s’intéressent qu’à eux-mêmes et ne comprennent rien au sens du mot « partage ». Je ne sais pas, je suis peut-être sorti avec des gens trop jeunes, trop immatures, ou trop obsédés par l'idée d'imiter des stars du porno… C’est ce que je me dis… Toi tu as élevé deux enfants qui sont pleins de vie et équilibrés, tu as su rendre une femme heureuse pendant vingt ans, tu t’es construit une vie sereine et stable. Pour moi, c’est admirable. Quand je pense que tu es prêt à sacrifier tout ça pour moi, ça me file le vertige. Ça serait plutôt à moi de m’étonner ! Et d'ailleurs, c'est le cas.

— Mais…

— Et je ne te cache pas que j’adore ta manière de faire l’amour, ajoute-t-il.

— C’est un détail qui ne m’a pas échappé, dis-je en riant.

— C’est un détail qui en dit long sur qui tu es.

— Ah, oui ? Comment ça ?

— Pas un seul de tous les gars avec qui j’ai pu coucher ne t’arrive à la cheville. C'est vrai que la complicité, l'amour, ça rend le sexe encore meilleur, mais il n'y a pas que ça. Sans vouloir m’immiscer dans votre vie intime à Claudia et toi, ça se sent que tu sais prendre soin du plaisir d’une femme. Ce côté attentionné que tu as, j'en profite à fond, mais, j’ai envie de dire que c’est presque trop parfois. Tu devrais penser davantage à ton propre plaisir.

— J'ai déjà beaucoup appris avec toi, beaucoup changé. Je me vois faire des trucs dont je ne me serais jamais cru capable. Quant à penser à mon plaisir, les vieilles habitudes ont la vie dure. C’est vrai que Claudia m’a bien "éduqué", pour le sexe et pour tout le reste. Elle m'a toujours tout imposé et moi je me suis toujours plié à sa volonté par faiblesse. J’ai eu une discussion avec elle à ce sujet, ça ne lui a pas beaucoup plu. C’est de ma faute, selon elle. J’aurais dû m’imposer, soi-disant. La bonne blague… Les femmes ! Quand tu leur obéis c’est que tu manques de caractère, quand tu leur résistes d’une manière ou d’une autre, tu n’es qu’un macho qui veut les dominer. Va comprendre !

— Moi, je ne rêve que de ça que tu me domines.

— C’est ce que j’ai l’impression de faire quand tu me le demandes, non ?

— Disons que tu es sur la bonne voie.

— Tu… Tu ressens quoi quand je te… Quand…

— Quand tu m'encules ? Que du bonheur. Je crois que ça se voit, non ?

— Oui, mais…

— Tu comprendras quand tu le vivras.

— Qui te dit que ça arrivera ?

Il me fixe sans répondre. Je me mets à rougir.

— Bon, je reconnais que de te voir prendre ton pied de cette manière, forcément, ça m’interpelle… Ça rend curieux, c’est sûr. Mais je ne suis pas certain que…

— Rien ne presse. Ce genre de choses, il vaut mieux en crever d’envie avant de passer à l’acte.

— Ça doit faire mal quand même. Surtout la première fois.

— Pas obligatoirement. Tout dépend de ton degré d’envie et de la délicatesse de ton partenaire.

— Pour toi, comment tu l’as…

— Hou là, ne parlons pas de moi. À ce sujet, je ne suis pas du tout le bon exemple ! C’est un très, très mauvais souvenir, malheureusement. Je n’ai appris à aimer ça que bien plus tard, avec quelqu’un de plus attentionné et qui savait s’y prendre. Et j’ai appris à adorer ça très récemment, avec un homme qui s’appelle Christian. Toi, tu arrives vraiment à me faire partir loin !

Sur le coup, je ne sais même pas quoi dire tellement je suis touché et surpris.

— Tu es sincère ?

— Oh, oui, fait-il en s’alanguissant sur le dossier de manière terriblement sensuelle.

Il passe une main sous son pull et se caresse le ventre rêveusement, le regard un peu perdu.

— Le jour où tu te lâcheras complètement, il y a des chances que j’en meurs de plaisir, fait-il, comme pour lui-même.

Je croyais avoir tout donné pour ce soir, mais à force, il commence à m’exciter, le bougre. Nos regards se captent et se comprennent. J’ai à nouveau une irrépressible envie de mélanger mon corps au sien et, manifestement, c'est réciproque. Il a quelque chose de presque inquiétant ce désir… Je déglutis en le buvant des yeux. Il approche son visage, me baise les lèvres.

— Tu as l’air intimidé. C’est d’avoir parlé de sexe ?

— C’est vrai que je n’ai pas l’habitude, mais non… Disons que je me découvre un appétit sexuel — comment dire ? — à l’ampleur inhabituelle…

— C’est une part de toi qui ne demandait qu’à s’épanouir, fait-il en retirant son pull.

Matteo s’allonge, la tête sur l’accoudoir, une jambe dépliée sur mes genoux, l’autre au sol, et entreprend de se caresser rêveusement, très délicatement, du bout des doigts. En me regardant droit dans les yeux, d'un index sensuel, il parcourt la longueur de son sexe prisonnier du pantalon d’intérieur que je lui ai prêté. Je me laisse hypnotiser par la lenteur de son geste. Je ne fais rien tout de suite, résistant à la tentation de toucher la bosse appétissante qui distend le tissu. Je reste à l’écoute de l'électricité sexuelle qui m'investit de la tête aux pieds. C'est bien simple, je bande comme si c'était moi qu'il touchait. Quand il y va un peu plus franchement, qu'il en ferme les yeux, je n’y tiens plus, je repousse sa main et prend le relais. Il garde les yeux clos, pousse un soupir et soulève lentement le bassin par intermittence comme pour s'accoupler en douceur à l'air au-dessus de lui. Le sentir durcir m'excite tellement. Je l’aide à se dévêtir et à nouveau il est nu devant moi, souple et disponible. La lumière chaude du feu me fait redécouvrir sa beauté. Je le retiens par les hanches pour qu'il reste à genoux au bord du canapé près de moi, son sexe lisse et raide juste au niveau de ma bouche. Il renverse la tête quand je passe mes lèvres sur son gland bouillant. Je suce de mieux en mieux. J'apprends vite. Il faut dire que j'ai un excellent professeur. J'aime me gorger de son sexe vibrant d'énergie et de plaisir…

Je voudrais tout expérimenter avec Matteo. Tout ce que je ne lui ai pas encore fait, je veux qu'il me l'apprenne. J'aime m'allonger sur lui, peser sur lui, le sentir s'amollir, j'aime le pénétrer au moment précis où il n'en peut plus de m'attendre. J'aime être long à venir pour prendre le temps de lire tout ce que son visage exprime d'indicible, savourer ce que ses gémissement trahissent pendant que je durcis sans fin dans sa chaleur. J'aime endurer ses griffures dans mon dos lorsque l'orgasme approche. Le prendre par derrière aussi me rend comme fou. Je me sens comme un lion triomphant dans cette position. Quand je pense que Claudia m'a toujours refusé ce plaisir… C'est si bon de répondre aux mille attentes lubriques de mon beau Matteo, de m'en découvrir capable… Si bon… J'aime le faire crier, voir tous ses muscles saillir de devoir encaisser ma force, j'aime lui mordre l'épaule et jouir en lui en rugissant tout ce que je peux, ou sur ses fesses merveilleuses, baptiser de mes jets son petit trou palpitant qui me réclame encore… Mais ce que j'aime par dessus tout, c'est le faire craquer avant moi. Lui faire lâcher prise en premier me procure une fierté inédite. Et la délivrance le rend si magnifique… Rien au monde n'égale son visage heureux après l'amour, pas même le plus beau paysage… Je l'aime.




C’est un air de piano qui m’éveille. Je m’étire. Mon Dieu, je suis fourbu ! Je me souviens qu’on n’a pas eu la force de remonter à la chambre. On s’est endormis sur le canapé, sous l’unique couverture qui traînait là. Je me demande si cette fois, Matteo a trouvé que je le possédais complètement… Je ne peux pas m’empêcher de sourire. La ballade enlevée qu’il joue à côté n’exprime que félicité… C’est plutôt très bon signe. Dans la cheminée il n’y a plus que des cendres. Une lumière froide inhabituelle pénètre la pièce. Je me redresse un peu pour jeter un coup d’œil à la fenêtre la plus proche. Le peu que j’aperçois est totalement blanc. Et, en plus, on dirait qu’il y a du soleil. Je crois qu’une belle, une très, très belle journée s’annonce.


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