Le fils du diable (07)

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Le fils du diable (07)


Roman

Date de parution originale: 2011-12-08

Date de publication sur Gai-Éros: 2022-12-02

Auteur: Michel Geny-Gros
Titre: Le fils du diable
Chapitre: Arrivée à Mourmelon

Note: Ce récit a été publié sur Gai-Éros avec l'autorisation de l'auteur

Ce texte a été lu 598 fois depuis sa publication (* ou depuis juin 2013 si le texte a été publié antérieurement)


Template-Books.pngSérie : Le fils du diable


Chapitre 2 — Un vrai bleu et le déclic.


Je devais bien être le seul à apprécier d’être incorporé, mais j’ai caché cette satisfaction. J’aurais bien sûr préféré continuer mes études. Lors du premier entretien avec un gradé, j’ai demandé à être affecté aux Transmissions pour parfaire mes études d’électronique et auparavant de faire à l’issue des classes la section CA1 pour devenir caporal. Je n’ai pas eu de mal à convaincre le lieutenant.

Et puis, j’ai décidé aussi de m’amuser, de profiter de cette période de tranquillité relative.

Rapidement je me suis fait plein de copains et même dès le premier jour d’armée. Notamment, un mec marié, mais sans enfant et dont la femme n’était pas enceinte… et qui habitait en Alsace à Haguenau. Thibaut FLINCH pouvait donc facilement se rendre en permission dans sa ville distante d’une cinquantaine de kilomètres de Baden-Baden. Il disposait d’une voiture que lui prêtait son père pharmacien à Haguenau. Malgré tout, pendant les périodes de classes et de CA1, nous n’avons pas eu de permission, pas plus pour les mecs mariés que pour les autres. Dans un premier temps, j’aimais autant ne pas rentrer. Ma grand-mère m’avait donné un bon paquet d’argent de poche, mon père aussi. Je ne manquais de rien, d’autant que ma mère adressait au moins une fois par semaine et à son fils indigne, un colis contenant, gâteaux, friandises, charcuterie, boissons alcoolisées… J’y trouvais une lettre de ma mère me donnant des nouvelles de Claudine et de sa grossesse. Je lui répondais pour la remercier en ignorant volontairement mon "épouse" et son ventre. Une fois, j’ai trouvé dans un colis, une boîte de capotes. J’ai su après que c’était mon père qui l’avait glissée dans le colis à l’insu de ma mère.

Thibaut était un mec passe-partout, châtain clair, yeux bleus et plutôt imberbe, ni beau ni laid, bref assez ordinaire au niveau physique sinon qu’il était mince et musclé. Il était viril, sûr de lui et personne n’osait le provoquer. Sur le plan intello, il était cultivé et intéressant. Bien que marié, il parlait sans cesse de baise, mais je dois dire de façon érudite, à mots cachés et néanmoins très excitante et agréable. J’ai remarqué qu’il s’arrangeait toujours pour aller aux douches avec moi. Il se masturbait discrètement en se tournant vers le mur. Il me matait… Et un jour, il m’a dit sans honte et devant tout le monde :

— BERTHON, t’as un beau cul ! Je suis en manque et je t’enfilerais bien…

Je me suis bien gardé de répondre, gêné, j’ai rigolé bêtement, mais la réaction est venue des autres mecs qui prenaient leur douche :

— T’es pédé FLINCH ?

— Pas du tout ! Mais ça me tenterait bien de me payer un beau mec ! L’expérience… et mes besoins ! a répondu Thibaut.

— Tu ne peux pas attendre quelques jours et faire l’amour avec ta femme ? lui ai-je demandé.

— Faire l’amour ! Comme t’es mignon BERTHON ! Les femmes, je les baise ! Et peut-être un mec un de ces quatre ! m’a répondu Thibaut.

— Barrez-vous les gonzes ! a crié un de nos camarades en rigolant. Et serrez les fesses ! Ou sortez à reculons…

— Ne vous inquiétez pas les mecs ! Je ne viole pas, je séduis… Et je ne suis pas égoïste, je fais toujours jouir mes partenaires, a répondu Thibaut en se retournant et en me regardant droit dans les yeux.

Alors que nos camarades avaient déjà rejoint le vestiaire, je l’ai en quelque sorte affronté en résistant à son regard. Puis j’ai descendu les yeux, son sexe était encore en érection.

— Tu regardes ma bite ! m’a dit Thibaut avec un ton plus de constat que de désapprobation et en rigolant. Mais toi aussi tu bandes mon salaud… Bel engin ! Ta femme doit se régaler !

Troublé, je me suis retourné et j’ai regagné à mon tour les vestiaires.

L’incident était clos, je suis resté pote avec Thibaut appréciant ses qualités et aussi sans doute sa faculté de reconnaître les variantes de sa sexualité. Il était bien différent de moi et cela nous rapprochait sans doute. Je ne portais donc pas mon alliance et malgré cela mes camarades de la section savaient que j’étais marié. Ce n’était pas moi qui m’en étais vanté ! Mais par contre, tous ignoraient ma future paternité. Je ne l’avais pas même évoquée à Thibaut.

Le dernier jour des classes est arrivé, hélas encore en milieu de semaine et la perme de 48 heures n’était que pour le samedi matin. Le reste de la semaine avait été pris pour les répartitions et les affectations. J’ai confirmé ma demande de faire le stage pour devenir caporal en supposant ainsi trouver à terme plus de tranquillité. Plusieurs dont Thibaut ont choisi la même voie. Le soir-même nous avons décidé de fêter l’événement. Selon le lieutenant, nous avions bien travaillé pendant les classes et l’officier avait obtenu du capitaine de la compagnie l’autorisation pour nous de faire la fête au-delà du couvre-feu.

Nous sommes allés faire nos provisions au foyer en ayant au préalable constitué une cagnotte pour financer l’opération. L’adjudant de compagnie nous avait autorisés à nous installer dans la salle de télévision où nous pouvions tenir à une trentaine.

Nous nous sommes bien amusés, avons bien arrosé la soirée, moi pas de trop mais quand même, certains beaucoup dont Thibaut. Après avoir remis de l’ordre et nettoyé la salle, nous sommes remontés dans les chambrées en ayant comme nous disions encore quelques munitions. La discussion était au sexe, il faisait très chaud dans la chambre et certains dont Thibaut et moi se sont partiellement découverts. Nous étions donc pour la plupart en slip. Thibaut a commencé à me tripoter, je me suis laissé faire… J’étais aussi allumé que lui et il m’a roulé une pelle, puis une autre… Je me suis retrouvé sur un plumard avec mon pote tous deux à poil. Sous les encouragements de nos camarades Thibaut et moi avons commis l’irréparable… Bref, on a couché ensemble, complètement… et réciproquement.[1] Je n’étais plus très net, mais je m’en suis souvenu et je dois dire que j’avais bien pris mon pied.

Le lendemain matin, vers 6 heures, je me suis réveillé toujours en tenue d’Adam, dans le lit de Thibaut, serré contre lui, et même enlacé par lui ! Les mecs de la chambrée nous regardaient tous autour du plumard. L’un d’eux a même tiré drap et couverture. Ils rigolaient tous et d’autant plus que nous avions tous deux la trique… J’étais honteux, contrarié, mais j’ai essayé de prendre ça à la rigolade quand un de nos camarades a crié :

— Alors les mecs mariés ! Vous vous êtes bien bourrés ?

— Vous étiez bien bourrés d’ailleurs ! Comme nous tous ! a ajouté un autre en parlant de l’arrosage de la soirée.

Cela aurait pu s’arrêter là, mais l’un d’eux a dit :

— Ah ! Les pédés !

Thibaut a réagi, s’est levé et tout nu a frappé violemment notre camarade qui a valsé à terre, sonné, c’est tout ! Heureusement !

— Le premier qui ose nous traiter de pédé ou autres mots doux, je le massacre. On était bourré ! On s’est bien amusé ! C’est tout ! OK ?

— Ouais ! Manque de fille, c’est tout ! ai-je rajouté bêtement.

L’incident était clos, dûment ouvertement car nos oreilles ont sifflé… Les regards curieux nous ont dévisagés quelques jours et l’affaire a apparemment été délaissée.

Une quinzaine de mecs de notre classe a suivi le stage de caporal et nous avons été répartis en deux groupes. Le lieutenant commandant le stage nous avait laissés choisir les appartenances et je me suis naturellement retrouvé avec Thibaut. J’avais dû prendre le relais de Thibaut pour nous faire respecter alors qu’au foyer un mec de ma classe m’avait dit quelques jours après d’un ton de plaisanterie :

— Je t’offre un verre, chérie ?

Malheureusement pour lui, nous étions juste devant la porte de la réserve qui était entrouverte. Furieux, je l’ai poussé à l’intérieur et sans lui demander son reste, je l’ai frappé violemment d’un coup de poing dans le ventre. Il a riposté et je l’ai frappé au visage. Thibaut qui n’était pas loin nous a séparés en menaçant le mec qui n’a pas insisté. L’agresseur s’en est tiré par un beau coquard et il a fait les frais de son agressivité orale. À partir de ce moment-là, nous n’avons plus entendu d’attaque verbale.

Thibaut n’a pas évoqué avec moi notre nuit, du moins dans les premiers jours. Puis au cours d’un crapahut alors qu’il marchait selon nos habitudes à côté de moi et que nous observions une certaine distance avec les autres, il m’a dit :

— J’étais plutôt bourré, mais j’ai bien aimé notre partie de cul. Et toi ?

— Bien sûr, mais faut oublier ! lui ai-je rétorqué.

— Moi, j’aimerais continuer ! Mais c’est par rapport à ta femme ? m’a répondu Thibaut.

— Non, je m’en fous de ma femme ! Mais je ne suis pas pédé…

— On s’en fout des qualificatifs ! T’as bien pris ton pied, sauf erreur ! m’a dit Thibaut et il a ajouté un peu horrible : T’as une femme, c’est bien pour la société, pour faire la cuisine et le ménage, pour se reproduire… Mais pour le plaisir, on peut choisir mieux ailleurs, une belle gonzesse, un beau mec… Tu me fais autant bander qu’une fille ! J’ai super-envie de toi ! Et toi, le désir de niquer avec moi !

J’ai rigolé pour dissimuler ma gêne. Cette simple discussion m’avait fait bander. Thibaut l’a vu à ma braguette qu’il a touchée et il m’a pris la main pour que je la mette sur la sienne et le contact avait été très ferme. Il s’est contenté de rigoler. Mais Thibaut avait au moins raison sur un point, j’avais envie de lui.

Dans la section, je me semblais observé ainsi que Thibaut par nos camarades. J’avais détecté plusieurs catégories, les "curieux et à l’affût de tout ce qui pouvait prêter à rire ou à s’exciter", les "envieux" de nos impudeurs, les "outrés", et dans ce dernier lot, en fait un seul vraiment déclaré. LEPRÊTRE et c’était son nom de famille bien porté qui nous avait sermonnés mais sans ton d’agression :

— C’est dégoûtant ce que vous avez fait et contre nature !

— Et nous sommes mariés ! ai-je plaisanté en réponse. C’est un grave péché et un manquement à la loi !

— Mais dis-moi, cul béni ! lui a rétorqué Thibaut encore plus moqueur et qui a ajouté : Sauf erreur car j’étais bourré, tu matais bien !

— Et ça t’excitait ! Tu bandais dans ton slip ! a ajouté HERMONT, un mec sympa que j’avais classé dans les "curieux".

LEPRÊTRE était sorti de la chambrée sous les rires et Thibaut avait continué :

— C’est ça mon bon cureton ! Va à la chapelle du camp prier pour les mécréants que nous sommes ! Et vive le cul !

Dès les premiers jours du stage, le calme est revenu, sauf pour moi dans ma tête et pour Thibaut dans son slip.

Le lendemain de cette discussion avec Thibaut, nous devions à travers la Forêt Noire où nous nous étions rendus en camion, effectuer un parcours d’une journée en nous dirigeant avec carte et boussole. Pour cela, le lieutenant nous lâchait par groupe de deux dans différents points de la nature et nous devions converger sur le même site, une ferme en moyenne altitude. Le lieutenant, comme d’habitude, nous avait laissés choisir notre partenaire de galère. Il nous avait d’ailleurs expliqué pourquoi, la solidarité acquise, donc un meilleur résultat. Évidemment, j’ai fait équipe avec Thibaut. Il n’y a eu aucun commentaire ni aucun sourire d’ironie. De toute façon, cela s’expliquait car il s’était formé tant pour les classes que pour le stage de caporal des couples de pure affinité.

Le printemps était agréable et nous sommes tous partis assez joyeux munis d’une carte, d’une boussole, d’un repas rudimentaire et de boissons. Thibaut, comme moi, ayant été scout, savait déjà bien lire les cartes et marcher à la boussole et nous avons rapidement évolué vers notre but. Nous avons même pris le luxe d’éviter les taillis et de petites collines aux chemins pentus et perdre un peu de temps pour emprunter un itinéraire moins direct mais plus aisé.

Vers midi, une balise de sentier de randonnée nous a permis de savoir exactement où nous étions. Notre situation était confortable et nous avions toutes nos chances d’arriver au point de ralliement avant 17 heures. Aussi avons-nous décidé de nous arrêter pour consommer notre casse-croûte tranquillement lorsque nous sommes arrivés au bord d’un petit torrent aux abords ensoleillés et herbus. Nous nous sommes mis à l’aise, d’abord en chemise puis pour aller nous tremper les pieds dans l’eau et ainsi les reposer un peu, nous avons retiré, rangers, chaussettes et pantalons. Nous avons mangé assis dans l’herbe et Thibaut a commencé à me "chercher". Il m’a caressé, embrassé et je me suis laissé aller et j’ai répondu à ses désirs. Mon corps et mes désirs n’ont pas suivi mes préjugés… Bref, nous avons baisé. C’était très bien, très fort, mais pour moi uniquement physique, pour Thibaut aussi sans doute.

Nous avons repris notre chemin et j’avais la forme. Nous en avions profité pour nous baigner au moins à la taille dans l’eau plutôt fraîche et nous nous sommes même lavés. Sur notre route, j’avais eu tout loisir à réfléchir. J’ai commencé à admettre que j’aimais beaucoup plus baiser avec un mec qu’avec une fille. J’ai repensé aux bons moments passés avec Gilles que je ne regrettais plus du tout. Je n’avais d’ailleurs pas évoqué cette première expérience avec Thibaut qui croyait m’avoir dépucelé des mecs. Thibaut me faisait "grimper aux rideaux", ne serait-ce que par ses caresses. Celles de Claudine, avec ce recul, me paraissaient peu exaltantes.

Nous sommes arrivés en premier au point de ralliement et le lieutenant nous a félicités et offert une cannette de bière bien fraîche. Le plaisir l’avait emporté sur les interrogations, mais je ne me sentais pas à l’aise. Je craignais le regard des autres. Nous étions toujours les deux mecs "mariés" qui avaient baisé ensemble et certains, vu notre amitié affichée, pensaient sans doute avec raison que nous continuions à niquer ensemble. Nous en avions indirectement des échos, sous forme de plaisanterie ce qui ne nous permettait pas de réagir. Cela laissait Thibaut indifférent, mais pas moi.

Après le stage, j’ai été affecté à l’atelier des Transmissions où avec d’autres camarades je devais contrôler et au besoin réparer le matériel électronique. Cela me plaisait bien, mais les autres étaient sans formation et le sergent qui dirigeait l’atelier guère plus… Je passais donc plus de temps à donner des conseils, à examiner, qu’à réparer.

Thibaut, pour les études, un branleur aurait dit mon père, avait suivi les cours d’une petite école de commerce et il m’a dit un jour bien honnêtement :

— Dans cette école, il n’y a qu’à payer pour obtenir le diplôme. Ceci dit, j’aime la vente et si mon oncle qui est concessionnaire Volkswagen tient sa promesse, il m’engagera pour vendre des bagnoles.

N’ayant pas de connaissance particulière intéressant l’armée, il s’est retrouvé chauffeur de véhicules de transport de troupe après que l’armée lui a fait passer rapidement le permis poids lourd. La section des Transports était rattachée à ma compagnie. La chambrée des chauffeurs était en face de celle des Transmissions.

Ma relation tendre et sexuelle avec Thibaut a continué très discrètement jusqu’à la dissolution de notre régiment.


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  1. NDA : Sur une base authentique… C'est un fait véridique qui m'a été rapporté par plusieurs sources différentes à l'armée en 1968. Deux mecs mariés (oui, mariés) et sous l'emprise de l'alcool, avaient fait l'amour devant leurs camarades et pas que de simples attouchements, la totale quoi !