Le Grand Sud

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Numéro 12

Texte d'archive:


Archivé de: Honcho Original – Numéro 12
Date de parution originale: Mars 1989

Date de publication/archivage: 2017-07-26

Auteur: Olivier Delau
Titre: Le Grand Sud
Rubrique:

Note: Le magazine Honcho (France) ayant disparu, nous vous présentons alors sur l'archive des textes y ayant paru au fil des ans, à titre d'archive, le but premier de l'archive étant que la littérature homo-érotique se préserve au fil du temps. Si vous êtes l'auteur de ce texte, ou si vous détenez des droits légaux sur ce texte, veuillez communiquer avec nous sans délais.

Ce texte a été lu 4231 fois depuis sa publication (* ou depuis juin 2013 si le texte a été publié antérieurement)


On était tellement bien dans la palmeraie, Denis et moi, qu'on n'éprouvait plus du tout le besoin de continuer notre route... Notre but alors, en traversant le Sahara algérien, était d'aller vendre la Peugeot de mon pote à quelque commerçant du Mali qui nous la prendrait trois fois son prix. Non seulement cette opération paierait notre voyage, mais encore elle assurerait un léger bénéfice à Denis. Et ainsi on roulait... enfin, on roulait... jusqu'au moment où l'on se rendit compte à quel point on était bien dans la palmeraie ! Ce qui avait été conçu comme une étape pour la nuit devenait un véritable séjour au milieu de l'oasis.

Pour pas un rond on bénéficiait de la chambre (nos duvets étaient étendus sous le double toit des palmes et du ciel) on bénéficiait de l'eau (une séguia coulait tout près) on jouissait même du couvert puisque deux garçons du ksar nous apportaient chaque soir le couscous et le thé... Depuis longtemps je ne m’étais pas senti aussi bien. Pour Denis il en allait de même. Nous avions abandonné Paris et ses stress. Il était possible que dans cette existence laissée en arrière Denis et mois ayons été deux employés standard d'Imprimed (affiches, dépliants, prospectus, etc.) lui aux machines, moi à la compta... et que d'une façon générale nous ayons vécu jusqu'à la moelle tout ce que suppose une vie dans la capitale : les impératifs du boulot, les factures dans la boîte aux lettres, le soir... les bousculades dans le métro, l'air fermé des gens... le pressing et le réparateur télé... Les semaines glissant, le temps à la fois gaspillé et perdu. Oui, il était possible que nous ayons vécu tout cela et que nous ayons été tout cela. Mais à l'heure présente on n'en savait plus rien. Pour la première fois depuis des années on respirait. Il n'y avait plus de bracelet-montre autour de nos poignets. Depuis dix jours que nous avions quitté la France nous étions brunis, cuivrés, métamorphosés. Pas seulement en surface. Le Sahara nous lavait à l'intérieur.

La manière dont je me sentais différent sous ce ciel invariablement bleu dépassait de loin pourtant ce que connaissait Denis. Bien sûr, d’une façon qui n'avait jamais été sienne Denis se laissait aller exagérément au farniente. Il avait cessé depuis le port d'Alger de me reprocher ma manière de forcer sur l'embrayage. Il ne faisait plus une poussée d'ictère si un gosse lui rayait les portières de l'auto. Et dans notre coin de nature, avec une décontraction toute nouvelle, il évoluait en slip jusque dans les moments où il bandait (le matin en s'extirpant de son duvet... le soir après le couscous ici très épicé...). Et Denis était autre, sans doute. Mais pour moi le changement était encore plus profond.

Jusqu'à ces derniers mois de ma vingt-quatrième année je n'avais pas accepté vraiment les pulsions qui me faisaient trouver un homme plus désirable qu'une femme, j'avais à peine accepté mon trouble à considérer la nudité d'un mec. Comme bien d'autres gars à qui il est difficile de s'avouer ces tendances, je suppose, j'avais donné le change. Je m'étais menti à moi-même. J'avais accumulé les flirts avec ces demoiselles. J’éprouvais même une satisfaction à coucher avec elles... ou à me faire le voyeur du mâle que j'étais en les baisant (?)... En tout cas l'émotion n’était pas au rendez-vous.

Elle naissait complètement en revanche devant un Denis bâti comme une sculpture antique et de plus en plus enclin à évoluer nu au fur et à mesure que les jours passaient, que les kilomètres nous séparaient de la froide Europe. Denis... 24 ans lui aussi. Deux mèches blondes et tenaces tombant au-delà des sourcils jusque dans les yeux... des yeux pleins de malice. Et ce jean épousant aussi parfaitement le garçon que si on avait glissé le David de Michel-Ange dans un Levi’s — exception faite toutefois, concernant mon camarade, du sublime surplus en rebord de gouttière barrant sa braguette à l'horizontale, et non vu généralement sur les statues, fussent-elles celles représentant dans leurs formes rien moins qu'une image d'idéal masculin...

Denis, un mois plus tôt, était entré en coup de vent dans mon bureau d’Imprimed, bureau où depuis près de trois ans déjà, et selon la formule consacrée, je perds ma vie à la gagner.

— Dis donc, tu n'as pas fait l'Algérie, toi ?

— Hum... fait est un bien grand mot.

— Ça ne te dirait pas de revoir le Sahara ?

J'avais éteint l'exquis ronflement de mon Olympia 2000, Orbit DT, comme si cela pouvait m'aider à regarder mieux sur le seuil ce soleil que Denis était.

— Tu sais ce voyage que je devais faire avec Laurence, là-bas ?

— Moui...

— Eh bien Laurence s'est défilée, justement. Tu as tes vacances quand ?

Inutile de chercher : je les avais en juin. À Imprimed un patron soucieux de ne pas fermer pendant les congés s'obstine à nous refiler les vacances, à nous les jeunes, à une période où il est malaisé de fréquenter les plages et où, en gros, le plein été sort à peine de son fragile cocon.

— Juin, c'est l'idéal pour le Sahara, non ?

— En effet, avais-je reconnu, me souvenant de mon temps d'armée pendant lequel, à défaut de faire l’Algérie, j’avais été un appelé du contingent commué durant deux ans en V.S.N.A dans les environs de Béchar...

J'avais tiré hors de mon Olympia 2000 l’imprimé qui s'y trouvait encore et qui, bourré de chiffres et de caractères, se trouvait empli de toutes façons. Fini, arrivé à son terme... comme tant d'autres choses ici.

— Si je comprends bien, mon petit gars, t’es en train de me demander de t'accompagner au Mali pour y vendre ta tire.

— À irai dire... avait-il commencé.

Je l'avais interrompu en posant la main à plat sur le montant du bureau.

— Eh bien mon bonhomme, la réponse est oui...

C'était fou, d’une certaine façon, mais justement j'avais envie de l'être. Il n'y a au fond que deux voies possibles : celle qui consiste à se consumer dans la sagesse et une autre qui vous résorbe dans la légèreté. Depuis des années j'étais dans le monde du raisonnable. Un chemin où l'on avance pas à pas, sans inquiétude mais sans surprise, comme dans ces rues de Saint-Ouen bordées de murs sombres et que le soleil a de la peine à percer. On avance, on avance... et on y laisse ses 20 ans, ses 25... sa jeunesse. On sait bien qu'il est d'autres rues, adjacentes, où le soleil fait un éblouissement tout au bout. Et chaque fois qu'on les voit, ces rues adjacentes qui se répètent latéralement, on les voit nimbées, auréolées de lumière, aveuglantes à leur extrémité. Cependant sur notre rue droite on ignore ces alternatives parce qu'on nous a dit qu'elles étaient l'aventure, l'inconnu, le désordre... Mais je savais dorénavant où me menait le chemin tracé au cordeau que je suivais depuis toujours : vers un point de terminaison dont je connaissais les derniers recoins, ainsi que d'une impasse sans cesse repoussée devant soi. La voie latérale devant laquelle Denis venait de m'obliger à m'arrêter ne pouvait pas être pire, ne pourrait jamais être aussi effrayante que ça.

Dès lors on avait préparé la voiture. On l'avait nettoyée, briquée. On l'avait chargée d'affaires, jerrycans et plaques de désensablage. Puis on s'était lancés... Bien avant Marseille les nuages s'étaient dégagés. Mais le ciel était sans comparaison possible avec celui, étincelant, qui nous avait accueilli à Alger. Aussitôt sortis de la capitale on avait trouvé un monde sommaire, écrasé de chaleur: villages chétifs, essaim de mouches, corps lumineux. La végétation s'était raréfiée. Les étendues et les dunes de sable avaient alterné.

On avait fait tomber les chemises, chaussé encore plus tôt le matin nos lunettes de soleil. On avait poussé la vitesse de la voiture à travers le souffle brûlant. Un après-midi avait suffi à nous bronzer entièrement.

Les deux garçons qui chaque soir nous apportaient le couscous dans la palmeraie s'appelaient Kadder et Salem... Le premier, charnu, avait un visage massif, une peau pleine de santé. Ses formes généreuses imprimaient de diaboliques contours au pantalon de survet dans lequel on le voyait toujours. Sa chute de reins s'y dessinait avec avantage, en dépit de l'étoffe un peu ample... Salem, lui, était plus élancé. Il avait toute la finesse d'un adolescent oriental. Un soir où alors qu'il portait le plat fumant jusqu’à nous, sous les palmes, sa gandoura avait été accrochée par l'aiguille d'une branche. Et en l'aidant à se libérer j'avais été bouleversé par ce parfum de peau tiède et d'étoffe gardant les odeurs du village de terre : feux de bois où l'on cuit des marmites, crin du matelas où le garçon dormait. J'avais souvent eu l'occasion de me le dire alors que les adolescents partageaient le repas avec nous :

— Comme cela doit être bon de passer la nuit entre eux, de les aimer tour à tour puis ensemble, et d'être aimé d’eux !

La force brute de l'un et ses appétits sans doute un peu rudes, la grâce de l’autre, les muscles déliés, ce duvet brun au-dessus de la lèvre... Si j’avais été plus perspicace pourtant, j'aurais pu identifier dès le premier soir un geste de Kadder. Dès la fin du repas, au moment où l'on s'allonge sur les couvertures, Kadder avait caressé sa queue avec insistance en me regardant et en regardant les cuisses nues de Denis, en imaginant dans son esprit sans fioriture, à l'heure d’autres appétits, je ne sais quelle partouze directe, brève... soulageante en un mot !

Tout commença vraiment, deux jours plus tard, dans ce bassin de Sidi Youcef où l'on partit se baigner avec les garçons. La chaleur était encore montée d'un degré, ce qui dans le contexte tournait à l'épreuve. Nos guides nous menèrent jusqu’à ce bassin rafraîchissant une palmeraie isolée, posée dans le désert comme une émeraude sur un tapis de safran.

Entre les rigoles, dans des lopins géométriques, poussaient des fèves, de la menthe, des pommes de terre. Mais les jardins étaient loin de tout et à l'heure caniculaire où nous débarquâmes il ne pouvait s'y trouver aucun fellah. Aussi c'est nu comme un ver que Denis entra dans la "piscine". Déjà ça commençait à agir sérieusement sur mes sens de le voir se laver, le matin, en n'ayant sur lui en guise de short que ce synthétique blanc devenu transparent au contact de l'eau... Mais une autre chose fut de voir mon camarade se mettre complètement nu. La tentation se faisait insupportable, alors, de toucher et de flatter l'organe qui était libéré; irrépressible se faisait l'envie de le happer avec la bouche et d'inspirer ce corps humain par tous les pores de sa peau. Mais Denis n'aimait que les femmes ! S'il avait su ce qu'était mon désir il lui aurait paru incongru, amusant, comme une déviation de l'esprit née arbitrairement d'un pays où les femmes sont inaccessibles. Alors je fis comme j'avais déjà fait cent fois : je portais mes regards ailleurs. Ailleurs où il n'y avait rien... pas même nos deux guides qui chahutant en arabe et sortis du bassin pour se battre et se courir après n'avaient fait qu'un bref passage dans l'eau...

Je finis par trouver leur absence un peu longue. À leur place il n'y avait que la barrière naturelle, suivie d'une autre barrière — laquelle en précédait une troisième — des palmes emmêlées, vertes, ombreuses, sans passage entre leurs écailles serrées.

— Où sont-ils ? demandai-je pour la seconde fois.

— Mais je n'en sais rien, moi fit Denis qui shampooignant ses cheveux n'était occupé que de voir si ne surgissait pas un jardinier susceptible d'arrêter son opération dans ce bassin destiné à l'arrosage des cultures.

Je me décidai à aller voir. Je laissai là Denis frotter, après ses cheveux, la touffe de ses poils pubiens au-dessus de son membre libre et épanoui.

Mais je ne trouvais pas les deux garçons. J'eus beau les chercher, pénétrer tous les recoins, toutes les alvéoles : pas de Kadder et pas de Salem.

Ils surgirent un quart d'heure après, environ. Tous deux avaient une chaleur autre sur les joues. Leurs yeux pétillaient, et au fond de leurs regards amusés, comme dans ces lampes à huile où demeure longtemps une noix plus compacte, il y avait une lueur de satisfaction : la paix qui s'empare de soi lorsque le corps est repu et l'esprit — par conséquent — en repos.

Le soir de ce même jour où la température avait gravi d'un degré, faisant monter le mercure au-delà des 35, ce même soir nous étions invités chez Kadder. Il y avait un moment que les deux garçons nous pressaient de venir sous leur toit, hospitalité arabe oblige.

Chez Kadder tout se passa selon un rite immuable. Une fois la nuée de gosses écartée, nous restâmes seuls tous les quatre. Les femmes étaient venues nous saluer mais s'étaient éclipsées aussitôt. Kadder n'avait pas son père, mais celui-ci eût-il été en vie qu'il ne nous eût pas plus dérangé.

Après le repas, par l'entrebaillement d'une porte, Denis vit une de ces jolies frimousses féminines comme seul le Sud en produit. Les épaules de mon camarade se redressèrent à l'apparition de l'adolescente qu’il avait l'air de ne pas laisser indifférente non plus. Mais la jeune arabe fut aspirée vers l'intérieur de la maison par le reste de la tribu. Kadder était à ce moment-là en train de préparer le kif et il parut assez mécontent que sa parente ait provoqué l'attention du roumi. Il eut un regard moins cordial qu'à l'habitude pour Denis qui se serait levé afin de suivre l'adolescente dans les dédales de la maison, n'eussent été les coutumes impitoyables du pays.

Pas touche résumai-je pour lui, recourant à l'argot afin de ne pas être compris de nos hôtes. Pas touche. Les mectons veillent sur les mectonnes...

Il retomba. Adoptant le même langage que moi il ne put passer son dépit sous silence.

— Il y a au moins dix jours que je n'ai pas tiré ma crampe ! dit-il et je ne peux même pas regarder un sourire de gonzesse...

C'était effectivement un record pour lui que ces dix jours d'abstinence. Ce tombeur très avantagé par son physique ne passait jamais quatre jours sans tremper le biscuit, comme il disait si bien.

— Quand on aime les femmes comme ça dis-je mieux vaut ne pas voyager en pays arabe.

Il ne répondit rien. Mais je sentais sa frustration.

— Je me demande comment font les types d'ici reprit-il, sidéré par la façon dont on avait retiré la fille de sa vue et sachant à quel point les sexes étaient séparés l'un de l'autre dans ces pays.

— Madame Remsa fis-je évasivement.

— Pardon ?

— Madame Remsa. C'est l'équivalent de notre Veuve Poignet. Quoiqu'il y ait une autre solution... commençai-je.

— Oui... ? Laquelle ?

— Entre hommes, tout simplement.

Puis la cigarette de kif passa de l’un à l'autre et nos pensées s'évadèrent. Un montent, abandonné en arrière, je me sentis serein. Denis à présent paraissait goûter un égal détachement. Allongé, un coude replié sur son front, il voyageait au pays des songes. Il portait ce soir-là son short d'un blanc pâle qui aurait tenu dans une main fermée. On voyait avec netteté au-dessous le contour de son slip. Mais pour la première fois je considérais cette statuaire avec philosophie. Le chouri provoquait un éloignement.

Quand je rouvris les yeux, la main de Denis avait glissé. Immobilisée dans la fourche des jambes, elle couvrait le sublime paquet moulé par les étoffes claires... Le lumogaz avait disparu. Il ne restait qu’une bougie. Les deux garçons pour ne pas nous gêner s'étaient retirés dans la pièce voisine, la maison en contenait tant, de ces salles nues se succédant et s'enfonçant dans l'obscurité !

Nous n'avions qu'une bougie. Sa flamme tremblait. Effrayé par la violence de mon désir revenu, après avoir dormi un instant, je considérai dans cette lueur les cuisses de Denis, musclées et à peine ambrées de fins poils. Sous son tee-shirt le relief de sa poitrine ciselée m’aimantait avec une force inouïe. Si j'avais pu croire que le kif atténuait mon envie, ce n'était qu'une illusion passagère.

Il pouvait être une heure, deux heures. Rien ne bougeait. Le silence était absolu... Non, pas exactement. Il y avait un chuchotement à côté. Le genre de chuchotement qui par son rythme et par son naturel vous en avertit : c'est votre propre mouvement ici, qui, un instant, l'avait interrompu.

Je me pétrifiai, résolu à ne pas produire un seul souffle. Je retins ma respiration. Dans le rai filtrant de mes paupières je voyais Denis endormi, une main reposant sur sa bite en semi-érection.

Déroulant la bande des souvenirs les plus immédiats qui, comme dans un état d'hypnose n'avaient pas été complètement occultés, je compris que les garçons, le quart d'heure précédent, avaient débarrassé la table en nous voyant glisser dans le sommeil. Avec l'esprit nomade des arabes grâce à quoi on dormait indifféremment ici dans une pièce ou dans une autre, ils avaient préparé leur chambre, la première venue... Ils avaient dû surveiller aussi le coin de la mère et des sœurs, vérifier que tout allait bien — cela avec l’esprit de domination souveraine imprégnant tout mâle, ne fût-il qu'un enfant, dès lors qu'il règne sur une maison de femmes.

Et maintenant ils se trouvaient ensemble. Allongés côte à côte. Comme des chefs de tribu... mais avec les besoins de leur âge.

J'étais résolu à repousser un à un les voiles de l'engourdissement afin de savoir. Il y eut le petit rire étouffé de Salem. Il y eut une imprécation plus vive de Kadder. Mi rieuse-mi irritée. Comme lorsqu'un homme avec sa belle s'étonne de ce que celle-ci conserve son jupon au moment de faire l'amour.

Et puis j'entendis ce glissement de deux corps l'un contre l'autre, corps se chargeant de tension au moment où face-à-face chacun cherche la meilleure position.

Les adolescents ne parlaient plus. Les seuls bruits dans la nuit sans pareille, dans la nuit des hommes du Sahara, les seuls bruits entendus étaient ceux d'une robe glissant sur la peau, d'un slip passant un à un les talons.

Mes poumons étaient douloureux, et ma cage thoracique durcie comme si j'avais plongé en apnée, condamné par moi-même à rester encore sous l'eau.

Je reconnus ces caresses et ces frôlements qui ne peuvent tromper personne parce que celui qui les entendrait serait-il un témoin vierge de toute aventure, ces bruits sont inscrits dans l'hérédité, donc identifiables et parlant pour tout être vivant.

Les deux garçons se touchaient. Leurs souffles s'étaient épaissis. Ils s'étaient fait bander et caressaient leurs sexes avant de se branler réciproquement... ce qu'ils avaient fait sans doute dans la palmeraie, l'après-midi même.

Comme je m'étais redressé, mû par une impulsion incontrôlable, il y eut dans la pièce d'à côté cette suspension fragile dont on sait très bien qu'elle ne durera pas, ne sera pas même installée, parce que lorsque ce mouvement est en marche, cette machine lancée, il est quasi impossible d'enrayer leur élan.

Soudain je fus sur mes jambes. Je traversai la pièce. Je me trouvai sur le seuil de la chambre voisine où la flamme du lumogaz avait été réduite, mise au rang d'une veilleuse dans le compartiment-couchette d’un train.

Kadder, allongé, avait sa bite dressée devant lui. Comme une petite colonne elle était en évidence dans la lueur.

S'il avait gardé son tee-shirt sur lui, le bas de son corps brun était totalement nu. Ses cuisses lisses comme un bronze étaient écartées. Une frise de poils crépus à la base de sa queue faisait dans l'ombre un autre relief d'ombre. Différemment de Salem qui ayant sa robe sur lui avait tenté d'en couvrir sa nudité. Kadder resta nu. Il garda la position dans laquelle je le surprenais. Il eut même un sourire en me voyant.

Son érection superbe, triomphante, décomplexée était comme un défi qu'il me lançait en particulier.

M'étant approché, je considérai ce cierge brun qui, plein à la base, s'appointait légèrement ensuite, le cône du gland achevant de donner à l'ensemble sa forme d'obus.

Kadder, tranquillement, tenait sa bite dressée comme si la seule chose à importer fût qu'elle restât provocante dans la chambre sans air, dans l'heure secrète — et enfin atteinte — où seuls s'expriment les corps.

La tenant toujours il la manœuvra avec ses trois doigts sur presque toute sa longueur.

Au moment où mes doigts se joignirent aux siens, je levai les yeux sur le garçon : je vis alors les affolantes gouttelettes de sueur qui se suivaient toujours à partir de ses pores noirs. Son expression, quant à elle, était celle d'un chien qu'on caresse — simplement attentif à ce qu’on le caresse mieux.

Ma main prit toute la place sur son manche. J'enveloppai le sexe plein au-dessus des bourses compactes. Je sentais à la pointe de mes doigts sa dureté, sa névralgie, son accord.

Autant que mon esprit eût pu opposer la moindre réflexion analytique sur l'opération je m'étais penché et, le front collé au tee-shirt, je pris dans ma bouche la presque totalité de ce pénis sombre. Je montai et descendis sur lui, me nourrissant à la fois de son contact, de sa vue et de son odeur.

En même temps mon autre main repoussait vers le haut la gandoura de Salem. Le short ayant été ôté, là aussi, mes doigts rencontrèrent les couilles mobiles, séparées l'une de l'autre, et la tige ardente qui, pour n'avoir pas l'épaisseur de celle de Kadder avait sa longueur et sa dureté.

Je la pris dans ma bouche à son tour, faisant avec obscénité tourner ma langue sur elle. Puis je revins à l'autre. Je pompai alternativement les deux gars.

La bite de Kadder surtout m'aimantait. Je ne pouvais pas me contenter d'envelopper ses couilles et de les pétrir. Je les léchai. Je les fis venir entre mes lèvres. Ces olives serrées glissèrent dans ma bouche pendant que j'astiquais avec mes mains les deux canons pointés !

Je relevai la tête.

— Tous les deux en même temps... dis-je.

Mais Kadder ne comprenait pas.

— Tous les deux ensemble. Je veux tous sucer tous les deux en même temps. Mettez-vous l'un contre l'autre.

Ils s'exécutèrent, la robe de Salem, repoussée haut, épousa le teeshirt de Kadder. Les fins muscles du premier touchèrent les biceps du second. Leurs cuisses nues se collèrent. Après quelques encouragements leurs queues se joignirent et je pus les prendre à la fois. Je les réunis et les avalai comme deux nougats. Elles étaient belles, confondantes. L'une d'elles perlait. Leur assemblage leur donnait une saveur incomparable.

Relevant les paupières je vis Kadder profondément troublé. L'acte lui faisait perdre sa superbe. Mon audace le subjuguait. Il semblait découvrir quelque chose lui appartenant en propre mais que rien encore n'avait révélé. Comme la chaleur particulière du corps produite par une fièvre exotique. Ou comme le voyage toujours personnel qui s'effectue à travers une drogue inconnue.

Nos regards s'étant croisés se parlèrent parfaitement, un instant. Mieux que ça ils se scellèrent. Une compréhension totale passa de l'un à l'autre touchant nos désirs et leurs réalisations...

Salem, impatient quant à lui, ne résistait pas à l'attrait de la volupté. Il donnait des coups de bassin de plus en plus nets. Mon travail sur leurs pines l'avait chauffé. La décharge montée en lui, il ne pensait plus qu'à une chose : s'en libérer... Ses jets de foutre partirent à la pointe de ma langue et sur la bite de Kadder restée dans ma bouche.

Salem recula tandis que Kadder, affolé par l'exécution de son copain, commençait à se branler entre mes lèvres. Les yeux fous il se frottait tout en se laissant pomper par moi. Il paraissait incapable à cette minute d'évaluer ce que je pouvais lui donner et ce qu'il lui semblait préférable d'obtenir de lui-même, seul.

J'écartai sa main.

— Attends... dis-je.

Nous restions en lice, tous les deux. Nous avions mieux à faire. Tout à l'heure nos yeux s'étaient parlés.

Il vit mon regard et cela le ramena à notre pacte muet... Il me laissa agir.

Je soulevai ses cuisses. Je mourais d'envie de lécher sa raie, d'atteindre son cul, de m'en emparer avec la langue et le doigt. Autant que je bandais, ma trique s'augmenta en creusant ainsi ses fesses, en malaxant circulairement son œillet tiède et noir, en enfonçant mon doigt finalement dans le fourreau de son cul.

Il me laissa faire tandis que Salem, debout, allait et venait, se munissait d'une carafe, partait se laver. Lorsqu'il passa à nouveau près de nous deux, Kadder dont je commençais à pénétrer l'anus avec l'index, m'arrêta. Il se leva en me prenant la main.

— Attends... Viens!

Je compris. Il y a des choses qu'un arabe ne fait jamais devant un de ses correligionnaires. Ce pays a ses règles qu'il vaut mieux ne pas transgresser... d’autant qu'on les transgresse tout de même, la majeure partie de ses règles pouvant être déviée dès lors que joue cette condition :

— Tout faire, oui... Pourvu que les autres n'en sachent rien.

Kadder m'entraîna dans des couloirs obscurs. Je tâtonnai après lui dans des tunnels où il me guidait. Enfin on s'arrêta. Ces maisons se perdent en galeries, en dédales, en alvéoles si nombreux, si noirs et si nus qu'ils semblent avoir été conçus uniquement pour le péché d'amour.

Nous étions contre un mur. Aussitôt j'enveloppai Kadder dans mes bras. Je fis glisser sur lui le short ample qui avait été renfilé pour cette traversée. J'appuyai le garçon devant moi, face à la paroi. Mains collées à ce mur et dans la position d'un bandit que l'on fouille il me livra ses cuisses, allant même jusqu'à jouer du bassin pour les écarter et ruinant à mes yeux le postulat selon lequel les arabes ne donnent jamais leur cul, même pas à lécher.

À genoux derrière lui je malaxai ses fesses. J'y poussai le nez et la langue. Je mis mon doigt dans cette gaine serrée épousant exactement le contour de mon index. Je suçai les testicules approchées de moi, à l'arrière. Puis je revenais à son anus que je broutais littéralement. Nul doute que déjà cette nuit j'aurais pu prendre le garçon et le pénétrer pour exploser dans son cul. Mais je ne profitai pas de ma bonne fortune cette fois-là. Je l'avais retourné face à moi pour le sucer fièvreusement de nouveau, le portant à deux doigts de la jouissance en le pompant ainsi, avec frénésie.

Mon esprit était à ce point égaré que lorsque nous glissâmes, je n'en eus même pas conscience. Le souvenir plus net qui devait s’imprimer est celui du moment où je me retrouvai à quatre pattes, haletant, murmurant des paroles incohérentes et me branlant pendant que le garçon se plaçait.

Il était derrière moi et m'enserrait à la taille. Son bras barrait mon ventre en totalité. Ayant trouvé sa position il me poussa son manche dans le fion. Il était si chaud qu'à peine eut-il fait quelques manœuvres il éjaculait dans mon cul. Ayant fait coïncider ma jouissance avec la sienne, je déchargeai en criant d'orgueil pour promener ensuite la sève, épaisse, autour de mon pénis. À cause de notre position ce foutre abondant semblait être le résultat de notre plaisir à tous deux, à Kadder et à moi, au lieu d’être le mien seul. Nos corps s'étaient fondus et tout était venu à ma pointe, comme s'il n'y en avait eu qu'une pour nous deux.

Nous restâmes dans le coin deux jours encore.

J'aurais bien voulu en ce qui me concerne passer chez Kadder les deux nuits qui suivirent ces jours, mais Denis s'y refusa. C'était trop dangereux de laisser sans surveillance la voiture chargée d'affaires. Par ailleurs Denis se trouvait beaucoup mieux de dormir à la belle étoile.

C'était ce qui était le plus raisonnable, en fait. Les autochtones eux-mêmes, bien qu'habitués à la canicule, transportaient dehors leurs sommiers et leurs matelas, et la nuit on entendait au loin les radios et les conversations.

Personnellement, je me sentais profondément attiré par l'étouffement des murs intérieurs où j'avais connu comme jamais l'amour physique... et où à cause de ça il m'était bien égal que l'on sue sans répit, que le dos mouille le matelas jusqu'à l'aube — tout cela se faisant dedans à pareille saison sans qu'on ait à bouger un seul cil.

Mais les devoirs de l'amitié m'imposaient de ne pas laisser Denis seul dans notre campement. Et je me résignai à rester près de lui dans notre bivouac.

Cependant, la nuit, quelque chose me réveilla. De fins cailloux jetés sur ma couche et des psstt... répétés. C’était Kadder. Je me levai de sur mon duvet, ceignant mes reins du drap de bain gardé à proximité pour la fraîcheur du matin. Kadder était seul. Avec quel plaisir je le rejoignis ! J'embrassai ses lèvres et l'enfermai dans mes bras. Je sentais toute sa tension animale. Et au moment où ainsi ma bouche s'emparait de la sienne, la mordillait avec amour, en même temps ma main descendait vicieusement entre ses fesses, tant il est vrai que sous un soudain afflux de sentiments le besoin sexuel garde tout son pouvoir.

C'était délicieux, au demeurant, de constater à quel point Kadder répondait à mes baisers. Je l'avais jugé un peu frustre et son camarade plus nuancé. Mais c'était le contraire qui se passait. Salem m'avait donné toutes les marques d'un partenaire expéditif... alors que le robuste Kadder portait en lui le goût d'un échange subtil.

Tout en l'embrassant, tout en prenant ma respiration sur lui, ma main pétrissait inlassablement son cul sans pareil. Sa robe tombait sur ses fesses nues. Comme Salem la veille il avait simplement passé une gandoura sur sa nudité. Il avait jugé que c'était le plus pratique pour les étreintes connues debout sous la lune, telles que nous les avions à présent.

Ne pouvant me lasser du fil de salive que ma langue recueillait entre ses lèvres, je trottais mon ventre contre le sien. Ma serviette avait glissé. La robe de Kadder étant relevée, nos sexes jouaient l'un de l'autre, ardents. tendus, combatifs.

Ma queue passait et repassait dans les frais poils pubiens. Elle se glissa en dessous des couilles comme pour se caler à la base des fesses, à l’intérieur même de la raie.

Enveloppant de mes mains le visage de Kadder, je lui dis :

— Hier c'est toi qui m'a pris. Tu es entré en moi. La règle est aujourd’hui que c'est moi qui te prenne...

Je caressais ses joues lisses tout en lui murmurant ces paroles d'amour et d'envie.

Il parut réfléchir, considérer la vieille loi selon laquelle un arabe qui se fait pénétrer est moins qu'une fille. En même temps il avait l'air de se dire que j'étais européen, seulement de passage, que cet essai ne laisserait pas de trace, que personne n'en saurait rien.

— D'accord, chuchota-t-il. Comme tu veux...

Il se retourna de lui-même vers l'arbre contre lequel nous étions appuyés. Je soulevai mieux sa gandoura et là, dans la palmeraie seulement éclairée d'étoiles, j'avais à ma disposition le dos puissant de l'adolescent, ses fesses étonnamment cambrées, ses cuisses vigoureuses où la main glissait comme sur l’airain.

Je mouillai la pointe de ma bite et l'introduisis dans le cul de Kadder. Le garçon se crispa mais il m'accueillit. Je sentis comme lorsqu'un écran de papier se froisse sous une percée, je sentis sa petite rondelle s'ouvrir sous ma pression et mon membre raidi glisser à l'intérieur du canal creusé et dilaté.

Puis je manœuvrai en lui et m'y chauffai tout de suite, me sentant empli de puissance, là dans la palmeraie sous la lune, et tandis que la séguia tout près faisait son invariable chanson d'eau.

Le surlendemain nous prenions le départ.

À plusieurs reprises déjà j'avais parlé à Denis des ruines étonnantes que l'on rencontre parfois, loin de tout, dans cette partie du Sahara, et nous avions prévu une escale dans l'un de ces endroits fantasmagoriques. Je conservais un souvenir très net de ces vestiges d'habitations, véritables vaisseaux de terre dans le désert. De hauts murs de toub festonnés à leur crête, supportant encore un pan de toit... ainsi pouvaient se présenter ces ruines à cent kilomètres du premier lieu de vie, et telle était en tout cas celle dans laquelle nous venions de dîner ce soir-là.

On était complètement à poil en raison de la chaleur qui encore ne tombait pas à minuit. On avait préparé un joint, également, Kadder m'ayant laissé une dose de chouri. Et à présent je reposais, allongé près de Denis, sous ce ciel infini apparaissant par fragments en haut des murs crénelés. Comme Kadder était revenu une fois de plus dans la palmeraie, la nuit précédente, et comme il était revenu accompagné de Salem, cette dernière fois, je pouvais croire que mon corps était en repos... Mais je me trompais.

— Alors, pas trop difficile de quitter les deux gonzes ? demanda Denis à ce moment-là, comme s'il avait lu dans mes pensées.

Penché vers moi pour me tendre la cigarette de kif, il frôlait sa queue de la pointe des doigts. Appuyé au tumulus de sable, nu, il me regardait avec malice.

— Les deux gonzes ?

— Kadder et Salem.

Là seulement je pris le joint qu'il me tendait. Son regard était amusé. Ses mèches blondes glissaient dans ses yeux pétillants.

Comme je feignais de ne pas comprendre il ajouta :

— Tu as l'air de t'être tellement amusé avec eux...

— Ah, tu... constatai-je simplement.

— Oui. Il aurait été difficile de ne pas se rendre compte. Le bruit m'a réveillé vers le milieu de la nuit.

— De quelle nuit parles-tu ? demandai-je.

— Du soir dans la maison de Kadder... Pourquoi fit-il avec amusement il y en a eu d'autres ?

Mon absence de réponse fut une manière d'acquiescer. La nuit suivant celle à laquelle Denis faisait allusion, Kadder, dans la palmeraie, avait lancé de petits cailloux pour m'éveiller. Je l'avais rejoint et possédé contre un arbre. Enfin, la nuit après celle-là c'est les deux garçons qui étaient venus se faire sucer et qui m'avaient bourré tour à tour à cent mètres du campement. Kadder m'avait pénétré le premier. Puis Salem était rentré là d'où son aîné sortait. Étant donné le foutre de Kadder projeté juste auparavant, une sorte de fusion à trois s’était involontairement réalisée à l'intérieur de mon corps.

— À un moment donné confia Denis Salem a traversé la chambre avec une carafe à la main, chez Kadder. Je me suis redressé. Je lui ai parlé. J’avais besoin d'une clope... Tout en disant ces paroles il continuait de flatter sa queue. Une minute je me suis même demandé si... Il avait un visage assez féminin, le petit Salem ! Et je suis tellement en manque...

Oppressé je l'écoutais, saisi à la fois par ce qu'il racontait et par la manière dont il se touchait. Il avait été brièvement tenté par cette chose. Cette idée me brûlait... Mais il chassa ce souvenir d'une tentation autre.

— Un truc est certain conclut-il tu aurais pu te machiner avec eux devant moi. Je me serais branlé en vous regardant faire...

Là se situait ce qui aurait pu l'exciter.

Je bandais, fouetté par ces paroles autant que par la lente caresse régulière de Denis sur lui-même. J'avais l'impression de marcher sur un pont de cristal et que ma vie dépendait de la bonne traversée de ce pont. Il m'était impossible de ne pas envelopper mes couilles et de me toucher, moi aussi.

Je tendis la cigarette à Denis. Il triquait comme un fou, maintenant. À force de se manipuler il avait produit ce manche dur et dressé qu'il lâchait de temps en temps comme pour mieux l'admirer.

— Sûr dis-je que lorsqu’on est aussi privé que toi...

Mais je me tus... Sa queue était verticale. Il avait l'air de vouloir se mettre à l'astiquer vraiment. Je sentais mon cul tout humide. La respiration me manquait.

Comme je ne disais rien il leva sur moi un œil teinté d’ironie. Il put voir alors que je me caressais aussi bien que lui. Aussitôt, sans que ne le quitte son sourire espiègle, et jetant la cigarette consumée, il se frotta le nœud plus distinctement encore, prêt à s’adonner à une bonne petite branlette.

À cette seconde je me penchai sur sa corne de chair. Ma bouche happa ce pénis décalotté. Mes lèvres repoussèrent le prépuce pour faire mieux éclater sur ma langue le cône ovale du gland. L’odeur tiède de cette queue tendue m'envahit tandis que je l'absorbais.

Denis laissa passer un soupir. J'enveloppai ses couilles, remontai. Il y avait un friselis de poils dans le creux profond entre ses fesses galbées. Le flash était pur en moi. sans scorie. Plus fort que celui du kif, pourtant sans mélange.

Je sentais la main de Denis se poser sur mon épaule et la masser tandis que gardant sa bite dans ma main je le pompai, avec plus d'ivresse encore que je n'en avais eu à sucer ensemble les adolescents dans la maison de Kadder.

À ce moment-là il bougea, repoussa mon épaule.

— Attends... dit-il.

Et je crus que le cristal se cassait, que le pont se brisait. Je crus que pour une raison ou une autre Denis voulait arrêter.

Mais ce n'était pas ça, au contraire. À toutes ces journées de frustration s’ajoutait l'efficacité de ma caresse buccale. Et Denis simplement glissait contre le tumulus, écartait mieux les jambes afin de se mettre en meilleure position.

Les yeux égarés il poussa ma nuque vers lui tandis que j’enserrais son bassin. Moi-même pivotant, je changeai de position. Dans le sable je me plaçai tête-bêche par rapport à lui afin de couvrir totalement son bas-ventre.

Mon copain parut peu effarouché de voir ma queue à hauteur de son visage. Et alors que j'enfonçais ma tête entre ses cuisses pour le prendre tout entier, à revers, il fit glisser sa main à plat sur mon sexe... maladroitement... comme lorsqu'on flatte un animal aux réactions incertaines.

Je tendis mieux ma fourche sur lui et je compris que d'ici peu il ne pourrait faire autrement que de recevoir de la même façon que moi je le recevais tant il y avait d'énergie, et d'affolement contenu, entre ses cuisses glabres.

À des lieues à la ronde, pas une âme. Sur des kilomètres et des kilomètres la lune n'éclairait que des dunes aux soyeux plis noirs. La terre, le sable, les murs de toub gardaient la chaleur écrasante du jour et la réfractaient.

Le Grand Sud nous fondait dans son mystère. Denis et moi voyagions...