Le murmure des "je t'aime' qu'on se dit à voix basse

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Volume 3 — Numéro 1

Texte d'archive:


Archivé de: Zipper – Volume 3 – Numéro 1
Date de parution originale: Mars-Avril 1996

Date de publication/archivage: 2012-06-16

Auteur: Pascal D
Titre: Le murmure des "je t'aime' qu'on se dit à voix basse
Rubrique: Fiction Érection

Note: Ce texte a été reproduit sur l'archive avec l'autorisation de Zipper (2000 - Contact: jeandenis@microtec.net)

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Partout autour d’eux croulent des ruines de guerre. Caché dans ma vieille tour de pierre, je les épie, et mon coeur bondit.

Sur la berge d’un lac aux eaux glauques, leurs regards se croisent. Le premier va vers le Levant, l’autre vers l’Occident. Ils sont jeunes, ils sont beaux. Ils sont la preuve que la grâce est encore de ce monde. Ils ralentissent. Ils s’observent. Ils se sourient. Commence entre eux un ballet qui les voit tourner, passer, revenir, pour enfin se parler. Ils s’assoient face au lac, tournant le dos au désert qui brûle les yeux.

Je voudrais tant voir leur visage, entendre leurs paroles. Je n’ose espérer être un jour avec eux de peur de briser l’enchantement qui les enserre, cet amour naissant, cet amour qui leur permet de vivre sur cette terre dévastée et dont ils s'imprègnent quand pour la première fois, ils s’embrassent.

Leur lèvres rouges et timides se cherchent avec lenteur. Je n’ai plus même besoin de les regarder pour savoir ce qui arrivera. Je ferme les yeux et rejette la tête en arrière de concupiscence. Je sais que leurs bouches prennent de l’assurance, se pressent avec moins de retenue. Les bras enserrent les flancs, les mains passent sous les chandails pour connaître le contact d’une peau nue, inconnue. Les doigts se font agiles et experts à la caresse. Leurs corps se mêlent, les soupirs se confondent. Au-dessus d’eux semble bleuir le ciel depuis si longtemps gris, les arbres morts se couvrir de fleurs, sur le sable pousser une herbe aussi verte que l’espérance.

J’ai au creux du ventre le bonheur douloureux de voir s’aimer deux hommes. Deux hommes que je baptise David et Jacob. Je les voudrais pour moi, en moi, alors qu’ils se dévêtent. Leurs gestes se font plus frénétiques, plus avides de se connaître. Ils roulent par terre. Je devine enfin les corps blancs, fermes, leurs muscles arrondis, les sexes gonflés, ces sexes qui rêvent des empoignades féroces qu’ils se verront bientôt offrir.

Jacob surmonte David. Ils sont plaqués l’un sur l’autre. Trop longtemps la douceur a exaspéré leur désir. Ils se veulent, se sont toujours voulus, et trouvés enfin, au premier jour de la paix. Jacob descend le torse de son ami en laissant partout la trace brûlante de ses baisers, de ses morsures. David gémit, n’en peut plus de volupté. Il oublie tout, ne veut pas que son sexe dans la bouche de Jacob, celui de ce dernier entre ses fesses.

Les amants voudraient ne former qu’un. Pour la première fois ils goûtent à l’amour, mais toutes les embrassades du monde, tous les plaisirs du monde passent en eux. Jacob enfin pose ses lèvres sur la bite de David. Eux, comme moi, tressaillons. J’ouvre ma braguette. Je me touche mais cela ne suffit pas. Je donnerais tout ce que j’ai pour me joindre à eux. Pourquoi ne puis-je, moi aussi, faire l’amour?

Jacob suce David. Il sait faire tout ce qu’il convient, comme s’il n’avait jamais fait que cela. Je voudrais qu’au ciel apparaisse une colombe avec au bec un brin d’olivier. Je me récite le Cantique des cantiques: «Qu’il me baise des baisers de sa bouche!»

Une envie de pleurer, de crier, de rire jusqu’à exploser prend David. Il se sait au bord de la jouissance. Il a attendu ce moment si longtemps qu’il ne l’espérait même plus. Il regarde Jacob. Leurs yeux ont la couleur des vagues qui sans trêve déferlaient sur les rives des continents, avant la guerre. David tressaute, pense mourir pour mieux renaître, alors que son amant avale son sperme. À ce spectacle, je tombe à genoux. Je les prie et les invoque. Je fais d’eux les dieux dont j’ai tant besoin.

Jacob tremble de voir l’homme qu’il aime, aussi heureux. Il le retourne. Il s’abat sur lui. Il prend sa queue dans sa main. Il se cherche un chemin jusqu’à l’anus de David. Il bute contre lui, le force sans réussir à l’ouvrir. Les visages sont pâles et ruissèlent de sueur, les coeurs s’affolent, vont en tous sens pour s’enrober un peu mieux d’amour. Jacob cogne, cogne, et s’ouvre enfin le cul tant et tant convoité. Il plaque sa bouche sur la nuque frêle et émouvante de David.

Je crois entendre le vent se lever, venant du lac. Il enveloppe les deux garçons de son souffle chargé d’eau. La caresse du vent est tiède et douce; elle m’amène les effluves des amoureux, m’innonde, me submerge du désir de connaître ce délicieux supplice. Mon sexe dans ma main laisse filer de longues traînées blanches. Jacob va et vient avec force, gémit, embrasse les épaules de David qui pousse un râle à faire fondre mon âme de tendresse et d’envie.

Du vent un murmure. Le murmure des «je t’aime» qu’on se dit à voix basse, mais qui ne me sont pas adressés.


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