Le patient de la chambre 5

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Numéro 10

Texte d'archive:


Archivé de: Lettres Gay – Numéro 10
Date de parution originale: Mars 1987

Date de publication/archivage: 2017-07-26

Auteur: Ferdinand
Titre: Le patient de la chambre 5
Rubrique: Tendresse

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À la clinique où je suis interne, les jours de fête, on attend toujours les derniers moments pour rassembler les rares malades sur un seul étage. Trois jours avant Noël, la chambre 5 (qui compte quatre lits) n’était occupée que par un seul malade. Éric, un de ces jeunes garçons positifs et délurés comme on en voit dans les films de Spielberg, était entré il y a quatre jours à la clinique pour un empoisonnement accidentel. Il devait sortir le lendemain même pour aller réveillonner dans sa famille.

Ce garçon avait tout pour me plaire, son sourire permanent et allumeur, ses yeux bleus en amande et ses mèches folles savamment décolorées par endroits. Aussi, je dois dire que, ce soir-là où j’étais de garde, mon cœur se mit à battre la chamade quand sa sonnette d’appel me tira de la lecture d’une BD italienne ennuyeuse au possible. Encore sûr de ma règle d’or (ne jamais «toucher» aux malades !), j’entrai dans la chambre 5 et fis la lumière. Éric avait surélevé son lit et matait avec un intérêt feint un clip rock sur la 6. Comme je m’approchais de son lit, il me virgula un sourire à la fois moqueur et enjôleur et dit : «T'aurais pas une cigarette ?» D’ordinaire, il est interdit de fumer dans les chambres, mais là je passai outre (il était tout seul après tout). Je lui allumai une Camel qu’il saisit entre ses doigts, sans rien dire, les yeux rivés sur l’écran TV. Je restais debout, sans bouger, stupidement hypnotisé. «Assied-toi» me dit-il légèrement agacé en tapant sur le rebord de son lit. Je me dis : «OK. p’tit mec, t'es le pilote et ta façon de manœuvrer m'intéresse.» En médecine, on a le réflexe expérimental ! Une fois assis, je fis semblant à mon tour de me concentrer sur la vidéo-rock.

Je fis tellement semblant que je bougeai à peine lorsque je sentis sa tête rouler sur mon épaule. Il venait d'écraser sa cigarette dans un pot de yaourt vide. «J'ai mal, docteur.» C’est lui qui venait de parler d’une voix de dessin animé. «Où ça ?» Il désigna un point vague au-dessous de son nombril. Puis d'un élan, à dire vrai pétant de santé, il rejeta ses couvrantes et remonta son tee-shirt aux armes de je ne sais plus quelle marque d’ordinateur. Il avait les abdos admirablement bosselés et durs. J’auscultai, c’est à dire que je tâtai différents points avec la précision du pianiste cherchant la bonne note. Bien sûr, le tissu de son mini-slip auréolé d’un friselis de poils était tendu à en crever. «Je vois.» Avec une précision chirurgicale, j'écartai le slip, et la chose, rose et insolente, jaillit comme un animal libéré des mâchoires d'un piège. Doucement, puis avec de plus en plus d’audace, je caressai l’animal «blessé». J'abaissai et remontai méthodiquement le fourreau de la peau en-dessous du gland frémissant, déjà prêt à écumer. Éric avait l’air d’avoir beaucoup moins mal si je devais en croire ses lèvres béatement ourlées au-dessus de ses canines de jeune chat et ses yeux mi-clos. Et puis, sa main allait et venait dans l’échancrure de ma blouse que je porte à même la peau. La dureté et la pilosité de mes pectoraux semblaient être de son goût.

Je poussai plus avant mon auscultation. Ma langue vint tourner autour du gland, comme pour l'apaiser. Alors, d'un coup de rein Éric enfonça sa verge dans ma bouche et accéléra un va-et-vient infernal, tandis que des jappements plus de victoire que de plaisir jaillissaient de sa gorge. C'était à mon tour d'avoir le bas-ventre «douloureux» ! Éric était décidé à mener le jeu jusqu'au bout. Il rejeta ce qu’il restait de couvertures et écarta ses cuisses longues aux muscles fins que je pétrissais depuis deux bonnes minutes, avança son fessier en prenant appui sur ses pieds, déboulonna sauvagement mon froc que j’envoyai bouler au fond de la pièce, et plaqua mon corps contre le sien. Je voulus ôter ma blouse mais il m’en empêcha. Fantasme ! Sa bouche dévora mon visage puis s’engloutit au fond de ma gorge, son cul lubrifié par sa seule sueur trouva naturellement ma queue et ses deux mains plaquées sur mes reins imprimèrent à mon bas-ventre un mouvement violent. Usant d’une même violence, je le masturbai furieusement, me foutant désormais de ses gémissements bruyants mêlés à ceux du lit. L'étreinte fut brève et passionnée.

Déjà l'hépatique du 3 appelait. Quand je revins, Éric s'était endormi. Guérie, sa queue séchait sous les draps. J’éteignis alors la télé et sortis.

Ferdinand, 33 ans.