Le fils du diable (05)

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Le fils du diable (05)


Roman

Date de parution originale: 2011-12-08

Date de publication sur Gai-Éros: 2022-11-30

Auteur: Michel Geny-Gros
Titre: Le fils du diable
Chapitre: Mourmelon

Note: Ce récit a été publié sur Gai-Éros avec l'autorisation de l'auteur

Ce texte a été lu 535 fois depuis sa publication (* ou depuis juin 2013 si le texte a été publié antérieurement)


Template-Books.pngSérie : Le fils du diable


Chapitre 6 — Le bébé.


Le bébé de Christophe est né quelques jours après avec un jour d’avance sur le pronostic médical, un mercredi de novembre. Le centre téléphonique de la caserne qui transmettait les appels urgents aux appelés lui a passé son père dans le bureau du capitaine des Transmissions. Christophe entretenait donc avec moi une relation très amicale dépassant le copinage et est venu me chercher à ma sortie du PC vers 17h30 et m’a dit :

— Mon père m’a appelé dans l’après-midi, mon fils est né ce matin. Avec Claudine, on l’a appelé Nicolas. Il pèse 4kg et mesure 52cm. C’est bien, il paraît !

— Bravo, papa ! Il va bien et la maman aussi ? lui ai-je dit et demandé.

— Oui, tout va bien ! Le Capitaine LEGUEN avant que j’aie eu le temps de dire quoi que ce soit, m’a donné une perme jusqu’à dimanche. Je n’ai pas osé lui dire que je ne tenais pas à voir le bébé.

— Tant mieux ! Tu l’aurais regretté. N’oublie pas qu’il est innocent cet enfant. Et puis, tu serais passé pour un être insensible et irresponsable que tu n’es pas !

J’ai passé la soirée avec Christophe, au foyer après la cantine, puis dans la chambrée. Christophe était débrouillard et courageux. Son père travaillait à la RATP où il était mécanicien-chef sur les métros. Sa mère puéricultrice gardait des bébés dans une crèche municipale à Antony tout près de la maison. Christophe ne pouvait compter que sur un maigre argent de poche et un peu sur sa grand-mère qui habitait une petite maison à Verrières le Buisson dans l’Essonne, mais commune limitrophe d’Antony. La mamie était veuve d’un employé de la SNCF.

Depuis ses quinze ans, Christophe travaillait pendant les vacances scolaires. Aucune tâche ne l’arrêtait. Il livrait des pizzas, tondait les pelouses, assurait la garde d’enfant, sciait du bois… Au cours des années, il s’était donc constitué un petit pécule. C’est ainsi qu’il avait pu s’acheter une vieille 4L qu’il avait réparée et repeinte avec son père qui lui-même arrondissait ses fins de mois avec cette activité de peinture de carrosserie. Monsieur BERTHON s’était équipé d’un véritable matériel professionnel dont un compresseur.

— T’es donc bricoleur ! lui ai-je dit en ajoutant : Moi je ne sais rien faire de mes dix doigts, pas même changer la roue d’une voiture !

— Je t’apprendrai ! Faut savoir un maximum de choses pour bien se débrouiller dans la vie ! m’a rétorqué Christophe.

— Comme aussi ne pas tremper son… ai-je dit en m’arrêtant net de parler car j’allais dire "ne pas tremper son pinceau n’importe où !" et j’ai ajouté : Oh ! Pardon !

— Pinceau n’importe où ! a continué Christophe en prenant un air sévère et il a ajouté. Trop tard ! Tu vas me payer ça ! Une bonne fessée, petit bourgeois mal élevé !

Nous étions seuls dans la chambrée, assis sur mon lit, même vautrés en ce qui me concernait. L’appel du soir allait sonner d’ici un quart d’heure et nous avions après la douche revêtu les traditionnels survêtements. Sans que j’aie eu le temps de réagir, Christophe qui était plus fort que moi, m’a retourné sur le ventre. J’ai cru un instant qu’il allait me donner une petite tape sur les fesses, mais il a descendu brutalement mon pantalon de jogging et mon slip pour me découvrir les fesses. Je l’ai laissé faire, mais je lui ai dit :

— Fais gaffe, les autres vont rentrer dans la chambrée d’un moment à l’autre pour l’appel et tu auras l’air malin !

Christophe m’a néanmoins donné quelques claques sur le cul et pour le troubler et rigoler, je lui ai dit :

— Vas-y ! J’aime ça !

Il a vite arrêté sa "punition", je l’ai senti m’embrasser une fesse et il a vite remonté mon pantalon sur mon postérieur. Je me suis levé, réajusté un peu mieux et j’ai eu le temps de lui dire avant que nos camarades rejoignent la chambrée :

— Merci, surtout pour la note finale !

Il m’a répondu par un beau et tendre sourire.

Le lendemain matin, Christophe est parti en permission.

— À dimanche, je viendrai te chercher vers 21 heures ! m’avait dit Christophe avant de partir.

Je me suis senti un peu triste et un peu seul malgré mes autres camarades dont Alain et Joc. Joc à qui, après m’avoir demandé mon avis et avant de partir en perme exceptionnelle, Christophe avait proposé une place dans sa voiture pour Paris au moins.

— C’est ta bagnole, tu fais comme tu veux. Ceci dit, Joc comme passager, c’est très bien, il est super-sympa. Mais je ne sais pas si ça lui permettra de rejoindre Brest, sauf s’il demande une "48 heures". Il peut peut-être négocier ça avec son adjudant.

— Voyons ! avait dit Christophe s’adressant à Joc quelques instants plus tard. Je te réserve en permanence une place dans ma bagnole. On te conduit à la Gare Montparnasse, on y arrive vers 15 heures en partant d’ici à midi. Tu gagneras au moins deux heures sur le trajet en train.

— Merci, sympa ! a répondu Joc. Mais je n’arrive pas souvent à avoir une 48…

— Thomas ira négocier ça avec son colon ! a déclaré Christophe autoritaire.

— Ben voyons ! me suis-je exclamé. Doucement, je voudrais bien, mais je n’ai pas ce pouvoir !

— T’essayeras ! Tu vas tout faire pour notre copain Joc ! a conclu Christophe.

— À vos ordres mon lieutenant ! ai-je plaisanté Christophe et son autorité.

— Toi, tu ne perds rien pour attendre ! m’a dit Christophe en aparté quelques minutes après.

Le samedi midi, j’ai donc repris le train pour Paris. J’étais à peine arrivé à la maison que Marie m’a dit :

— Monsieur Thomas, Monsieur Christophe BERTHON vous a appelé. Il souhaiterait que vous le rappeliez le plus vite possible.

J’ai donc tout de suite appelé Christophe. Je suis tombé sur son père qui après m’avoir salué bien aimablement me l’a passé.

— Tu viens voir le bébé à la clinique ? m’a-t-il ordonné ou demandé et il a ajouté : Je viens te chercher !

— Ok, mais laisse-moi une demi-heure que je prenne une douche et renfile des vêtements ne sentant pas la caserne et le bidasse…

J’avais enfin pu voir mes parents, mais le soir-même ils étaient invités à une réception donnée par le Sous-Préfet d’Antony. Christophe ne m’a laissé qu’une petite demi-heure… Lorsqu’il a sonné, j’étais encore dans ma chambre en mini-slip à choisir mes vêtements pour la soirée. Marie m’avait appelé par le téléphone intérieur pour m’annoncer Christophe. Je lui avais dit de le laisser monter. Il a frappé à la porte et je l’ai invité à entrer. Alors que j’étais encore en petite tenue, par provocation je le confesse, je me suis approché de lui pour lui faire la bise et avant cela, je l’ai à nouveau félicité pour la naissance. Il m’a serré contre lui et embrassé sur les joues, mais il a continué son geste par une espèce d’accolade.

— Doucement, n’oublie pas, je suis pédé ! Et regarde, tu me fais bander ! lui ai-je dit alors que je tentais de me contrôler.

— Je vois ! m’a-t-il dit en reculant un peu en affichant son beau sourire. Mais je suis habillé ! Excuse-moi !

— Même vêtu !

— Je te fais de l’effet ! Moi ou n’importe quel mec ?

— Particulièrement toi !

— Bon, désolé ! m’a rétorqué Christophe qui je le supposais ne l’était pas du tout.

Mais je n’ai pas osé aller vérifier si lui aussi était excité, cependant je l’ai deviné à la braguette de son jeans. Pour changer de sujet et tout en m’habillant je lui ai dit :

— Tu as besoin de moi pour aller voir Nicolas ? Ou pour avoir un tiers devant ton épouse ?

— J’ai vraiment envie que tu le voies…

— Tu sais, moi les bébés…

— Tu n’as pas envie ? m’a demandé Christophe que j’ai vu contrarié.

— Mais si ! Je te fais marcher ! Et puis, allez ! Honnêtement, je suis surtout content d’être avec toi ! lui ai-je répondu sincèrement.

J’ai dû obliger Christophe à s’arrêter chez un fleuriste de la rue Auguste Mounier pour acheter un bouquet pour la maman en attendant de faire au bébé un vrai cadeau.

Lorsque nous sommes arrivés à la maternité et dans la chambre, Monsieur et Madame BERTHON étaient là en compagnie de deux garçons de mon âge, on riait dans la chambre et l’ambiance était bonne. Christophe m’a d’abord présenté aux deux mecs qui étaient, le premier le blond, son ami d’enfance et le second un black, un ami qu’il avait connu et apprécié à l’école d’électronique. J’ai embrassé la maman et regardé le bébé qui était alors dans les bras de sa mère. Il me semblait très petit, il était rouge, fripé, plein de cheveux noirs et braillait.

— Très beau… Très mignon… ai-je dit hypocritement.

Mais je savais bien que les bébés sont rarement beaux à la naissance et que Nicolas serait sûrement un jour aussi séduisant que son père. Christophe l’a pris à Claudine et me l’a tendu :

— Allez, prends-le dans tes bras !

— Je ne sais pas tenir un bébé ! ai-je dit vraiment inquiet et j’ai ajouté : Je n’ai jamais pris de bébé dans mes bras !

— Tu lui tiens bien la tête ! m’a conseillé Claudine.

— Mais y sait ! a dit Christophe un peu agacé à son épouse. Et Nicolas n’est pas en sucre !

Finalement, je l’ai pris et je dois dire que j’en avais envie. Ça m’a fait tout drôle… J’ai été bien ému.

Christophe était venu avec son appareil photo qui d’ailleurs ne le quittait guère. Il l’emmenait au régiment et photographiait tout ; tout, enfin, surtout moi. Il prenait de nombreuses photos de groupe et je me suis souvent retrouvé avec lui sur de nombreux clichés lorsqu’il passait l’appareil photo à un camarade. Il développait lui-même les photos au Club Photo du régiment et avait tenu à m’apprendre cet art. Nous avons donc pris de nombreuses photos du bébé dans les bras de ses divers visiteurs.

— On va aller prendre un pot pour fêter ça ! a dit Christophe en s’adressant à ses amis et moi à la fin de notre visite.

Nous nous sommes rendus dans un café et j’ai offert une coupe de champagne. Luc et Charles étaient sympas et nous avons bien ri. Naturellement, Christophe s’est fait charrier par ses potes sur cette naissance rapide… J’ai su ensuite qu’ils ne savaient pas tout. Heureusement, j’avais eu une conversation réservée.Christophe a proposé d’aller dîner tous ensemble à Paris. Les copains se sont rendus jusqu’à la cabine téléphonique pour contacter leur petite amie afin qu’elles nous rejoignent dans Paris.

— Tu n’as pas de copine ? m’a demandé Luc, le blond assez mignon.

— Non ! puis après une hésitation j’ai ajouté : Moi, les nénettes, enfin, je suis homo !

— Mais mon ami Thomas ne drague pas les hétéros, pas de crainte pour vous les mecs, a déclaré Christophe très sérieusement.

— Je ne crains rien ! a répondu Charles avec le sourire et il a ajouté : Les potes de mes potes, sont mes potes.

Quant à Luc, il a plaisanté en déclarant :

— Paraît que les homos, ça suce mieux que les gonzesses !

Sur quoi, j’ai rajouté :

— Moi j’ai entendu dire que surtout, beaucoup de filles ne veulent pas sucer !

— Bon, on y va ! a presque ordonné Christophe sans doute pour couper court à cette conversation qui risquait de devenir scabreuse.

Les deux copines habitaient la capitale et nous les avons retrouvées sur les Champs Élysées. Nous avons passé une bonne soirée avec ces deux filles bien sympathiques. Charles et sa copine habitaient Paris et nous les avons laissés pour rejoindre notre banlieue. Christophe devait raccompagner Luc et sa copine qui devait finir la soirée avec son petit ami. Mon domicile était le premier sur le trajet et Christophe m’a déposé en premier. Il avait arrêté la voiture à l’angle de l’avenue Puget et a tenu à m’accompagner jusqu’à ma porte. Luc l’a plaisanté et lui dit :

— Y va pas se perdre et pas plus se faire violer !

Christophe n’a pas répondu et m’a dit au revoir sous le porche de la grille. Luc et sa copine ne pouvaient plus nous voir. Il m’a serré dans ses bras et m’a embrassé dans le cou. Je me doutais bien ce qui allait finir par arriver, mais je ne voulais pas fréquenter un mec marié, si peu certes, mais marié… Mais il me plaisait trop pour le rejeter et j’ai fait en sorte de ne pas le repousser et je l’ai à mon tour embrassé dans le cou. Je me suis dégagé doucement et je suis parti en courant vers la maison en lui disant :

— Bonne nuit, fais de beaux rêves ! Et à demain soir !

Je ne sais pas ce qu’il a rêvé, mais moi ça a été torride et tendre…


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