La route des éphèbes (01)


La route des éphèbes (01)
Texte paru le 2021-01-12 par Michel Geny-Gros   Drapeau-fr.svg
Ce récit a été publié sur Gai-Éros avec l'autorisation de l'auteur

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Résumé / Intro :

Jérôme et Dominique se connaissaient depuis plusieurs années, s’appréciaient et soupçonnaient leur homosexualité réciproque. Leur amitié, leurs désirs, se transforment en amour au cours d’un voyage au pays des dieux. Mais au retour en Savoie, la partie n’est pas gagnée.

Roman déposé au SNAC le 26 janvier 2004 sous le n° d'enregistrement 4-0380. COPYRIGHT.

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Chapitre 1 — LE CARNET (Récit de Jérôme)


Convoqué à un séminaire organisé par son employeur, Dominique était parti pour Lyon en TGV et devait rentrer tard. Le vendredi, gérant au mieux mon temps de travail, je quittais un peu plus tôt mon service comme la plupart des cadres de la CAISSE D’ASSURANCES DES MUTUELLES RÉUNIES. Je flânais un peu dans l’appartement que je partageais depuis plus de dix ans avec Domi, mon compagnon, amour de ma vie. J’ai préparé le dîner sans me presser. Puis j’ai décidé de faire quelques rangements et classer les derniers carnets sur lesquels je notais tout, des choses anodines, des idées, des "ne pas oublier", des numéros de téléphone, des rendez-vous, des événements et tout cela dans le plus grand hasard, voire même désordre…

Le hasard, justement, m’a fait mettre la main sur un "journal" écrit par mes soins sur un petit carnet bleu à spirale. J’avais consigné sur un bon nombre de feuillets, les faits et sentiments, vécus et éprouvés lors d’un voyage en Grèce. Durant ce voyage, mon amitié pour Dominique s’est transformée en désir puis en amour.


Split, le 20 juillet 1972.

Première soirée de repos dans un camping. La nuit d’avant nous nous sommes juste reposés quelques heures sur les sièges et banquettes des voitures dans un col des Alpes autrichiennes.

Hervé et Delphine sont partis se doucher après avoir monté la grande canadienne de six places. Dominique prépare le repas. Je les ai aidés à monter la tente. Je ne suis pas doué de mes mains comme Hervé et Dominique… La route a été longue depuis les Alpes, mais merveilleuse aussi.

Nous avons traversé toute la Slovénie sur des routes nationales à deux voies. Il n’y a pas d’autoroute ! Hervé et sa femme voyagent dans la Simca 1100 d’Hervé. Dans la Simca, nous transportons tout le matériel de camping itinérant et dans ma Ford Escort GT la nourriture et les jerricans d’eau. Nous remplissons les réserves d’eau régulièrement car en Autriche, comble du comble nous avons eu du mal à trouver une fontaine publique !

La côte de Croatie ressemble à la côte d’azur, en beaucoup moins riche ! L’accueil de la population est très froid. Les Yougoslaves ne font aucun effort pour nous parler, même pas en anglais…


Devant la tente, assis à la table de camping, j’ai refermé mon carnet, Dominique est venu s’asseoir près de moi.

— Qu’est-ce que tu gribouilles ? m’a-t-il demandé gentiment.

— Je vais écrire un journal du voyage. J’ai commencé. Tu veux aussi y écrire tes réflexions ?

— Très peu pour moi l’écriture ! Mais je voudrais bien lire ce que tu as et auras écrit !

J’étais ravi que Domi veuille me lire. Mais il ne lirait pas mes pensées ! Domi, c’était un ami, un copain depuis bientôt trois ans quand Hervé mon meilleur ami depuis le lycée s’était fiancé et avait épousé Delphine, la sœur de Domi. Domi et moi avons été témoins de leur mariage. Domi, de trois ans mon cadet, était de taille moyenne, un peu plus petit que moi, mince, musclé, très bien fait. Son sourire était presque éternel. Il était toujours très gentil avec moi, recherchait ma compagnie. Il était beau comme un cœur avec ses cheveux bruns mi-longs coiffés par une raie au milieu. D’un geste répétitif et néanmoins gracieux, il repoussait les mèches qui, rebelles, envahissaient son visage et cachaient ses grands yeux verts. Sa voix, un peu brisée, rappelait celle d’Adamo et cette originalité ajoutait à son charme. D’ailleurs il fredonnait souvent les tendres mélodies du chanteur. Son caractère était assez surprenant, il passait d’un extrême à l’autre : tantôt jovial, tantôt triste, tantôt rieur, tantôt pleurnichard. Du rire aux larmes aussi, il contait des histoires drôles, puis de sinistres récits. Naturellement il était intéressant, communicatif et à mes yeux, presque parfait.

Nous étions déjà partis ensemble avec Hervé, Delphine et un groupe de copains/copines, skier à Visperterminen en Suisse. Un bon séjour, mais pas assez d’intimité, Dominique était très naturel et j’avais eu le plaisir de le voir nu quelques instants alors qu’il se changeait à côté de moi dans la grande chambrée du chalet que nous avions loué. Depuis ce moment, je n’avais plus qu’une idée en tête, le baiser ! Lui faire l’amour plutôt ! Mais je n’étais pas encore certain de son homosexualité et je ne voulais pas risquer de perdre son amitié.

Domi, comme moi, n’avait pas de copine. Mais il se montrait toutefois prévenant et galant avec les femmes. Un peu épris de boisson un soir de ce séjour en Suisse, on avait déconné tous les deux. Pour faire rire nos compagnons nous avions dansé ensemble un rock et aussi un slow (très sage) ! Le soir du réveillon à minuit sonnant, je lui ai tendu la main. Il l’a prise mais m’a embrassé en me serrant fortement dans ses bras et ses lèvres avaient frôlé les miennes. Lorsque quelques jours après le groupe s’est séparé, alors que je devais rejoindre la région parisienne et Domi, Thônes en Haute Savoie, je lui ai tendu la main. J’étais triste de le quitter. Il m’a attiré contre lui et nous nous sommes sagement embrassés. Mais depuis ce jour-là, nous ne nous sommes plus serré la main…

Dominique que je n’avais pas vu depuis plusieurs mois avait bien changé. Il avait mûri tout en conservant le charme et la spontanéité de la jeunesse. Voyager avec lui s’est avéré bien agréable. Je le reluquais souvent du coin de l’œil en conduisant alors qu’il me parlait sans cesse de tout et de rien. Je le devinais proche de moi, déjà intime. D’ailleurs, gourmand, il me mettait souvent des bonbons directement dans la bouche quand nous avions un petit creux. Son odeur fraîche me ravissait. Entre Thônes et Split, je l’ai souvent surpris à me regarder fixement, comme s’il était, tel un félin, prêt à me sauter dessus !

Le camping, assez rudimentaire donnait sur la plage. Le soleil tombait doucement sur la mer Adriatique bleu pâle. Hervé et Delphine sont revenus des douches. Nous les attendions pour y aller à notre tour afin de garder le campement.

— Vous feriez bien d’y aller avant de dîner ! nous a suggéré Delphine.

— Il y a tout un groupe de Hollandais qui a débarqué et ils vont investir les douches, a précisé Hervé en ajoutant pour me taquiner : J’ai vu une super blonde ! Va donc draguer Jérôme !

— Fous-lui la paix et toi, ne regarde pas trop les blondes ! a plaisanté Delphine qui était une ravissante petite brune aux yeux verts.

Hervé me plaisantait tout le temps avec les filles. Il m’en a même présentées ! Il a également organisé mon dépucelage (des filles) au cours d’une boum chez ses parents pour fêter nos seize ans. Je n’ai jamais dit à Hervé que je préférais les garçons. Je crois bien qu’il devait s’en douter un peu.

— Tu viens ? m’a proposé Domi en prenant sa serviette et sa trousse de toilette.

Domi était comme moi, un peu délicat ! Propre comme un sou neuf, parfumé…

Lorsque nous sommes arrivés aux sanitaires, une seule cabine individuelle de douche était libre.

— Vas-y, j’irai après ! ai-je suggéré à Domi.

— Viens avec moi, on peut y aller à deux, c’est grand ! a-t-il insinué en entrant dans la douche et ajoutant : À moins que tu ne veuilles pas me montrer ton beau petit cul ?

Troublé, je lui ai répondu en faisant un effort pour paraître vulgaire et ainsi avoir une contenance, que mon cul et ma bite étaient visibles. Je suis entré et j’ai refermé la porte du sanitaire derrière moi.

L’instant après j’étais à poil et Domi, en parfait costume d’Adam, a fait couler l’eau chaude. J’ai admiré discrètement son corps harmonieux, ses jolies fesses imberbes, son ventre plat et sa bite assez longue et non circoncise sous un beau tapis de poils sombres. Je me suis imaginé à nouveau l’embrasser, le caresser et lui donner du plaisir.

— Tu rêves Jérôme ? Viens avec moi sous l’eau chaude !

Je l’ai suivi et me suis lavé à côté de lui. L’endroit était un peu étroit et nous ne pouvions éviter de nous toucher quelques fois. Je retenais mon émotion qui a grandi encore lorsque j’ai vu que l’engin de Domi était en érection !

— Excuse-moi de bander devant toi ! m’a dit Domi et il a ajouté avec un clin d’œil. Ça doit être la vue de ton cul !

Je lui ai répondu d’un sourire et je n’ai pu m’empêcher de rajouter :

— T’es en manque ? T’aurais dû venir avec une copine !

Domi a rétorqué par un ricanement. Mais au lieu de se retourner, il s’est bien exhibé sans pudeur devant moi, décalottant son gland pour le laver ! Domi a provoqué un chahut en me claquant les fesses et j’ai rétorqué en faisant de même alors que je ne rêvais que de le serrer contre moi et de le caresser ! Maîtrisant mon émotion avec difficulté, je suis sorti rapidement de la douche, me suis séché et habillé. Je l’ai attendu, il a rapidement terminé sa toilette et nous sommes sortis.

Naturellement, un campeur hollandais attendait la place et a marqué son étonnement quand il nous a vus tous deux sortir de la cabine…

— On a scandalisé ! ai-je dit à Domi quelques instants après.

— Je m’en fous ! m’a répondu Domi. À deux, c’est plus sympa la douche non ? Tu voudras recommencer ou je t’ai choqué?

— Ok ! Je suis d’accord ! ai-je juste répondu à Domi en le chahutant pour éviter de lui montrer mon trouble.

La première nuit tous les quatre sous la tente ; Hervé et Delphine avaient réuni leurs duvets. Nous étions un peu à l’étroit. Hervé n’avait pas voulu prendre deux tentes et à sa place je n’aurais pas apprécié ce manque d’intimité.

— Et ne faites pas de bruit ! a plaisanté Domi en slip allongé sur son matelas pneumatique le duvet largement ouvert. Sinon, je serais obligé de chatouiller Jérôme pour couvrir le son de vos ébats !

— Pourquoi le chatouiller ? a demandé Hervé de sa voix grave.

— Laisse-le se reposer, il doit être fatigué de tous ces kilomètres au volant ! a dit Delphine.

— Je vais le faire crier, je suis sûr qu’il est chatouilleux ! Il va glousser ! s’est écrié Domi.

Il a joint le geste à la parole. J’étais allongé sur le ventre, dans mon duvet. Il l’a ouvert jusqu’en bas et ses mains ont parcouru mon dos pour s’arrêter sous mes aisselles, puis sur mes hanches. Je me suis débattu pour le principe et nous avons chahuté comme deux gamins. Dans cette gentille bagarre, Domi en a profité un peu… Ses mains sont passées partout, sur mes fesses presque à l’air car mon slip avait un peu glissé, sur mes cuisses, mon ventre… Je bandais, lui aussi d’ailleurs, son slip était tendu… Heureusement nous étions dans la pénombre. Hervé et Delphine s’étaient d’ailleurs enfouis sous leur couchage. Domi s’est épuisé. Il s’est allongé à côté de moi, très près. Je sentais son souffle et son effluve enivrants.

— Bonne nuit ! a-t-il dit pour tout le monde. Mais il a caressé furtivement ma main et j’ai eu du mal à m’endormir.


Skopje, le 21 juillet 1972.

À Dubrovnik, nous sommes allés faire un tour en ville et visiter le marché au pied de la citadelle. Sur le marché très typique, une femme habillée comme au Moyen Âge nous a arrêtés. Je ne comprenais rien à ce qu’elle disait alors qu’elle essayait de se faire comprendre en anglais. Elle nous a montré discrètement de tout petits paquets au fond de son panier. Nous sommes partis un peu plus loin et Hervé nous a dit que ce devait être de la drogue…

La route a été longue et sinueuse jusqu’à Skopje. La côte yougoslave est magnifique, sauvage, des kilomètres sans aucune habitation. Seuls quelques bateaux longent la côte assez loin. Hervé a passé le volant à Delphine et j’ai fait de même en laissant conduire Domi. Il en est tout joyeux et je dois dire qu’il conduit bien. Je remarque en bord de mer, des althéas, roses, blancs et bleus. Les bleus me font songer à ceux du jardin de Tonton Gène.

Nous devons quitter la côte pour rejoindre Skopje, Hervé a proposé de faire du camping sauvage pour faire des économies. L’ennui, c’est qu’il a fallu se planquer car le camping sauvage est interdit. D’ailleurs on n’a pas pu monter la tente et on a dormi à la belle étoile, dans l’herbe en contrebas de la route.

Je n’étais pas trop tranquille car on entendait les poids lourds passer au-dessus de nous à quelques mètres. On n’a pas pu se laver ! J’ai mal dormi. Domi ronflait à côté de moi !

Avant d’arriver à Skopje, nous avons abordé la Macédoine, "de légume" a précisé Domi ! Une région montagneuse, la route nationale a affronté des cols. Nous avons apprécié un peu de fraîcheur !

Des enfants pauvrement vêtus, pour ne pas dire en haillons nous regardaient passer ! Certains se sont montrés agressifs et nous ont envoyé des mottes de terre et de petites pierres sur les voitures, heureusement pas de dégât !

À Skopje, camping ! Plutôt confortable même !

Un petit rite s’est installé, Hervé et Delphine partent se doucher pendant que Domi et moi gardons le campement. Puis ce sera notre tour.

Je laisse mon stylo ! Domi me fait signe…


Là encore, le rituel s’est établi ! Effectivement j’ai suivi Domi dans une cabine sans me poser de questions. Je ne savais où cela allait nous mener, mais en tout cas, je cherchais une complicité et une intimité auprès de Domi.


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