Le fils du diable (01)

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Le fils du diable (01)


Roman

Date de parution originale: 2011-12-08

Date de publication sur Gai-Éros: 2022-11-25

Auteur: Michel Geny-Gros
Titre: Le fils du diable
Chapitre: Mourmelon

Note: Ce récit a été publié sur Gai-Éros avec l'autorisation de l'auteur

Ce texte a été lu 2026 fois depuis sa publication (* ou depuis juin 2013 si le texte a été publié antérieurement)


Template-Books.pngSérie : Le fils du diable

Résumé / Intro :

Un ou plutôt deux services militaires dans la fin des années 1970 au 22ème Régiment de Chars de Combat à Mourmelon-le-Petit pendant lesquels se rencontrent deux appelés, Thomas fils de famille très aisé, homosexuel déclaré du moins à l’armée et un homme marié Christophe fils d’ouvrier et néanmoins étudiant déterminé et autoritaire.

Un bébé mais un divorce et une amitié qui se transforme en amour.

Au milieu de ce bonheur nos garçons affronteront bien des difficultés avec des parents excessifs ou trop indifférents.

Lorsque j’ai écrit mes premiers romans, la figure de mon ami Édouard apparaissait dans celle de certains personnages.

Mais à cette époque, Édouard était là, loin de moi, mais vivant.

Édouard, comme Christophe, entretenait des relations difficiles avec sa mère allant de la tendresse à des heurts.

Sa mère le dénommait alors "Le Fils du Diable".

Je lui dédie encore ce roman…

Dépôt COPYRIGHT France du 8 décembre 2011 n° G5B51BC.


TITRE 1
MOURMELON
(Récit de Thomas


Chapitre 1 — Retour de perme. Le nouveau.


Transi de froid et ne demandant qu’à me coucher et dormir, je suis entré sans faire de bruit et sur la pointe des pieds dans la chambrée. Il était presque trois heures du matin. À chaque fois que je rentrais de permission, l’odeur âcre de la piaule me saisissait. Pourtant dans mon peloton (l’élite du régiment), les mecs étaient propres et relativement soignés. Bref et malgré tout, une fragrance de mecs parfumait la pièce… Cela me révulsait sur le moment, mais quand j’y pense maintenant je m’habituais rapidement à cette émanation due principalement aux rangers de cuir brut et à nos vêtements.

Les bâtiments du régiment étaient de construction récente, bien chauffés, bien ventilés. Les sanitaires nettoyés par les soins des bidasses une fois par jour et agréables malgré leur caractère collectif ne pouvaient qu’inciter les mecs à les utiliser et à être propres.

Je rentrais de permission après avoir pris un train de nuit à Paris Gare de l’Est pour Châlons (alors encore "sur Marne"). Je montais ensuite avec d’autres permissionnaires dans un camion bâché, dans lequel on se gelait les couilles, pour parcourir quelques kilomètres et rejoindre la caserne du 22ème Régiment de Chars de Combat à Mourmelon-le-Petit. Le retour de permission était bien sûr toujours pénible et aggravé par les contraintes militaires d’heures et de transports.

Depuis quelques mois nous pouvions partir en permission en civil. Quand je dis "pouvions", je dois préciser que de l’interdiction d’être en possession de vêtements civils et de les utiliser pour sortir de l’enceinte militaire, nous étions passés à l’autorisation et à l’ordre de ne pas porter nos tenues de sortie pour rejoindre nos familles.

C’était plus sympathique et plus pratique car on pouvait ainsi suivre les saisons et leur fantaisie pour se couvrir ou se découvrir et ne pas se retrouver comme certains mois en chemise alors qu’il faisait encore froid en début d’été.

Et je ne parle pas également de la discrétion…

Cette chambrée du Peloton des Services (du PC) où je n’avais que de bons copains, j’allais la quitter d’ici quelques semaines pour une chambre seule ou à deux puisque j’allais passer Brigadier-chef.

Ce nouveau logement allait être plus agréable que la chambrée et m’offrir beaucoup plus de liberté. J’allais donc être dispensé de corvée, d’appel, de revue de casernement et de couvre-feu à 22 heures. De plus, brigadier j’avais la responsabilité de chef de chambre que j’allais abandonner avec plaisir. Ce n’était pas toujours de tout repos pour exiger de mes gars, de maintenir la chambre propre, de faire les lits au carré et j’en passe. Je devais hurler et menacer de temps en temps, ce qui n’entrait pas dans mon caractère.

Avant d’entrer dans la chambrée, je n’avais allumé que la petite lumière au-dessus du grand miroir central car je supposais une partie de mes camarades permissionnaires revenue d’autres contrées plus proches déjà au lit en train de dormir. Également, un mec n’était pas parti en permission et devait roupiller depuis longtemps.

J’ai tout de même remarqué que le lit à côté du mien était occupé alors qu’il était libre depuis plusieurs semaines. Cela m’a intrigué mais je n’allais pas réveiller le mec brun qui dormait pour m’enquérir de ce qu’il faisait là. J’ai attendu le lendemain matin pour lui demander des explications.

Comme d’habitude en retour de perme, j’ai eu du mal à m’endormir, difficulté renforcée par la présence d’un inconnu à mes côtés, d’un nouveau mec dont je ne voyais que la tête brune émergeant de la couverture.

Je me suis réveillé plus d’un quart d’heure avant le coup de sifflet du brigadier ou du maréchal des logis (MDL) de "semaine" sonnant ainsi le réveil. Le soleil encore endormi n’éclairait pas la chambrée, mais un lampadaire dans la cour s’en chargeait indirectement et j’ai pu voir le visage agréable de mon voisin de lit. J’ai pris ma trousse de toilette et ma serviette et en slip j’ai rejoint les sanitaires (toilettes et douches). J’étais encore tout nu en train de me pomponner quand j’ai vu entrer le nouveau venu dans le bloc des sanitaires.

—  Salut ! lui ai-je dit en lui tendant la main. Thomas HOUDONT, brigadier, chef de la chambrée où tu as dormi.

Mon vrai nom est composé "HOUDONT-MONTLUÇON", mais à l’armée et avant, de l’école à la Fac, j’évitais de décliner mon identité complète sauf pour me rendre insupportable ou prétentieux devant un professeur ou un supérieur détestable qui me "cherchait".

—  Christophe BERTHON, caporal, je suis arrivé samedi en fin d’après-midi. Le MDL de semaine m’a dit de m’installer dans ta chambrée. Je viens de Baden d’un régiment dissous. Je n’ai plus que cinq mois à tirer.

—  Bienvenue ! Et comme moi pour les cinq mois. T’es donc de ma classe ! lui ai-je répondu sobrement alors que je l’ai vu se diriger vers les douches.

Du miroir au-dessus du lavabo, je l’ai aperçu retirer son slip et m’exposer d’abord ses fesses bien rondes, brunes et imberbes. Il s’est retourné pour appuyer sur le bouton-pression d’eau et j’ai vu sa face avant. Le garçon était aussi bien foutu que de dos, poitrine musclée et bas-ventre plat, le tout imberbe sauf la touffe noire et un beau système trois pièces.

Il m’a jeté un sourire aimable, même craquant, qui m’a troublé. Il avait dû me voir le mater. J’ai vite enfilé mon slip et lui ai crié :

—  BERTHON, je vais prendre le petit-déjeuner à la CDO, je t’attends ?

—  OK, avec plaisir ! Je me magne ! Mais appelle-moi Christophe !

Un quart d’heure après, nous nous sommes dirigés en direction de la cantine à presque dix minutes de marche. Mes camarades habituels de chambrée n’avaient pas suivi ayant préféré ce matin-là un petit-déjeuner rapide pris dans la chambrée avec un café ou chocolat lyophilisé et des petits gâteaux. Christophe s’était comme moi habillé en tenue de sortie. Il arborait ses galons de caporal et portait les insignes d’un régiment d’infanterie.

—  Tenue de sortie et en tergal en plus ! Tu travailles au PC ?

—  Pour la tenue et le tergal, j’avais un pote fourrier de l’escadron. Oui, je suis l’un des secrétaires du colonel, la planque… Et toi que faisais-tu à Baden ?

—  À la suite du peloton de caporal, j’ai été affecté à la compagnie des services, aux Transmissions et précisément à l’atelier. Après le bac, j’ai fait une école d’électronique. J’ai un BTS. Mais je n’ai pas terminé mes études. Je reprendrai des cours aux Arts et Métiers pour devenir ingénieur.

—  Comme moi ! Pas pour les études mais pour le fait que je les ai arrêtées pour faire mon service. J’ai fini et obtenu ma licence en droit mais je vais continuer mes études pour devenir notaire.

—  Tu aurais pu faire les EOR[1] ! a rétorqué le sympathique caporal.

—  Bof ! Ça ne me disait rien. Mais j’ai fait le peloton de brigadier car je n’aurais pas pu à défaut obtenir un poste de secrétaire au PC. Mais toi aussi, tu aurais pu faire les EOR !

—  Très peu pour moi ! a presque rigolé Christophe qui a ajouté un ton plus bas. Je déteste les caisses à boulon et tout ce qui est militaire !

Nous avons rapidement déjeuné tout en papotant seuls à une table.

—  Tu ne t’es pas trop ennuyé dimanche ? lui ai-je demandé.

—  Ça a été, j’ai bavardé longuement avec un petit mec qui n’était pas parti en perme, un breton… Bien agréable et sympa, il m’a tout raconté sur l’escadron des services et sur les mecs du peloton.

—  Ah oui, Loïc LEBIHAN, il habite à Brest, il lui faut une perme d’au moins quarante-huit heures pour aller rejoindre sa famille et sa fiancée. On est pote, c’est le chauffeur du colonel. Je le surnomme Joc.

—  Pourquoi Joc ?

—  Pour les initiales J.O.C., Jeunesse Ouvrière Chrétienne. Le petit Loïc est militant de la JOC. Il m’a dit être fiancé et ne pas avoir couché avec elle, Monique ! Tu entends les plaisanteries des mecs du peloton ! Les tourtereaux veulent attendre le mariage ! Tu te rends compte ! Il est puceau et je le taquine avec ça !

Christophe a rigolé et m’a dit :

—  Il a fait une gaffe à propos de toi et m’a demandé d’être discret. Mais il ne m’a dit que du bien de toi et que des infos gentilles sur tous les autres.

—  Donc, il t’a dit que j’étais un gros pédé !

—  Bien plus gentil ! Il m’a dit "Thomas aime les garçons, mais c’est un super-pote et il est très discret sur sa sexualité. Il a préféré le dire lorsqu’il est arrivé au peloton".

—  T’as pas eu peur de moi alors ? lui ai-je demandé en plaisantant.

—  Non, pas du tout, ceci dit, je t’ai vu me mater sous la douche ! m’a répondu Christophe avec néanmoins le sourire. Et aussi te pavaner à poil…

—  Merde ! lui ai-je rétorqué contrarié. Excuse-moi, je ne voulais pas te gêner. Mais c’est vrai et puis j’ai une excuse, t’es beau gosse…

—  Ça ne m’a pas usé… m’a répondu Christophe. Tu peux continuer à me mater, à t’exhiber à poil et aussi bander devant moi… Tu peux te permettre ! T’es bien foutu !

—  Merci Christophe ! Mais je ne drague que très peu au régiment et pas les hétéros !

—  Je suis marié, bientôt papa même ! m’a répondu Christophe comme pour me dire qu’il était hétéro.

—  C’est bien ça un môme !

—  Oui, mais c’est à cause de ça que j’ai dû me marier !

Nous avons interrompu la conversation car il nous fallait rejoindre au plus vite l’escadron pour le rapport matinal.


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  1. NDA: École des Officiers de Réserve.