Le fils du diable (06)

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Le fils du diable (06)


Roman

Date de parution originale: 2011-12-08

Date de publication sur Gai-Éros: 2022-12-01

Auteur: Michel Geny-Gros
Titre: Le fils du diable
Chapitre: Arrivée à Mourmelon

Note: Ce récit a été publié sur Gai-Éros avec l'autorisation de l'auteur

Ce texte a été lu 1209 fois depuis sa publication (* ou depuis juin 2013 si le texte a été publié antérieurement)


Template-Books.pngSérie : Le fils du diable

TITRE 2
ARRIVÉE À MOURMELON
(Récit de Christophe)


Chapitre 1 — Comme un bleu.


Lorsque le capitaine de la compagnie m’a annoncé que par suite de la dissolution de notre régiment j’étais muté de Baden à Mourmelon-le-Petit au 22ème Régiment de Chars de Combat, j’en aurais presque sauté de joie. Châlons sur Marne à deux pas, cela me rapprochait de Paris pour terminer mon service militaire et cet épisode mettait fin à la désagréable situation dans laquelle je m’étais mis au cours d’une soirée un peu trop arrosée. Bien que sursitaire et n’ayant pas terminé mes études, le service militaire me donnait du large dans ma vie sentimentale que j’avais été obligé de subir par ma faute en grande partie. Jeune marié et bientôt père, j’ai été le seul du régiment dissous à être affecté aussi près de Paris.

Jusqu’à présent, tout s’était bien passé pour moi, mes études d’électronique qui me passionnaient au point de vouloir les approfondir, mes parents et ma grand-mère qui me gâtaient et un grand-frère attentionné. À presque vingt-deux ans, j’étais encore puceau et pas pressé de franchir ce grand pas. Je croyais au grand amour, à la passion et j’envisageais les rapports sexuels que dans ce droit chemin. J’avais fait une bonne partie de mes études à l’École des Frères à Saint Jean-Baptiste à Sceaux. J’y avais reçu une excellente éducation morale et bien catholique et tout cela sans aucune contrainte, c’était presque un choix. Malheureusement et pour me faire de l’expérience, j’aurais dû comme les copains, acheter des capotes et niquer les filles faciles dans les boumes. Je n’avais d’ailleurs aucun problème pour plaire aux filles.

Avec Luc, mon ami d’enfance, j’avais été enfant de chœur à Saint Saturnin à Antony. Luc, son aube d’enfant de chœur à peine raccrochée et à la fête de ses quinze ans, s’était dépucelé avec une fille délurée. Sans le vouloir, je les avais vus baiser alors que j’avais sans aucune arrière-pensée ouvert la porte d’une chambre à l’étage dans la maison de ses parents à Antony. J’avais furtivement aperçu le corps dénudé gracieux et néanmoins viril de Luc se mouvoir sur celui de sa partenaire. Luc et Martine n’avaient pas eu le temps de me voir car j’avais rapidement refermé la porte. J’ai alors été très troublé mais j’ai chassé le plus possible le plaisir d’avoir admiré dans les moindres détails l’anatomie de Luc.

Mais malgré ma résistance, ma volonté, la nature a été plus forte que la raison. L’année de mes seize ans, mes parents, enfin plutôt mon père, m’avaient proposé pour juillet un camp d’ados de la RATP. J’avais eu le choix, mer ou montagne et j’avais choisi la montagne et un séjour à La Clusaz dans un confortable chalet. Les randonnées en moyenne montagne constituaient l’activité principale de ce stage, mais nous faisions aussi des excursions à vélo jusqu’à Annecy et son lac. Nous étions une quinzaine de garçons encadrés par trois monos d’une vingtaine d’années et partagions des chambres à deux. Dans le car, je m’étais déjà fait un copain, Gilles qui m’avait abordé avant d’embarquer dans le car. Gilles avait un an de plus que moi et je le trouvais très beau et très sympathique. J’étais encore timide et réservé et Gilles s’avérait un parfait grand-frère. Comme de nombreux de mes camarades, je portais mes cheveux longs bruns et bouclés et malgré cela je n’avais pas l’air efféminé. Gilles était mince comme moi mais tout le contraire sur la chevelure, longue, aussi, mais le cheveu raide, fin et châtain clair. Quand j’y pense aujourd’hui, il ressemblait dans le style à Thomas, mais en moins tendre.

Gilles a vite compris que comme lui, je ne m’intéressais pas aux filles. Il me posait plein de questions, avait voulu savoir si j’étais puceau, si j’aimais me branler, si j’avais besoin de caresses. Je l’avais d’abord envoyé bouler, mais gentiment car il était toujours gentil et aux petits soins pour moi. Et puis, mis en confiance, je me suis livré à ce qu’il voulait entendre. Une nuit alors qu’il reposait dans le lit à quelques centimètres du mien, je l’ai entendu puis vu s’agiter sous ses draps et couvertures. Puceau mais pas ignorant du sexe, j’ai capté qu’il se branlait, acte que je pratiquais mais n’osais pas faire à proximité d’un autre mec. Mais malgré cela, ça m’a trop excité et j’ai descendu mon slip sur mes cuisses et je me suis masturbé. Gilles a dû m’entendre et m’a dit :

— Toi aussi tu te branles ?

Je n’ai pas répondu et j’ai arrêté ma branlette. Dans la pénombre, j’ai vu Gilles repousser ses draps. Il était nu et donc en parfaite forme. Il s’est levé, s’est dirigé vers mon lit. Il a soulevé mes draps et s’est glissé dans mon lit. Je n’ai pas osé ou pas voulu le repousser. J’ai senti sa peau nue contre la mienne, douce et chaude. Il m’a mis la main à la queue. De l’autre, il a pris la mienne et l’a posée sur son sexe. J’allais protester, mais il a posé ses lèvres sur les miennes. Là, j’ai tout oublié et je me suis laissé entraîner dans le plaisir entre garçons. Après un plaisir manuel violent et trop rapide, Gilles a passé sa tête sous les draps. J’ai tout appris en quelques jours, même la sodomie que j’ai d’abord refusée à Gilles tant active que passive. Mais Gilles était plus sûr de lui, plus déterminé que moi. Il m’a convaincu d’accepter l’expérience et a commencé par m’offrir ses belles et douces fesses blanches. J’ai bien aimé. Il a voulu aussi faire le papa comme il disait. J’avais alors peur de devenir une lopette comme disaient les copains, mais j’ai fini par céder et je n’ai pas regretté sur le plan du plaisir. J’ai donc vécu un beau séjour en montagne. Malgré le plaisir, la honte de mon comportement a été plus forte et dès le retour à Antony, j’ai chassé de ma tête cette aventure sexuelle que j’avais classée "contre nature" et péché.

Je suis malgré tout resté en contact plusieurs années avec Gilles, mais par correspondances uniquement.

Je me suis alors tourné vers les filles tout en me dérobant au moment de passer à l’acte. J’avais bien sûr des besoins et je les satisfaisais rapidement sous la douche mais rarement, lorsque je n’en pouvais plus et tout en repoussant tout phantasme. Malgré tout, mes parties de jambes en l’air avec Gilles revenaient à mon esprit… Mais je cherchais l’amour pur, tel que l’on avait pu me l’enseigner. C’était bien stupide et peu réaliste. Luc à qui je me confiais souvent (sauf mes expériences homosexuelles) m’a ouvert les yeux quelques mois avant mon départ pour l’armée et m’avait conseillé :

— Faut te dépuceler ! Si tu ne veux pas prendre de petite amie, trouve une fille facile, il y en a plein… Pour être un bon mari, faut aussi être un bon amant avec de l’expérience et ce que je dis, c’est valable pour les filles. N’épouse pas une pucelle ! On n’est plus au temps de nos grands-mères !

Une de mes cousines sur laquelle j’avais un certain ascendant malgré mon inexpérience des femmes me semblait particulièrement délurée. Claudine ne me plaisait pas outre mesure, je n’aimais pas trop son opulente poitrine et surtout elle me semblait avoir un QI bien bas. Mais, bon, pour ce que je pouvais en attendre peu m’importait son niveau intellectuel. Je l’avais vue comme chaque année pour la Noël en Alsace, je l’avais un peu draguée, enfin, assez gauchement. Mais la rencontre familiale ne s’y prêtait pas, nos familles étant très pratiquantes, la fête de Noël devait être religieuse. Comme tous les ans, nous avions dû chanter des cantiques de Noël toute la soirée et nous rendre à la messe de minuit. Heureusement, après avoir rendu grâce à la naissance de Jésus, nous avions fait un superbe réveillon.

C’est au mariage de mon frère que tout s’est passé. Je n’ai eu aucun effort à déployer, Claudine était ma cavalière. Ma mère avait décidé de tout dans les moindres détails et jusqu’à imposer d’office la composition des couples. Claudine m’a dragué dès la fin de la cérémonie religieuse. Elle m’a fait une pression pas possible pendant tout le repas puis, ensuite pendant la danse et les jeux. J’ai compris que je n’allais pas devoir diriger les opérations et je me suis laissé aller sans véritablement réfléchir. Mon centre de commande s’était déplacé du cerveau jusque dans mon slip…

Un mois après, Claudine m’apprenait que j’allais être père et que je devais l’épouser. C’est ainsi que je me suis retrouvé futur père pour avoir oublié les capotes et donc époux contraint et forcé. J’ai tenté de me dérober, lui parlant d’avortement. La loi Weil venait d’être promulguée et la Suisse n’était pas loin. Malheureusement, elle a envoyé ses parents en délégation avec elle chez les miens. Entre-temps, je m’étais renseigné auprès d’un autre de mes cousins dont la famille habitait aussi à Obernai. J’ai tout expliqué à Ludwig. Ludwig, qui a cinq ans de plus que moi, a joué le rôle de conseil :

— Ne te laisse pas faire ! Es-tu sûr d’être le père d’abord ? Je ne devrais pas te dire ça, mais Claudine, c’est une chaude ! Mes frères et moi, on la connaît bien, tu vois ce que je veux dire. Bref, je ne devrais pas te préciser, mais on l’a tous niquée. Et en plus, elle cherche un mari…

Dans la discussion avec nos parents, je ne pouvais pas dire que Claudine était une grosse cochonne. J’ai émis des doutes sur ma paternité… Ma mère m’a traité de "Fils du Diable"… Mon père plus réaliste a dit à Claudine :

— Tu n’as pas intérêt à mentir et si le bébé arrive plus tôt et sans raison médicale sérieuse, expliquée et démontrée, attends-toi à de la procédure…

Mon oncle et ma tante se sont offusqués de cette déclaration et ma tante a malgré tout insisté auprès de sa fille :

— Tu es bien certaine que Christophe est le père ? À défaut, ne l’engage pas avec toi ! Sinon, ma fille, tu seras maudite !

Claudine en pleurant a juré que j’étais bien le père en disant qu’elle n’était pas une salope… À ce moment-là, j’ai dit :

— Ok, on se marie, mais pas à l’Église !

— Ah ! Si ! a hurlé ma mère.

— Tu ne veux pas que je commette une deuxième faute ! ai-je dit en en rajoutant : On a commis la fornication !

— Tu iras à confesse ! m’a dit ma tante.

— Non, je ne regrette pas d’avoir baisé ! ai-je rétorqué. Mais je ne l’aime pas !

— Mairie et rien d’autre, ai-je encore déclaré et j’ai ajouté : Claudine, je serai ton mari devant la loi, mais ne compte pas que je baise avec toi. Je serai correct avec toi, un bon père. Mais attends-toi à ce que j’ai des aventures et que je ne rentre pas tous les soirs…

— Tu veux parler correctement ! a encore hurlé ma mère, ce à quoi mon père a répondu :

— Christophe n’est pas élégant, mais effectivement, il ne peut pas dire "Je ne te ferai pas l’amour".

— Claudine, tu n’auras pas intérêt à me faire cocu pour autant et je divorcerai dès que possible, ai-je rétorqué.

— Et comment peux-tu dire que tu auras des aventures… a encore gueulé ma mère. Toi qui as reçu une bonne éducation chrétienne !

— Vous m’obligez tous à une union non consentie et sans amour… Alors la religion… ai-je essayé de dire pour conclure, je n’en ai plus rien à foutre. Nous sommes bien loin de la Bible et du Cantique des Cantiques, non ?

Ma mère et ma tante ont crié, m’ont incendié, menacé… Claudine s’est remise à chialer. Je suis sorti du séjour et je suis allé faire un tour jusque chez Luc. Hélas, il n’était pas là. Je me suis rendu chez ma grand-mère qui a essayé de me consoler. Elle a au moins réussi à me calmer.

L’année d’études allait finir et je suis allé résilier mon sursis.

J’ai laissé ma mère s’occuper du mariage et j’ai évidemment refusé de le célébrer avec une cérémonie habituelle traditionnelle.

— Juste les parents et des témoins, mais pour cela, tu chercheras toi-même maman car il n’est pas question de demander à Renaud ou à mes amis. Ma mère a encore hurlé, je suis sorti du séjour et mon père m’a rattrapé et m’a dit d’un ton affectueux :

— Viens avec moi dans l’atelier. Tu vas me dire ce que tu penses de mon projet de création d’un petit appartement provisoire pour toi.

— Je m’en fous ! Tu peux faire ce que tu veux… lui ai-je répondu amèrement.

— Bah ! m’a dit mon père. Calme-toi ! Ce logement pourra servir à ta grand-mère quand elle ne pourra plus vivre seule à Verrières.

— Avec le dragon ! ai-je répondu ainsi pour qualifier ma mère. J’ai quelques doutes que mémé voudra venir ici !

— Le "fil du diable" et un "dragon", me voilà bien loti ! a dit mon père en souriant et il a ajouté : Bon, au moins pour ta mémé, je compte sur toi pour m’aider aux travaux.

— Ok, mais faudra faire vite car je vais recevoir ma feuille de route d’ici un mois.

— Ça ira, j’ai juste besoin de toi pour le gros-œuvre, m’a rétorqué mon père et il a ajouté : Ne répète pas ça à ta mère, mais cette situation ne me convient pas. Je ne suis pas vraiment d’accord pour ce mariage. Hélas, il n’y a pas le choix avec la famille.

— Merci papa ! Mais tu te rends compte que maman veut me faire épouser une conne et sans doute une salope. Je ne suis même pas sûr d’être le père… J’ai fait une connerie, mais bon, tout ça est trop cher ! Toi aussi papa, ne répète pas, mais je sais tout par mes cousins sur les agissements sexuels de Claudine. Elle s’allonge facilement et surtout, paraît-il pour trouver un mari, un pigeon et là c’est moi le volatile !

— Écoute, sois patient. Attendons cette naissance et quelques mois ou années et on verra bien, a conclu mon père. Mais ça reste entre nous.

Ma mère avait encore piqué une colère quand j’avais annoncé la résiliation de mon sursis, mais mon père m’avait soutenu.

— On l’oblige à se marier… Christophe n’est plus un enfant, c’est donc un homme. C’est à lui de décider maintenant de ce qui le concerne… a dit mon père.

— Oh toi ! Oh toi ! avait encore rugi ma mère prise à court de réponse.

Mon père m’avait plusieurs fois fait remarquer que ma mère et moi avions une curieuse relation. Nous passions facilement de l’amour fusionnel à presque la haine et jusqu’à présent sur des motifs futiles. Nous passions donc rapidement à la réconciliation. Mais là, rien à faire ; j’avais bien proposé de reconnaître l’enfant après sa naissance, mais elle avait refusé tout net. Un bâtard dans la famille, on n’avait jamais vu ça. Je lui avais fait remarquer que nous ne connaissions que très peu nos ancêtres. Notre généalogie connue ne remontant qu’à mes arrière-grands-parents et dans les familles, de toutes les conditions sociales, on savait bien enfouir les événements dont on ne voulait pas transmettre le souvenir.

Ma mère tenait sans doute son caractère autoritaire de son enfance peu enviable et sans doute assez malheureuse. Mes grands-parents maternels, des commerçants de Colmar, sont décédés accidentellement alors que maman n’avait que dix ans et son, frère mon oncle Albert, père de Claudine, venait de fêter ses huit ans. Frère et sœur qui n’avaient plus de grands-parents ont été placés en pensionnat à Strasbourg (super-catho). Ils ont donc été séparés. Leur tuteur, un oncle de maman ne s’intéressait que peu à eux et ne les faisait revenir à Colmar qu’à l’occasion des vacances.

Papa m’a confié un jour que maman tenait son rude caractère à cette situation pénible qui l’avait obligée à son jeune âge à se débrouiller seule dans la vie. Sans doute voulait-elle le meilleur pour mon frère et moi, mais cela passait par son autorité.

Ma mère s’est occupée de tout pour le mariage, date et formalités. J’avais prévenu mes parents :

— Pas de fleurs, pas de beaux vêtements, pas de discours, pas de photos… Et j’ai ajouté : Si Claudine s’habille en blanc, pas de mariage…

Le grand jour est arrivé alors que le petit appartement était à peine terminé. Papa avait mis les bouchées doubles et je l’avais bien aidé car je savais bien qu’il ne méritait pas mon indifférence.

— Tu mets ton costume gris ! a aboyé ma mère alors que je m’étais vêtu d’un jeans neuf, de mon blouson aviateur et que j’adorais m’habiller de mon costume gris croisé que j’avais acheté chez Ted Lapidus quelques mois avant pour le mariage de mon frère.

Mon père m’a tiré de la cuisine avant que je n’aie eu le temps de crier à mon tour. Il m’a entraîné dehors et m’a dit :

— S’il te plaît ! Mets ton costume ! Fais ça pour moi ! Je n’en peux plus de ta mère !

Je l’ai fait… Je n’ai pas desserré les dents pendant la courte cérémonie, sinon pour dire "oui". Je me suis fait prier. J’ai d’abord dit :

— Oui ! Contraint et forcé !

— C’est oui ou non, m’a dit l’adjoint au maire en soupirant; il avait bien remarqué la tension.

— Ok, je vais dire "oui" quand vous me reposerez la question, ai-je dit à l’élu et j’ai ajouté pour mon témoin Jean, le meilleur pote de mon père "S’il te plaît Jean, rappelle-toi à mon besoin de ma première réponse".

Jean m’a répondu par un sourire et un signe de main d’assentiment. Claudine a dit "oui" à son tour, sans hésitation. L’adjoint au maire n’a donc pas fait de discours. Il n’a pas dit "Vous pouvez embrasser la mariée !" Par contre, il nous a dit, presque ordonné, d’échanger nos alliances et j’ai dû m’exécuter ne voulant pas faire d’esclandre devant lui. Ma mère a traîtreusement sorti son appareil de photo. J’ai eu le temps de tourner la tête au moment du flash et mon père l’a presque engueulée et lui a arraché l’appareil des mains. L’adjoint au maire partit précipitamment, j’ai ôté mon alliance et je l’ai jetée à ma mère qui stupéfaite n’a pas hurlé sur le moment et l’a rattrapée au vol. Sous ses vociférations, je suis sorti brutalement en premier et seul de la salle des mariages et mon père m’a rattrapé.

Ma mère avait préparé un repas pour la famille uniquement représentée par mes parents et mon oncle et ma tante. J’avais expliqué la situation à ma grand-mère et à Renaud et je leur avais demandé de ne pas venir pas plus à la cérémonie qu’au repas. Renaud m’avait précisé qu’il avait pris ma défense auprès de notre mère pour la convaincre de ne pas exiger ce mariage. Il s’était fait jeter par notre mère comme un gamin. Sachant que notre père n’avait pas comme d’habitude son mot à dire, j’ai su, mais longtemps après, qu’il n’était pas à l’origine de l’intervention ratée de mon frère. Je n’ai pas voulu déjeuner. Je suis sorti de la maison sous les exhortations de ma mère et de ma tante et les pleurs de Claudine.

Claudine s’est installée dans le petit appartement. Petit à petit, j’y suis descendu, je n’arrivais pas, vu les circonstances, à quitter ma chambre du deuxième. Je n’ai d’ailleurs jamais dormi dans le petit appartement. Ma mère avait même tenté de déménager ma chambre pour s’en faire, avait-elle justifié, la lingerie qu’elle avait perdue dans la création de l’appartement du rez-de-jardin. J’ai menacé d’aller m’installer chez ma grand-mère. Mais papa est intervenu et a empêché ma mère de poursuivre son plan.

Claudine a commencé à chercher du travail, notamment dans le notariat. Je ne me faisais pas d’illusion, avec son ventre qui allait s’arrondir, elle ne risquait pas d’en trouver. Papa m’a assuré plusieurs fois que je pourrais continuer mes études et qu’il me les financerait.

J’étais à cran, mais heureusement j’ai reçu ma feuille de route, hélas pour l’Allemagne.


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