Le goût du Black


Le goût du Black
Texte paru le 2002-10-14 par Urbain   Drapeau-fr.svg
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© 2002 — Tous droits réservés par Urbain.


Au moment de monter dans la rame, j'eus un choc à l'estomac. Une bande de basanés de banlieue occupait les places debout, près de la porte, là où ne restaient que quelques centimètres carrés de sol pour poser mes deux pieds.

Je fus obligé de me coincer au milieu du groupe, qui s'ouvrit avec la porte et se referma avec elle. Je craignis, dès cet instant, qu'il me phagocyte, laissant dans la voiture quelques reliefs de ma carcasse et les lambeaux effilochés de mes vêtements de marque.

Au lieu de cela, m'ignorant complètement, ils continuaient de discuter, usant du dialecte des cités qui m'était aussi lointain que le basque ou le breton.

J'étais alors en terminale à Louis-le-Grand, et mon ignorance du milieu populaire avait été entretenue par ma famille, des bourgeois qui menaient grand train. Mes pérégrinations se limitaient au trajet de la maison à la rue Saint-Jacques. J'effectuais habituellement ce parcours dans la limousine familiale. Mais aujourd'hui, la voiture n'était pas disponible, et je me voyais forcé, à mon profond désespoir, d'emprunter les transports en commun.

"Commun, communauté, communiste..." étaient des mots tabous chez nous. Quand nous nous rendions dans la propriété familiale - un château en Normandie -, les communs étaient les lieux réservés aux domestiques, donc pas fréquentables pour le fils de famille que j'étais.


Le groupe semblait me coller de partout, et ma tête bourdonnait des paroles qui s'échangeaient au niveau de mes oreilles. À la station suivante, l'afflux de nouveaux voyageurs nous avait tassés les uns contre les autres, et derrière moi, juste contre mes fesses, je sentais le corps d'un très beau garçon noir, que j'avais déjà repéré en montant. De ce corps, je devinais le membre érigé, placé justement là, collé à mon cul. Long, dur, il me massait le postérieur, auquel il communiquait sa chaleur à travers la fine étoffe de mon pantalon léger. Je respirais son haleine parfumée d'odeurs exotiques et envoûtantes. Il me pressait tellement que je croyais ressentir, à travers ma poitrine, qui les amplifiait comme une caisse de résonance, les battements de son cœur. Sa main commença à me caresser les fesses, et je sentis monter une érection que je tentai de cacher avec le pull que j'avais ôté en entrant dans la station.

J'avais viré au rouge vif! Mes pommettes me brûlaient, mais personne ne semblait le remarquer. La main descendit le long de ma raie, s'inséra dans mon entrejambe et me força à ouvrir les cuisses. Elle flatta mes couilles, puis mon sexe dressé. Le Black avait fléchi ses jambes, tassant encore plus derrière lui les personnes qui se trouvèrent plaquées sur les strapontins relevés. Personne n'osa protester.

Sous la pression diabolique de mon voisin, je ne pus empêcher un orgasme dévastateur de monter en moi. J'explosai dans mon caleçon... Ma toison me semblait être devenue poisseuse, et lourde comme un pinceau qu'on a plongé dans un bidon de peinture. J'avais l'impression qu'il me voyait, que tout le monde me voyait. J'étais paniqué, et cachais frénétiquement le devant de mon pantalon sous mon pull. Heureusement, la rame s'arrêta, et une bonne moitié des voyageurs sortirent, libérant plusieurs places assises. En m'asseyant, je m'aperçus que mon portefeuille, que j'avais glissé dans la poche arrière de mon pantalon, avait disparu. Il me manquait aussi mon portable, que j'avais accroché à ma ceinture, cadeau de mon dernier anniversaire...

J'étais furieux de m'être fait voler, et humilié comme quelqu'un que tout le monde a vu pisser dans son froc. J'avais l'impression que les loubards se moquaient de moi...


Arrivé à La Muette, je me pris à courir dans les couloirs, puis, une fois en surface, je regagnai d'un pas vif mon domicile, rue Singer, en cachant ma braguette et la tache humide que je sentais s'étaler largement sous mon pull, fixé en pagne, les deux manches nouées dans le dos.

Je n'osai pas parler, à la maison, du vol dont j'avais été victime, ni du reste, évidemment. Dès ce moment, mes nuits furent hantées par le souvenir de ce Black, de la chaleur de son sexe contre mes fesses, de son haleine, de sa main fureteuse et de l'émotion nouvelle qu'avait provoquée en moi ce bouleversant corps à corps.

Cette aventure causa une sorte de déblocage de mon activité sexuelle qui avait été, jusqu'à ce jour, celle d'un bébé. J'étais un ado solitaire, un benêt qui n'avait même pas de petite amie. Les filles de mon âge m'épouvantaient, et les garçons me fuyaient sur ma réputation d'éternel pisse-froid. Il n'y avait pas si longtemps que je pouvais sortir le soir au cinéma sans un chaperon diligenté par ma famille. Non que mes parents fussent particulièrement sévères. Bien au contraire, mes frères jouissaient d'une grande liberté. Quant à moi, en tant que dernier de la lignée, j'étais choyé plutôt que couvé.

Je m'enfermais donc dans une timide solitude. À presque dix-huit ans, j'étais un puceau presque complet. Aucun plaisir sensuel n'agrémentait ma vie. Mes branlettes puériles et sommaires, qui soulageaient mon corps, ne comblaient pas mon esprit.

Au lendemain de cette première nuit, je connus la gêne du lit souillé. Au cours de la seconde, je m'éveillai en éjaculant... Les suivantes furent l'occasion d'aventurer mes mains sur mon sexe et mon trou, en défricheur, et je découvris très vite de nouveaux moyens de me donner, enfin, un plaisir intense qui anime mon coucher solitaire.

Pendant une semaine, je me branlai comme un sauvage. N'importe quel lieu à l'écart me fournissait l'occasion d'astiquer frénétiquement mon membre. Quand venait le soir, ma queue douloureuse tentait de me rappeler à la raison, sans que je pusse toujours m'y ranger.


Une semaine précisément après la rencontre du métro, j'étais dans ma chambre à travailler mes cours, quand le majordome frappa et m'apporta un appareil téléphonique:

— C'est pour vous Monsieur David.

Je me saisis du combiné et articulai:

— Oui?... David...

Une voix me répondit:

— Salut Dav'... C'est Bab'...

— Qui ça, Bab'...

— Tu sais bien dans le métro... L'aut' jour... Eh mec! j'ai tes papiers et ton portable... Tu les veux...?

Mon cœur se mit à cogner, et n'étais pas trop fier..:

— C'est toi qui me les a volés?...

— Eh Machin... Comment tu me causes!... Je t'appelle pour te rendre tes affaires et tu me traites de voleur!...

— Ouais...! Tu ne les a pas volés, mais c'est toi qui les as...?

— C'est ça... je les ai pas volés et je les ai... C'est pas du vol... C'est du business... Tu comprends ça, Gaulois?

Je n'y comprenais rien en vérité. La seule chose que j'appréhendais, c'était que j'avais là une occasion de récupérer un bien qui me faisait défaut, et dont je n'avais signalé la perte à personne.

— Naturellement que je veux récupérer ces papiers...

— Ce sera mille francs alors...

— Ok, t'auras ton argent. Tu me les donnes quand?

— Samedi prochain sur le pont de Levallois, je serai au milieu.

Ma réponse fut donnée en geignant...:

– Mais c'est le bout du monde. Là-bas!... Mais je ne connais pas!..

Cette pleurnicherie n'était pas justifiée, c'est à deux pas de chez moi.

— Écoute...! Sois cool... Je te rends service, donc c'est toi qui viens. Alors on dit samedi à deux heures? Je pense qu'on se reconnaîtra...

Bien sûr, que je le reconnaîtrai. Son visage, juste entrevu, enchantait mes nuits et mes journées depuis ce jour maudit.

— Bon... Au revoir et à samedi... je tâcherai d'y être.

— C'est toi qui vois, Dav'... C'est tes affaires après tout... Mon nom c'est Babacar. Appelle-moi Bab'...

Puis passé un court silence:

– Au fait, tu te rappelles comme je t'ai bien fait bander?

K.-O. debout, je posai l'appareil sur mon bureau. Je piquai un fard comme dans le métro, et mon sexe se déploya dans mon slip à la vitesse d'un airbag déréglé. Dans mon cerveau un feu rouge lumineux clignota: "Attention Danger".


— David, tu viendras jouer aux dominos avec moi...?

Ma grand-mère m'imposait cette séance chaque semaine. On était le bon jour et c'était la bonne heure. Je trouvais fou qu'une petite vieille complètement gâteuse se souvienne ainsi de sa séance de jeu hebdomadaire avec son petit-fils, alors qu'elle oubliait aussi facilement comment elle s'appelait, où elle habitait, comment se nommaient ses proches et ce qu'elle faisait seulement cinq minutes auparavant.

Depuis les années soixante, sa principale occupation était d'enterrer les plus jeunes membres de sa famille. Certains de ses enfants et neveux y étaient passés, et j'avais parfois l'impression qu'elle me guettait en pensant: "Il va encore tenir longtemps, le petit avorton...?"

C'était une descendante des fameuses Deux Cents Familles de la IIIe République, capitalistes qui avaient établi leur fortune dans la France du dix-neuvième et du vingtième siècles. Elle avait connu l'Exposition coloniale du début des années 30; et depuis, avait une passion pour les serviteurs issus des anciennes colonies.

Ce jour-là, alors qu'elle posait son double-six (domino qu'elle s'attribuait unilatéralement lors de la pioche), elle me parla à l'oreille:

— Tu sais, Lee, il doit faire partie du Viêt-minh... Je l'observe attentivement... Je suis sûre qu'il va nous assassiner, une de ces prochaines nuits.

Lee était son valet de chambre du moment. Chinois issu d'une incontrôlable vague d'immigration, il maîtrisait difficilement le français. Ma grand-mère disait:

— Ces Tonkinois ne sont bons qu'à trahir (bons à servir, c'eût été le rêve, selon la vieille) leurs maîtres... À les trahir... Et à leur couper la gorge.

Et elle ravivait ses très vieux souvenirs du temps où la France colonisait ces peuples. Pour elle un serviteur oriental arrivait forcément du Tonkin, et un Noir était paré du nom de Nubien ou, méchamment, de Maure lorsqu'il avait cessé de plaire à sa patronne.

Lee parvenait à ce point de non-retour où l'aïeule commençait à se méfier de son propre assassinat par le serviteur. Bientôt arriverait la deuxième phase du délire où elle sonnerait la police en leur communiquant ses soupçons. La troisième phase consisterait en un coup de téléphone du commissaire de police de l'arrondissement nous conseillant l'hospitalisation de l'ancêtre dans une maison spécialisée.

Lee était pourtant un excellent professionnel du service. Il avait tenu plus d'un an, mais finirait ces prochaines semaines, c'était sûr, par succomber à la paranoïa de la vieille bourgeoise...


J'aimais bien Lee. D'une politesse toute asiatique, comme dans les vieux clichés. Je le croisais dans les couloirs, d'une mise toujours impeccable. J'avais remarqué combien ses pantalons, serrant ses minces fesses sans qu'aucun sous-vêtement n'en vienne marquer le drap léger, soulignaient les moindres renflements et méplats de son corps. Ses "Bonjoul... Missieu David" me ravissaient, et j'aimais distinguer dans ses yeux rieurs un respect mêlé d'une certaine familiarité due à notre âge presque identique.

Un jour, il m'avait accompagné à la Comédie française. Comme aucun des membres de la famille n'était libre, on l'avait laissé profiter du billet. Je me souviens encore de sa présence à ma droite. Je l'observais du coin de l'œil, sans comprendre pourquoi sa présence me causait un trouble si invraisemblable que j'en oubliais complètement de suivre le spectacle.

Je le regretterais sûrement, mais rien ne pouvait empêcher Grand-mère d'obtenir son départ de notre maison.


Grand-mère gagna la partie de domino de haute lutte. Enfin, je m'employais à le lui laisser croire. En fait, je lui abandonnais toujours le gain de la partie. En récompense pour l'heure consacrée à son divertissement, elle sortait de sa bourse quelques gros billets, comme si elle était consciente du sacrifice consenti par le perdant complaisant. C'était sa manière de rémunérer de courts moment où elle pouvait revivre l'illusion de sa jeunesse perdue, et qui lui permettaient, semaine après semaine, de maintenir un semblant de vie active.


Le samedi suivant, j'étais à l'heure au rendez-vous. Le boulevard du Quai traversé, je commençai à arpenter le pont d'un pas traînant. Une petite voix me soufflait: "David... David... Tu n'aurais pas dû venir... Tu vas tomber dans un piège... Ses copains vont peut-être te kidnapper... Ou te voler de nouveau... Voire te ficher un mauvais coup..."

J'ai l'esprit fertile. Je fabule facilement dans le tragique. Petit, je ne croyais pas vraiment que le prince charmant épouserait Blanche-Neige. Pour moi, la vilaine sorcière allait, c'était sûr, revenir leur pourrir la vie, et celle de leur progéniture...

La trouille qui me tenaillait était compensée par le désir, parfaitement reconnu, de revoir ce garçon qui avait imprégné mon corps de cette sensualité tout juste découverte.

À mi-parcours, un strident coup de sifflet attira mon attention. De l'autre côté du boulevard, un grand Black agitait ses bras en tous sens:

– Hé...! Dav'... Tu t'es gouré de côté...

Et il entreprit de me rejoindre, toréant entre les voitures hargneuses. Se postant près de moi, tout sourire mais m'apparaissant tout à coup presque gêné, il dit:

— T'es v'nu quand même, p'tit Gaulois...

— Fallait bien, tu dois me rendre mes papiers et mon portable.

— Les v'la...

Et il me tendit le portefeuille et le petit téléphone mobile.

— Tiens... Ton argent...

— Non, Dav'... Cadeau!...

Alors, moi, très bêtement, comme si je lui étais redevable d'un service:

— Non, il n'y a pas de raison... Prends ce fric...

— J'en veux pas de ta thune, eh!... banane! Pourquoi je suis venu, à ton avis?

Je n'osais même pas répondre à cette question, tellement j'étais troublé. Mais lui non plus ne répondit pas directement. Il continua:

— On pourrait devenir copains. Tu sais, dans le métro, j'ai eu l'impression que je ne te déplaisais pas...

J'étais un peu piégé... J'avais une très forte envie de le revoir, ce mec, mais je ne savais pas trop où ça allait nous mener. Le remballer proprement avec sa demande de devenir amis, c'était la meilleure façon de me retrouver seul avec les envies de son corps et de ses caresses, et qui sait quand une pareille occasion allait pouvoir se reproduire dans l'existence monacale où je vivais?

— Allez, mec, viens faire un tour au parc. On peut discuter cinq minutes, quand même.

Passé le pont, nous tournâmes à gauche, et un peu plus loin nous entrâmes dans le Parc de Bécon. C'est un espace de nature avec, ô surprise! des bruyères toujours en fleurs. Ça sent bon. On entend les oiseaux dans les arbres. On respire le frais de la verdure et, en contrebas, on aperçoit la Seine, brillante en surface malgré sa couleur brunâtre.

Bab' choisit un banc à l'écart, et comme nous nous asseyions tout près l'un de l'autre, il me prit la main. Je le regardai d'un air chargé de reproche, et son visage changea. Je ne savais pas qu'un Noir pouvait rougir. Ça lui faisait une drôle de couleur pourpre, mais l'expression de ses yeux, elle, contenait tant de gentillesse que je le laissai faire. Nous restâmes ainsi, main dans la main, sans rien dire, pendant un très long moment.


— Si t 'as l'occasion de revoir mes potes, faut pas leur dire que je t'ai rendu ton portable.

Comme si je constituais un danger pour lui...

— Tu sais, on est féroce dans la bande... On fout une raclée aux dégonflés qu'osent pas tirer...

— Tirer...?

— Mouais... piquer,... voler, quoi...

— Pourquoi tu fais ça?... T'as l'air gentil pourtant...

— Mais on est tous gentils!... Faudrait qu'on nous connaisse... C'est tout...

— Alors pourquoi...?

— Pour la thune... Tu sais c'que c'est d'être toujours à la course au fric...?

Là, évidemment, j'étais vaincu d'avance... Je n'avais pas la moindre idée de ce qu'était le manque d'argent.

— Tu sais, on méprise aussi les tarlouzes...

— Pourquoi tu me dis ça... T'es pédé toi...?

Alors... Là... Sa couleur noire s'empourpra pour la seconde fois... Il esquiva...

— Faudrait qu'je trouve un boulot.

Son désir de s'en sortir m'émut. Je serrai plus fort sa main dans la mienne. Ses yeux s'embuèrent. Troublé, il se rapprocha de moi. Je crus lire dans son regard la même envie que celle que j'éprouvais à cet instant de le serrer dans mes bras. Mais dans le lieu public où nous nous trouvions, au milieu des promeneurs et des mères de famille avec leurs poussettes chargées de bambins, il valait mieux être prudents. Nous nous levâmes, et trouvâmes un bosquet qui nous mettait à l'abri des regards.

Debout l'un contre l'autre, nous nous roulâmes un patin baveux. Sa grande bouche recouvrait mes lèvres, et sa langue occupait presque tout l'espace disponible. J'étais puceau pour cette pratique, mais j'avais déjà lu le mode d'emploi. Nos langues s'entortillaient l'une l'autre, et ma queue, déjà dressée depuis notre étreinte des mains, me trahit à nouveau en éjectant une énorme quantité de sperme. Ce qui, une fois de plus, humidifia mon pantalon. Je commençais vraiment à devenir spécialiste des éjaculations hyper-précoces.

Mes mains s'étaient glissées sous le maillot de Bab'. Trouvant la ceinture relâchée, ma main s'engouffra dans son slip, et je découvris un sexe caché, que j'encerclai. Il m'apparut d'une dureté de béton, et sa circonférence m'impressionna vivement.

Bab', lui, savait se tenir, et nul jet intempestif ne se déclencha sous mes manipulations. Il mouillait quand même assez pour que j'en retire des doigts collants.


Nous regagnâmes le métro sous le soleil. J'avais noué un pull sur mon sexe... comme d'habitude... Bab' insista pour me raccompagner. Nous nous tenions l'un près de l'autre, assez serrés pour que des voyageurs mal embouchés puissent avoir l'idée de se dire, en se donnant des coups de coude: "Regarde les deux petits pédés...". J'en frémis de colère.

À la Muette, il descendit sur le quai et me quitta en me donnant son numéro de portable.

— Appelle-moi Dav'... Promis...?

Alors, devant quelques voyageurs qui se pressaient, il m'embrassa sur les deux joues.

Cette fraternité offerte était ce qui m'arrivait de plus merveilleux depuis de longues années.


Sur le trottoir de l'immeuble de la résidence je croisai Lee qui traînait un énorme sac de voyage:

— La gl'and-mère de Misieu David m'a l'envoyé. Misieu David ne poul'a plus l'egal'der les fesses de Lee dans les couloirs... Misieu David aulait pu en voil un peu plus s'il avait voulu...

J'étais ébahi... Mais que diable arrivaient-il aux hommes du nouveau millénaire?


Grand-mère avait "fait des siennes". En l'occurrence, cette fois, ce n'est pas la police qu'elle avait dérangée. Sentant venir une prochaine attaque viêt sur Paris, elle avait essayé de joindre l'état-major de l'armée de terre, en demandant de Lattre: "Giap est au Mont-Valérien... Nous sommes encerclés...", oubliant qu'elle avait enterré l'un il y avait un peu moins de cinquante ans, et l'autre un peu plus récemment.

Les militaires n'ont pas l'âme enjouée des policiers de quartier qui n'ont pas trop d'occasion de rire durant leur service. Cette fois ce furent des gendarmes qui vinrent porter la bonne parole.

On s'excusa beaucoup d'un air quand même condescendant pour les manants qui venaient troubler le bon ordre d'une famille bourgeoise sans histoire... on n'était quand même pas du vingtième. On fit sentir qu'"on" dérangeait.

Mon père essaya de raisonner la vieille mais, sur mon insistance - car je pressentais le tarissement de la source de mes malhonnêtes revenus de jeu -, lui accorda une nouvelle chance:

— Mamy, c'est la dernière fois...

Et il se mit en quête d'un nouveau valet.


Babacar regagna le pont de Levallois et tâcha de retrouver son scooter au milieu d'une foule qui se pressait aux feux pour traverser la Seine. Deux keufs étaient derrière l'engin à observer la plaque d'immatriculation.

Il pensa en souriant: "Cherchez pas, les mecs!" Il se voyait encore deux jours auparavant à tenter de la fixer proprement. C'était une chose assez facile, mais il n'était pas manuel pour deux ronds et la plaque d'alu, de guingois, constituait un véritable aveu de la filouterie consommée.

Se mettant à l'écart, il quitta son large survêtement qu'il serra dans son sac à dos. Avec son maillot de basket largement échancré et son caleçon de couleur, il passait aisément pour un sportif. Il s'élança, au petit trot, franchit le fleuve, et suivant le flot de voitures, gagna le pont de Bécon... Bois-Colombes... passa tout droit la gare, à peine plus loin à droite vers Asnières, puis à gauche, Gennevilliers, toujours trottant, maigre marathonien, les yeux au ciel, dévorant le soleil.

L'immeuble... ascenseur en panne... six étages... couloir à gauche, porte du fond...

— M'man, j'suis amoureux...

— T'es tout mouillé mon fils... Et pourquoi ces yeux rouges...?

— C'est le sable du désert M'man...

— Qu'est-ce que tu racontes, fils?... T'es pas au pays!

— J'en viens M'man... J'te jure... J'ai couru nez au vent poivré du Sahel...

Quelques instants plus tard la musique et le chant de Baaba Maal avaient envahi les pièces de l'appartement. Bab' était sous la douche et chantait avec le Peul.

M'man remuait ses casseroles pour le dîner en grommelant:

– Si c'est une Blanche je lui arrache les yeux...


Je m'observais depuis de longues minutes devant la psyché de la chambre de ma mère. J'étais en slip. Blanc de blanc, le corps de David!... Paille séchée les cheveux, cils, sourcils et les poils du sexe. Je frôle l'albinos... Les yeux sont communs: marron foncé.

Depuis que j'étais très jeune, j'aimais bien mon corps. Je venais d'avoir dix-sept ans, et j'étais vierge mais, au bas de mon pubis, un sexe me rappelait sans cesse que cette période s'achevait.

Au long de cette période paisible de l'enfance, un corps d'ado presque musclé, mince et habile à se mouvoir avait émergé de ma frêle enveloppe d'enfant. Je devais cette heureuse transformation à la danse que je pratiquais depuis une dizaine d'années. Deux fois par semaine je m'adonnais à cet exercice contraignant. Le jeu en valait la chandelle.

Cette pratique demeurait au niveau de l'entraînement. Jamais au grand jamais je n'avais participé à un gala public! Ma timidité maladive m'interdisait pareille exhibition.

L'esprit peu sportif au demeurant je "prenais" qui je voulais sur la piste du stade, à la course ou au saut en hauteur. J'étais doué mais je n'aimais pas trop l'effort solitaire. Ce que j'appréciais, c'était l'exercice au sein du corps de ballet de mon cours privé, et les frôlements, quelquefois lascifs, des filles et, plus excitant encore, des garçons.

Je finis mon auto-observation en esquissant quelques pas de danse et j'allai m'habiller pour le dîner.


Toutes les mères du monde pensent que seule une femme troublante, maquillée, empestant le muguet, et, pourquoi pas, un peu pute, peut arracher de leur cœur leur Bab' chéri...

Ah! Si M'man savait qu'un petit mec somme toute insignifiant, léger comme de la plume, même pas "très" beau et pas du tout noir avait eu le pouvoir de percer le cœur de son joli garçon!...

Elle sait bien, M'man, que tout ça existe, mais elle n'en a connaissance que par la télé. Ces étranges et répugnantes histoires d'amour contre nature ne concernent que les Toubab. Jamais un Africain ne pouvait contracter une telle maladie..., et même si, par extraordinaire, cela arrivait, la médecine traditionnelle pourrait certainement opposer une drogue pour l'exterminer!


Le soir, nous mangions en famille, à l'exception de mon frère aîné qui préférait rester chez sa "fiancée"

Ce soir-là, grand-mère, ne disposant plus de domestique, s'était jointe à nous. Cela arrivait deux fois par semaine aux jours de congés du valet. Elle nous gâchait toujours le repas car n'ayant plus trop le courage d'utiliser seule sa cuillère, elle avait besoin qu'on lui donne la "becquée". Mon père, pour ces jours, avait institué un tour entre les convives... et justement, c'était mon tour!

Bien que cela me déplût, j'étais le plus doué pour cet exercice. Peut-être était-ce qu'elle voulait se montrer gentille avec moi, en avalant facilement ce que je portais à ses lèvres. Je crois qu'elle m'aimait bien.

Mon père dit à ma mère::

— Je n'ai pas eu le temps de téléphoner à l'agence pour remplacer Lee.

— N'oublie pas que demain soir nous partons pour Vienne.

Puis, s'adressant à moi:

— David, demande le téléphone à ma secrétaire et occupe-toi de trouver quelqu'un pour grand-mère. Tu as dix-huit ans dans deux semaines. À ton tour de prendre un peu en charge les problèmes de la maison.

Et il passa rapidement à autre chose, heureux de s'être débarrassé de cette corvée.


Babacar, après la douche, se masturba avec entrain. Son sexe long et épais lui permettait de se branler à deux mains. Il accentua ses sensations en humidifiant ses doigts de gel de douche. Son éjaculation fut violente et éprouvante, une douleur sous les couilles lui indiqua là où se situait la prostate. Il payait ainsi sa retenue de toute l'après-midi. Séché, mais non fatigué, il sentit le besoin de se dépenser, prit son maillot de bain et s'en alla faire une heure de brasse à la piscine.

Rentré vers vingt heures, il dîna avec M'man et sa petite sœur et se vautra devant la télé...:

— Tu sors pas avec tes copains ce soir? demanda Sally.

— Pas envie... Demain faut que je fasse les agences d'intérim.

Il se coucha assez tôt et s'endormit lourdement. Au petit matin, une forte érection le réveilla., Il ne pouvait pas se masturber car sa sœur partageait la même chambre. Il se leva, s'enferma dans la salle de bain et put s'astiquer comme un malade. Il essuya les traces répandues sur les carreaux avec une serviette qui traînait.

Il se recoucha et resta plongé dans le sommeil jusqu'à 10 heures.

— Fils, le chasseur de lion se lève de bon matin...

M'man adaptait les proverbes, triturant les dictons africains et français, les pétrissant, se les appropriant.

— B'jour M'man...

Elle posa son petit-déjeuner sur une petite table. Elle avait tête des mauvais jours:

– Au revoir fils, je vais travailler moi.

— Dieu a dû penser que c'était pas un bon matin pour chercher du boulot.

Sally mit son grain de sel en ricanant:

– Te soucie pas Bab', après tout, ce n'était que le premier jour.

Petite peste!...


Mes parents partis, le lendemain, je m'occupai du remplacement de Lee.

— Bonjour, David de Puissaye à l'appareil, je suis à la recherche d'un nouveau valet de chambre pour ma grand-mère.

La secrétaire commença son numéro de charme:

— Bonjour Monsieur David... Comment vont vos parents?... Et la mamy, toujours aussi malicieuse?

Ce n'était pas un secret de famille que les domestiques stylés faisaient long feu chez nous... "Madame est vraiment insupportable" avait été ce qu'on avait entendu de pire jusqu'à présent.

— Mademoiselle, j'ai un candidat... mais je voudrais que cela passe par votre intermédiaire.

La demoiselle était enchantée de toucher sa commission sans vraiment fournir de prestation. Je donnais le numéro de Bab' et je prévins:

— S'il est d'accord, j'enverrai la voiture le chercher et ne dites surtout pas que je suis intervenu.

Deux heures après on me rappelait:

— C'est d'accord. Je n'ai pu parler qu'à sa maman, mais elle m'a assuré que cela lui conviendrait.

M'man avait des tendances autoritaires...


– Non... J'vais pas faire le larbin, quand même...

— Même la hyène ne mord pas la main de l'homme qui lui donne à manger.

Voulant appuyer sa démonstration en montrant que la vilenie de la bête permettait tous les arrangements avec la morale, elle ajouta:

– Jamais avant d'être repue, en tout cas.

Puis, estoquant son fils, M'man, royale, demanda:

— Tu sais combien ils payent pour ça...?

—...?– Cinq mille net... Nourri... Logé...

— Vendu, M'man!... Je commence quand?

— Remercie plutôt Dieu que ta sœur ait été là pour répondre au téléphone.

M'man n'aurait pas répondu au portable: elle les détestait car à mesure qu'ils rapetissaient, d'après elle, ils ressemblaient trop aux grigris qu'elle portait à la ceinture dans son adolescence et dont on ne doit jamais se séparer: pour ne pas être malade, pour empêcher les mauvais sorts, pour ne pas tomber enceinte... Tiens on pourrait en parler de celui-là...!

Donc, le portable était à ranger dans les grigris: "Par où ça passe la voix quand on t'appelle... Hein...?" Les diableries de marabout, c'étaient tout du même acabit... Non...?


J'avais fixé le rendez-vous au samedi, réquisitionné le chauffeur, à son profond désespoir, et demandé la plus belle voiture. Elle serait à treize heures au pied de l'immeuble de Bab'. Celui-ci devrait commencer son service le soir même, et tous ses week-ends étaient bloqués pour un mois. Il devrait se contenter de jours en semaine pour se reposer.

Il avait tout accepté...


La cité était dans une effervescence digne d'un jour de manifestations émaillées d'échauffourée avec la police. Les gamins entouraient la Mercedes noire dont les vitres ne laissaient pas entrevoir l'intérieur vanille. Ça criaillait de toute part.

Le silence se fit quand Bab' apparut, suivi de M'man qui avait revêtu son boubou de cérémonie, exhumé du fond de l'armoire où elle l'avait remisé. Elle ne le sortait que pour les occasions extraordinaires. Bab' paraissait honteux que sa mère l'accompagne ainsi comme un petit garçon un jour de rentrée en maternelle. Pensant qu'elle l'abandonnerait à son destin sitôt qu'il se serait installé dans la voiture, il l'embrassa. Mais M'man le repoussa et, le bousculant presque, s'installa sur le cuir cousu main.

— M'maaaaannn...? Tu vas quand même pas m'accompagner?

— Je profite du voyage fils, et faut que je voie où tu vas travailler.

La voiture démarra sous les applaudissements des gosses qui braillaient:

— Mama Benz!... Mama Benz!... Mama Benz!...

Ils l'avaient vu à la télé, on appelle ainsi, en Afrique, les femmes négociantes en tissus qui se déplacent toutes en grosses Allemandes...

M'man, déçue par l'opacité des vitres, fit remarquer à Bab':

— On peut pas nous reconnaître du dehors.

Comme si les petits messagers colorés n'allaient pas propager la nouvelle...

Puis elle ajouta en soupirant et tamponnant une larme de regret:

– Dommage que ton père ne puisse pas nous voir!...


M'man ne résista pas l'envie de monter à l'appartement. Elle fut éblouie par les marbres de l'entrée et le confort de l'ascenseur, arborant fièrement un panonceau "Dépanné dans l'heure" gravé dans le cuivre.


Quand j'étais petit j'avais échafaudé une théorie sur ces Messieurs Roux et Combaluzier qui construisaient et dépannaient ces appareils.

Je les imaginais, tels Laurel et Hardy (dont je suis toujours fanatique) dormant dans le même grand lit, vêtus de longues chemises de nuit blanches, de bonnets à pompon recouvrant leur crâne chauve, se chicanant, quand le téléphone sonnait pendant leur sommeil, pour savoir lequel des deux allait sortir réparer l'ascenseur où quelques personnes se morfondaient en les attendant:

— C'est ton tour, j'te dis, je me suis déjà levé hier...

Je les imaginais continuant à se chipoter comme des parents réveillés en pleine nuit par le braillement d'un bébé insupportable.


M'man ne résista pas non plus à la tentation de se faufiler dans l'appartement avec son fils... Puis dans le petit salon où le majordome les pria d'attendre que "Monsieur David" voulut bien les recevoir.

Je les reçus dans bureau de mon père. En me voyant, Bab' se mit à sourire, puis, aussitôt se referma pensant à sa mère qui devait continuer à ignorer notre relation. Je repris le fax de l'agence et lus les conditions d'embauche, ainsi que les tâches à accomplir. Je les invitai à me suivre afin de faire connaissance avec le futur employeur.

Grand-mère fut enchantée par la vêture de M'man qui illuminait les pièces de l'appartement où elle entrait. Je présentai les deux visiteurs à ma grand-mère.

— Babacar, j'ai connu un Babacar... c'était en 1938... Un tirailleur que l'armée nous avait prêté pour entretenir le parc...

Je la laissai parler un moment, puis n'hésitai pas à lui couper la parole sous l'œil désapprobateur de M'man qui buvait littéralement le babil du temps passé.

— Babacar, voici votre chambre... Elle vous plaît?...

M'man retourna près de ma grand-mère, et j'indiquai à Bab' les différents meubles mis à sa disposition.

— Tu t'la joues p'tit con...

Bab' s'approcha et je tombai dans ses bras. Nous eûmes un chaud baiser d'amant. Je l'attendais depuis quelques jours et mon partenaire devait être dans le même état car je sentis immédiatement son sexe se dresser... Le mien aussi... Je le repoussai avant d'expérimenter à nouveau mon tir prématuré.

Après qu'il eût rangé son maigre bagage, je le reconduisis à ma grand-mère en disant:

— Pour ce week-end, je te prends Babacar. Nous avons juste le temps d'aller acheter ses vêtements de service, et demain je lui montrerai ce qu'il aura à faire avec toi.

M'man dominait l'ancêtre, en volume et en taille, mais ma grand-mère ne semblait pas impressionnée. Elle avait repris ses histoires d'avant-guerre avec une joie non contenue. Il y avait si longtemps qu'elle n'avait pas trouvé un interlocuteur qui ne lui dise, au bout d'un moment: "Mais oui, Mémé, nous le savons, tu nous l'as déjà raconté mille fois!..."

M'man écoutait, prenant petit à petit ses aises, et lui répondait en riant. Elle demanda au bout d'un moment:

— Grand-mère, veux-tu que je te prépare le thé africain? On le boit en trois fois: le premier est amer comme la mort, le deuxième doux comme la vie et le troisième sucré comme l'amour.

Ma grand-mère m'étonna par son sens de la répartie:

– À mon âge, je me contenterai du deuxième.


M'man n'arrivait pas à quitter la vieillarde. Elle avait, des larmes plein les yeux quand elle lui lança:

— Je reviens demain, grand-mère, je ferai le thé à nouveau, je t'apporterai des fruits frais, je te cuirai la soupe...

Je fus presque obligé de la pousser dans la voiture qui la ramenait vers son logis.

L'aïeule était dans le ravissement le plus complet:

— Allez, les petits... On va faire une bonne partie de dominos...!

Bab', spécialiste des jeux vidéos, ne connaissait pas encore le supplice ludique infligé par la vieille. Il ne mit pas longtemps à comprendre le jeu et, emporté par son ardeur, cet imbécile gagna... Grand-mère le prit en grippe instantanément et pour toujours.


Ma grand-mère passa le reste de la soirée à ronchonner en énumérant les qualités de la mère de Bab La voyant bouder, je la couchai, doublant sa dose de Valium, puis la quittai en allumant, pour la punir, sa télévision sur Arte, alors qu'elle raffolait des chaînes pour enfants.

Je refermai la porte, honteux quand même de ses pleurnicheries: "Mon Canal Jimmy!... Mon Canal Jimmy!..."


Le lendemain, nous allâmes sur les boulevards dans un magasin spécialisé dans les vêtements et uniformes. Bab' essaya devant moi les diverses pièces de son costume de valet de chambre.

Bab avait "la taille mannequin": pantalons et vestes n'avaient guère besoin de retouche. Je m'étais glissé avec lui dans la cabine, et quand il se déshabilla, il me dit:

– Tourne-toi, tu m'impressionnes! t'es un peu mon patron...

Sitôt que j'entendis le pantalon tomber au sol, je trichai en le matant par-dessous. Je ne fus pas déçu du spectacle... Il portait comme sous-vêtement un mini-slip blanc tout pareil à celui d'un copain de danse qui me faisait rêver. Le tissu moulant était tellement clair qu'on pouvait distinguer au travers sa peau foncée. Je me tournai complètement, et n'en pouvant plus, je m'approchai et commençai à tripoter ses fesses de Black toutes rebondies, musclées, hautes sur les cuisses.

— Barre-toi Dav'... je t'en prie... On va se faire surprendre...

— Si je te fais bander, t'exploses le slip...

Je me pris alors à imaginer le tissu se tendant sous la pression, gonflant comme un ballon de baudruche jusqu'à éclater: "Boum!",puis le vol léger des déchiquetures cotonneuses flottant et chutant sur la moquette J'imaginai alors les fesses brillantes sous les néons, puis me tournant un peu, l'arc de la bite tendu sur l'abdomen.

J'éclatai de rire, ce qui le mit encore plus mal à l'aise, et j'allai m'installer sur une chaise du salon d'essayage, en prenant soin, de laisser le rideau de la cabine entr'ouvert afin de pouvoir continuer à mater pendant l'essayage.

J'en étais tout bouleversé... Ce mec était vraiment canon


Dans le taxi, au retour, je songeai à ce qui m'arrivait sur la tête. Bab' était un ami qui me tombait du ciel, là... maintenant... Comme pour combler le vide affectif qui me serrait le cœur, certains soirs de solitude, quand mes parents disparaissaient dans de très longs week-ends chez les amis et que mes frères, eux aussi, jouaient les absents, me laissant auprès de ma grand-mère, ravie de conserver un partenaire aux dominos.

Ma soif d'amour ne se satisfaisait pas de l'affection de l'ancêtre. Mes sens se languissaient, mais je devinais qu'il existait des sensations nouvelles qu'un faible souffle pouvait dévoiler... Un feu couvait qu'il suffisait d'éventer un peu pour qu'en jaillisse la flammèche annonciatrice de l'embrasement de mes passions. Bab' devait être de ce bois-là...

Main dans la main, sous l'œil porcin du chauffeur qui passait constamment de la route au rétroviseur, je tournai la tête vers mon ami et devinai que sa gêne dépassait la mienne. Désormais, c'était moi qui menait la danse... Je le dominais et j'avais la maîtrise de nos futurs plaisirs.


Dans l'appartement, c'était lugubre. Nous devions nous-mêmes réchauffer les repas, préparés à l'avance, car les employés avaient tous pris leur week-end sachant que je restais quasi seul.

Nous mangeâmes en silence dans la cuisine, guettant les bruits qui auraient pu nous signaler que ma grand-mère ne dormait pas encore. Je m'assurai de son sommeil, et entraînant Bab' par le bras, je le dirigeai vers ma chambre lui disant d'une voix amusée:

Et maintenant à nous deux, beau bronzé!...

— T'es sûr qu'y'a personne?

— L'homme de couleur aurait-il la trouille?

— Te fous pas de moi blanc-bec... Je me renseigne, c'est tout.

— T'as déjà fait ça, toi?...

— J'suis une bête de sexe, moi...

— Je veux dire avec un mec, t'as déjà fait...?

— Presque. Une fois, y avait un dealer dans la cité, et j'sais plus trop c'qui s'est passé mais on est tombé dessus... Et on l'a enculé... Enfin, presque, une dizaine de mec... Moi j'l'ai pas fait, j'me suis barré...

— T'as eu honte...?

— Non, le mec, il était moche...

— À quoi ça tient, quand même! "

— Ça tu peux le dire... Ç'aurait été toi, mon mignon, t'y aurais eu droit à ton coup de bite...

— Et de la mienne, t'en as envie?...

— J'voyais pas ça comme ça... Mais on peut toujours en causer. Voyons ce que t'as à m'offrir, p'tite queue blanche...

— Salaud... Tu l'as même pas encore vue!

— Montre-moi ça, bonhomme!...

Le geste suivit la parole... Je la lui montrai... Et lui aussi me montra la sienne... Des queues en noir et blanc, c'est un spectacle ça!... Il n'y a pas que la couleur... Il y a les formes... Et puis, plus grandiose que les formes, il y a "la grande forme"... C'est Bab' qui avait la plus belle.

Je savais pour l'avoir tâté que le sexe de Bab' me filerait des complexes... J'avais pas tort... Ma queue modeste semblait bien évidemment minuscule à côté de la massue du Black:

— Putain...! t'as eu triple ration au moment de la distribution ou quoi?...

— Tu crois? Pourtant, à la cité, c'est moi qui ai la plus petite!...

— Non? C'est vrai?...

— Non, je déconne... J'ai la plus belle queue à l'ouest du Pecos... Tu veux la goûter?

Et il dirigea ma tête sur sa queue. Je commençai par la prendre en main, puis je lui fis de petits bisous sur le nœud. La langue lécha celui-ci, puis descendit plus bas vers les couilles. Le chemin était long!.... Je remontai et je tâchai d'enfourner. Bouche grande ouverte, j'y parvenais facilement, mais il n'était pas question d'avaler l'ensemble de l'ouvrage. J'en absorbai pourtant suffisamment pour mon bonheur et celui de mon partenaire. Je trouvais la saveur agréable, en particulier les quelques perles lumineuses.

Nous nous sommes retrouvés couchés à nous sucer. L'apprentissage fut bref, nous étions surdoués.

Le Black était à mon goût.


Ma bouche se rassasiait du gland, et mes mains fureteuses exploraient les couilles sans poil. Elle remontèrent l'allée qui se faufile entre les fesses, en suivant le mince filet couturé qui guide au trou.

Mes yeux se positionnèrent pour le spectacle. Il fallut écarter les deux fesses comme on tire les rideaux d'un théâtre au début du premier acte. Rideaux bruns dévoilant le cœur rouge du cul bien visible sous mes doigts. Je ne résistai pas à la tentation d'aller goûter l'anneau bordé de menus poils frisés. Ma langue s'enfonça, et sitôt qu'elle fut en contact avec cet épiderme sensibilisé, les hanches de Bab' commencèrent leur danse, m'indiquant que j'avais trouvé là ce qui satisfaisait mon ami.

Mouillés largement, mes doigts entrouvrirent lentement le passage. J'y mis le pouce, que j'emmanchai jusqu'à bloquer la main, puis les doigts, l'un après l'autre, puis par paire. Le cul dilaté acceptait mes pénétrations sans paraître y trouver une quelconque gêne, comme si le passage avait l'habitude d'être emprunté par une multitude d'objets...

Il se mit à quatre pattes, me présentant ses fesses que je léchai, puis le cul, maintenant dilaté Mon nœud poisseux se faufila jusqu'à lui et j'eus bientôt le bonheur d'entendre gémir mon ami sous cette intrusion. Le gland se glissa dans la boutonnière et la queue s'y plongea jusqu'aux couilles. Cela tout naturellement, sans que Bab' fasse le moindre geste pour retenir sa progression.

J'étais profondément dans la boutique à plaisirs. Le Black gigotait, appliquant les règles de bienséance: l'enfilade n'est jouissive que si elle pelote complètement les intérieurs de l'enculé. Je m'y appliquai avec passion, retenant une jouissance qui semblait prête à l'explosion à tout moment, jusqu'à ce que Bab' me lance:

— J'vais jouir mec...

— Et moi donc...

Et puis deux mots de Bab' qui m'émeuvent toujours quand j'y pense:

— Ouaaaah... L'envolée...

Il inonda le drap tandis que j'emplissais son trou. Quand je me retirai, une trace baveuse de sperme s'écoula de son intimité, serpentant dans la raie.

Nous nous enlaçâmes, peau contre peau, et nos bouches se rejoignirent. Ce câlin d'après l'amour me reste toujours indispensable, comme un moment féerique où chacun des deux protagonistes semble dire à l'autre: "Sais-tu combien je t'aime et combien c'est bon d'être près de toi."


Ce premier rapport nous vida physiquement et, surtout, psychologiquement. Il nous révéla à une sexualité dont nous connaissions l'existence, théoriquement, mais dont l'expérience réelle nous surprit tout à fait... C'est surtout Bab' qui avait du mal à sortir de son rôle de macho frimeur des cités. Se retrouver soudain dans le rôle du pédé passif ne laissait pas de le traumatiser... Il ne s'attendait pas du tout à être pris comme une femelle. Bien plus tard encore, alors qu'il avait pris l'habitude de se poster sur le ventre, il continuait à me dire:

— Quand même... moi qui aurais pu tuer n'importe qui m'aurait traité d'enculé, v'là que j'en suis un, et que... putain... j'aime drôlement ça!

— T'es pas un enculé, Bab', t'es un mec est amoureux, c'est pas pareil.

Il n'approuvait guère cette subtilité car, pour lui, la seule façon d'apparaître un peu plus viril dans l'aventure qui nous liait se traduisit par un besoin pressant de me faire passer à la casserole.


Le lendemain de l'arrivée de Bab' chez nous, M'man revint. C'était un dimanche. Elle arriva avec Sally, et chacune d'elle était chargée de sacs contenant le nécessaire pour faire nos repas.

Elle roula le couscous sous ses doigts, fit cuire ses légumes et ses poulets pour nous présenter, à l'heure du repas, des délices que nous piochions à même les doigts.

Ma grand-mère et moi nous régalâmes beaucoup. Le déjeuner puis le dîner furent l'occasion pour moi de faire plus ample connaissance avec M'man. Je compris rapidement quelle bonté et quelle générosité se cachaient dans le cœur de ces mères africaines, qui ne vivent que pour le bonheur de leur famille, y sacrifient leur propre confort et y consacrent le plus clair de leur temps.

M'man s'attacha à la famille. Elle prit l'habitude de cuisiner pour l'aïeule et vint la faire manger tous les soirs.


Bab' et moi continuions notre histoire, et nul dans notre entourage ne se douta jamais qu'elle puisse exister.

Très honnêtement, la rondelle me démangeait grave... Mais les dimensions de la queue de Bab' me terrorisaient. Aussi, les toutes premières fois que nous fîmes l'amour, c'était moi qui l'avait pénétré. Quand ses doigts s'aventuraient dans mon trou, je disais:

— Tu me fais mal Bab'.

Puis mon besoin de faire plaisir à mon ami se doubla bientôt de celui, plus égoïste, de goûter la joie de me faire défoncer à mon tour. Bab' semblait éprouver une telle jouissance dans ces occasions-là que j'en étais devenu presque jaloux...

Un soir, ce fut donc mon tour de subir le délicieux supplice. Je me positionnai alors cul en l'air afin de tendre vers mon ami, offert comme un sacrifice, l'œilleton inviolé jusqu'alors. Bab' était un seigneur, il me retourna et dit:

— Je veux te faire l'amour en te regardant... et ne ferme pas les yeux...

Il faisait allusion à l'habitude que j'avais prise de fermer les yeux lorsque la jouissance arrivait. Il s'en était rendu compte, et chaque fois il m'avait lancé, presque méchamment:

— Regarde-moi!...

— Promis Bab'.

Alors que j'étais sur le dos, il releva mes jambes et sa bouche prépara mon cul. Sa langue fut douce et chaude et je ressentis rapidement le bien-fondé de mon envie animale de défonçage.

J'imaginais cela comme un vol au-dessus d'un champ de neige un jour de soleil. Des plongées vertigineuses vers le sol... et puis des vols planés... en remontant...en suivant les reliefs... une sorte d'irréalité qu'on ne pouvait rêver que les soirs où nous grillions l'herbe qui fait briller les yeux et rire bêtement...

C'était ça, l'envolée dont Bab' m'avait parlé le premier jour... la première fois...

Je fus vite prêt.

— Je vais te faire jouir bonhomme...

— Viens mon doux..

Son nœud força le passage. Ce fut bref et douloureux. Quand il voulut me pénétrer un peu plus profondément, je reculai d'abord, surpris par la douleur.

— Détends-toi mon beau!...

Je me détendis et tentai de m'empaler. Je réussis à engloutir une bonne moitié de la superbe bite brune, mais il me fut impossible de l'enfiler jusqu'à la racine de la queue. C'était beaucoup demander à un trou de puceau...

Bab' commença à me baiser, et je vis monter cette excitation qui, je le savais bien, allait me conduire à une jouissance extraordinaire. Quand vint le moment suprême, je saisis les hanches du Black en tentant de le forcer à me pénétrer plus encore, mais je fus gagné de vitesse par le jaillissement du sperme qui riva nos corps en une étreinte passionnée.


M'man occupait de fait la place de Bab', qui resta le valet en titre, percevant son salaire. Elle s'octroya à compter de ce jour, éternelle perdante aux dominos, les revenus du jeu que je ne perdais plus, me dépouillant de ma trésorerie.

Hypocrite, elle lança:

— Comment tu fais, Grand-mère, pour toujours gagner à ce jeu diabolique?


Quand mon père s'aperçut que Bab' ne servait plus à rien dans la maison, il voulut l'employer comme chauffeur à l'usine. Ce nigaud, n'ayant jamais été fichu de passer le permis de conduire, resta donc à l'appartement à glander et à donner des petits coups de mains à sa mère.

Mon père, quand il m'avait chargé de d'engager un valet de chambre, m'avait confié le destin de l'aïeule et, un jour où quelqu'un de la famille avait demandé: "C'est quoi cette tribu chez grand-mère?", il avait répondu:

— Voyez avec David, c'est lui qui a la responsabilité de Mamy désormais. Sa mère et moi ne sommes pas assez présent pour assurer cela correctement.

Nous nous retrouvons dans la chambre de Bab' où nos corps expérimentent d'innombrables découvertes plus troublantes les unes que les autres.

J'adore maintenant que mon ami m'enfile Mon cul s'est "fait" à l'engin, et j'en tire d'inoubliables bonheurs.

Bab' fait partie de ma vie. J'ai aussi pris l'habitude de l'entraîner dans mes sorties, car je suis devenu plus sociable, et, parfois, usant de sa beauté, je l'utilise comme rabatteur pour draguer un mec que je trouve particulièrement sexy mais que je n'ai toujours pas le courage d'aborder.

Lui, ne rate jamais sa proie, il ramène presque toujours le minet dans ses filets. Nous le retrouvons parfois dans notre lit pour partager nos expériences à trois.


Naguère, l'aïeule était une vraie guerrière, surtout envers le personnel qu'elle prenait plaisir à humilier, nous crûmes qu'allait se dérouler une bataille permanente avec son nouveau mentor...

M'man, vainquit l'ancêtre... Ce ne fut pas un combat glorieux mais une victoire abandonnée par un adversaire surclassé.

Était sans doute venu le moment où l'esprit de la vieille, retrouvant toutes ses angoisses d'enfant, n'avait plus que le besoin de la tendresse d'une mère.

Grand-mère se soumit à la matrone et celle-ci materna celle-là.

Lui donnant ses repas, M'man l'enveloppait comme un nourrisson qu'elle aurait voulu dévorer, les énormes bras et les seins gras faisaient des édredons d'humanité au corps desséché de la vieille qui se recroquevillait au fil des jours.

Les deux femmes assemblées donnaient alors à voir une sorte de pietà païenne qui aurait bouleversé le plus insensible des spectateurs.

Urbain - Mars-Mai 2001 (Un grand merci à James pour sa relecture)



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