La route des éphèbes (18)


La route des éphèbes (18)
Texte paru le 2021-02-12 par Michel Geny-Gros   Drapeau-fr.svg
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Template-Books.pngSérie : La route des éphèbes


Chapitre 18 — NOËL EN SAVOIE (Récit de Dominique)


— N’oublie pas tes crèmes de nuit ! ai-je plaisanté mon coquet Jérôme en bouclant les valises.

— Et toi ton pyjama ! m’a répondu Jérôme entrant dans mon jeu car j’étais très frileux.

— Si j’oublie le bas, ça t’arrange, non ? ai-je encore provoqué mon Jéjé.

— Compte sur moi pour faire chauffer ton petit cul si tendre ! m’a rétorqué Jérôme en ajoutant : Allez on se dépêche ! Maman doit déjà nous attendre dans le hall de son immeuble.

J’attendais avec hâte ce voyage et cette semaine de repos dans mon cher pays. J’avais beaucoup travaillé durant ce trimestre et Jérôme aussi. Il s’était amplement investi dans sa collaboration avec son directeur général. Jean FRINGUET nous avait reçus chez lui pour un dîner en compagnie de son ami. Le directeur général de la CAMUR résidait dans un bel immeuble haussmannien de l’avenue Raymond Poincaré. Le grand luxe, je n’étais pas habitué. Au Bouchet, la table était simple et personne ne s’habillait pour dîner. Le costume-cravate était réservé pour les baptêmes, mariages et enterrements… Pourtant cette tenue était de rigueur à l’école de commerce et je commençais à prendre goût à m’habiller de la sorte. Le week-end, je reprenais avec joie mes jeans serrés à patte d’eph, mes chemises à fleurs ou colorées et mes clarks.

Le directeur général m’avait mis à l’aise en enlevant rapidement sa veste. Son copain Jacky, un petit brun costaud, un peu plus jeune que lui contrastait avec la classe de Jean FRINGUET. D’ailleurs l’aimable homme n’était pas du même monde que son compagnon. Jacky était chef de chantier dans le bâtiment. Les deux hommes semblaient s’adorer. La soirée a été très agréable et le sujet de conversation "CAMUR" a été vite clos.

— Quel beau couple faites-vous ! nous a dit Jean FRINGUET.

— On dirait "nous", mais, il y a plus de vingt ans ! s’est exclamé Jacky en nous saluant lorsque nous les avons quittés assez tard dans la soirée.

Plus de cinq cents kilomètres nous séparaient de Thônes et en cette année 1972, l’autoroute A6 s’arrêtait bien avant Lyon. Jusqu’à présent, j’effectuais mes voyages entre la Savoie et Paris ou Rouen en train. Aussi Jérôme m’avait proposé de nous rendre à Thônes par le chemin des écoliers. Geneviève, la maman de Jérôme était toute joyeuse à l’idée de ce voyage et quand j’ai voulu qu’elle s’installe devant à côté de son fils, elle a refusé.

— Je suis très bien derrière et puis comme ça, je vous vois tous les deux !

L’autoroute nous a conduits jusqu’à Mâcon où la maman de Jérôme a tenu à nous inviter à déjeuner dans un restaurant typique de la vieille ville. Après ce bon repas, Jérôme m’a passé le volant, le temps était froid, sec et clair et à la sortie de la ville j’ai montré à mes passagers le Mont-Blanc et son petit chapeau visible exceptionnellement à presque deux cents kilomètres. Rapidement après Bourg-en-Bresse, nous avons discerné les monts du Bugey couverts de neige puis abordé le col du Berthiand que nous avons pu passer sans chaîne. Le temps s’est brusquement couvert quand nous avons abordé les bords du Lac de Nantua et dès la sortie de la petite ville la neige a commencé à tomber en gros flocons. Jérôme était ravi, Geneviève inquiète. La neige tenait au sol et la circulation était difficile aggravée par le trafic important des camions dans l’étroite vallée menant à Bellegarde et ma chère Savoie.

Connaissant bien Annecy, j’ai pu prendre un itinéraire rapide évitant le centre-ville et nous avons longé le lac pour monter le col de Bluffy. La neige ne tenait pas trop et nous avons pu arriver à Thônes sans chaîner. Mais à la sortie de Thônes, j’ai dû arrêter la voiture sur l’aire de chaînage. J’avais fait acheter à Jérôme des chaînes à montage facile et ayant l’habitude, aidé de Jérôme, l’opération n’a duré que quelques minutes. Comme nous étions convenus, partis trois jours avant, Hervé et Delphine étaient déjà là et nous attendaient au Bouchet au hameau du Lavoir où se situait la maison familiale. La tempête de neige faisait rage quand nous sommes descendus de la voiture sous le grand auvent de la maison.

— Alors Geneviève ! Vous avez vu ça ! Les dures conditions météorologiques à la montagne ! a presque crié maman en ouvrant sa porte au-dessus de l’escalier tandis que papa sortait du bureau.

— Sans Domi et mon fils, je ne serais pas venu jusqu’ici en voiture ! Quel voyage ! Mais c’est magnifique ! a répondu Geneviève cependant toute joyeuse.

Maman selon son habitude avait préparé un bon dîner et la soirée a été détendue et joyeuse.

— Pendant ces vacances, j’irai dormir chez Delphine au Cernix ! ai-je dit à ma mère en fin de soirée dans la cuisine.

— Comme tu veux ! m’a répondu ma mère et elle a ajouté. Tu n’es pas bien ici ? Ta chambre ne te convient plus ?

— Mais si maman ! Jérôme veut rester avec sa mère et moi avec lui, on a plein de choses à se dire ! ai-je répondu lâchement.

Hervé a gloussé et mon père qui était derrière moi a déclaré en grommelant :

— Entre tes cheveux, tes vêtements et ton inséparable Jérôme, je vais finir par me poser des questions !

J’ai préféré ne pas répondre, d’ailleurs, qu’avais-je à dire ? Heureusement Jérôme qui était encore dans le séjour n’a pas entendu la réflexion de mon père.

— On va pouvoir monter au Cernix ? m’a demandé Jérôme ébahi par l’épaisseur de neige tombée pendant le dîner.

— Ne t’inquiète pas Jérôme ! lui a répondu Hervé. Le chasse-neige est passé voici un quart d’heure. Il monte d’abord déblayer de Banderelle à la Savattaz et ensuite il remonte sur le Cernix. Il doit être passé, on peut y aller.

La ferme du Cernix était assez grande, une cuisine, un grand séjour, une salle de bains, une grande chambre au rez-de-chaussée et à l’étage, prises sur le grenier et le volume de la ferme, trois chambres. Jérôme ne connaissait pas la partie habitable de la ferme mais avait déjà visité le fumoir que Pierre avait installé dans un petit bâtiment annexe.

— Je ne te l’ai sûrement pas dit, mais cette maison est ma maison natale, j’y suis donc né, dans la chambre du bas. C’était la première maison de mes parents, ai-je précisé à Jérôme alors que dans la grange, à l’abri de la tempête, nous sortions les valises du coffre. On va s’installer dans la petite chambre du fond, c’était celle de Delphine, mes frères et moi nous dormions tous dans l’autre, la grande. La troisième chambre de l’étage a été créée il y a seulement une dizaine d’années.

— Tous les quatre ? m’a demandé Jérôme surpris.

— Oui, jusqu’à ce que nous descendions habiter au Lavoir. Mon père avait hérité de la maison de mes grands-parents. J’avais douze ans alors et les affaires étaient déjà prospères. Mon père a agrandi la maison et nous avons tous eu une chambre.

— Tu sais à propos de chambre, mon père m’a fait une réflexion !

Je ne pouvais pas garder ça pour moi. J’ai attendu que nous soyons tous deux dans la chambre et j’ai donc relaté les propos de mon père en oubliant volontairement de le citer. Mon père était toujours aussi aimable avec Jérôme et me semblait même apprécier sa compagnie. Il faut dire que Jérôme savait écouter les histoires de mon père que mes frères, Delphine, mes belles-sœurs, Hervé et moi connaissions par cœur. Histoires de pays qui souvent d’ailleurs étaient bien intéressantes !

— Le mieux était de ne pas répondre ! Et tu t’es abstenu ! m’a rétorqué Jérôme l’air sombre et qui a ajouté en me faisant basculer sur le lit et en débouclant la ceinture de mon jean. Je vais vérifier que tu es bien pédé !


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