La route des éphèbes (05)


La route des éphèbes (05)
Texte paru le 2021-01-16 par Michel Geny-Gros   Drapeau-fr.svg
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Template-Books.pngSérie : La route des éphèbes


Chapitre 5 — PELASGIA ; DELPHE (Récit de Jérôme)


Après une longue route sous un soleil de plomb, nous nous sommes arrêtés à Lamia. Son sympathique et typique marché nous a permis de faire quelques provisions.

Hervé nous avait suggéré de nous diriger à une dizaine de kilomètres de là vers la mer pour y camper. Un petit port rustique a attiré notre attention après avoir traversé un bourg assez important sur des collines recouvertes d’oliveraies en exploitation.

Le petit pays aux ruelles étroites s’appelait Pelasgia. Le port et la plage se situaient à deux kilomètres en contrebas. Mais j’ai retrouvé la page du journal :


Pelasgia, le 24 juillet 1972

Nous avons eu du mal à trouver un endroit tranquille, plat, sablonneux, en bord de mer et quelque peu ombragé. Hervé a suggéré de nous éloigner un peu du port et de la plage et de prendre des chemins de terre en direction de la mer.

C’est à ce prix que nous avons dégotté l’emplacement idéal pour camper, une plage vierge, du sable, de l’herbe, quelques arbres et une vue sur le petit port et sa plage que Domi a dénommé "Pelasgia Beach".

En face de la baie, nous apercevons la masse montagneuse et verte de l’île d’Eubée.

Domi et moi avons dormi à la belle étoile. Mais dans le milieu de la nuit nous avons dû retourner nous installer sous la tente car l’orage arrivait. Quelques gouttes d’eau sont tombées et le matin a été radieux.

Journée de repos, repas de midi pris dans l’unique taverne du port. Le patron qui ne parlait que le grec nous a offert l’ouzo. Il n’y avait ni carte ni menu. Il nous a fait entrer dans la cuisine pour nous montrer des daurades fraîchement pêchées. Il les a pesées et nous a écrit le prix dérisoire sur un papier. Pendant qu’il les faisait cuire, le patron nous a servi de la salade grecque composée de tomates vertes, concombre, rondelles d’oignon, olives noires et feta. Quel bon repas arrosé de vin résiné !

L’après-midi, farniente sur la plage ! Nous y étions seuls ! Nous avons retiré les maillots de bain pour nous baigner et avons "oublié" de les remettre après le bain.

Je suis allé faire un petit tour sur la plage avec Domi qui a trouvé des cyclamens sauvages !



Les cyclamens, Dominique les a trouvés alors que nous nous ébattions dans une petite crique à l’abri de tout regard !

— Tu te rends compte, des cyclamens au bord de la mer, dans un pays chaud ! Moi j’en trouve en été au bord du Fier, tu sais le torrent qui traverse la vallée de Thônes !

— Tu vas cueillir des fleurs au bord des rivières ? l’ai-je plaisanté.

— Pas vraiment, c’est par hasard ! Au bord du Fier, après le défilé de Dingy, c’est des mecs qu’on trouve !

Devant mon air ahuri, il a ajouté :

— Ben oui ! Pour draguer ! Pour baiser ! T’as jamais fait ça ?

— Si, à Paris à la nuit tombante dans les jardins des Tuileries ! Mais on peut que draguer et baiser il faut le faire ailleurs ou devant tout le monde !

— T’as fait ça toi ?

— Oui ! Ça te choque ?

Domi n’a pas répondu, m’a souri et de sa bouche m’a invité à de nouveaux ébats !


Pelasgia, le 25 juillet 1972


Le soir, nous nous sommes rendus au village pour dîner à la terrasse d’un restaurant où nous avons été bien accueillis. Le patron ne parlait pas français ni même anglais et des jeunes garçons grecs de nos âges qui consommaient sont intervenus pour nous aider à dialoguer, l’un parlait un peu le français et l’autre l’anglais. Ils sont restés à nos côtés pendant tout le repas en nous expliquant d’abord la cuisine.

Comme tous les habitants du village mais accompagnés de nos guides nous avons déambulé dans les ruelles. Hervé a alors remarqué que des policiers en uniforme nous suivaient discrètement pas à pas ! « Vous êtes les seuls étrangers et la police des colonels veut savoir à qui vous parlez » nous a dit Spyros l’un des jeunes grecs.

Nous avons pris un pot avec les jeunes grecs et nous sommes rentrés au campement car demain nous avons envisagé de nous rendre à Delphes.


Le camping sauvage ça a des inconvénients pour les sanitaires et la toilette ! Sur le port de Pelasgia, il y avait une pompe manuelle d’eau froide non salée où les jeunes du pays venaient se rincer et se dessaler en sortant du bain. Nous nous y sommes rendus en rentrant à notre campement. Il n’y avait plus personne sur le port et nous avons pu nous laver tranquillement tout à loisir bien que l’eau fût froide. Comme pour la douche dans les campings, Hervé et Delphine s’y sont d’abord rendus. J’ai écrit quelques lignes de mon journal sous les taquineries de Domi.

Domi et moi avons pris le relais sous la douche improvisée et on s’est lavé tout nu dans la nuit presque noire ! Les dieux pourtant assez libres ont dû être choqués de voir quelques minutes avant leurs ablutions deux jeunes gaulois s’envoyer en l’air sans aucune retenue !

La route nous menant à Delphes par la montagne nous a fait passer par les Thermopyles. Nous nous sommes photographiés sous la statue de Léonidas. Mais, j’ai été un peu déçu du site qui ne ressemblait pas du tout au tableau de David ! Avec bien du mal, j’ai imaginé en ce lieu réel, les beaux soldats grecs à moitié, voire complètement nus, du célèbre peintre.

La route a été très longue, très sinueuse ! Certains tronçons n’étaient même pas goudronnés ! Dans un col en altitude, Domi a aperçu en contrebas et venant à notre rencontre une colonne de jeeps avec des gyrophares.

— La flamme ! C’est la flamme ! a crié Domi alors que la caravane allait nous croiser.

Partie d’Olympie, nous avons donc rencontré la flamme olympique en Grèce, relayée par des athlètes et se rendant à Munich ! J’ai rarement été aussi ému. Domi m’a pris la main en évitant mon regard !

Hervé a peiné pour nous conduire d’abord à Andikira dans le Golfe de Corinthe. Les panneaux indicateurs étaient écrits en alphabet grec et nous avons dû maintes fois faire une traduction à l’aide du guide et du lexique.

Après avoir contourné le Mont Parnasse (par la ligne 6 ou la 12 a plaisanté Domi qui empruntait le métro pour se rendre de la gare de Lyon à la gare Montparnasse pour rejoindre Rouen), la route sinueuse est descendue vers la mer. Le spectacle de la mer bleue, vu des montagnes, était saisissant. Nous avons été étonnés de voir à l’entrée d’Andikira une usine française exploitant la bauxite et plus encore en conséquence de trouver du champagne d’Épernay et du camembert dans une épicerie !

Nous nous sommes baignés sur une plage de sable en pleine ville tellement nous avions besoin de nous rafraîchir. L’étape était prévue à une vingtaine de kilomètres de là, à Itéa, au pied de la route menant à Delphes.


Delphes, le 26 juillet 1972


Nous n’avons pas pu trouver un endroit adéquat pour faire du camping sauvage, trop de pente, trop de caillasse ! Et puis nous avons eu besoin d’un peu de confort pour nous laver et aussi nettoyer quelques vêtements.

Aussi nous avons atterri pour deux jours dans un camping en espalier au bord de mer à la sortie d’Itéa. Quelques sanitaires propres, une petite plage, des campeurs allemands ou hollandais. Nous essayons d’échanger quelques propos. Les germains et les Bataves font la dînette et nous, nous partons pour aller dîner dans une taverne en ville.

Visite de Delphes en deux matinées, L’après-midi le soleil tape un peu trop sur les pierres et nous préférons nous reposer au bord de mer.



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