La route des éphèbes (13)


La route des éphèbes (13)
Texte paru le 2021-02-05 par Michel Geny-Gros   Drapeau-fr.svg
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Template-Books.pngSérie : La route des éphèbes


Chapitre 13 — LE RETOUR (Récit de Jérôme)


Hervé avait prévu le retour sur Thônes en trois étapes assez longues mais en passant par la route intérieure de la Yougoslavie beaucoup plus courte que celle de la côte.


"Belgrade, le 8 août 1972"

"Domi conduit. J’essaye d’écrire ! Nous sommes à une dizaine de kilomètres au nord de Belgrade. Hier soir nous avons campé à Belgrade dans des sous-bois proches de l’aéroport de la ville. Il a fallu se planquer car la police patrouille et interdit le camping sauvage.

En fin d’après-midi nous avons pu parcourir les rues de la capitale Yougoslave, une triste ville sans magasin. La nuit d’avant, nous nous sommes arrêtés dans un camping rustique aux sanitaires simples et propres à Nicé entre Skopje et Belgrade. Nous avons roulé toute la journée. Delphine a relayé Hervé et Domi a également conduit.

La route à deux voies est étroite, mal entretenue avec des nids-de-poule ! Les poids lourds sont difficiles à dépasser surtout s’ils suivent une charrette ou un tracteur agricole !

Domi fait des projets pour mon séjour en Haute Savoie !

L’intérieur de la Yougoslavie n’est pas sympa et nous avons tous hâte de rejoindre l’Italie !

Ce soir nous serons à Zagreb".


Le retour vers la France a été long et pénible. Heureusement, Domi me parlait sans cesse, me racontant des histoires drôles qui souvent ne faisaient rire que lui. Il me contait aussi ses années de pensionnat, loin de ses parents. Il a fallu que je lui parle moi aussi de mon adolescence difficile avec mon père alcoolique. J’ai dû lui expliquer la vie de ma mère uniquement consacrée à ma petite personne et les excès en découlant !

— Elle a bien rattrapé les absences de ton père ? m’a demandé Domi.

— Tout à fait ! Mais dans l’excès comme tu as pu voir ! C’est pourquoi, à son grand regret, j’ai pris rapidement un studio dès que j’ai pu. J’ai dû céder sur le lieu ! Pas trop éloigné de chez elle !

— Tu as un appartement de trois pièces maintenant à Châtenay ? Non ?

— Oui, encore un beau cadeau de ma mère. Elle m’a financé, enfin… donné, l’apport personnel, les frais de notaire et les travaux…

— On dit qu’une mère envahissante et exclusive est la cause de l’homosexualité de son garçon, m’a suggéré Domi timidement.

J’ai rigolé et répondu :

— Je ne crois pas ! Je suis pédé depuis ma naissance ! C’est un jeune gynécologue qui m’a mis au monde ! Il a dû me caresser les fesses au passage !

— Ou la queue ! m’a répondu Dominique en riant.

— Et toi ? Tu as cherché les causes ?

— Non ! C’est comme ça ! Et les causes ne changeront rien ! Tu ne crois pas ?

À Zagreb, nous avons trouvé un camping en périphérie, passé une bonne nuit de repos après l’arrêt sauvage de Belgrade.

Le paysage est devenu plus vert, plus vallonné, les maisons coquettes et fleuries. Nous étions donc en Slovénie et avons traversé facilement la belle petite ville de Lubiana (capitale de cet état fédéré) qui ressemblait à une sous-préfecture de Savoie ! Les Alpes étaient là, devant nous, mais nous les avons évitées ayant choisi de les franchir un peu plus tard en passant par le nord de l’Italie. Nous avons pris la direction de Milan et grâce aux autoroutes, gagné beaucoup de temps. Vers Brescia, nous avons trouvé la nuit tombée une place dans un camping. L’emplacement était herbu et entouré de sapins.

Au petit matin, après m’avoir fait un petit et discret câlin, Domi s’est levé et est sorti de la tente en maillot de bain. Je m’apprêtais à le suivre quand je l’ai entendu s’exclamer d’un ton joyeux :

— Jéjé, Delphine, Hervé, venez voir ! Ça alors !

Je suis sorti rapidement pour découvrir à quelques mètres de la tente, un magnifique grand lac aux eaux bleues et aux berges verdoyantes ! La veille au soir, nous avions dîné dans un bar sur la route et nous étant donc installés tard dans la nuit et rapidement, nous n’avions pas vu notre environnement !

— Ça alors ! s’est encore écrié Hervé derrière nous. Mais qu’est-ce que c’est que ce lac ?

Il s’est précipité dans sa voiture pour y chercher ses cartes routières.

— Je suis nul ! a avoué Hervé. Nous sommes au bord du lac de Garde. Il est magnifique ce lac !

— Oui, mais pas si beau que celui d’Annecy, a rétorqué Delphine chauvine.

— Mais je dois dire que je partageais son avis. Le lac d’Annecy est bien le plus beau de France et peut-être même d’Europe !

— Si vous voulez être à Thônes ce soir, départ dans une demi-heure ! a conclu Hervé.

Thônes, Le Bouchet plus précisément, où j’étais venu rejoindre mes amis, était le village de départ du voyage. J’avais été invité à les y rejoindre et y passer la nuit avant le départ chez les parents de Domi. Le même scénario avait été retenu pour le retour. Mais je me faisais plus qu’une joie de passer quelques jours là-bas en compagnie de Domi. Domi s’était proposé de me faire connaître la région que jusqu’à présent je n’avais visitée que brièvement à mon grand regret. C’est donc aussi impatient que mes compagnons de voyage que j’attendais le retour à Thônes.

Nous étions tous ravis de ce voyage mais certes un peu fatigués par les kilomètres, la chaleur, l’inconfort et… les émotions ! Mais notre petite équipe avait fonctionné à merveille et sur la route de Yougoslavie nous avions déjà envisagé un prochain voyage ensemble. L’autoroute nous a permis de contourner Milan, mais pas Turin que nous avons dû traverser. Vers 18 heures, nous avons franchi le col du Montgenèvre et la frontière. Nous nous sommes arrêtés quelques instants pour profiter de la fraîcheur et de l’air pur.

Domi a pris le volant et connaissant la région comme sa poche, Hervé lui a proposé de prendre la tête du "convoi". Nous avons atteint Le Bouchet en passant par Albertville, Ugine, et par une petite route de montagne qui passait par une vallée étroite mais qui nous a fait gagner des kilomètres.

— Mes frères aînés habitent des chalets là-haut, au Cernix, si tu veux, demain on ira leur rendre visite, m’a suggéré Domi.

Ses frères et surtout Pierre l’aîné étaient très sympathiques et m’avaient toujours accueilli avec chaleur comme les parents. Delphine avait téléphoné à ses parents dès Montgenèvre et nous étions donc attendus. Quand nous nous sommes arrêtés dans la cour de l’immense maison savoyarde toute fleurie de la famille MASSON, j’ai eu un petit moment de panique. Devant Hervé et Delphine et depuis nos aveux, Domi et moi nous nous étions montrés naturels bien que réservés. Provoqués souvent par Hervé, nos propos étaient parfois un peu crus, mais nos gestes mesurés. Domi a sans doute vu mon appréhension et m’a dit tout doucement :

— Cool mon Jéjé ! Ça ne se voit pas qu’on se grimpe !

Jean-Claude et Cécile sont venus à notre rencontre, toujours aussi accueillants.

— Maman ! a tout de suite crié Domi après les effusions habituelles. Je me suis permis d’inviter Jé… Jérôme ici jusqu’au 20 car il ne reprend le boulot qu’à cette date !

— Tu as bien fait mon garçon, lui a répondu Cécile et se tournant vers moi, elle a ajouté : Pour une fois, tu pourras profiter de notre belle région autrement qu’en coup de vent !

Nous avons eu droit à la salle à manger, aux petits plats dans les grands, à un repas succulent qui allait me faire grossir, à des vins de Savoie, le tout entrecoupé du récit de notre voyage exposé par chacun. L’entreprise de Jean-Claude se trouvait en arrêt d’activité pour les congés payés et l’atmosphère était aux vacances. Toutefois, Cécile avait du travail avec les arrivées et départs des locataires des meublés, mais Jean-Claude l’y aidait. C’est Delphine qui a donné le signal du départ pour le lit et qui a été particulièrement apprécié par le groupe des voyageurs.

— La chambre d’amis est occupée, tu dormiras dans le lit de Dominique ! Si ça te dérange, je mets un matelas pour Dominique et tu dors dans son lit, m’a dit Cécile bien gentiment et qui n’a sans doute pas compris la mine réjouie d’Hervé et le gloussement de Domi.

La chambre de Domi sentait bon le bois, la fraîcheur de la petite vallée du Bouchet, un village à neuf cents mètres d’altitude et à douze kilomètres de Thônes où se situait la maison de la famille MASSON. Domi m’a poussé sur son lit et a refermé la porte à clef derrière nous tout en me disant :

— Normalement je ne ferme pas ma porte à clef. Personne ne monte ici sauf ma mère pour le ménage une fois par semaine. Je rouvre quand on aura fini !

— Fini quoi ? Tu m’as dit de mettre un pyjama ! Zut je n’en ai pas ! Bon, je vais garder mon slip ! ai-je taquiné Domi.

— Ton slip, ou je l’arrache avec les dents ou je te nique sans l’enlever !

Bien sûr, j’ai fait exprès de le garder ! On a chahuté ! Je me suis vite retrouvé à poil et Domi aussi ! Mais fourbus de tous ces kilomètres, le sommeil nous a rattrapés après un premier et violent échange de nos plaisirs !

Le lendemain matin avec Hervé et Delphine nous avons nettoyé les voitures et le matériel de camping que nous avons soigneusement rangé. Hervé et Delphine reprenaient le travail le surlendemain à l’hôpital Boucicaut à Paris, aussi nous avons été nous balader avec eux dans Annecy l’après-midi, dans les vieilles ruelles, sur les quais du port et dans le parc du Champ de Mars. Assis à la terrasse d’un café, j’ai sorti mon petit carnet et en guise de conclusion j’ai demandé à chacun d’écrire un petit mot :


"Annecy, le 12 août 1972"

"Terrasse d’un café au bord du Thiou"

"Un beau voyage ! Une amitié fraternelle à Jéjé et Domi
Delphine

Merci à vous pour tout ce magnifique périple ! À toi Jérôme mon
pote de toujours et à toi Domi mon meilleur beauf !
Hervé

Au pays des dieux, l’amour j’ai rencontré sur mon chemin,
Merci à vous Delphine et Hervé pour votre complicité,
Mon cœur pour toi mon Jéjé !
Domi

Sur la route des Éphèbes j’ai découvert l’amour d’un petit Savoyard !
Merci à vous Delphine et Hervé,
L’éternité avec toi Domi !
Jéjé ".


À la fin de mon carnet, j’ai demandé à Domi de m’y recopier le poème de Prévert.


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